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close this bookFindings No. 73 - La pauvreté en Afrique subsaharienne : problèmes et recommandations, La Banque Mondiale
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(introduction)

(traduit de l'anglais)

Findings Présente les résultats opérationnels des analyses économiques et sectorielles réalisées par la Banque mondiale et les gouvernements membres dans la Région Afrique. Findings est une publication périodique du Centre pour la gestion de l'information, de la technologie et la connaissance (Knowledge, Networks, Information and Technology Center - KNIT).

Il y a longtemps que l'on se préoccupe de la pauvreté en Afrique subsaharienne et l'on a déjà abondamment étudié les efforts de lutte contre la pauvreté. Cependant, ce rapport, Faire reculer la pauvreté en Afrique subsaharienne , commandé en 1993 par la Région Afrique de la Banque, est différent : il est axé sur le programme opérationnel établi par la Banque pour réduire la pauvreté. Il analyse les relations entre ses évaluations de la pauvreté, ses stratégies d'aide par pays et le contenu de son programme de prêt. Il examine également les mesures que la Banque doit prendre - en partenariat avec les gouvernements et les donateurs - pour lutter contre la pauvreté. Ce rapport est le fruit de nombreux entretiens avec les partenaires de développement de la Banque Africains, communauté des bailleurs de fonds et organisations non gouvernementales (ONG).

Généralités

Profil de la pauvreté

En moyenne, 45 à 50 % des habitants d'Afrique subsaharienne vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Cette proportion est beaucoup plus élevée que dans toutes les autres régions du monde, à l'exception de l'Asie du Sud. En 1993, on estimait que 40 % des habitants disposaient de moins de 1 dollar (des États-Unis) par jour pour vivre. Au moins 50 % des pauvres vivent dans cinq pays d'Afrique de l'Est et au Nigéria. Par ailleurs, l'intensité de la pauvreté - c'est-à-dire la mesure dans laquelle les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté - est plus grande en Afrique subsaharienne que partout ailleurs dans le monde.

Outre la faiblesse des revenus, un autre indicateur de pauvreté important est le manque d'accès aux services sociaux. Actuellement, le manque de services sociaux est plus aigu dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne que dans le reste du monde. Le taux moyen brut de scolarisation primaire, qui a baissé dans beaucoup de pays du Sahel au cours des années 80, n'atteint actuellement que 67 %, contre 94 % en Asie du Sud et 117 % en Asie de l'Est. Les services de santé sont de plus en plus insuffisants par rapport à la demande dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne. Cela se traduit par un taux moyen de mortalité infantile de 93 0, qui l'emporte sur celui de l'Asie du Sud (84 0), de l'Amérique latine (46 0), et de l'Asie de l'Est (36 0).

Les taux de croissance économique

Au cours des dernières années, l'Afrique subsaharienne a connu des taux de croissance du revenu déplorables. Entre 1970 et 1992, le produit intérieur brut (PIB) moyen par habitant s'est accru de seulement 73 dollars en parité de pouvoir d'achat, alors que, dans le même temps, il a progressé de 420 dollars en Asie du Sud (soit un taux moyen de 2,3 % par an) et de 900 dollars en Asie de l'Est (soit 3,1 % par an). En 1970, le PIB moyen par habitant de ces deux régions était comparable à celui de l'Afrique.


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Causes de la pauvreté en Afrique subsaharienne

Les conséquences de la pauvreté renforcent souvent ses causes complexes, ce qui aggrave le problème. L'étude a établi que les principales causes étaient les suivantes :

Accès insuffisant aux possibilités d'emploi

Manque de moyens de production, tels que terre et capital, et quasi-impossibilité pour les pauvres d'obtenir du crédit, même pour de petits montants

Accès insuffisant aux moyens de soutenir le développement rural dans les régions pauvres

Accès insuffisant aux marchés où les pauvres pourraient vendre des marchandises et des services

Faible dotation en capital humain

Destruction des ressources naturelles, conduisant à la dégradation de l'environnement et à la baisse de la productivité

Accès insuffisant à l'assistance pour ceux qui vivent à la marge ou pour les victimes de la pauvreté transitoire

Manque de participation des pauvres à la formulation des programmes de développement

Identification des lacunes

Le programme de prêt de la Banque mondiale

L'étude a analysé le programme de prêt des exercices 92 à 97 de la Banque pour voir s'il confirmait que la réduction de la pauvreté est l'objectif prioritaire de la Banque, comme l'affirme l'institution. Les projets ont été classés en trois catégories selon leurs objectifs : stimuler la croissance, offrir des services diversifiés et fournir des services étroitement ciblés à l'intention des pauvres. Cela a permis d'analyser dans quelle mesure les évaluations de la pauvreté et autres analyses économiques, les stratégies d'aide aux pays et les programmes d'activité constituent effectivement un bon point de départ à la conception des programmes de prêt de la Banque; de déterminer s'il fallait recentrer le programme de prêt de la Banque dans le domaine de la réduction de la pauvreté; et d'identifier les mesures les plus efficaces de lutte contre la pauvreté.

Critères de classement des projets de la Banque

Un projet favorisant la croissance est un projet orienté vers la mise en place de mesures et d'un environnement matériel de nature à stimuler la croissance de l'économie, un projet qui permet, à terme, de créer des emplois pour toutes les catégories de la collectivité, y compris les pauvres.

Un projet de services diversifiés en faveur des pauvres fournit des services ou d'autres prestations similaires à l'ensemble de la communauté, y compris pour les pauvres.

Un projet de services étroitement ciblés sur les pauvres est axé sur les pauvres et les personnes en situation précaire.

Sur le total des prêts accordés par la Banque aux pays africains au cours des exercices 92 à 97, près de 58 % visent (ou viseront) à créer des conditions favorables à la croissance au moyen de réformes et d'investissements à grande échelle. En moyenne, 24 % consistent (ou consisteront) à offrir des services diversifiés et 18 % des services étroitement ciblés. Cette répartition des programmes de prêt de la Banque montre que la croissance globale est une fin en soi. Il est assurément essentiel d'accélérer la croissance - à condition qu'elle soit génératrice d'emplois pour les pauvres - si l'on veut réduire la pauvreté en Afrique subsaharienne. Mais le souci exclusif de la croissance, en particulier si ses effets ne sont pas largement répartis, peut amener à négliger le développement des ressources humaines - l'un des facteurs qui entretiennent la croissance à long terme. Cependant, la véritable question n'est pas celle de la répartition des prêts entre ces trois catégories mais celle de savoir dans quelle mesure les pauvres bénéficient des prêts de chaque catégorie.

Il faudrait que des liens solides et logiques entre les évaluations de la pauvreté, la stratégie d'aide aux pays (SAP) et le programme de prêt soient au coeur du programme opérationnel de lutte contre la pauvreté de la Banque. L'étude a analysé l'influence des stratégies d'aide aux pays et des évaluations de la pauvreté sur les programmes de prêts pour chaque pays d'Afrique subsaharienne. Il en ressort que :

La réduction de la pauvreté est rarement le thème ou la motivation centrale des programmes d'activités ou des stratégies d'aide aux pays; cependant, on accorde une attention accrue à la pauvreté depuis quelques mois.

Même lorsque le cycle opérationnel commence, comme il convient, par une évaluation de la pauvreté, on a souvent perdu la pauvreté de vue au moment où le programme de prêt est mis en œuvre.

Les stratégies d'aide aux pays ne sont généralement pas assez spécifiques pour que le programme de prêt s'attaque réellement aux causes et conséquences de la pauvreté.

Le programme de prêt change souvent et, pour les trois quarts environ des projets, on ne peut obtenir ne fut-ce qu'une description sommaire moins d'un an avant l'évaluation.

Recommandations

Pour remédier à ces points faibles et centrer davantage ses opérations sur la réduction de la pauvreté, la Banque doit mettre en oeuvre quatre changements majeurs :

Se centrer clairement et sans équivoque sur la croissance et la réduction de la pauvreté et notamment sur le développement du capital humain.

Mettre les questions se rapportant à la pauvreté, à la parité entre les sexes et à l'environnement au cœur des stratégies macroéconomiques et sectorielles au lieu de les traiter en éléments accessoires.

Surveiller systématiquement la pauvreté dans tous les pays recevant des prêts de la Banque.

Rendre les directions et le personnel responsables de la participation de toutes les parties prenantes à l'élaboration des stratégies d'aide et de la réalisation des objectifs de réduction de la pauvreté fixés par la Banque.


Figure

Autres thèmes clés

La stratégie la plus importante pour réduire la pauvreté en Afrique consiste assurément à chercher à obtenir des taux élevés de croissance durable. En effet, des taux de croissance d'au moins 6,5 % par an sont nécessaires si l'on veut que les pays subsahariens types ramènent la pauvreté à un niveau acceptable. Cependant, une forte croissance générale ne suffit pas à réduire la pauvreté. Le schéma de croissance adopté doit être favorable aux pauvres, soit directement, par la création d'emplois et la hausse des revenus, soit indirectement, par l'amélioration des services sociaux. Ensuite, la répartition de la croissance est décisive, car c'est elle qui détermine quels groupes sociaux bénéficient des créations d'emplois et de la hausse des revenus. En mettant l'accent sur l'expansion de l'agriculture, sur les régions pauvres et éloignées et sur les bidonvilles, on pourrait sans doute faire bénéficier plus largement les différents groupes, notamment les pauvres, de la croissance.

Il ne faut pas s'attendre à ce que la pauvreté en Afrique subsaharienne recule en l'absence d'une amélioration de la détermination des autorités nationales et du sentiment de paternité à l'égard des programmes qui visent à atteindre cet objectif. Or, seuls quelques gouvernements de la région (un quart du total) ont explicitement fait de la réduction de la pauvreté un objectif gouvernemental important dans les programmes menés avec le concours de la Banque.

Les débats menés avec les représentants des gouvernements et des ONG au sujet de l'engagement des dirigeants ont débouché sur trois conclusions :

Les Africains doivent diriger le mouvement de lutte contre la pauvreté et les bailleurs de fonds doivent accepter et faciliter l'exercice de ce rôle.

Le fait que de nombreux gouvernements africains n'ont pas fait de la réduction de la pauvreté leur objectif central est un problème majeur. Les bailleurs de fonds, y compris la Banque, portent une part de responsabilité en la matière car ils acceptent d'accorder des prêts même lorsque les gouvernements ne sont guère intéressés par la lutte contre la pauvreté.

Si l'on veut comprendre les problèmes et les besoins des pauvres et agir pour améliorer leur sort, il est indispensable que toutes les parties prenantes soient impliquées.

En fait, l'étude souligne que la réduction de la pauvreté est un objectif valable sur les plans économique et politique. Elle doit donc être au cœur de toute stratégie de développement économique et social.

Faire reculer la pauvreté en Afrique subsaharienne : Rapport d'un groupe d'étude de la Région Afrique , Rapport n° 15575-AFR, mai 1996. Ce rapport sera également publié dans la série Le Développement à l'oeuvre de la Banque mondiale. Pour plus d'informations, s'adresser à Jack van Holst Pellekaan, tél. : (202) 473-4185, ou à Mme Suzanne Essama, Bureau J5-170, Banque mondiale, 1818 H Street NW, Washington D.C. 20433, États-Unis d'Amérique, tél. : (202) 473-4128; Demandes de renseignements sur l'Internet: pmohan@worldbank.org