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close this bookL'audiocassette et ses usages. Un outil de communication au service du monde rural, GRET, 1994
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En Uruguay: Chez les paysans coopératifs, désenclaver les communautés

L'Uruguay est un pays où l'élevage extensif occupe la très grande majorité des terres. Les petits agriculteurs détiennent près de la moitié des exploitations, mais n'occupent que 2% de la surface cultivée. Les rendements de ces entreprises familiales sont très bas et les terres sont usées par la surexploitation.

Un consortium de coopératives, la CALFORU, regroupe 200 petites sociétés locales auxquelles sont affiliés 16000 agriculteurs. La CALFORU offre à ses membres un accès direct au marché, elle leur fournit des possibilités de crédit et leur apporte un appui matériel et technique.

Devant agir dans des secteurs aussi vastes que diversifiés, cette «coopérative des coopératives» ne parvient plus à communiquer avec ses antennes régionales. Celles-ci connaissent mal les objectifs de la centrale, ne comprennent pas ses décisions et ne peuvent faire entendre leurs questions ou réclamations.

De plus, à la base, les agriculteurs bloquent toute initiative communautaire. Presque tous savent lire et écrire, un quart d'entre eux a suivi l'enseignement secondaire. Néanmoins, les conditions socio-culturelles ne sont pas favorables: l'habitat dispersé écartèle les communautés et engendre une mentalité individualiste, sceptique et passive.

Face à cette paralysie, la CALFORU fait plusieurs tentatives.

Dans un premier temps, des programmes radiophoniques sont réalisés pour les paysans et des «groupes d'écoute» sont constitués dans chaque village, mais les discussions qui s'ensuivent ne dépassent guère les frontières de ce petit cercle et ne remontent évidemment pas jusqu'à l'organisme. Les groupes s'éteignent peu à peu. On en revient alors à des émissions de radio éducative expliquant aux gens ce qu'ils doivent faire et penser.

En 1977 et 1978, l'IPRU (Instituto de promoción económico social del Uruguay), intervient pour le compte de la commission nationale de développement rural de la CALFORU pour mettre en place un «cassette-forum». La formule doit désormais utiliser le feed-back que permet la cassette pour stimuler la solidarité entre les groupes et faire remonter leurs idées, préoccupations et propositions aux différents échelons de la fédération.

Chaque groupe d'écoute reçoit une fois par mois une cassette portant sur un thème précis. Les participants choisissent parmi eux un animateur et le débat s'organise. Les temps forts de la discussion sont saisis sur la face vierge de la cassette où le groupe enregistre également en guise de conclusion un message libre: annonces, souhaits, questions et réponses aux autres villages, chansons. L'animateur renvoie la cassette à une équipe centrale d'animation composée de trois personnes. Celle-ci écoute toutes les réponses, sélectionne les plus significatives et en effectue un montage de quinze à vingt minutes. Elle procède ensuite à l'élaboration de la prochaine cassette dont le contenu, rythmé par des morceaux de musique traditionnelle, respecte toujours les phases suivantes:

- la synthèse des propos renvoyés par chaque village;
- un exposé central à la tonalité vive et personnelle;
- deux ou trois questions qui résument l'ensemble du discours;
- les messages que les groupes ont enregistrés sur les «espaces libres», se parlent ainsi les uns aux autres. Peuvent également être proposés ici des sujets pour les cassettes à venir.

Le contenu hebdomadaire des forums n'est pas déterminé à l'avance, la programmation est laissée ouverte le plus longtemps possible en l'attente des propositions des paysans. S'ils le souhaitent, un même thème peut également être traité et débattu pendant deux ou trois semaines.

L'expérience a permis de renforcer le dynamisme des collectivités. Au fur et à mesure des enregistrements, de nouvelles voix se faisaient entendre, les interventions étaient de plus en plus claires et les propos de plus en plus inventifs.

Les échanges entre les communautés ont réellement fonctionné et celles-ci ont saisi l'occasion de pouvoir s'adresser directement à l'institution: 80% des cassettes ont ainsi été retournées à l'équipe centrale dûment complétées.

Cependant, si les groupes discutaient activement sur cassette des questions proposées par la CALFORU, ils se sont très rarement saisis de l'outil pour créer leurs propres émissions. Ainsi, sur les 22 thèmes évoqués, seulement six émanaient de la base, c'est-à-dire de deux ou trois groupes.

" Pour en savoir plus sur ce sujet, se reporter aux documents n os 32 et 34 de la bibliographie à la fin de cet ouvrage.