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View the documentVI. L'alimentation des vaches laitières
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(introduction)

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE

Collection dirigée par
René Coste, ancien président de l'IRCC

36

La production laitière
par
Richard W. Matthewman
Centre de médecine vétérinaire tropicale, Université d'Edimbourg, Ecosse, Grande Bretagne

Avec la collaboration du
Dr Noël Chaboeuf
Institut d'Elevage et de Médecine vétérinaire des Pays tropicaux,
Maisons Alfort, France
Traduit par Emmanuel Scavée

Editions Maisonneuve et Larose
15, rue Victor-Cousin
F 75005 PARIS

L'édition de cet ouvrage a bénéficié d'un soutien de l'Agence de la Francophonie.

Les noms de lieux ou de personnes et leur orthographe, les limites territoriales, les jugements de valeurs sur les hommes et les faits, les idées et opinions exprimés dans cet ouvrage n'engagent que son auteur et ne sauraient être considérés comme reflétant un point de vue ou une position officielle de l'Agence de la Francophonie.

© Maisonneuve et Larose - 1996 ISBN: 2-7068-1238-9 ISSN: 0298.3540

La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite» (alinéa 1 er de l'article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

Le technicien d'agriculture tropicale

1. Le Riz pluvial, par Michel JACQUOT et Brigitte COURTOIS.

2. Le Maïs, par Guy ROUANET.

3. Le Bananier plantain, par Hugues TEZENAS DU MONTCEL.

4. Le Stockage des produits vivriers (en deux volumes), par Jean APPERT.

5. Le Cotonnier en Afrique tropicale, par Gérard SEMENT.

6. Le Manioc, par Pierre STT VESTRE.

7. Le Désherbage des cultures tropicales, par E.M. LAVABRE.

8. Insectes nuisibles aux cultures vivrières et maraîchères (en deux volumes), par Jean APPERT et Jacques DEUSE.

9. Les légumineuses vivrières tropicales, par Marc BORGET.

10. Le théier, par Denis BONHEURE.

11. Le caféier, par H.R. CAMBRONY.

12. L'écrevisse rouge des marais, par Jacques C.v. ARRTGNON, Jay V. HUNER et Pierre J. LAURENT.

13. Aménagements villageois et du terroir, par Gérard JOSSET.

14. Le cacaoyer, par Guy Mossu.

15. Les plantes tropicales à épices, par M. BORGET.

16. Les crustacés tropicaux d'élevage, par J. ARRIGNON, J.M. GRTESSTNGER, D. LACROIX, P. GONDOUTN et M. AUTRAND.

17. La canne à sucre, par R. FAUCONNTER.

18. Le sorgho, par J. CHANTEREAU et R. NTCOU.

19. L'élevage de la volaille, par AU. SMITH (deux volumes).

20. Manuel pratique de vulgarisation agricole, par M. MORTZE (deux volumes).

21. Ravageurs des cultures tropicales, par E.M. LAVABRE.

22. Culture des fleurs à couper, par R. KROUE.

23. Le mouton, par R.M. GATENBY (deux volumes).

24. Le lapin, par D. FTEEDING.

25. Le cocotier, par G. DE TAFFTN.

26. Pisciculture en eau douce: le Tilapia, par J. ARRTGNON.

27. L'avocatier, par J.P. GATLLARDet J. GODEFROY.

28. Le porc, par D.H. HOLNES.

29. Les cultures maraîchères, par R. KROLL.

30. L'igname, par L. DEGRAS.

31. Conditionnement et commercialisation des cuirs et peaux bruts tropicaux, par A.H. ROBINET.

32. L'hévéa, par M.A. DELABARRE et J.B. SERIER.

33. Le palmier à huile, par J.C. JACQUEMARD.

34. L'alimentation des ruminants, par J. CHESWORTH.

35. Les petits fruits, par R. KROLL.

36. La production laitière, par R.W. MATTHEWMAN.

37. L'arachide, par R.SCHILLING.

Remerciements

Je tiens à exprimer ici ma gratitude à Tony Smith, pour l'aide et les conseils qu'il m'a prodigués pendant l'écriture de ce livre.

J'ai pu également profiter des remarques et des critiques de certains collègues et amis à qui j'ai soumis mon manuscrit: Steward Macfarlane (Centre de médecine vétérinaire tropicale, CTVM) qui a bien voulu relire mes nombreux brouillons, et Jeroen Dijkman (CVTM), Chris Daborn (CVTM), Denis Fielding (Ecole d'Agronomie d'Edimbourg), Archie Hunter (CVTM), John Maule (expert conseil), Jamie Bennison (Institut des Ressources naturelles, Grande-Bretagne), John Jenkins (expert conseil) et Richard Clemence (CVTM) qui ont commenté divers chapitres.

Richard W. Matthewman

Certains documents n'auraient pu être reproduits ici sans l'aimable autorisation de:

Academic Press Inc. (London) Ltd., pour l'illustration 1.1, adaptée de The Biology of Agricultural Systems, de C.R.W. Spedding (1975).

Blackwell Scientific Publications Ltd. pour le tableau 3.5, tiré de The Calf, de J.H.B Roy (1980).

Center for Tropical Veterinary Medicine, pour une carte tirée de «Mineral Deficiency in Ruminants in Sub-Sahara Africa: A Review», de Schillhorn van Veen et Loeffler, in Tropical Animal Health and Production, vol. 22, pp. 197-205 (1990).

Farming Press Books, Ipswich, pour le tableau 5.4, tiré de Principles of Dairy Farming, de K. Russell, 8e édition (1980).

Food and Agriculture Organization of the United Nations, pour le tableau 1.3, tiré de FAO Production Yeorbook, 1989.

W.H. Freeman & Company, pour l'illustration 5.5, tirée de Biology of Lactation, de G.H. Schmidt (1971).

Longman Group UK Ltd., pour le tableau 6.8, tiré de Animal Nutrition, 4e édition, de P. McDonald, R.A. Edwards et J.F.D. Greenhalgh (1987).

J. Oliver, pour les tableaux 3.2 et 6.9, tirés de Dairy Farmers Handbock, publié par l'Association nationale des producteurs laitiers du Zimbabwe, Harare.

Crédits photographiques Toutes les photographies ont été fournies par l'auteur.

Préface

Ce livre est le sixième d'une série d'ouvrages consacrés à l'élevage dans la collection Le technicien d'agriculture tropicale, dont l'objectif est d'informer les étudiants, les spécialistes de la vulgarisation et les agriculteurs des développements les plus récents dans ce domaine. Tous les ouvrages sont signés par des spécialistes qui s'appuient sur leur expérience professionnelle dans plusieurs régions ou pays tropicaux. L'auteur de ce livre, Richard Matthewman, a pu longuement étudier sur le terrain l'élevage des ruminants en Afrique orientale et occidentale.

L'ouvrage est consacré à la production de lait de vache dans différentes parties du monde. Il ne s'intéresse pas uniquement à la production commerciale sur une grande échelle, mais aussi aux petits exploitants et à l'élevage pastoral. Il évalue notamment la situation de la production laitière dans les régions où la terre appartient à la communauté et où il existe une compétition pour les ressources de pâturages entre éleveurs et cultivateurs. Il traite aussi de la production commerciale sur une grande ou sur une petite échelle. Dans ces systèmes, où les éleveurs sont propriétaires de leurs terres, la viabilité économique de l'entreprise dépend du prix du lait sur le marché. Dans ces conditions, une production planifiée exige une bonne compréhension des processus biologiques de la production laitière et des contraintes socio-politiques autant que des impératifs purement économiques.

Toutes ces questions sont abordées dans cet ouvrage qui, conjointement à d'autres titres de la collection, notamment ceux concernant l'alimentation des ruminants, les soins vétérinaires et la gestion économique de l'élevage, apportera au lecteur une compréhension approfondie des problèmes et de la situation de la production laitière dans les pays tropicaux.

Anthony J. Smith

I. L'importance de la production laitière

Science et pratique de la production laitière

D'une manière générale, l'étude animaux domestiques peut être divisée en science animale et production animale. La science animale est l'étude du comportement des animaux domestiques et de leurs fonctions physiologiques comme la digestion ou la reproduction, qui sont les mêmes pour toutes les races laitières dans le monde, mais qui sont cependant influencées par l'environnement et l'état de santé. Certaines races sont mieux adaptées que d'autres aux climats plus frais ou plus chauds. Pour proposer des améliorations du rendement, il faut bien sûr savoir comment «fonctionnent» les animaux, mais il faut aussi connaître les éleveurs et les systèmes d'exploitation. L'étude des procédés d'élevage est ce que l'on appelle la production animale. Elle englobe les questions d'ordre social, économique et politique, ainsi que le droit de jouissance des terres, les systèmes agricoles mixtes et l'exploitation intégrée des terres. Ce livre traite de la production laitière considérée dans son contexte, c'est-à-dire celui des éleveurs et des systèmes d'exploitation agricole.

Pour être efficace, l'aide apportée aux paysans par les consultants et les vulgarisateurs doit se fixer des objectifs qui soient réalisables d'un point de vue technique, acceptables d'un point de vue social et viables d'un point de vue économique.

L'importance du lait dans l'alimentation

S'il contient entre 80 et 90% d'eau, le lait comporte cependant d'importants nutritifs (minéraux, vitamines, graisses, protéines et sucres). Sa composition varie selon les espèces (tableau I.1), avec d'ordinaire une plus grande proportion de protéines dans le lait de celles dont la croissance est plus rapide.

Tableau 1.1
Composition du lait chez les animaux domestiques et chez l'être humain

Lait de

Graisse
(g/kg)

Protéines
(g/kg)

Lactose
(g/kg)

Femme

47

13

69

Vache




Bos indicus

54

32

46

Bos taurus

44

38

49

Brebis

85

67

47

Chèvre

54

37

42

Chamelle

54

39

58

Bufflonne

74

38

49

Remarque: Ces valeurs sont approximatives et ne rendent pas compte des variations que l'on observe entre les races, les individus et les stades de la lactation.

Le lait humain et le lait de vache sont similaires pour ce qui est de leur apport énergétique, mais ils diffèrent considérablement dans leur composition en acides aminés et en acides gras. Il y a également des variations dans la teneur en éléments minéraux (tableau I.2) et en vitamines. Dans l'alimentation humaine, le lait constitue une source d'éléments minéraux assez riche, mais l'apport en calcium du lait de vache est insuffisant et chez le nourrisson dont il constitue le seul aliment, il risque de se traduire par un taux de calcium trop bas dans le sang (hypocalcémie).

Mais, si l'on observe des différences de compositions entre le lait maternel et le lait produit par les animaux domestiques, ce dernier n'en demeure pas moins un excellent aliment pour l'homme. C'est un bon complément pour tous les régimes alimentaires, particulièrement intéressant pour les enfants en croissance, les adultes convalescents, les femmes enceintes et celles qui allaitent ainsi que les personnes âgées. Il intervient dans de nombreuses préparations, sans oublier les produits laitiers comme le fromage, le yaourt et la crème glacée. C'est assez dire que la valeur alimentaire du lait pour l'homme loin d'être surestimée. Néanmoins, il a été établi que chez certaines personnes l'absence ou l'insuffisance de lactase, c'est-à-dire l'enzyme qui permet la décomposition du lactose (sucre de lait), contrarie la digestion du lait.

Tableau 1.2
Teneur en calcium et en phosphore du lait

Lait de

Calcium
(mg/100 ml)

Phosphore
(mg/100 ml)

Rapport
Ca:P

Femme

33

15

2,2:1

Vache

120

95

1,3:1

Chèvre

130

110

1,2:1

Brebis

200

160

1,3 :1

L'importance de la production laitière dans les régions tropicales

Dans les régions tropicales, la production de lait destinée à la consommation humaine ne représente que 20% de la production mondiale, alors que cette partie du monde compte 74% de la population humaine et 69% de la population bovine (tableau 1.3). Dans plusieurs pays, on s'efforce d'accroître la production locale et, à l'heure actuelle, le taux d'accroissement de la production laitière est plus élevé dans les pays tropicaux que dans les nations traditionnellement productrices et exportatrices de lait. C'est en Asie que l'on compte le plus de pays dont les gouvernements ont mis en oeuvre une politique efficace de développement de la production laitière.

Tableau 1.3
Estimation de la production laitière destinée à l'alimentation humaine dans le monde

Région du monde

Production laitière
(% du total mondial)

Amérique du Nord

17

Europe occidentale

30

Europe de l'Est et ex-URSS

33

Afrique

2

Amérique latine

9

Proche-Orient

2

Extrême-Orient

7

Source: FAO (1988).

Au début des années 80, la Communauté européenne et la Nouvelle-Zélande s'attribuaient chacune 33% du marché des exportations de lait dans le monde alors que leurs productions réunies ne représentaient que 26% du total mondial. L'introduction des quotas laitiers a amené une diminution des surplus de la Communauté européenne.

En 1980, la part de l'élevage dans le produit intérieur brut (PIB) agricole d'Afrique sub-saharienne était estimée à 17%. Avec un taux d'accroissement de 1,4%, la production laitière est incapable de suivre l'expansion de la population humaine en Afrique sub-saharienne, qui atteint 2,9%.

L'insuffisance de la production entraîne une augmentation des importations des produits laitiers, qui ont été multipliées par six entre 1974 et 1984. Les importations représentent 30% du lait destiné à la consommation humaine en Afrique sub-saharienne. La production locale peut être parfois découragée dans les régions où les producteurs ont à souffrir de la concurrence du lait importé.

En effet, pour que leur entreprise soit viable, il est essentiel que les paysans puissent vendre leur lait à un prix décent.

Par ailleurs, l'écart se creuse entre le prix de la viande et celui du lait a contribué à stimuler la production locale de viande au détriment du lait. Ce phénomène a encore été encouragé par l'amélioration des conditions de transport, d'approvisionnement et de commercialisation de produits alimentaires de substitution dans les régions les plus isolées. Dans certains pays, la nécessité d'une autosuffisance a ainsi été remise en question, au risque de dissuader les producteurs d'investir dans une entreprise laitière.

Systèmes de production laitière

La production laitière dépend de la répartition du bétail qui, en Afrique, est elle-même influencée par la diffusion de la mouche tsé-tsé et de la maladie du sommeil (trypanosomiase). Les mouches tsé-tsé vivent dans les zones humides et dans les plaines, de sorte que le bétail a été circonscrit aux régions sèches comme le Sahel, certaines parties de l'est et du sud de l'Afrique ou encore dans les terres montagneuses d'Ethiopie, du Kenya, de Tanzanie et du Malawi. L'histoire montre que la production laitière a elle aussi été confinée à ces régions.

On distingue trois systèmes de production laitière: extensive, semi-intensive ou intensive. Les systèmes extensifs incluent le pastoralisme dans les régions sèches du Pakistan, d'Afrique et du Moyen-Orient, la production communautaire où le bétail est élevé autour du village sur des terres appartenant à la communauté, et les systèmes de ranchs laitiers d'Amérique du Sud, où l'on trait les vaches élevées à la fois pour la viande et pour le lait. La production semi-intensive est celle de petits exploitants qui ne possèdent qu'une ou deux vaches et les nourrissent avec un fourrage qu'ils s'occupent eux-mêmes de récolter. Les systèmes intensifs exigent un apport élevé d'intrants ainsi que des compétences de gestion. Selon le pays et le système, on produit du lait de vache, de bufflonne, de brebis, de chèvre ou de chamelle.

Le mode de vie pastoral est très répandu dans les régions sèches, où les éleveurs de bétail sont souvent des nomades. Le lait contribue à l'alimentation de subsistance et constitue une ressource alimentaire dans des régions où les autres formes de nourriture sont souvent rares. Il peut aussi être échangé contre d'autres aliments comme le sorgho (gros mil), le millet, des légumineuses ou diverses plantes potagères.

Par contre, dans les zones humides où l'on ne trouve presque pas de bovins à cause de la présence de la mouche tsé-tsé, le lait n'a joué qu'un rôle mineur dans l'alimentation des habitants. Les élevages de grands ruminants n'ont guère contribué à faire prospérer la population, et les apports de protéine animale dans l'alimentation proviennent plutôt de l'élevage de poules, de porcs, de petits ruminants, ainsi que de la pêche et de la chasse.

Dans les petites exploitations sédentaires des zones épargnées par la mouche tsé-tsé, les animaux producteurs de lait jouent un rôle important. Dans les ménages, le lait est un produit de consommation courante et une source de revenus. Le bétail permet de rentabiliser les périodes creuses entre les travaux des champs et accroît le rendement des terres en permettant l'exploitation des résidus et sous-produits de culture ainsi que du fourrage des terres en friche. Le fumier de bovin contribue à la fertilité du sol. Lorsque le rendement par animal est élevé, le lait supporte favorablement la comparaison avec d'autres formes d'élevage en termes de transformation des aliments (figure I.1).

Les limites à l'accroissement de la production laitière

On appelle contraintes les facteurs qui restreignent la production laitière. Citons notamment les contraintes environnementales, sociales, économiques, commerciales, techniques, agronomiques, les contraintes de gestion, les contraintes biologiques et génétiques.

Les systèmes traditionnels sont soumis aux conditions naturelles, comme les disponibilités en eau et en nourriture, le climat et les vecteurs de maladies. Le bétail doit bien sûr être adapté à ces conditions. Si la production laitière n'atteint généralement qu'un niveau assez bas c'est dû, généralement, à la faible qualité des apports nutritifs, aux conditions environnementales difficiles et à un potentiel génétique qui ne favorise pas la production de lait.


Figure 1.1. - Rendement de la production laitière, comparée à d'autres formes de production pour différentes espèces d'animaux domestiques.
D'après Spedding (1975).

Pour développer le rendement, il est donc impératif de supprimer autant que possible les facteurs contraignants.

La mesure dans laquelle l'éleveur peut s'affranchir des contraintes de production dépend à la fois de ses compétences et de ses capacités d'investissement en capital.

Les contraintes comme la température ambiante élevée et l'humidité relative peuvent être surmontées par la construction d'abris. Les contraintes comme les carences alimentaires, les risques de maladie et l'infertilité peuvent être réduites par des interventions qui exigent certaines compétences et souvent un apport financier. Il est possible aussi, par un travail de vulgarisation, ou encore en incitant les paysans à suivre une formation pour développer leurs connaissances et leur savoir-faire, de venir à bout des contraintes de gestion. Ce n'est que lorsque que ces contraintes ont été surmontées que l'on peut envisager d'améliorer la capacité génétique d'un élevage.

La suppression des contraintes est l'un des principes de base du développement de l'élevage, mais de nombreuses tentatives destinées à accroître la production ont échoué. Il faut considérer ces échecs comme autant de «leçons», qui ne doivent pas décourager les agriculteurs intéressés à investir dans la production laitière. C'est à la portée de nombre d'entre eux pour peu qu'ils puissent tirer parti de l'expérience passée et profiter d'encouragements économiques adéquats.

Les objectifs de ce livre

Les chapitres suivants exposent les principes de la production laitière, les problèmes auxquels sont confrontés les paysans et la manière dont ceux-ci peuvent être résolus. La diversité des systèmes ne permet pas d'entrer dans le détail des méthodes de production dans le cadre de cet ouvrage. Il n'est pas question non plus de la production de lait dans les élevages de moutons, de chèvres, de buffles et de chameaux, car la question a été traitée dans d'autres ouvrages de cette collection.

Le chapitre II présente certains exemples des différents systèmes de production laitière. Ces «études de cas» serviront d'une part à illustrer la diversité des méthodes et d'autre part à fournir des points de référence aux chapitres ultérieurs.

II. Systèmes de production laitière et commercialisation

On peut distinguer différents systèmes de production laitière: élevage pastoral, élevage mixte à deux fins (ranching laitier), petites exploitations et production intensive. Il faut évoquer également les réseaux de collecte du lait qui favorisent l'écoulement de la production et encouragent donc un rendement accru. Ce chapitre II illustre, à travers seize exemples, la manière dont le lait est produit et commercialisé dans des systèmes qui se différencient par leurs conditions climatiques ou leurs contraintes sociales et économiques prédominantes.

La production laitière dans les systèmes pastoraux

Dans les régions sèches où les cultures, pour autant qu'il y en ait, ne suffisent pas à satisfaire les besoins de subsistance, le lait de vache (mais aussi de brebis, de chèvre ou de chamelle) constitue un complément vital. Dans ces zones arides, l'élevage est souvent la seule activités possibles et le lait des animaux est nécessaire à la survie de la population. Ce genre d'environnement ne convient pas aux vaches bonnes laitières et la sélection naturelle a favorisé la robustesse et l'adaptation plutôt que le rendement.

Les communautés pastorales sont traditionnellement nomades. Leurs migrations ont pour objet de tirer le meilleur parti des conditions de pâtures, de précipitations et de disponibilités en eau, variables selon la région et la saison. Ce mode de vie est progressivement remplacé par une forme de transhumance ou de semi-nomadisme à mesure que les communautés cherchent à établir leurs droits sur les terres situées dans les régions où les précipi talions sont plus abondantes. La production de lait est saisonnière; les rendements sont bas. Ce qui compte, c'est que l'animal donne du lait; le volume obtenu importe moins. Cette faible productivité impose que l'on respecte un certain équilibre entre le lait prélevé pour la consommation humaine et celui laissé pour les veaux. Généralement, la croissance des veaux est lente et la mortalité considérable.

Le pastoralisme est un système traditionnel d'élevage et de production laitière dans lequel sont élevées des races bovines indigènes bien adaptées aux régions arides et semi-arides et dont le lait contribue à assurer la subsistance de leurs propriétaires. La productivité du bétail dépend largement des facteurs naturels, et plus particulièrement environnementaux.

Les fluctuations du cheptel sont dues principalement aux conditions climatiques imprévisibles et aux épidémies qui se déclarent périodiquement. C'est pourquoi les éleveurs s'efforcent d'accroître les troupeaux pour se prémunir contre les risques. Un troupeau important est aussi un signe de richesse. Chaque famille doit posséder assez de vaches pour subvenir à ses besoins en lait et assurer le renouvellement du troupeau.

Les systèmes d'élevage adaptés aux régions sèches se caractérisent par leur résistance au «développement planifié». Le système marche bien tant que la densité de population est basse. Il n'y a guère d'exemple où le «développement planifié» ait abouti à une réduction des risques. C'est pourquoi les communautés pastorales restent fidèles aux méthodes traditionnelles. Il ne manque d'ailleurs pas de bons arguments pour laisser gérer les systèmes pastoraux par ceux qui en connaissent le mieux les conditions et qui ont intérêt à les préserver. La concurrence avec les cultivateurs pour les terres des zones plus humides, les densités élevées du bétail et de la population humaine dans les zones plus sèches et l'exploitation des terrains communautaires sont autant de facteurs qui viennent compliquer la gestion des sols.

Exemples de production laitière dans les systèmes pastoraux

Pour bien comprendre la complexité des systèmes pastoraux et les problèmes auxquels se sont heurtés les efforts de développement, il faut examiner la situation dans différents pays. Les exemples du Nigéria, de l'Ouganda et du Kenya nous aideront à en faire ressortir les caractéristiques. L'exploitation commune des pâtures n'encourage pas les efforts pour modifier le sol. Dans les régions sèches impropres à la culture, le surpâturage et le défrichement de la végétation ligneuse utilisée comme bois à brûler ont accéléré le phénomène d'érosion des sols. Bien que le lait constitue le fondement même des économies pastorales, l'accroissement de la production présente souvent des difficultés insurmontables. La planification devrait se fixer des objectifs plus raisonnables, comme le maintien du statu quo actuel ou le retour à un statu quo antérieur.

Nigéria, Afrique occidentale - peuple Peul

Le rythme saisonnier des précipitations, de la croissance des pâtures et des risques de maladies pour les animaux a déterminé le mode de vie pastoral des Peuls au Nigéria. Traditionnellement, les Peuls migrent vers le sud à la saison sèche et vers le nord à la saison des pluies pour trouver des pâtures et de l'eau, puis pour éviter la mouche tsé-tsé (Glossina morsitans, G. palpalis et G. tachinoïes) dans la partie sud du «middle belt». On assiste également à une transhumance vers le nord des troupeaux peuls qui, en juillet, rejoignent leurs terres de pâture pour la saison des pluies dans la région de Kano. Dans la région de Sokoto, la distance parcourue dans une direction par les Peuls est en moyenne de 120 km (avec un minimum de 10 km et un maximum de 300 km). Les éleveurs qui ne possèdent qu'un petit troupeau cultivent souvent un peu de graminées (principalement du millet) pour compléter les céréales qu'ils obtiennent en échange de leur lait. Mais pour travailler la terre, il leur faut préalablement obtenir l'accord des cultivateurs locaux.


Figure. II.1 - Pasteur peul dans la région d'Anambra, Nigéria

Entre 1960 et 1990, le Nigéria a connu une expansion démographique considérable qui s'est traduite par une augmentation des terres dévolues à la culture au détriment des pâturages. Ces changements démographiques ont contribué à restreindre la distribution de la mouche tsé-tsé, sous l'action combinée de la destruction de son habitat et de la raréfaction du gibier (parasité par la tsé-tsé). C'est ainsi que les Peuls ont pu rester plus longtemps chaque année dans la partie sud du pays. Dans les régions du centre et du sud du Nigéria (Kaduna, Niger et Oyo), les Peuls ont commencé à s'établir en se mêlant à la population paysanne. Il n'est plus rare désormais d'en rencontrer au sud de la rivière Bénoué et du fleuve Niger.


Figure II.2. - Femmes peules avec des calebasses remplies de lait

Les vaches sont traites à l'aube. Le lait est consommé aigre ou mélangé à d'autres aliments. Les femmes le vendent sur le marché ou le troquent contre diverses denrées, notamment des céréales. Il faut compter par famille un minimum de quarante-cinq bêtes dont la moitié environ doit produire du lait dans le courant de l'année. Mais il arrive que le nombre de vaches nécessaires soit plus élevé, particulièrement lors des années sèches car elles donnent alors moins de lait. La production est plus importante pendant la saison des pluies. Pendant la saison sèche, les éleveurs doivent compter davantage sur les céréales qu'ils ont troquées contre du lait plus tôt dans le courant de l'année.

La durée pendant laquelle les bêtes sont laissées en pâture dans la journée dépend de la saison. Le temps de pâturage le plus long se situe au début de la saison des pluies et peut atteindre onze heures par jour; le plus court, environ sept heures, coïncide à peu près avec la fin de la saison des pluies. Les déplacements occupent 20% de la vie du troupeau, le pâturage 75% et les 5% restants sont consacrés au repos et à l'abreuvement.

Il n'y a pas de période particulière pour la reproduction: les taureaux sont laissés au contact des vaches tout au long de l'année. Il y a souvent plus d'un taureau par troupeau et les mâles ne sont castrés que lorsqu'ils deviennent difficiles à mener. Les vaches mettent bas tantôt dans le ruga (campement provisoire), tantôt dans la pâture, mais après la mise bas on les garde au moins vingt-quatre heures dans le ruga pour que le veau puisse téter régulièrement. Pendant cette période la vache est nourrie avec des feuilles d'arbre ou de l'herbe coupée. Par la suite, les veaux sont laissés la journée dans le ruga pendant trois ou quatre semaines avant de pouvoir aller paître en compagnie des vaches.

Les Peuls sont de bons éleveurs et leur compétence est un atout précieux pour le développement d'une petite exploitation mixte agropastorale. Le cas des Peuls au Nigéria illustre bien la transition du pastoralisme nomade aux systèmes de production laitière plus sédentaires. Les contraintes actuelles des systèmes fonciers et agricoles au Nigéria ne laissent guère de perspective d'avenir au mode de vie pastoral traditionnel hormis les régions les plus arides et celles du nord. Les paysans installés ont plus de droits sur la terre que les éleveurs nomades, qui sont contraints de s'établir et de s'intégrer au système foncier en place pour être autorisés à exploiter les terres. Il en existe des exemples dans les régions de Niger et d'Oyo, où des Peuls se sont fixés depuis plusieurs générations. Les cultivateurs locaux possèdent souvent du bétail qui est gardé par les Peuls. Dans les régions où il existe une tradition pastorale, le lait est généralement facile à écouler dans la mesure où la population locale a pris l'habitude d'en consommer, mais dans l'extrême sud-est, où l'on ne rencontrait pas auparavant d'éleveurs de bovins, les habitants ne boivent pas de lait et celui-ci ne trouve pas de débouché commercial. On a remarqué dans ce cas que les femmes peules cherchaient une source de revenus dans l'élevage de poulets.

La traction animale a tendance à se développer au Nigéria et la race de vaches Blanches Peules (Bunaji) s'y prête fort bien. Les perspectives de développement pour l'élevage et la production laitière sont bonnes dans le sud du Nigéria, car les précipitations y sont abondantes. Les exploitations mixtes s'y multiplient et les ressources alimentaires pour les vaches laitières sont bien plus grandes que dans les régions sèches. On pourrait également envisager l'organisation d'un réseau de collecte du lait (page 00), bien que des tentatives dans ce sens aient échoué précédemment.

Ouganda, Afrique orientale - pays Karamojong

Le pastoralisme des Karamonjongs illustre les problèmes associés au «développement» des systèmes pastoraux. La province de Karamoja s'étend sur 35 000 km² dans le nord-est de l'Ouganda. La pluviométrie annuelle est élevée dans l'ouest (plus de 1 000 mm), mais descend au dessous de 500 mm par an dans l'est, avec une saison sèche qui va d'octobre à mars. Les habitants mènent pour la plupart une existence transhumante, semi-pastorale: leurs principaux hameaux sont situés dans l'axe central de la province de Karamoja où l'on trouve de l'eau presque toute l'année. Cet axe fait un peu office de «ordon sanitaire (1)» entre les différents groupes: les femmes, les aînés et les enfants vivent là tout au long de l'année; les hommes jeunes, qui gardent les troupeaux, n'y restent que pour la saison des pluies. Le long des cours d'eau, on cultive le sorgho, diverses plantes potagères, l'arachide, le maïs et le millet. En raison de l'irrégularité des précipitations, les cultures ne suffisent pas à assurer la subsistance de la population, d'autant que la sécheresse sévit à raison d'une année sur quatre. On observe un équilibre instable entre les efforts des éleveurs visant à accroître le cheptel (pour le lait et les animaux de trait, mais aussi pour se prémunir en cas de sécheresse) et les pertes dues aux maladies et aux sécheresses.

(1) En français dans le texte (N.d.T.).

Au début du vingtième siècle (si l'on s'en rapporte aux sources de l'époque), une série de «catastrophes de croissance» se sont produites. Le gouvernement souhaitait alors développer la productivité et accroître le contrôle de l'État sur la population. Mais les politiques mises en place n'avaient pas tenu compte de la fragilité du système pastoral. En conséquence, c'est tout le mode de vie pastoral qui fut ébranlé et ses ressources de base s'épuisèrent rapidement. Les sécheresses se succédaient périodiquement tandis que le cheptel et la population humaine augmentaient, aggravant encore la situation. Les conflits politiques qui secouèrent le pays (plus tard dans le courant du vingtième siècle) ne firent qu'ajouter aux problèmes auxquels se trouvait confronté le peuple karamojong. Ces tentatives manquées de «développement planifié» du système pastoral en Ouganda sont une source d'enseignement que les planificateurs ne doivent pas négliger.

L'équilibre des systèmes pastoraux exclut les mesures trop brutales et peut-être même toute forme d'intervention. Il est peu probable que des systèmes de production statiques puissent fonctionner de manière durable dans les régions sèches. Seuls les systèmes flexibles qui peuvent exploiter les ressources de vastes superficies sont viables.

Kenya, Afrique orientale - peuple Masaï

Il existe au Kenya plusieurs systèmes pastoraux pratiqués par différents groupes ethniques, mais les problèmes auxquels sont confrontés les éleveurs sont fort semblables à ceux que rencontrent les autres communautés pastorales du Nigéria et d'Ouganda. Dans le cadre de sa politique de privatisation des terres, le gouvernement a cherché à influencer la gestion des systèmes pastoraux en créant des ranchs collectifs. Ainsi, à Kajiado et à Narok, vers le milieu des années soixante, on regroupa dans des ranchs plusieurs familles masaïs qui disposaient de deux cents hectares par famille. Au Kenya et en Tanzanie, les Masaïs occupaient traditionnellement de vastes superficies, mais depuis les années soixante, cette zone a été réduite par l'avancée des terres de culture et les restrictions imposées par la délimitation des réserves animalières.

Il s'est vite avéré que ces unités de deux cents hectares étaient trop petites et ne prenaient pas en compte les sécheresses régulières. En période de sécheresse, les Masaïs sont amenés à se déplacer vers des régions où ils espèrent trouver des conditions meilleures, mais ce n'était plus possible dans un système de ranchs bien délimité.

Malgré les dépenses et les efforts considérables consentis pendant plus d'une décennie pour stimuler le développement et la commercialisation, les Masaïs continuent à privilégier une économie de subsistance qui se caractérise par un faible écoulement de la production sur le marché.

Les conditions climatiques imprévisibles, la répartition des terres de pâture communes et l'exploitation du sol pour la culture restreignent la liberté de mouvement des éleveurs nomades tout en les contraignant à se déplacer.

Kenya - peuple Turkana Ngisouyoka

On rencontre dans le nord du Kenya, là où vivent les Ngisonyokas - un sous-groupe de la tribu Turkana -, un système différent de celui qui existe en pays masaï. En 1982, les pasteurs ngisonyokas étaient au nombre de 9 650 environ et élevaient sur une superficie de 7 540 km un cheptel composé approximativement de 85 200 chèvres et moutons, 9 800 bovins, 9 800 chameaux et 5 300 ânes. Les familles effectuent jusqu'à quinze déplacements par an et couvrent une distance qui peut dépasser cent kilomètres. La température annuelle moyenne est de 30°C et les précipitations fluctuent entre 150 et 600 millimètres par an selon l'endroit. La consommation de lait fournit 60% de l'apport énergétique dans l'alimentation humaine. Les chamelles en produisent la moitié, les chèvres et les brebis un quart et les vaches le dernier quart.

On peut raisonnablement tirer les conclusions suivantes à propos de l'équilibre et l'efficacité du transfert d'énergie au sein de ce système.

" Les éleveurs exploitent les ressources de la région avec assez d'efficacité pour autoriser une densité élevée de population humaine sur des terres marginales sans provoquer de dégradation des sols.

" Dans le cas qui nous occupe, aucune dégradation environnementale ne semble pouvoir être imputée au pastoralisme.

" L'importance des troupeaux n'a rien d'excessif.

" Le nombre de bêtes qui ne donnent pas de lait n'est pas trop important.

" La faible productivité des animaux n'entraîne pas pour autant un cheptel disproportionné par rapport aux humains: la valeur observée est de trois unités de bétail tropicales (UBT, unité animale théorique équivalant à 250 kg de poids vif) par personne, mais cela suffit à faire vivre la population humaine.

On est en droit de douter que ces conclusions soient valables pour tous les systèmes pastoraux, mais lorsque la répartition des communautés est optimale, le pastoralisme représente un système de gestion efficace dans les zones arides Si les densités de bétail et de population humaine ne sont pas trop élevées, l'équilibre du système se maintient et les produits de l'élevage assurent la subsistance et servent de monnaie d'échange.

Kenya - peuple Boran

Il existe encore un autre système pastoral au Kenya, dans la région d'Isiolo où vivent les Borans. Un système bien organisé de gestion en commun des terres et des troupeaux y fonctionne avec succès malgré la concurrence d'autres groupes pastoraux (par exemple les Somalis). Hommes et terres se répartissent en collectivités, les Dedas, au sein desquelles les bêtes sont élevées en commun. On sépare les troupeaux secs des vaches laitières, qui sont gardées plus près de la communauté où les familles sont rassemblées. Les hommes font paître les bêtes sèches plus loin pour exploiter au mieux les ressources en eau et en pâtures. A l'exception des rives des cours d'eau où l'on peut pratiquer l'irrigation, la région est trop sèche pour être cultivable. La production laitière est donc d'une importance vitale pour la population. Des limites territoriales ont été fixées pour permettre aux communautés pastorales de gérer leurs terres sans interférence avec les autres groupes. Ce système constitue un modèle de gestion qui pourrait être appliqué à d'autres zones arides où l'on rencontre des conditions similaires.

Résumé des caractéristiques des systèmes pastoraux

Les régions où le pastoralisme est pratiqué présentent certaines caractéristiques communes:

" Jusqu'à présent, les efforts de planification sont partis du principe que les systèmes pastoraux pouvaient ou pourraient être «développés» ou «améliorés». Il est apparu que c'était une idée fausse dans la plupart des cas et que, tant que les taux de populations humaine et animale restent bas, les systèmes traditionnels fonctionnent de manière parfaitement durable.

" On observe un accroissement de la population humaine et du bétail tandis que la pression des cultivateurs est venue s'ajouter à l'exploitation des terres par les éleveurs.

" Dans de nombreuses régions pastorales, le sol s'épuise sous l'effet combiné d'un surpâturage dû à une mauvaise planification de l'exploitation des terres, des changements climatiques et du défrichage de la végétation ligneuse utilisée comme combustible.

" Les mouvements de transhumance diminuent tant dans leur fréquence que dans la distance parcourue; les communautés pastorales se fixent peu à peu et dépendent de plus en plus des cultures pour assurer leur subsistance.

" Quand la pression démographique était moindre, les systèmes pastoraux traditionnels tiraient sans doute le meilleur rendement possible de l'ensoleillement, des précipitations et des ressources du sol pour subvenir aux besoins alimentaires de la population dans les régions semi-arides concernées.

" Dans les systèmes pastoraux, c'est probablement la gestion traditionnelle qui fonctionne le mieux et il n'existe guère de méthode qui débouche sur une augmentation significative de la productivité primaire ou secondaire.

" Un retour aux mécanismes de contrôle traditionnels paraît souhaitable. Cela revient à dire qu'il vaudrait mieux laisser les éleveurs exploiter leurs territoires selon la tradition pastorale, qui suppose une population humaine et animale réduite et un contrôle du taux de croissance du cheptel. Il devrait être possible, grâce à une gestion saine et une réduction de la mortalité dues aux maladies, de réduire les facteurs de risque et de renforcer la confiance des communautés pastorales qui pourraient dès lors planifier leurs exploitations en fonction de leurs besoins.

" Pour autant que l'on puisse réduire le risque et compter sur la coopération des éleveurs, on pourrait envisager de mettre en oeuvre des méthodes plus efficaces de conservation des sols tout en essayant de réduire le cheptel, de stimuler l'écoulement de la production et de mieux contrôler l'exploitation des terres de pâture.

" Il serait bon de pouvoir assurer aux communautés pastorales une certaine protection contre les risques naturels (facilités de vente si le besoin s'en fait sentir, indemnisations en cas de sécheresse ou d'épidémie, distributions de compléments alimentaires pour le bétail), mais ce sont là des suggestions difficiles à mettre en pratique dans de nombreuses régions.

" Il peut y avoir intérêt à inciter les éleveurs à se tourner vers d'autres activités, mais ce n'est guère envisageable dans les pays où les possibilités d'emploi sont réduites.

" Le lait de vache, de chamelle, de chèvre et de brebis demeure un produit essentiel dans les systèmes pastoraux. Il ne saurait y avoir de stratégie d'avenir pour les éleveurs si l'on n'est pas en mesure de concevoir des moyens d'assurer la subsistance de la cellule familiale grâce à la production laitière ou à d'autres sources de revenus. Dans un système traditionnel, il faut compter environ 70 vaches pour subvenir aux besoins d'une famille.

" Avant de se lancer dans des plans de développement ambitieux, les concepteurs de projets d'élevage seraient bien inspirés de se pencher sur les expériences qui ont été tentées dans d'autres systèmes pastoraux.

" La comparaison avec des systèmes durables d'élevage extensif dans les régions sèches de pays comme l'Australie par exemple est peut-être valable en termes d'objectifs de production dans leurs aspects techniques, mais certainement pas pour ce qui concerne la dimension humaine et sociale dans les communautés pastorales.

Les systèmes mixtes

Dans les communautés pastorales (pp. 42-57), le lait constitue la base du système et le moyen de subsistance des éleveurs. Dans les systèmes mixtes, d'autres produits jouent un rôle aussi important que le lait. Nous allons décrire ici deux systèmes: le ranch laitier et la production de lait par des vaches de trait. Dans le premier, l'exploitation produit du lait et de la viande et, dans le second, les vaches laitières sont utilisées comme animaux de trait pour le transport ou les travaux des champs.

Le ranch laitier

Le ranch laitier est un élevage extensif dans de vastes propriétés où les conditions ne permettent pas une production laitière intensive. Les bêtes sont traites une fois par jour et allaitent leur veau comme dans les communautés pastorales. C'est donc un système qui se situe entre la production extensive d'animaux de boucherie d'une part et, d'autre part, la production intensive de lait par des bêtes choisies pour leurs qualités de laitières et traites deux fois par jour. Le système mixte utilise des races locales ou des bêtes issues de croisement dans des régions où ni le climat ni les conditions d'élevage ne conviendraient aux races exotiques à haut rendement.

Le «ranching» laitier est une méthode de production laitière dans laquelle des vaches à rendement faible ou moyen de races Zébu ou croisées de Zébu sont traites une fois par jour et allaitent chacune un veau dans un système d'élevage extensif d'animaux de boucherie.

C'est une méthode largement répandue dans les zones tropicales d'Amérique du Sud: des vaches dont la productivité laitière est faible ou moyenne sont élevées dans des systèmes mixtes qui produisent à la fois du lait et de la viande. Près de trois millions de km de savane tropicale non arable sont dévolus à l'élevage. Dans ces régions, qui se situent pour la plupart à une altitude de moins de deux mille mètres, l'élevage bovin extensif recourt à des races de Zébu ou à des croisements Zébu-Criollo. Au Nicaragua, 70 à 80% des vaches qui allaitent sont régulièrement traites. En Colombie, plus de 50% du lait consommé provient de systèmes mixtes, contre 35% au Brésil. On ne rencontre généralement pas de races européennes dans les régions des plaines, mais les conditions en altitude (à plus de deux milles mètres) se prêtent mieux à des systèmes intensifs de production laitière à partir de races européennes.

Le nombre de vaches dans le troupeau qui sont traites une fois par jour à la saison des pluies dépend en fait de la demande de lait sur le marché et des autres ressources alimentaires. Au cours de la journée, les veaux ont un accès limité à la vache. Le système s'épanouit le mieux dans les régions où la main-d'oeuvre comme les terres sont abondantes et bon marché, et où le lait est acheté à bon prix. Les perspectives d'accroissement de la production dans les ranchs laitiers semblent assez prometteuses et les méthodes utilisées sont applicables dans d'autres parties du monde.

Exemples de production laitière dans les ranchs laitiers

Colombie, Amérique du Sud

La Colombie est un pays dont la topographie présente une grande diversité. Cela va des régions chaudes au niveau de la mer aux terres froides entre 2 600 et 3 000 mètres d'altitude, avec même de la neige au-delà de 3 000 mètres. Le cheptel bovin représente 27 millions de têtes. On estime le nombre de bêtes laitières à 3,7 millions dont 2,5 millions servent à la production de lait. Les vaches se répartissent à raison 9% de races laitières sélectionnées, 58% de races croisées et 33% de race Criollo (locale). Les troupeaux laitiers ne fournissent que 60% de la production de lait; le reste provient de l'élevage de boucherie. Dans les zones climatiques froides (les vallées et les plateaux entre 1500 et 2 800 mètres), les vaches laitières sont principalement de race Holstein, Ayrshire et Brunes suisses. Tandis qu'ailleurs (les vallées chaudes, la côte nord et les contreforts des Andes), les bêtes laitières sont principalement des vaches Criollo, des Zébus ou des races croisées que l'on élève aussi bien pour la viande que pour le lait. Dans certaines régions côtières, on trait également les vaches de races de boucherie. Le système varie selon la région et dépend essentiellement du climat et de la proximité des marchés. Dans les régions de la côte Caraïbe et du Piedmont, c'est l'élevage extensif qui prédomine, tandis que dans la région andine, on rencontre une production plus intensive. Les vaches vêlent en toutes périodes de l'année, de sorte que le lait constitue une source de revenus constante, qui représente parfois jusqu'à un tiers des recettes d'une exploitation.

Bolivie, Amérique du Sud

Dans la zone humide subtropicale de San Javier (département de Santa Cruz, 500 à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, latitude 16° sud), les élevages laitiers se composent de vaches croisées Zébu/Criollo traites une fois par jour, à l'aube, en présence du veau. Pendant la journée, les veaux sont laissés avec les vaches, mais on les sépare pour la nuit. La moyenne des ventes de lait sur le marché est assez basse: environ 400 kg pour une période de lactation de 180 jours.

L'élevage de bêtes de race Holstein/Frisonne dans les plaines boliviennes n'est guère rentable. Mais le croisement de vaches Zébu/ Criollo avec des taureaux européens donne des hybrides vigoureux dont les deux premières générations sont d'un bon rapport pour la production laitière. Bien soignées, ces bêtes produisent plus de lait que les vaches de races pures, sont plus fertiles et présentent un taux de mortalité nettement moindre tant chez les veaux que chez les animaux adultes. Les hybrides sont d'un entretien moins coûteux et ont une productivité comparable pour un coût moindre sans entraîner les risques élevés liés à l'importation de bétail exotique sous les tropiques. Le «ranching» laitier est donc idéalement adapté aux plaines tropicales de Bolivie.


Figure II.3. - Vaches Criollo dans un système mixte de ranching laitier, en Bolivie

Résumé des caractéristiques des ranchs laitiers

" Le «ranching» laitier est une méthode de production fondée sur le principe d'adaptation. Il exploite les qualités de laitières des meilleures vaches d'un élevage d'animaux de boucherie bien adaptés aux températures élevées et aux terres pauvres.

" Ce type de production doit pouvoir compter sur de bons marchés pour écouler le lait et sur un réseau de transports. En Amérique du Sud, le lait est souvent acheminé en train sur de longues distances vers les grands centres urbains.

" Dans les ranchs laitiers que l'on rencontre en Amérique du Sud, c'est le propriétaire qui est responsable de l'entretien des terres.

" Le lait peut constituer jusqu'à un tiers des rentrées financières d'une exploitation. C'est un revenu plus régulier que celui qui provient de la vente des animaux de boucherie.

" Les meilleures laitières produisent, sur une lactation, 800 litres pour la vente, sans que la croissance du veau en soit affectée.

" Les vaches sont traites une fois par jour et allaitent leur veau.

La production de lait par les bêtes de trait

Dans de nombreuses régions du monde, on se sert d'animaux de trait pour les travaux des champs et le transport. D'ordinaire, on préfère utiliser des taureaux (ou des boeufs). Toutefois, lorsqu'il manque de terres pour l'agriculture, les paysans sont contraints d'utiliser plutôt des vaches - cela permet de mieux disposer des ressources alimentaires pour le bétail que s'il fallait entretenir à la fois des vaches et des taureaux (ou des boeufs).

Bangladesh, sous-continent indien

On estime qu'au Bangladesh, plus de la moitié des animaux de trait sont des vaches. Dans ce pays, la pression démographique a réduit la taille moyenne des exploitations agricoles à moins de deux hectares et, avec deux récoltes par an ou davantage, on y pratique une culture intensive. Les petites exploitations ne sont pas en mesure de produire assez de fourrage pour nourrir à la fois des vaches et des taureaux. Les paysans doivent vendre rapidement les animaux mâles et ils utilisent les vaches non seulement pour la production de veaux et de lait, mais aussi comme bêtes de trait. Ces efforts augmentent les besoins nutritifs des vaches qui, souvent, dépensent plus d'énergie qu'elles n'en reçoivent dans leur alimentation. C'est la raison pour laquelle, les vaches du Bangladesh sont souvent petites et sous-alimentées. Leur production de lait en souffre, de même que leur fertilité.

Les vaches de trait sont fortement sollicitées et, dans de tels systèmes, les paysans auraient tout intérêt à se concerter pour trouver un moyen d'atteindre des niveaux de production durables.

La production laitière dans les petites exploitations

Dans toute la zone tropicale, on peut trouver des fermes, des villages ou des régions péri-urbaines où des cultivateurs sédentaires gardent quelques vaches laitières de races locales, bien adaptées au climat. Il peut parfois s'agir aussi de croisements avec les races Jersey, Sahiwal ou d'autres bonnes laitières. Les vaches sont tenues à la longe près de la ferme, gardées en troupeaux sur des terres de pâture communes, nourries à l'étable au village ou dans un enclos. Les paysans ne possèdent d'habitude qu'une ou deux vaches en complément du produit de leurs cultures. Ils consomment eux-mêmes le lait mais en vendent aussi une partie ainsi que les veaux mâles ou des boeufs engraissés qui sont une source complémentaire de revenus.

La production dans les petites exploitations peut parfois jeter les bases d'une industrie laitière commerciale et plusieurs projets ont vu le jour avec des succès divers. Il faut pour cela pouvoir compter sur l'aide des services gouvernementaux et des entreprises commerciales pour l'approvisionnement en nourriture et en médicaments, ainsi que pour le traitement et la commercialisation de la production.

La production laitière dans les petites exploitations est pratiquée par des paysans qui font paraître quelques vaches à proximité de la ferme ou les nourrissent d'herbe coupée et de sous-produits de culture afin d'en tirer un peu de lait pour la consommation familiale ou la vente à l'échelle locale.

Exemples de production laitière dans les petites exploitations

Kenya, Afrique orientale

Avant 1965, la production de lait au Kenya provenait pour l'essentiel de grosses fermes situées sur des terres de pâture extensives et semi-intensives. Dans les années 60 et 70, le Kenya vendait les produits laitiers aux pays voisins, mais ses exportations ont commencé à décliner vers 1975. A l'heure actuelle (au début des années 90), 80% de la production laitière provient de petites exploitations agricoles mixtes. Le degré de spécialisation de la production de lait est fonction de sa rentabilité en regard d'autres types d'exploitations, comme les cultures de thé, de café, de pyrèthre, de maïs et de haricots.

Les terres agricoles du Kenya sont classées selon leur potentiel: élevé, moyen ou faible. Les terres à potentiel élevé sont celles où les précipitations annuelles dépassent 850 mm; elles constituent 13% de la superficie dévolue à l'agriculture dans le pays. Dans ces régions à potentiel élevé, les petites exploitations (en moyenne 1,2 hectare) représentent 70% de la population, 75% de la production agricole et 70% de l'emploi.

On distingue trois niveaux de spécialisation: la production laitière de subsistance, la production par les petits exploitants et la production commerciale. Dans les régions montagneuses, les systèmes de pâturage des petites exploitations se fondent sur l'alternance de cultures et de jachères. Une industrie florissante s'y est développée, avec un bétail de qualité (généralement de race locale x Frisonne). Ces animaux ne conviennent pas aux terres marginales et aux plaines où l'on préfère des croisements Bos indicus/Bos taurus. La race Sahiwal a notamment été introduite et, dans les plaines côtières, les paysans élèvent pour la production laitière des vaches locales x Sahiwal et les nourrissent avec les plantes fourragères (Pennisetum purpureum et Leucaena lencocephala) qu'ils cultivent. On élève aussi des vaches Ayrshire x Sahiwal et d'autres croisements faisant intervenir les races Sahiwal, Jersey et Brune Suisse ont été essayés avec succès.

Tableau II.1
Composition du cheptel laitier au Kenya

Race

Nombre

Ayrshire

400 000

Frisonne

337 000

Guernesey

224 000

Jersey

117 000

Exotique x Zébu

410 000

Total

1488 000

Dans l'ouest du Kenya, les gardiens de bétail sont traditionnellement les Abaluya et les Luo, mais l'importance du cheptel décline en raison de la pression démographique humaine, particulièrement dans les régions de Siaya et de Kakamega. La production sucrière sur une large échelle a également contribué à en chasser les troupeaux de bovins.


Figure 11.4. - Vache de race Ayrshire, au Kenya

Un proportion de 60% environ de la production laitière est consommée à la ferme et 20% seulement arrivent sur le marché officiel, les 20% restants étant vendus à l'échelle locale sans aucune forme de traitement ou de conditionnement. Les Crémeries coopératives kényanes achètent le lait moins cher que les autres consommateurs, mais ce n'est qu'en dernier ressort que les paysans se tournent vers elles pour écouler leur production après avoir satisfait la demande locale.

Les systèmes de pâturage en prairies naturelles ou artificielles ont été remplacés, lorsque les conditions s'y prêtaient, par une alimentation hors sol en étable (zéro pâturage). Dans les petites exploitations, près de 80% des bêtes sont nourries à l'étable pendant la plus grande partie de l'année. Leurs rations se composent de Pennisetum purpureum et de divers sous-produits de culture de mais, de bananes et de patates douces.

Les grandes exploitations disposent toujours de prairies naturelles où pousse le Pennisetum clandestinum (herbe Kikuya), le Cynodon nelemfluensis ou le Cynodon dactylon (chiendent) lorsque les conditions sont propices et, ailleurs, de prairies artificielles semées de Chloris gayana, de Setaria anceps et de sous-espèces de Panicum (herbe de Guinée). Les vaches laitières se nourrissent d'herbe pendant sept à huit mois et reçoivent à la saison sèche des fourrages conservés (secs ou ensilés) ou des fourrages verts coupés (maïs et Pennisetum purpureum).

Les bêtes de race exotique pure et hybride améliorée (obtenue par croisements successifs de la souche indigène avec des taureaux de pure race) sont gardées dans des régions au potentiel élevé. On y pratique l'insémination artificielle et 700 000 doses de sperme sont distribuées annuellement (1984).

Malawi, Afrique du Sud-Est

Avant 1975 le Malawi importait de grandes quantités de produits laitiers. C'est pourquoi l'Organisation des Nations unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO) a mis en oeuvre en 1971, conjointement avec plusieurs départements du gouvernement, un programme de développement de la production laitière. Il s'agissait notamment de créer des fermes laitières d'État et d'encourager la production par les petits exploitants en mettant à leur disposition des vaches hybrides F1 (issues du premier croisement) de race Frisonne x Zébu. Le plan prévoyait de croiser des vaches Zébus malawi avec des taureaux de race Frisonne dans les fermes gouvernementales et d'inséminer les génisses issues de ce premier croisement avec du sperme de race Frisonne. Quatre semaines après la mise bas, ces vaches, dont la production de lait était en principe supérieure à un minimum fixé, étaient vendues ou placées contre remboursement chez des fermiers choisis selon certains critères.

Pour pouvoir acheter une vache hybride améliorée, les paysans devaient présenter des garanties financières et avoir suivi un cours de formation à la production laitière. Leur ferme devait être située dans un rayon de huit kilomètres d'un centre de collecte du lait, être bien approvisionnée en eau et disposer d'au moins 3 acres (1,2 hectares) plantés de Pennisetum purpureum (Napier)/Chloris gayana (herbe de Rhodes)/Leucaena leucocephala.

Le fermier recevait également un vaporisateur manuel et deux litres d'acaricide qui devait lui permettre de traiter ses vaches une fois par semaine. Les bêtes étaient nourries hors sol avec un fourrage vert d'herbes et de jeunes pousses coupées complété de sous-produits de culture (fanes d'arachides, son ou feuilles de maïs) et, dans la mesure des disponibilités, d'un composé concentré laitier. On conseillait en outre aux fermiers de prévoir des réserves de fourrage ensilé et de foin. Le service d'insémination artificielle était approvisionné gratuitement.

En avril 1988, on dénombrait dans la région du centre 356 petits exploitants qui gardaient, pour la production laitière, des bêtes de race croisée, soit un total de 642 vaches adultes. Selon leur répartition géographique, les paysans étaient organisés en groupes au sein desquels on élisait un comité directeur. Chaque groupe disposait d'une unité de réfrigération du lait. Les vaches étaient traites deux fois par jour et le lait était aussitôt acheminé jusqu'à l'unité de réfrigération la plus proche où un camion-citerne des Industries laitières du Malawi venait le récolter tous les deux jours. Le prix au litre était le même pour tous les paysans, mais ils recevaient un bonus lorsque le taux de graisse dans le lait était supérieur à la moyenne. Les prêts consentis pour l'achat des vaches étaient remboursés, généralement en trois ans, par la déduction d'une somme convenue sur le chèque mensuel remis au paysan pour l'achat de son lait. Les rendements laitiers ont été mesurés sur une période de dix ans (1973-1983) pour un total 781 lactations. Il en ressort que la production moyenne des vaches hybrides représente, pour une durée moyenne de lactation de 392 jours, un total de 2 188 kg de lait, avec un rendement moyen de 5,7 kg par jour.

Si, au départ, les ressources de nourriture pour les vaches étaient adéquates, de nombreux fermiers augmentèrent par la suite le nombre de leurs vaches sans pour autant pouvoir exploiter davantage de terres et de pâtures. Il devint difficile pour eux d'entretenir leurs bêtes de race croisée et il s'avéra au bout de quelques années que le programme était en perte de vitesse.

Résumé des caractéristiques des systèmes de production en petites exploitations

Les systèmes sédentaires de petite envergure offrent de grandes possibilités de diversification et d'accroissement de la production. Cela passe, par exemple, par la culture du fourrage, L'hybridation, l'insémination et l'amélioration des conditions d'hygiène et de commercialisation du lait.

" Dans les petites exploitations où l'on élève quelques vaches en complément d'une activité principale qui demeure la culture, les services d'aide au développement peuvent trouver un potentiel intéressant d'accroissement des niveaux de production. Le rendement des vaches est assez peu élevé, mais il est possible de l'améliorer si l'on parvient à faire pousser du fourrage sur de petits lopins autour de l'exploitation.

" Nombreux sont les pays qui ont essayé de développer des programmes de production laitière dans les petites exploitations sans rencontrer toujours le succès escompté. La réussite dépend d'une bonne organisation, mais aussi des possibilités techniques et économiques. Les planificateurs pourront tirer les leçons des exemples existants pour leurs projets à venir.

" Il faut citer au nombre des éléments qui contribuent au succès de ce système l'instauration d'un prix garanti pour le producteur de lait, l'absence de compétition entre les cultures et la production de fourrage pour les vaches laitières, la mise en place d'une infrastructure appropriée pour le transport et la collecte du lait, l'efficacité des services de vulgarisation et de coopération technique du ministère de l'Agriculture et la fourniture assurée des intrants nécessaires comme les médicaments, les compléments alimentaires, les semences de plantes fourragères et le matériel.

Les systèmes intensifs de production laitière

Dans les systèmes extensifs et semi-intensifs (décrits précédemment), la production de lait par vache et par exploitation est souvent assez basse, mais elle ne réclame que peu d'investissements et de compétences en matière de gestion. Les systèmes semi-intensifs font un usage plus important de certains intrants que les systèmes extensifs. Dans les systèmes pleinement intensifs, ce sont tous les intrants qui interviennent en plus grande quantité: les bêtes reçoivent plus de nourriture, de meilleurs soins de santé, de meilleures conditions d'hébergement et plus d'attention.

Les systèmes intensifs exigent une proportion élevée d'intrants et des compétences en gestion afin de surmonter les contraintes et d'accroître la productivité pour couvrir les frais additionnels de l'entreprise.

Il faut que l'accroissement de la production et des bénéfices aille de pair avec celui des investissements. La gestion des systèmes intensifs réclame beaucoup d'effort et de savoir-faire pour atteindre un niveau de production satisfaisant. Les vaches, quel que soit leur potentiel génétique, doivent être bien soignée et recevoir assez de nourriture pour subvenir à leurs besoins. La première mise bas doit avoir lieu avant l'âge de trois ans et demi; l'intervalle entre les vêlages ne doit pas dépasser 450 jours; la durée moyenne des lactations doit être supérieure à 200 jours et le taux de mortalité des vaches au premier vêlage doit être de moins de 10%. Pour compenser les coûts de production qui courent sur toute l'année, de tels systèmes s'efforcent parfois d'atteindre un rendement ininterrompu.

Exemples de production laitière dans les systèmes intensifs

Nigéria, Afrique occidentale - région de Vom

Vom se situe sur le plateau de Jos dans le nord du Nigéria. Le climat y est plus froid que dans la savane environnante. En zone tropicale, les terres montagneuses sont plus fraîches et conviennent donc mieux au bétail qui souffre moins des agressions de son environnement. Ces conditions sont également plus favorables à la production et à la commercialisation du lait.

Dès 1925 le Centre d'amélioration du bétail (Livestock Improvement Centre) à Vom commença à comparer les mérites des différentes races et concentra par la suite son attention sur les vaches Blanches Peules (White Fulani) qui sont les plus répandues dans le nord du Nigéria. Le rendement minimum avait été fixé à 450 kg par lactation et, plus tard, à 570 kg/lactation. L'amélioration par sélection était plutôt lente et, en 1952, on commença à recourir à l'insémination artificielle avec des taureaux de race Frisonne. Jusqu'en 1970, on importa régulièrement des taureaux, qui s'acclimataient facilement.

Les bêtes étaient mises en pâture dans des enclos dont la superficie variait de 1,2 à 10 hectares. Il s'agissait souvent de prairies permanentes semées d'herbes: Andropogon gayanus, Cynodon dactylon, Chloris gayana, Hyparrhenia rufa, Panicum maximum, Pennisetum clandestinum, Pennisetum purpureum, Stylosanthes guianensis. Jusqu'en 1970, on produisait annuellement quelque cinq cents à six cents tonnes de fourrage à ensiler (principalement du maïs, mais aussi de l'herbe et des légumineuses) et de grandes quantités de foin pour un cheptel de 220 à 320 têtes de bétail. On achetait également de la paille de Digitaria exilis aux cultivateurs locaux. Tout au long de l'année, les vaches recevaient des suppléments minéraux et, quand c'était nécessaire, une ration concentrée de production (à base de maïs, de sorgho, de tourteaux d'arachides et de graines de coton). Dès l'âge de trois jours, les veaux étaient nourris au son. Les problèmes de chute de la production que l'on observe fréquemment chez la race Blanche Peule ne se posaient pas à Vom, où les hybrides de Frisonne avaient un rendement moyen de 1 700 kg/lactation contre 780 pour les vaches Blanches Peules. La santé et la fertilité des vaches croisées étaient généralement bonnes.

Le lait produit était en grande partie livré à la Nigerian Creameries Ltd (Madara Ltd), où il était pasteurisé et conditionné sous emballage cartonné pour le marché de la ville de Jos. Au départ, plusieurs centres de collecte pour la crème et le beurre avaient été établis dans un rayon de 50 à 80 kilomètres autour de Vom. Leur nombre a été réduit en 1961 et, par la suite, la coopérative a cessé ses activités à cause de difficultés commerciales et d'une mauvaise gestion. En 1980 un nouveau Centre d'études et de reproduction du bétail fut créé. L'ancienne ferme avait cessé d'être exploitée en raison de problèmes de gestion et du coût élevé des intrants et de l'équipement importé. Une bonne partie des pâtures fut mise en culture par les paysans locaux. Pourtant, les premiers succès de l'industrie laitière à Vom n'en sont pas moins la preuve qu'il est techniquement possible de produire du lait dans la région.

Malaisie, Asie du Sud-Est

L'exemple de la Malaisie est intéressant parce que l'industrie laitière ne s'y est développée que récemment. Traditionnellement, les communautés malaises et chinoises ne consomment pas de lait frais et seule la communauté indienne en produit pour sa propre consommation. Les paysans élèvent des vaches laitières indiennes locales (LIL) qui se distinguent du bétail indigène de race Kedah/ Kelantan.

En 1969, la production de lait était évaluée à 18 millions de litres par an, tandis que les besoins s'élevaient à 273 millions de litres par an. Pour combler la différence, le pays était contraint d'importer, au point qu'en 1980, on estimait les importations de lait pour l'année à 364 millions de litres. Il semblait cependant possible d'accroître la production et la consommation de lait si l'on parvenait à une meilleure qualité du produit tout en réduisant les prix pratiqués. On a donc entrepris de développer une industrie laitière utilisant des méthodes de production intensives et des bêtes de race croisée.

En 1986 on dénombrait dans le pays 36 centres de collecte du lait organisés selon le modèle d'Anand, en Inde (voir page 00). Le premier centre était situé à Jasin près de la ville de Malacca. L'objectif du programme de développement de l'industrie laitière était tout à la fois d'engendrer de nouveaux revenus pour les fermiers et de produire du lait en perfectionnant des méthodes inspirées des systèmes traditionnels indiens. En 1980 on comptait environ 5 000 petites fermes laitières qui abritaient en moyenne cinq vaches de race croisée Frisonne/Locale ou Sahiwal/Frisonne.


Figure 11.5. - Vaches hybrides de frisonnes, en Malaisie

Dans l'État de Kelantan, de petites unités ont été installées et élèvent des vaches de race LIL x Frisonne. Des cultures de Pennisetum purpureum (Napier) et de Sorghum almum fournissent le fourrage vert et l'ensilage nécessaire à leur alimentation.

A Serdang, dans l'État de Selangor, on a créé des exploitations comparables (environ un hectare de superficie) où les vaches étaient soit mises en pâture dans des prairies de Setaria sphacelata ou de Brachiaria decumbens/Leucaena leucocephala, soit nourries avec du fourrage coupé. Le rendement de la première lactation ne dépassait pas l 800 kg et variait selon le régime alimentaire. Les bêtes plus âgées nourries avec des suppléments concentrés produisaient jusqu'à 3 350 kg/lactation. Le rendement laitier par hectare, avec un apport alimentaire extérieur considérable, s'élevait à l 6 000 kg/an.

Dans les systèmes intensifs, l'amélioration de la race est un élément important. En 1972-73, on importa d'Australie du bétail d'une race laitière de Zébu australien (ZA) dans l'intention d'améliorer le cheptel par hybridation. Peu d'animaux furent cependant distribués aux fermiers, qui restaient fidèles au croisement LIL/ Frisonne. Les raisons de cette préférence ne sont pas claires. Peut-être ont-elles trait à la qualité de viande supérieure des veaux mâles de race LIL x Frisonne.

Mozambique, Afrique du Sud-Est

Une expérience de production laitière intensive a été menée à la station agronomique de l'Université de Macaneta, près de Maputo (à une latitude d'environ 26° Sud). La moyenne mensuelle des températures à la station varie de 21°C en juin-juillet à 28°C en février-mars. Les températures estivales atteignent 35°C et dépassent parfois même les 40°C. Les précipitations annuelles avoisinent 760 mm et l'humidité relative est élevée. Pendant la saison sèche (d'avril à septembre), la pluviométrie est négligeable. Ces conditions ne sont pas favorables à la production laitière et l'on ne peut espérer, sans une bonne gestion, atteindre un niveau de productivité raisonnable. Le bétail était de race Frisonne.

On pratiquait tout au long de l'année une rotation des pâtures dans des prés tout autour de la ferme. On évitait ainsi d'imposer trop de déplacements aux vaches qui, dès lors, souffraient moins de la chaleur. On avait ménagé, en plus des arbres, des abris à toiture de chaume pour les protéger du soleil ainsi que des points d'eau potable. L'herbage était de qualité moyenne (Digitaria eriantha, Cynodon dactylon et Panicum maximum) et ces mêmes variétés d'herbe fournissaient un foin séché au soleil que l'on donnait aux bêtes avec des mélasses et du fourrage vert haché (maïs, sorgho et Pennisetum purpureum). A cela s'ajoutait un concentré acheté dans le commerce et composé de copra, de grains de maïs, de farine de colza, de farine de graines de coton, de son, de farine de tournesol, de mélasse et d'un complément minéral d'importation. Pour accroître la ration alimentaire, les vaches recevaient ce concentré trois fois par jour, notamment au moment des deux traites quotidiennes.

L'étable principale consistait en une haute construction ouverte, bien ventilée et correctement orientée en fonction du soleil et des vents dominants.

Les bêtes étaient baignées une fois par semaine pour combattre les tiques et prévenir les risques d'anaplasmose, de babésiose, de rickettsiose (heartwater) et de theilériose. La fièvre de la vallée du Rift, l'actinomycose et l'actinobacillose (actinomycose linguale) se rencontraient dans la région, sans poser toutefois de réels problèmes. La brucellose et la tuberculose faisaient l'objet d'un dépistage annuel et le bétail avait été vacciné contre la fièvre aphteuse et le charbon. L'ophtalmie contagieuse des bovins (kérato-conjonctivite infectieuse) était fort répandue. Des mesures sanitaires rigoureuses avaient été mises en place pour prévenir les risques de mammite.

Dès la première lactation, le rendement laitier des jeunes vaches avoisinait les 3 000 kg. Une telle productivité doit être attribuée à la réunion de plusieurs facteurs dont voici les principaux:

1. Une alimentation de qualité comprenant peu de matières inassimilables afin de réduire la production de chaleur et une consommation stimulée par le fractionnement des rations en trois repas par jour accompagnés de mélasse.

2. Des prés où l'on a ménagé des endroits ombragés.

3. L'atténuation des contraintes environnementales grâce à des installations ouvertes et aérées, de l'ombre, de l'eau fraîche et une activité réduite pour les vaches.

4. La possibilité pour les bêtes de se rafraîchir en se baignant dans la rivière locale.

5. Des mesures rigoureuses de prévention des maladies et d'élimination des parasites.

Ces dispositions réclament une bonne gestion et un apport de capitaux considérable. Même dans des conditions idéales, la production laitière demeure une activité difficile. C'est assez dire que l'entreprise est rarement viable lorsqu'elle doit faire face à des contraintes supplémentaires comme des températures ambiantes

élevées. Il vaut mieux ne pas se lancer la production intensive, si l'on ne peut compter sur une gestion qualifiée et sur l'assurance de vendre le lait à bon prix. La fertilité de l'élevage notamment est un problème important où interviennent l'alimentation, les soins et l'environnement.

Emirats Arabes Unis (EAU), Moyen-Orient

C'est en 1970, avec l'importation de 30 génisses Frisonne gravides et deux taureaux que les Emirats Arabes Unis se sont lancés dans la production intensive de lait à partir d'un troupeau de race exotique dans des conditions de températures ambiantes élevées. Le climat se caractérisait par une chaleur et une humidité importantes, des vents faibles et peu de variations de la durée du jour, soit tous les éléments d'un facteur de stress thermique. Les vaches recevaient la même alimentation toute l'année. Les quantités de matières sèches et les rations énergétiques étaient moindres que celles consommées par les mêmes animaux en Europe, mais les bêtes se maintenaient néanmoins en bonne condition physique.

Tableau 11.2
Ration d'entretien pour une vache Frisonne aux EAU

Heure du jour

Aliment

04.00

Luzerne fraîchement coupée (6,8 kg)

07.00

Son (1,8 kg) + complément vitaminique et minéral(14 g) + phosphate bicalcique (57 g)

11.30

Luzerne fraîchement coupée (6,8 kg)

16.30

Concentré laitier préparé dans le commerce (3,2 kg)

17.30

Luzerne fraîchement coupée (6,8 kg)

On leur donnait en outre un concentré laitier: 1,8 kg/4,5 kg de lait pris en deux fois au moment de la traite. Elles avaient accès en permanence à de l'eau potable.

Le rendement laitier pour la première et la deuxième lactation (305 jours en moyenne) était respectivement de 3253 kg et 4569 kg. Ces niveaux de production étaient atteints même lorsque les bêtes semblaient incommodées par la chaleur, ce qui arrivait régulièrement. Hormis les zones ombragées, rien n'était prévu pour atténuer l'ardeur du climat. En 1972, un arroseur rotatif a été fixé au toit de l'étable et les vaches y avaient librement accès entre 11 heures 30 et 17 heures. La température rectale des bêtes prise pendant la journée s'élevait progressivement au cours du printemps de 38°C environ à 39°C, puis se stabilisait entre 39°C et 40°C pendant presque tout l'été, même si des températures de 41°C n'étaient pas exceptionnelles vers 16 heures. Certaines vaches semblaient s'accommoder assez bien d'une telle température pendant une assez longue période dans la journée, pour autant que la nuit fût assez fraîche trois ou quatre heures durant pour leur permettre de se refroidir. En octobre, lorsque le temps se faisait moins chaud, le rendement accusait une hausse prononcée qui compensait presque la baisse de productivité imputable à la chaleur.

Pendant les mois les plus chauds, un grand nombre de vaches n'étaient pas fécondées. La saison froide semblait donc propice à la reproduction, notamment pour les taureaux dont l'appétit sexuel était émoussé par les températures trop élevées.

Dès l'âge de deux semaines, les veaux étaient capables de supporter les plus fortes chaleurs associées à ce climat, mais les fonctions régulatrices des animaux plus jeunes étaient insuffisantes et ils risquaient de mourir si l'on ne prenait pas soin d'eux. En leur mouillant tout le corps une ou deux fois dans le courant de l'après-midi, on parvenait généralement à réduire assez le stress thermique pour leur permettre de survivre.

L'exemple des Emirats Arabes Unis démontre que l'on peut produire du lait avec du bétail de race exotique sous un climat extrême à condition de disposer des capitaux et des compétences nécessaires. Les facteurs de production requis pour ce genre d'entreprise ne sont pas à la portée de beaucoup de paysans et les planificateurs comme les fermiers seront bien inspirés de se demander s'il est raisonnable de tenter l'expérience de ce type de production laitière. Il n'en demeure pas moins que de grands élevages intensifs de bêtes de races Frisonne et Jersey ont donné des résultats remarquables en Arabie Saoudite et dans les Etats du Golfe.

Résumé des caractéristiques des systèmes de production intensive

" La production laitière intensive est une forme d'élevage sophistiquée qui exige des investissements importants, une certaine compétence en gestion, une source régulière d'aliments concentrés et l'assurance d'un marché où le lait pourra être vendu à bon prix.

" C'est la gestion de l'entreprise (apports de capitaux et de nourriture, soins de santé, hébergement des animaux et équipements pour le stockage du lait) qui permet de maîtriser les contraintes environnementales.

" L'un des éléments essentiels pour le succès des systèmes intensifs est le prix de vente du lait qui doit suffire à couvrir les coûts des production.

" De nombreux projets de production intensive ont échoué en région tropicale. Les exemples décrits (pp. 48-56) illustrent bien les difficultés et les causes d'échec éventuel.

" Dans les systèmes intensifs, chaque vache doit vêler une fois par an pour garantir un niveau de production laitière maximum.

" La production laitière intensive et la culture des terres arables peuvent parfois être complémentaires, mais il est plus probable qu'elles entrent en concurrence pour l'exploitation du sol. De même, le recours aux aliments concentrés pour nourrir les vaches risque peut-être - mais pas obligatoirement - de déboucher sur une compétition directe avec l'homme dans la mesure où celui-ci consomme les mêmes ingrédients.

Les réseaux de collecte du lait

L'existence d'un marché garanti, la mise en place de moyens de transport et de stockage du lait encouragent les paysans à accroître leur production. Dans de nombreuses régions, des systèmes de collecte du lait ont été introduits avec des succès divers. En soi, la collecte ne permet pas d'augmenter la production, mais elle en facilite l'écoulement. Si, dès lors, les éleveurs prélèvent trop de lait, le veau risque d'en souffrir. Lorsqu'il n'y a pas de marché pour le lait, les paysans laissent plus volontiers le veau consommer tout ce qui excède les besoins du ménage, favorisant ainsi la croissance du veau dont ils tireront un meilleur prix. Les réseaux de collecte du lait doivent avoir pour objectif de stimuler une production accrue en créant des revenus qui sont réinvestis dans les intrants alimentaires et les soins vétérinaires.

Le lait, qui contient plus de 80% d'eau, est un produit encombrant et difficile à transporter. Il ne se conserve pas longtemps et, à défaut d'être transformé en d'autres produits (voir chapitre 8), il doit être consommé immédiatement. Or, les animaux laitiers sont souvent élevés dans des zones rurales, loin des marchés existants. Ces facteurs affectent bien sûr la viabilité des systèmes de production laitière.

L'une des conditions indispensables à l'accroissement de la production est l'assurance de débouchés commerciaux suffisamment rémunérateurs pour les producteurs. Lorsqu'ils comparent les systèmes de commercialisation du lait, les planificateurs doivent raisonner en termes de coût de production et de marge bénéficiaire, d'hygiène et de qualité du produit, d'étendue et de stabilité des services offerts et de stabilité des prix tant pour le producteur que pour le consommateur. On peut donc définir comme suit les objectifs essentiels des stratégies de commercialisation du lait:

" garantir au producteur des prix de vente plus élevés et plus stables;

" garantir aux consommateurs ruraux et citadins un approvisionnement régulier et des prix raisonnables qui autorisent une alimentation normale;

" améliorer l'hygiène et la qualité.

Les préférences des gouvernements vont souvent à un système de commercialisation étatique, sur une large échelle, là où d'autres options seraient parfois mieux appropriées.

Un réseau de collecte de lait est un système de commercialisation privé ou en coopérative qui garantit aux producteurs un marché à prix fixe. Le réseau doit pouvoir assurer le stockage et la distribution du lait, ainsi que le paiement régulier des producteurs.

Exemples de réseaux de collecte du lait

Pour illustrer les interactions des contraintes économiques, sociales et politiques sur le développement des industries laitières, ainsi que les facteurs environnementaux techniques qui interviennent dans la collecte du lait, nous envisagerons le cas de l'Inde et celui de l'Ouganda.

Même lorsque l'offre et la demande existent déjà pour le lait, il n'est pas facile de mettre en oeuvre un développement équilibré et durable.

Inde

Le succès des réseaux de collecte du lait introduits en Inde a été un exemple encourageant pour d'autres pays désireux de développer leur industrie. Entre 1950 et 1990, la production laitière a doublé en Inde. En 1977, sur un total de 242 millions de têtes de bétail, dont 62 millions de buffles, on dénombrait 55 millions de vaches laitières et 31 millions de bufflonnes productrices de lait. La productivité des vaches est assez basse (200 kg/lactation), tandis que les bufflonnes fournissent des quantités de lait plus importantes.

Près de 75% de la population indienne vit dans des villages où la superficie moyenne d'une exploitation est de deux hectares. Il existe une large infrastructure qui regroupe six cents blocs communautaires, 130 projets de développement intensif du bétail, 140 fermes de reproduction, 44 fermes de bétail exotique et 56 banques de sperme. Le nombre de vaches hybrides est évalué à 5 millions et l'on cherche à développer un troupeau laitier national de dix millions de vaches et bufflonnes à haut rendement.

C'est en 1946 que l'histoire système de coopératives laitières en Inde a commencé, avec la création de la Anand Milk Union Ltd (AMUL) (ou Union coopérative des producteurs laitiers du district de Kaira). Au début, la coopérative était constituée de deux entreprises communautaires qui se sont lancées en 1948 dans la pasteurisation du lait de bufflonne pour le compte du Bombay Milk Scheme. L'organisation a pris rapidement de l'ampleur et la Kaira Union fut la première société indienne à fabriquer du lait en poudre, du lait condensé et des aliments pour bébés. Les coopératives laitières représentaient pour les producteurs l'assurance d'un prix stable et raisonnable. Le regroupement des coopératives en une union permettait d'envisager l'implantation de vastes unités de traitement des produits et de services d'assistance technique.

En 1970, l'Operation Flood qui visait à créer une structure coopérative sur le modèle d'Anand a démarré. On délimita des districts laitiers reliés par le chemin de fer aux villes de Delhi, Bombay, Calcutta et Madras. En 1970, on traita ainsi quelque 650 000 litres de lait pour atteindre 2,9 millions de litres en 1980. En 1981, il existait 12 000 coopératives laitières regroupées au sein de 27 districts En 1984, le système s'était encore élargi et comptait 28 174 entreprises collectives réparties en 155 districts écoulant la production sur les marchés de 147 villes.

On s'emploie actuellement à développer un réseau laitier national destiné à acheminer les stocks des laiteries rurales vers les principaux centres de consommation. Il est apparu dès le début du projet que, si l'on voulait développer efficacement la production laitière locale, il fallait la protéger d'un marché mondial en pleine dépression. Une politique de prix imposé permet de rendre rémunératrice l'activité des petits producteurs sans encourager l'élevage laitier à grande échelle où les bêtes entrent en compétition avec l'homme pour la nourriture. Au nombre des contraintes qui limitent le développement d'un tel système, il faut citer l'insuffisance des ressources nutritives, le faible potentiel génétique, l'insuffisance des soins vétérinaires, l'insuffisance du rendement, l'inadéquation des prix fixés ou des infrastructures mises en place et la formation inadaptée des paysans.

Ouganda, Afrique orientale

Au début des années soixante un réseau de collecte du lait a été créé dans le district du Bunyoro, dans l'ouest de l'Ouganda. Le Bunyoro comporte trois zones pastorales: les plaines du lac Albert, une brousse aride qui convient mieux à l'élevage de bétail de boucherie; à l'intérieur du pays, le plateau de Combretum qui peut supporter une densité de population bovine d'un animal pour deux hectares; et les régions montagneuses du centre, fertiles et bien pourvues en eau, qui conviennent à la production laitière intensive, avec deux animaux par hectare. La mouche tsé-tsé et la peste bovine qui sévissait avant 1960 dans la région de Masindi ont été éradiquées. Auparavant, l'élevage bovin était inexistant et les chèvres constituaient la seule source locale de lait.

Jusqu'en 1960, le lait était importé du Kenya et vendu à Masindi et dans les environs. Certains particuliers faisaient chaque jour une tournée en ville à bicyclette pour vendre leur lait qu'ils transportaient dans un bidon. Ce lait était produit par des vaches de race locales Nyoro dont le rendement quotidien se situe autour de deux litres par tête. En 1962, on importa quelques bêtes de race Guernesey. C'est à cette époque que les fermiers et les commerçants ont commencé à s'intéresser au potentiel que représentait la production laitière. Entre 1961 et 1965, plusieurs tentatives ont été faites pour ouvrir à Masindi un commerce de lait, mais elles échouaient chaque fois parce que les producteurs préféraient vendre eux-mêmes leur lait à un prix plus élevé. A ce stade, on ne disposait encore d'aucun équipement de réfrigération.

En 1965, un groupe de fermiers a créé une laiterie coopérative à Masindi qui permettait aux membres d'écouler leur lait au détail. Le produit de la vente devait être réinvesti dans une entreprise distincte d'élevage de boucherie. Le projet avait reçu l'approbation des autorités. Le Co-operative Department fournit un magasin que l'on équipa d'un système de réfrigération. L'existence d'installations de stockage et de réfrigération centralisées permet tait de conclure des contrats de fournitures régulières avec les hôpitaux, les écoles, la prison et les hôtels. En 1968, la laiterie traitait 32 000 litres par mois. L'offre commençait à dépasser la demande, mais la laiterie n'était pas équipée pour effectuer des livraisons en dehors de la ville. En vertu de certains arrêtés locaux, la coopérative jouissait du monopole de la vente de lait. En conséquence, les villages des environs de Masindi se trouvaient, malgré l'offre croissante, dans l'incapacité de s'approvisionner en lait puisque les producteurs locaux n'avaient le droit de leur en vendre directement et qu'il n'était pas possible de s'en faire livrer de Masindi. Par la suite, dès lors qu'il existait un point de vente centralisé équipé d'un système de réfrigération, il devint possible d'organiser le transport du lait en quantités importantes par camions.

Le projet eut un effet stimulant sur la production laitière dans la région. Avant la création de la laiterie, il n'existait au Bunyoro que deux troupeaux de race exotique, tandis qu'en 1968, on dénombrait dans le district jusqu'à 1 542 têtes de bétail de race exotique. L'élevage de ces bêtes posait de sérieux problèmes, notamment en matière de santé et de soins. La mortalité était élevée, mais néanmoins les bases d'une industrie laitière avaient été établies.

De 1967 à 1970, le succès du projet se confirma. En mai 1967, la Dairy Industry Corporation fut constituée en en vue de développer une industrie laitière nationale et de se passer des importations en provenance du Kenya. En 1968, la Corporation devint le seul acheteur pour l'ensemble de la production laitière. En novembre 1967, une autre laiterie avait été ouverte à Hoima avec le même succès qu'à Masindi. En 1970, le lait était vendu congelé ou en briques dans les villes et à la cruche dans les campagnes. On dénombrait alors 180 vendeurs agréés.

Résumé des caractéristiques des réseaux de collecte du lait

" A en juger par les systèmes existants, le succès des réseaux de collecte du lait dépend de l'existence d'un marché avantageux, ainsi que des moyens de collecte du lait auprès des producteurs et de distribution aux consommateurs.

" Ces réseaux s'articulent d'habitude autour d'un centre de collecte, équipé souvent de citernes pour le stockage en vrac et d'équipements de réfrigération qui nécessitent bien sûr une installation électrique et un minimum de compétence pour assurer l'entretien des machines.

" Le succès dépend également des garanties de paiement régulier que l'on est en mesure d'offrir aux producteurs tout en assurant de bonnes conditions de conservation du produit et un approvisionnement constant du marché à des prix compétitifs.

" Dans une certaine mesure, l'expansion du réseau est fonction du dynamisme des commerçants locaux.

Les systèmes pastoraux extensifs sont largement soumis aux facteurs environnementaux, tandis que dans les systèmes semi-intensifs et intensifs, le fermier agit sur les conditions extérieures. Pour accroître la production laitière, il faut soit augmenter le cheptel soit augmenter le rendement des bêtes. La première hypothèse est bien évidemment fonction des exploitants qui sont en mesure d'acheter et ensuite d'entretenir des vaches laitières. La seconde dépend de l'aptitude des paysans à identifier et ensuite à corriger les problèmes inhérents à leur système de production. Dans ce cas, il se peut qu'ils aient besoin de l'assistance des services de vulgarisation et de capitaux pour acheter des intrants.

Il ne peut y avoir d'accroissement de la production sans un investissement en capital, en temps, en effort ou en main-d'oeuvre de la part du fermier.

III. L'élevage des veaux

Objectifs

La productivité de chaque vache et du troupeau dans son ensemble dépend de la production de veaux. L'ensemble des veaux qui naissent chaque année assure le renouvellement du troupeau et la sélection des meilleurs sujets comme reproducteurs contribue à l'amélioration génétique. En un sens, on pourrait considérer le lait comme un sous-produit de la production de veaux. Après avoir mis bas, la vache doit recevoir les soins nécessaires pour atteindre un rendement laitier optimum et porter à nouveau, pour soutenir la production d'année en année. Par ailleurs, l'élevage des veaux femelles doit permettre de les amener avec succès à la maturité.

Le cycle reproducteur est le moteur de l'entreprise laitière.

La conduite des veaux commence par le choix du moment de la conception et les soins donnés à la vache gravide. Ces deux éléments sont fonction du système d'élevage. L'état nutritionnel et général de la vache vers la fin de la gestation influence aussi bien le poids du veau à la naissance que ses chances de survie (pp. 68-70). Ce chapitre s'intéresse aux soins prodigués au veau à partir de la mise bas.

Les méthodes d'élevage des veaux

Quel que soit le système, le bon développement des veaux passe par un apport de nourriture satisfaisant tant en qualité qu'en quantité et par les mesures de protection contre les maladies et les agressions extérieures (particulièrement les températures élevées et les fortes pluies). Les trois méthodes d'élevage des veaux (allaitement individuel, allaitement restreint et élevage artificiel) visent à atteindre ces objectifs par des moyens différents, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients.

L'allaitement individuel

La meilleure méthode est de laisser ensemble pendant six mois ou davantage la vache et son petit, qui peut dès lors téter librement. C'est le système pratiqué dans les élevages de boucherie, car il permet une bonne croissance du veau. Tout le lait de la vache est réservé au veau, qui produit ainsi beaucoup de viande. Cette méthode n'est évidemment pas applicable pour les veaux des élevages dont la production laitière est destinée à la consommation humaine.

L'allaitement restreint

Dans certaines situations, il peut être plus intéressant de produire du lait que de la viande. On prélève alors une partie ou la totalité de la production laitière de la vache pour la consommation humaine. Le degré de spécialisation de ce genre d'élevage dépend de la demande pour le lait, du climat, du niveau de gestion et des ressources alimentaires de remplacement disponibles pour le veau.

Une méthode couramment utilisée dans l'élevage des veaux de race laitière consiste à les laisser téter uniquement pendant une certaine période de la journée. C'est ce que l'on appelle l'allaitement restreint. Le veau et la vache sont séparés pour la nuit, et la vache est traite le matin. On laisse téter le veau pendant une ou deux minutes pour stimuler l'excrétion du lait et la vache est ensuite traite avant de pouvoir à nouveau allaiter son petit. Pendant la journée, les bêtes sont gardées ensemble, mais dans les élevages extensifs, les veaux sont à nouveau séparés des vaches lorsque celles-ci vont paître. A défaut d'un apport extérieur de nourriture, cette méthode risque de laisser le veau sur sa faim.

Il semble que l'allaitement restreint soit préférable à l'élevage artificiel. Il stimule l'excrétion du lait, favorise la croissance du veau par rapport aux méthodes artificielles et réduit vraisemblablement les risques de mammites. Dans l'ensemble, les performances sont meilleures (tant en ce qui concerne la croissance des veaux que le rendement laitier) avec cette méthode que dans le cas de l'élevage artificiel (tableau III.1). La croissance des veaux qui ont un accès limité à la vache peut être améliorée par l'apport de compléments alimentaires. Les veaux nourris avec un supplément et allaités pendant trente minutes après la traite du matin et après celle du soir grandissent plus rapidement (jusqu'à 0,95 kg/ jour) que ceux nourris avec un supplément et allaités pendant soixante minutes le matin uniquement (0,70 kg/jour) ou nourris artificiellement dès l'âge de cinq jours (0,40 kg/jour).

Tableau III.1
Exemple du rendement laitier global selon que la vache allaite ou non (en ce compris le lait consommé par le veau)

Lactation et lait

Rendement laitier


Sans le veau
(nourri au seau)

Avec le veau
(allaité)

Nombre de vaches étudiées

309

230

Durée de la lactation (jours)

197

262

Lait consommé par le veau (kg)

360

524

Lait disponible pour la vente (kg)

621

1 120

L'élevage artificiel

Dans les systèmes intensifs, le fermier décide parfois de vendre ses veaux mâles, qui seront engraissés pour la boucherie, et de garder les veaux femelles, qui seront élevés à la ferme pour assurer le remplacement du troupeau. D'ordinaire, dans les systèmes les plus intensifs, les veaux sont élevés artificiellement. Pendant les cinq à huit premières semaines (et souvent jusqu'à l'âge de douze semaines), ils sont nourris au seau ou avec un trayon artificiel. On leur donne soit du lait véritable, soit un aliment de substitution. Cette méthode exige des soins attentifs car, si l'on ne respecte pas de bonnes conditions d'hygiène, les veaux sont souvent la proie de maladies.

Les veaux nourris au seau avec du lait ou un substitut reçoivent trois repas par jour pendant la première semaine et de préférence tout au long du premier mois. Le lait, s'il est consommé en trop grandes quantités en une seule fois, ou encore trop chaud ou trop froid, risque d'entraîner des diarrhées. La température idéale est de 35 à 38°C, mais il est néanmoins possible de donner au veau du lait froid, pour autant que sa température reste constante et ne varie pas d'un jour à l'autre. Chez les jeunes veaux, le lait absorbé ne passe pas de l'oesophage dans la panse (rumen) et le bonnet (réticulum): en réponse au stimulus de succion ou à d'autres stimuli comme le nourrissage au seau, une action réflexe provoque un plissement de la paroi de la panse qui forme un canal entre l'oesophage et la caillette (abomasum).

Exemples de systèmes d'élevage des veaux

L'élevage des veaux dans les systèmes pastoraux

Dans toutes les régions sèches du monde, les mêmes méthodes d'élevage des veaux se sont développées dans les systèmes pastoraux afin de ménager dans la journée des moments où la vache peut paître, d'autres où les veaux sont autorisés à téter et d'autres encore où le lait s'accumule en vue de la traite.

L'exemple des pasteurs peuls illustre bien ces méthodes. La nuit, le bétail est gardé à proximité du campement (ruga) et les bêtes adultes sont attachées deux par deux en fonction de leur âge ou de leur taille. Dans certaines régions, les adultes ne sont pas attachés, mais enfermés dans un corral (enclos). Les veaux sont attachés séparément, en ordre d'âge, le long d'une corde tendue entre deux piquets qui les retient par une boucle passée autour de leur cou. La traite a généralement lieu le matin, après avoir laissé les veaux téter un court moment pour stimuler l'excrétion du lait.

Ils sont ensuite attachés à la patte avant de la mère pendant la durée de la traite, puis on les autorise à téter ad libitum jusqu'au moment où l'on mène paître les bêtes (Figures 3.1 et 3.2). Pendant les trois à quatre premières semaines qui suivent la naissance, les très jeunes veaux ne peuvent pas accompagner les vaches sur leurs terres de pâture. Ils restent près du campement. Une fois dans la journée, les femmes et les enfants leur apportent de l'eau. En fin de journée, quand les vaches reviennent, on laisse les veaux téter leur mère avant de les séparer à nouveau pour la nuit. Les veaux plus âgés vont paître avec les vaches, mais on les garde parfois à l'écart du reste du troupeau pour éviter le contact avec les taureaux reproducteurs et les risques de conception prématurée. Les vaches sont traites à la main par les hommes et les jeunes garçons. Ce sont eux qui apprécient la quantité de lait que l'on peut prélever et ce qu'il convient de laisser pour les veaux. Le lait est ensuite confié aux femmes. On continue à traire les vaches jusqu'à ce qu'elles soient presque sèches, mais on cesse parfois plus tôt si la vache est gravide.

Le «ranching» laitier

L'allaitement restreint se pratique aussi dans les ranchs laitiers (cf. p. 38-40) où l'on prélève pour la consommation humaine une partie du lait produit par les vaches que l'on élève également pour la viande. Les veaux sont séparés de leur mère pendant la nuit. Le matin, ils tètent pendant une minute avant la traite, puis ils passent le reste de la journée avec les vaches.

Les petites exploitations

Dans les systèmes sédentaires, l'élevage des veaux s'effectue selon diverses variantes de la méthode de l'allaitement restreint. Les vaches sont soit gardées autour du village, soit mises à la longe à proximité ou encore nourries à l'étable. Les veaux sont généralement laissés avec leur mère pendant la journée et séparés pour la nuit si la vache doit être traite. Une autre possibilité est de mettre les veaux en enclos pendant que les vaches paissent ou de les garder près des habitations pour veiller sur eux.


Figure III.1. - Vache peule traite avec le veau au pied

La production intensive

Dans les systèmes intensifs, le fermier doit choisir:

1. entre élever les veaux à la ferme, les vendre ou les donner à quelqu'un d'autre pour les engraisser;

2. entre les élever naturellement, sous la vache, ou par des méthodes artificielles qui font intervenir des substituts de lait et d'autres aliments sélectionnés.

Les veaux allaités qui paissent également peuvent présenter un rythme de croissance assez élevé, mais si, au moment du sevrage, le passage du régime lacté aux aliments grossiers est trop rapide, on risque d'observer un fort ralentissement de la croissance. Les climats tropicaux permettent de mettre les veaux en pâture dès l'âge de trois mois, alors que le développement de leur panse n'est pas encore assez avancé pour leur permettre de digérer les aliments grossiers. L'idéal serait que les veaux élevés artificiellement soient mis en pâture le plus tard possible (entre six et neuf mois). Mais souvent les fermiers sont contraints, pour des raisons économiques, d'opter pour une méthode d'élevage plus extensive qui comporte une part de pâturage.


Figure III.2. - Veaux peuls restant dans le ruga pendant que les vaches paissent

Les veaux qui ont les meilleures chances de survie sont ceux qui naissent dans le meilleur environnement possible et au moment le plus favorable de l'année.

Les soins à la naissance

Le fermier n'est souvent pas en mesure de décider de la saison du vêlage: cela dépend du moment de la conception qui est déterminée par divers stimuli, notamment d'ordre nutritionnel. Les veaux qui naissent pendant la saison sèche risquent moins de prendre froid que ceux qui naissent pendant la saison des pluies. En cas de refroidissement, leur résistance aux infections est amoindrie et de nombreuses pertes peuvent être attribuées à ces circonstances. Or, c'est au début de la saison des pluies que les probabilités de voir les vaches mettre bas sont les plus fortes car, souvent, la conception se produit à la fin des pluies précédentes, au moment où les vaches qui ont eu pendant plusieurs mois de l'herbe à profusion sont en bonne condition physique.

Préparatifs pour la parturition

Douze à vingt-quatre heures avant le vêlage, la vache devient nerveuse et s'écarte du reste du troupeau. On peut citer parmi les signes précurseurs l'élargissement de la vulve, le gonflement du pis et des trayons et le relâchement des ligaments à la base de la queue. Dans la mesure du possible, lorsque la mise bas est imminente, il convient d'isoler la vache dans un endroit tranquille et protégé.

C'est évidemment difficile dans les élevages pastoraux et il n'est pas rare que des veaux naissent alors que les vaches sont en train de paître. Après le retour des bêtes au campement pour la nuit, la mère est généralement laissée avec son veau et nourrie de fourrage coupé pendant les vingt-quatre heures qui suivent. Dans les systèmes sédentaires, il est plus facile d'isoler les vaches qui vont mettre bas et les systèmes intensifs disposent d'ordinaire d'installations prévues à cet effet. Une case spéciale est parfois aménagée dans l'étable, avec un sol en béton et des murs cimentés qui peuvent facilement être désinfectés avant et après le vêlage. Dans les systèmes communautaires, les vaches passent souvent la nuit dans des kraals rudimentaires, où les conditions d'hygiène sont pour le moins douteuses. Ce genre d'environnement ne convient pas pour la mise bas qui réclame un minimum de précautions.

Il est préférable de laisser la vache mettre bas sans aide extérieure et de n'intervenir que si elle éprouve des difficultés manifestes. Le veau doit normalement se présenter avec les pattes antérieures pointées vers l'avant et entourant le museau (Figures III.3 et III.4). La parturition est parfois difficile (dystocie), surtout chez les génisses et les petites vaches lorsque le veau est gros.

Les soins à la mise bas

A la mise bas, certaines mesures d'hygiène s'imposent: veiller à ne pas laisser les membranes foetales au sol, ôter le mucus qui se trouve sur le mufle et la bouche du veau et, dans la mesure du possible, traiter le nombril avec de la teinture d'iode (ou du sulfate de cuivre, ou de l'eau phéniquée) pour prévenir les risques d'infection locale et favoriser la cicatrisation ombilicale. Dans les douze heures qui suivent le vêlage, l'ensemble des membranes foetales devrait avoir été expulsé. La vache léchera son petit pour le sécher. Le veau devrait avoir commencé à téter dans les deux à trois heures après la naissance. Il faut compter au moins huit tétées par jour au cours des quatre premiers jours.

Le colostrum

Le lait produit par la vache au cours des trois à quatre premiers jours est appelé colostrum. Il contient des anticorps, les immunoglobulines G et M (IgG, IgM) qui proviennent du système immunitaire de la vache. Ces anticorps, qui ne sont pas transmis dans les échanges transplacentaires, confèrent au veau une résistance passive à de nombreuses affections. Le colostrum a une valeur nutritive élevée et ses propriétés laxatives stimulent l'évacuation des premières fèces (méconium). La couleur jaune du colostrum est due à sa haute teneur en carotène (précurseur de la vitamine A), extrait des végétaux. Le colostrum est également une source de vitamines B. D et E. Le moment le plus favorable pour l'absorption des anticorps par l'intestin grêle du veau se situe dans les six à huit premières heures. Par ailleurs, cette absorption est favorisée par la présence de la mère. C'est pourquoi la vache et le veau doivent être laissés ensemble pendant au moins douze heures.


Figure III.3. - Positions du foetus

Si le veau ne reçoit pas de colostrum durant le premier jour, ses chances de survie s'en trouveront fortement réduites, car l'intestin n'absorbe les anticorps que pendant les 12 à 24 heures qui suivent directement la naissance. Il faudrait systématiquement faire avaler au veau jusqu'à 2,5 kg de colostrum au cours des 10 premières heures et la même quantité encore au cours des 6 heures suivantes, même si on le voit téter. On pourra ainsi être sûr qu'il reçoit assez de colostrum pour être protégé contre une infection précoce.


Figure III.4. - Présentation correcte du veau pour la parturition

Dans l'idéal, le veau devrait être laissé en permanence avec sa mère après la naissance, mais ce n'est pas possible si la vache doit être traite. Dans les élevages pastoraux ou extensifs, il arrive que le veau soit laissé seul pendant la journée, tandis que la vache est mise en pâture.

Le nourrissage au seau

Dans les systèmes intensifs, le fermier préfère parfois sevrer le veau (c'est-à-dire l'empêcher de téter) dès la naissance de façon à ce que la vache puisse rejoindre le troupeau laitier. Le veau peut être ensuite nourri au seau avec du lait ou un substitut. Dans ce cas, le mieux est de laisser le veau téter pendant les douze premières heures, puis de le séparer de la vache. S'il reste trop longtemps avec sa mère, il sera moins facile de lui apprendre à boire au seau.

Ce système présente de nombreux inconvénients et les veaux nourris au seau grandissent généralement moins bien que les veaux allaités. Ils sont moins bien alimentés et plus vulnérables aux maladies, principalement à cause de problèmes d'hygiène et de stress. Par exemple, les veau allaités de race Blanche Peule (Bunaji) des centres d'élevage de la région de Kano, au Nigéria, pèsent en moyenne 69,9 kg à l'âge de douze semaines, contre 54,4 kg pour les veaux nourris au seau.

La nutrition des veaux

Selon la taille du veau, ses besoins à la naissance peuvent aller jusqu'à trois kg de lait par jour, mais il est capable de consommer davantage. Chez les veaux qui viennent de naître, la panse n'est pas encore développée et le processus de digestion est comparable à celui des mammifères à estomac simple, comme l'homme ou le porc. Le lait passe par la gouttière oesophagienne sans transiter par la panse. C'est donc avant que la panse ne commence à fonctionner que le lait profite le mieux au veau et c'est pendant cette période que l'on peut espérer atteindre une croissance optimale.

Le lait est l'aliment qui convient le mieux pour les veaux et leur régime devrait être le plus naturel possible.

Il arrive que l'on observe certaines carences minérales chez les veaux qui ont été maintenus trop longtemps au régime lacté. Ceux-ci ont rapidement besoin d'une certaine quantité d'aliments solides qui leur apporteront les vitamines et les éléments minéraux que l'on ne trouve pas dans le lait (comme le magnésium et le fer). Le bilan vitaminique du veau dépend de ses propres réserves, des apports vitaminés qu'il trouve dans le lait et les aliments, de la synthèse des vitamines dans la panse et dans les tissus, du rythme auquel ces vitamines sont utilisées par le veau (qui peut être accéléré par la maladie) et du rythme auquel elles sont absorbées (qui peut ralentir par la maladie).

Le lait entier

Dans les systèmes d'allaitement simple et d'allaitement restreint, le veau qui tète la vache consomme, bien sûr, le lait entier. Dans le nourrissage au seau, le veau peut recevoir du lait de vache tel qu'il est produit par la traite manuelle ou mécanique, mais le nourrissage au lait entier coûte cher et on lui préfère d'autres méthodes. La ration de lait devrait commencer à un niveau équivalent à 8-10% du poids du veau par jour et augmenter graduellement jusqu'à 5 kg par jour ou davantage (tableau III.2).

Les substituts du lait sont élaborés à partir de constituants de moindre valeur, comme les huiles et les protéines végétales. Par leur composition, ils ressemblent au lait de vache, mais leur valeur nutritive n'est jamais tout à fait la même.

Le nourrissage au seau peut entraîner des troubles digestifs si les conditions d'hygiène sont insatisfaisantes. Les seaux et tout l'équipement doivent être bien nettoyés après chaque utilisation. Si les veaux souffrent de diarrhée, il peut être nécessaire de diluer le lait. D'une manière générale, il est toujours souhaitable qu'un lait à haute teneur en graisses soit dilué avant d'être donné au veau.

Si le veau a l'occasion de manger des aliments solides, la fonction de rumination apparaîtra dès l'âge de quatre semaines. L'alimentation solide stimule le développement de la panse. C'est un élément important pour les futures vaches laitières qui devront être en mesure de manger suffisamment pour maintenir leur production de lait. Les rations de départ des veaux, les gruaux et les

Tableau III.2
Quantités de lait entier et de concentré recommandées pour des veaux de race laitière jusqu'à l'âge de 12 semaines

Age (semaines)

Lait entier
(kg/jour)

Concentré
(kg/jour)

1

3,0

-

2

3,5

-

3

4,0

-*

4

4,5

-

5

5,0

0,10

6

5,0

0,20

7

5,0

0,30

8

4,0

0,40

9

3,0

0,50

10

2,0

1,00

11

1,5

1,25

12

0,75

1,50

* A partir de la 3e semaine, les veaux reçoivent du foin et de la farine.

Exemple de veaux au Zimbabwe, pesant de 25 à 30 kg à la naissance, qui reçoivent entre 350 et 400 kg de lait en 12 semaines, pour un gain de poids de 0,5-0,75 kg/jour avec, à l'âge de douze semaines, un poids de 70 à 100 kg. Source: Olivier (1 987). pâtées, devraient avoir une haute valeur protéique (14 à 16% de protéines brutes) et énergétique (8 à 10 MJ/kg MS [mégajoules par kg de matières sèches]) (voir chapitre 6). Au bout de quelques semaines on pourra commencer à donner au veau de petites quantités de fourrage vert et du foin de bonne qualité. A partir d'un mois, on peut ajouter en solution de l'urée (I%) aux gruaux ou aux rations humides, ainsi que des compléments minéraux et des vitamines A. Les veaux devraient avoir accès en permanence à de l'eau pure.

Les rations des veaux peuvent varier selon les ressources disponibles. Une préparation toute simple consiste par exemple à mélanger un 1 kg de maïs cuit dans 10 litres d'eau, que l'on administre à raison de 0,9 kg par jour à l'âge de dix semaines pour atteindre progressivement 4,5 kg par jour à l'âge de quarante semaines.

Le sevrage précoce

Le substitut du lait est généralement assez coûteux comparé aux autres aliments pour les veaux, parce qu'il s'agit d'un produit manufacturé et, souvent, d'importation. Le prix obtenu pour la vente des veaux ne justifie pas toujours des coûts de production élevés. Ces coûts peuvent être réduits en remplaçant le lait par des farines sèches, du foin et de l'eau. Cela restreint aussi les risques de diarrhée associés au nourrissage au seau. Pendant les trois premières semaines, le veau doit nécessairement recevoir une alimentation lactée à raison de 8 à 10% de son poids corporel. Mais par la suite il est possible, si nécessaire, de sevrer le veau. En dehors de circonstances exceptionnelles, notamment l'existence d'un marché avantageux pour le lait, ce procédé n'est pas recommandé (car la croissance du veau en sera sans aucun doute affectée). Le sevrage précoce et le passage à une alimentation sèche exigent des soins attentifs et, si la conduite de l'élevage n'est pas d'un niveau suffisant, les conséquences peuvent prendre une tournure désastreuse, car les veaux seront sous-alimentés et vulnérables aux infections. Pendant les trois premières semaines, on peut donner ad libitum un mélange d'aliments concentrés et de foin haché (10% de la ration). Le vingt-quatrième jour, la consommation de concentrés aura atteint 1 kg à 1,5 kg. Du vingt-cinquième au cent cinquantième jour, il n'est plus nécessaire de donner du lait au veau dont la consommation de concentrés (toujours administrée ad libitum) s'élèvera, selon le poids corporel de l'animal, jusqu'à 4 kg. A partir du cent cinquantième jour, on réduira l'apport d'aliments concentrés à un niveau suffisant pour maintenir une croissance constante. Après le sevrage, les veaux peuvent être réunis dans une unité où ils auront la possibilité de s'alimenter par eux-mêmes. Il conviendra de les traiter contre les cestodes (vers plats) le trentième jour, contre les nématodes (verts ronds) le soixantième jour et de procéder à l'ébourgeopnnage des cornes au fer rouge le trentième jour. Après le cent cinquantième jour, les veaux peuvent être mis en pâture. Il faudra dans ce cas les traiter contre les nématodes au début, au milieu et à la fin de la saison des pluies. A l'âge de cent cinquante jour, les veaux ainsi engraissés devraient gagner 0,75 kg par jour.

Les veaux qui reçoivent une alimentation sèche doivent pouvoir s'abreuver en permanence. La quantité d'eau qu'ils boivent par jour correspond à 10% de leur poids corporel et peut atteindre 20% chez les jeunes veaux.

Les veaux d'herbage

Dans les systèmes pastoraux et dans les élevages de village extensifs, les veaux apprennent très jeunes à manger de l'herbe. Dans les systèmes intensifs, il est possible de mettre des veaux en pâture dès l'âge de deux à trois mois, mais cela présente des inconvénients. Les besoins en matière d'abri sont nettement moindres sous les climats chaud que dans les régions tempérées, si ce n'est qu'il faut procurer de l'ombre aux bêtes. La gestion de l'élevage est donc plus facile en ce qui concerne les installations à prévoir.

Le rythme de croissance des veaux nourris avec de l'herbe est plus lent qu'il ne serait si on laissait les animaux au régime lacté: il faut un certain temps pour que la panse (rumen) s'habitue aux aliments grossiers dont la valeur nutritive est souvent bien inférieure à celle du lait.

Les veaux ont un potentiel de croissance considérable et, de ce fait, des besoins élevés en protéines, qui sont incompatibles avec le genre d'aliments grossiers disponibles en région tropicale pendant la plus grande partie de l'année, même dans les systèmes intensifs. Les risques d'une alimentation déséquilibrées sont cependant moindres chez les veaux. Les variétés tropicales de pâture poussent rapidement et c'est dans le premier stade de leur croissance qu'elles sont le plus agréables à consommer. Très vite, elles deviennent dures et ligneuses en vieillissant et perdent une grande part de leur appétibilité pour l'animal. Lorsque les veaux ne reçoivent plus d'apport lacté et qu'ils doivent manger de l'herbe pour satisfaire leurs besoins nutritifs, leur croissance à tendance à décliner et il faut souvent leur donner des compléments alimentaires pour éviter qu'ils ne perdent du poids. Dans les systèmes pastoraux et les petites exploitations, il est rare qu'ils reçoivent des compléments alimentaires. Dans les systèmes intensifs, si la gestion de l'élevage le permet, il serait préférable d'élever les veaux en étable jusqu'à l'âge de six à neuf mois, car cela permet un apport optimum de lait et d'aliments concentrés. Les veaux des systèmes pastoraux ou des élevages extensifs de village apprennent plus jeunes à manger de l'herbe.

Soins routiniers

Quand il est en bonne santé, le veau est actif, il a le poil lisse et luisant, les yeux brillants, une bonne coordination et ses mouvements ne sont pas saccadés. On peut, au contraire, suspecter un état maladif chez les veaux qui se tiennent tête basse, qui ont le poil rêche et les muqueuses pâles et qui portent des traces de souillures fécales autour de la queue.

C'est juste après la naissance que la mortalité est généralement le plus élevée chez les veaux. Mais avec des soins attentifs, il est possible de limiter les pertes. Les deux problèmes majeurs sont:

1. les diarrhées au cours des trois premières semaines et

2. les troubles respiratoires au cours des trois semaines suivantes.

On ne saurait trop insister sur l'importance du colostrum pour la santé des veaux (cf. p. 71).

Les trois facteurs qui influencent l'état de santé des veaux sont les conditions d'hygiène, de logement et la nourriture. Ils sont sensibles aux refroidissements (causes de pneumonie) et, dans des conditions climatiques extrêmes, ils peuvent souffrir de la chaleur.

Outre la polyarthrite septicémique et la diarrhée (cf. p. 80 et 81), les veaux sont vulnérables aux affections respiratoires comme la pneumonie d'origine bactérienne (Pasteurella spp.) ou virale. Il importe de veiller à une bonne aération des locaux. L'éleveur ne doit pas perdre de vue non plus que le veau est d'un tempérament curieux qui le porte à lécher tous les objets qu'il trouve dans son environnement. Si l'on n'y prend garde, cela peut entraîner un empoisonnement. Tout au long de la saison des pluies et au début de la saison sèche, les veaux doivent être régulièrement traités avec un anthelmintique pour éviter que leur santé ou leur croissance soient affectées par les vers. Si l'on envisage de castrer les veaux ou d'ébourgeonner leurs cornes, il convient de le faire quand ils sont encore jeunes.

On peut citer cinq grands principes préventifs contre les maladies infectieuses:

" Eliminez dans l'environnement du veau tous les agents qui peuvent être à l'origine d'une maladie infectieuse.

" Ne laissez pas le veau au contact d'un environnement infecté.

" Stimulez l'immunité non spécifique du veau en veillant à ce qu'il reçoive assez de colostrum.

" Stimulez l'immunité spécifique du veau en vaccinant la vache pour accroître la proportion d'anticorps maternels dans le colostrum (dans les deux premiers mois qui suivent la naissance, le veau lui-même ne répond pas à la vaccination).

" Evitez le stress, qui est connu pour être un facteur favorisant le développement de la pneumonie, causée par la bactérie Pasteurella omniprésente.

A l'âge de quatre à huit mois, il convient d'inoculer à tous les veaux femelles le vaccin S19 contre la brucellose (avortement contagieux).

Les problèmes de santé les plus répandus chez les veaux

La polyarthrite septicémique

La polyarthrite septicémique est causée par une infection que le veau attrape par le nombril peu de temps après la naissance. Elle peut être évitée en traitant le cordon ombilical avec un antiseptique et en veillant à ce que la parturition se déroule dans de bonnes conditions d'hygiène (cf. p. 71). L'infection s'étend à toute la région ombilicale et provoque une enflure des articulations. Les bactéries communément associées à cette maladie sont: Coryne-bacterium pyogenes, Escherichia coli, Fusiformis necrophorus et Staphylococcus spp.

La diarrhée

La diarrhée est un problème qui peut se poser au cours des trois à six premières semaines lorsque les conditions d'élevage ne sont pas satisfaisantes. Elle se déclare dans les six semaines qui suivent la naissance et s'accompagne d'une déshydratation progressive et d'un affaiblissement qui aboutit à la mort du veau. La bactérie responsable est souvent Escherichia coli (diarrhée blanche) dont la présence dans les intestins du bétail est normale. Parmi les autres organismes à l'origine de diarrhées, citons les salmonelles, les rotavirus, les coronavirus, les coccidias et, de plus en plus en région tropicale, le Cryptosporidium spp. Certains facteurs nutritionnels peuvent prédisposer à la diarrhée, et notamment les aliments grossiers. Chez les veaux âgés de 7 à 10 jours, la bactérie Clostridium perfringens provoque une entérotoxémie.

Les vaches peuvent être vaccinées six semaines puis une nouvelle fois deux semaines avant le vêlage, et ensuite une fois par an. Il convient d'isoler tous les veaux infectés et de leur administrer un traitement liquide, par exemple une solution de glucose (une tasse), de chlorure de sodium (sel) (une cuillerée), de bicarbonate de soude (une cuillerée) et de permanganate de potassium (1/4 de cuillerée) dans deux litres d'eau. On l'administre à raison de 4 litres par 45 kg de poids corporel divisés en 4 doses par 24 heures. Dans les deux à cinq semaines qui précèdent la mise bas, la mère peut être vaccinée contre E. coli, le rotavirus et le coronavirus afin d'augmenter la quantité d'anticorps maternels.

Les vers

Les infestations par les vers que l'on observe le plus fréquemment chez les veaux peuvent être réparties en trois catégories:

1. les vers de l'estomac et de l'intestin (gastro-entérite parasitaire);

2. les cestodes; et

3. la douve du foie.

La gastro-entérite est provoquée par la présence de vers de la famille des Trichostongylidés dans la caillette (par exemple Haemonchus contordus) et dans l'intestin grêle. Les symptômes d'une infection parasitaire sont notamment un mauvais état général, une robe pelée et un gros ventre. Ces signes sont fréquents chez les veaux nés au début de la saison des pluies. Il existe de nombreux anthelmintiques dont certains, à larges spectres, combattent plusieurs sortes de vers. Les veaux doivent être traités régulièrement et particulièrement au début de la saison des pluies.

La pneumonie

La pneumonie est une affection aiguë, très répandu parmi les veaux élevés dans des conditions d'étroite promiscuité. Elle se rencontre rarement dans les systèmes extensifs. La pneumonie est d'origine bactérienne (Corynebacterium pyogenes, Escherichia coli, Actinobacillus actinoids, Fusiformis necrophorus, Pasteurella haemolytica et P. multocida) et virale. La meilleure mesure préventive consiste à ménager des conditions d'hébergement propres, aérées et spacieuses.

Le logement des veaux

Nombreux sont les systèmes de production qui ne prévoient aucune sorte de logement pour les veaux ou les animaux adultes. Il est pourtant souhaitable que les veaux qui viennent de naître disposent au moins d'un simple abri. Il vaut mieux que les veaux grandissent rapidement afin qu'ils soient le plus vite sortis de la période où ils sont particulièrement vulnérables aux maladies et aux troubles de la digestion. Durant les dix premiers jours de la vie du veau, les mécanismes de contrôle de sa température sont encore mal développés, ce qui le rend très vulnérable au stress thermique pendant les heures les plus chaudes de la journée et au refroidissement s'il reste sous la pluie.

Le stress qui accompagne l'exposition à la chaleur et à l'humidité favorise les risques d'infection et ralentit le rythme de croissance. Un simple toit de chaume soutenu par des piquets contribuera à résoudre ces problèmes et à réduire les taux de mortalité.

De la naissance à l'âge de trois mois environ, les veaux élevés artificiellement doivent être logés séparément. Cela les empêche d'essayer de se téter l'un l'autre et d'avaler des poils. De cette façon, on est sûr également que tous reçoivent une ration équitable.

Les bâtiments peuvent être conçus très simplement, mais ils doivent impérativement être nettoyés et désinfectés à fond. Dans les climats chauds et humides, des abris fermés deviennent facilement des foyers d'infections. Les étables doivent être bien sèches. Elles protégeront les veaux contre les températures extrêmes tout en leur ménageant un éclairage et un espace adéquats. Elles doivent être également bien ventilées pour éviter l'accumulation de dioxyde de carbone et d'ammoniaque. En régions tropicales, la question de la ventilation ne devrait guère poser de difficulté. Dans les zones de fortes précipitations, il est également nécessaire de protéger les bâtiments contre les pluies et les vents latéraux. Pour le sol, on préférera les matériaux durs et imperméables qui sont faciles à nettoyer. A cet égard, des caillebotis surélevés garantissent tout à la fois la propreté et une bonne ventilation.

Le logement des veaux offre une protection contre certaines maladies, mais des bâtiments mal conçus peuvent au contraire accroître les risques de maladie. Les locaux mal ventilés, par exemple, augmentent les risques de pneumonie en ce qu'ils favorisent les infections réciproques et la concentration d'agents viraux et bactériens. Les risques d'infection par les vers sont accrus dans les enclos ou les parcs à bestiaux sales.


Figure III.5. - veaux sur un sol de caillebottis, en Malaisie

On peut héberger les veaux dans des logements à claire-voie en bois ou en métal, dans des constructions de briques ou dans des abris fabriqués avec des ballots de paille, qui ont en outre l'avantage de pouvoir être brûlés quand le veau est assez grand. L'intérêt des sols garnis de caillebotis est qu'ils peuvent facilement être lavés au jet d'eau chaque jour et qu'ils contribuent donc à la propreté des lieux, mais pour les tout jeunes veaux, une litière épaisse est sans doute plus confortable et plus chaude. La litière doit être changée tous les 7 à14 jours. Entre-temps, on pourra en rajouter régulièrement de façon à maintenir les veaux propres et au sec.

Vers l'âge de deux à trois mois, les veaux pourront être élevés ensemble. A ce stade, il faut compter un espace minimum de 5,5 m par tête. On veillera de préférence à rassembler les veaux par lots de même taille.

La croissance des veaux

A la naissance, le poids des veaux varie selon la race et le sexe (tableaux III.3 et III.4), mais leur taille et leur conformation dépend également de la taille et de l'état général de la mère. En principe, le poids du veau à la naissance doit correspondre approximativement à 7% du poids de la mère. Idéalement, la cote d'évaluation de l'état de la vache à la conception doit se situer entre 3 et 3,5 et cet état général doit se maintenir tout au long de la gestation.

Le rythme de croissance dépend de la race et du poids à la naissance: il peut atteindre 1 kg par jour, mais il est normalement moindre. La croissance est fonction du poids à la naissance. On peut évaluer la prise de poids quotidienne à 1,5% du poids du corps. Les veaux les plus lourds prennent donc plus de poids par jour que les veaux plus légers (tableau 3.5).

La courbe de croissance diffère d'une race à l'autre selon son bagage génétique, mais elle est surtout influencée par les facteurs environnementaux comme la nutrition et les soins prodigués aux veaux. Une étude menée au Nigéria (tableau 3.4) sur des veaux de race Blanche Peule et Blanche Peule x Frisonne, nourris au seau et élevés soit en étable soit à l'extérieur, illustre bien les différences, en termes de croissance, entre les races et les systèmes d'élevage. Les veaux hybrides prennent davantage de poids que les veaux de race pure Blanche Peule (O,60 kg par jour contre 0,42 kg par jour) et les veaux élevés en étable engraissent plus rapidement que les veaux mis en pâture (0,52 kg par jour contre 0,45 kg par jour).

Tableau III.3
Poids moyen à la naissance pour les veaux de différentes races

Race

Poids à la naissance (kg)

Pays


Femelle

Mâle


Blanche Peule

21,0

22,4

Nigéria

Mpwapwa

27,8

-

Tanzanie

Brahman x Blanche Peule

24,0

-

Nigéria

Frisonne x Blanche Peule

27,5

-

Nigéria

Tableau III.4
Poids de génisses de différentes races à des âges différents

Race

Poids (kg)

Pays


Age (mois)



6

12

18

24

36

48


Blanche Peule

-

-

-

204

-

-

Nigéria

Bunaji - mâle

140

204

258

326

-

-

Nigéria

- femelle

122

188

234

279

-

-


Mpwapwa

-

-

161

-

-

-

Tanzanie

Brahman x Blanche

109

180

216

279

376

401

Nigéria

Peule - femelle








Frisonne x Blanche

124

179

245

303

378

435

Nigéria

Peule








La croissance dépend aussi de la période de l'année (c'est-à-dire de la saison) où le veau est né. Les veaux qui naissent à la fin de la saison des pluies ou au début de la saison sèche ne trouveront plus qu'un herbage sec, mûr et fibreux. Ils engraisseront donc moins vite que les veaux qui auront eu accès à une herbe meilleure pendant la saison des pluies. Ainsi le rythme de croissance peut descendre jusqu'à 200 grammes par jour. Dans ces conditions, les veaux continueront à téter jusqu'à ce qu'ils soient sevrés de force ou jusqu'à ce que leur mère soit tarie. Cela risque de contribuer à retarder la conception et, de ce fait, à rallonger l'intervalle entre deux vêlages, mais c'est inévitable si l'on veut que le veau profite le plus possible du lait de la vache à une époque de l'année où les autres ressources alimentaires sont rares et de piètre qualité. Si les veaux étaient sevrés plus tôt dans les systèmes extensifs, ils souffriraient sans aucun doute de malnutrition.

Tableau III.5
Poids des veaux à l'âge de 91 jours selon leur poids à la naissance et le pourcentage de gain de poids quotidien


Gain de poids (%/jour)

Poids à la naissance(kg)

0,875%/jour

1,5%/jour


Poids à 91 jours (kg)

Gain moyen kg/jour

Poids à 91 jours (kg)

Gain moyen kg/jour

20

44

0,27

78

0,64

25

55

0,33

98

0,80

30

67

0,40

117

0,96

35

78

0,47

137

1,12

40

89

0,54

157

1,28

45

100

0,60

176

1,44

50

111

0,67

196

1,60

Source: Roy (1980).

IV. L'élevage des génisses

Les veaux femelles une fois sevrés sont appelés génisses. Après leur premier vêlage, on les désigne encore parfois sous le nom de génisses primipares.

Dans une entreprise laitière, il est essentiel de bien soigner les génisses. La quantité de lait qu'une vache produit dans sa vie dépend du nombre de lactations qu'elle aura, qui à son tour dépend du nombre de veaux qu'elle mettra bas. Si le premier vêlage survient trop tôt, il risque de perturber la croissance et, partant, de réduire la productivité de la vache. La durée qui sépare le sevrage du premier vêlage ne doit donc pas être considérée comme une période improductive, mais comme le fondement de la productivité de l'animal tout au long de sa vie.

Aspects généraux

Jusqu'à l'âge de cent cinquante jours, l'élevage des veaux femelles ne se distingue pas de celui des autres veaux. Par la suite, l'engraissement des bêtes dépend du système d'élevage et de la saison de la naissance. Dans les systèmes extensifs, les élevages pastoraux et la production à petite échelle, la croissance des veaux sera plus lente que dans les systèmes intensifs, puisque les conditions seront moins favorables. Dans ce cas, toute forme de complément alimentaire est évidemment bienvenue.

Puisque c'est chez les animaux les plus jeunes que l'apport nutritif contribue le plus efficacement à la croissance et puisque celle-ci, davantage encore que la production laitière, nécessite des aliments de qualité, l'élevage des génisses doit se fixer pour objectif d'atteindre la meilleure croissance possible eu égard aux circonstances économiques et aux ressources en capitaux de la ferme.

Après le sevrage, dans les systèmes de pâture naturelle, la croissance des veaux connaît de nombreux à-coups en raison des changement saisonniers dans la quantité et la qualité des herbages. L'objectif des systèmes intensifs est, au contraire, de gommer les fluctuations naturelles des ressources nutritives et d'assurer aux bêtes un approvisionnement constant.

Les veaux nés à la saison des pluies

Les veaux nés à la saison des pluies arriveront à la saison sèche à l'âge de cinq mois environ. Dans les systèmes extensifs, ils se nourriront jusque-là de la végétation naturelle (herbe et jeunes pousses), mais dans la mesure du possible, on complétera cette alimentation par du son de maïs ou de sorgho, en plus du lait de la mère.

Dans les systèmes intensifs, les veaux peuvent être placés dans de petits enclos sur des pâtures améliorées semées, par exemple, de gros chiendent (Cynodon spp.). Il faudra prendra garde aux risques d'empoisonnement cyanhydrique par les jeunes herbes, qui provoquent une mort brutale; cette forme de toxicité est assez répandue, tant dans l'Est que dans l'Ouest de l'Afrique. A l'âge de cinq mois, quand arrive la saison sèche, les veaux mangeront 3 kg ou davantage d'aliments concentrés par jour, mais ils auront besoin en outre d'une autre source d'aliments grossiers: herbe coupée, feuilles d'arbres, foin ou ensilage. Au début de la saison des pluies suivante, lorsque l'herbe repousse, on réduira progressivement au cours du premier mois l'apport d'aliments concentrés à 1 kg, et on cessera de donner de l'herbe coupée et du fourrage conservé dès que la repousse des herbages le permettra. La proportion d'aliments concentrés devrait être déterminée en fonction de la croissance et de l'état général de la génisse, sans perdre de vue la nécessité de maintenir une croissance constante. Au cours de la seconde saison sèche, on donnera quotidiennement 4,5 kg de concentré ainsi que du fourrage, par exemple de l'ensilage (9 kg) ou un autre aliment grossier de qualité supérieure comme de l'herbe coupée (4 kg). Ces quantités devaient être maintenues jusqu'à six semaines environ avant la mise bas (qui intervient à l'âge de vingt-quatre mois dans un système intensif, mais se situe plutôt aux environs de trois ans et demi dans les élevages extensifs). La génisse qui va bientôt vêler doit être bien nourrie: il faut compter l'équivalent de 5,5 kg de concentré, auxquels s'ajoutent 10 kg d'herbe fraîchement coupée ou 23 kg d'ensilage chaque jour.

Les veaux nés à la saison sèche

Les veaux nés à la saison sèche devront attendre jusqu'à cinq mois l'arrivée de la saison des pluies. Il faudra pendant ce temps leur apporter des compléments concentrés et du foin. Les quantités pourront être progressivement réduites au cours du premier mois de la saison des pluies; cela dépendra de la repousse des pâtures et de l'état des génisses. Dès que les bêtes seront habituées à consommer de l'herbe, on pourra cesser de leur donner du foin. L'engraissement se poursuivra ensuite en appliquant les mêmes principes que ceux énoncés pour les veaux nés à la saison des pluies.

Les besoins énergétiques d'entretien d'une génisse de 200 kg s'élèvent approximativement à 27 MJ EM/jour (mégajoules d'énergie métabolisable par jour, voir chapitre 6), auxquels, selon la qualité de l'alimentation, il faut ajouter 12 à 14 MJ/jour pour un gain de poids vif correspondant à 0,50 kg/jour. Cette génisse devra donc recevoir jusqu'à 40 MJ/jour, ce qui nécessite une concentration énergétique d'environ 8 MJ/kg MS (mégajoules par kg de matières sèches) dans l'alimentation. Les génisses qui ont accès à une herbe de bonne qualité devraient normalement pouvoir consommer assez pour atteindre cette ration énergétique. Les besoins en énergies augmentent pendant la gestation pour atteindre jusqu'à 20 MJ/jour de plus au neuvième mois. Donc, si l'on veut maintenir un rythme de croissance de 0,5 kg par jour, les besoins énergétiques de la génisse au neuvième mois de gestation se situeront autour de 60 MJ/jour. Cela nécessite un apport nutritif plus important et une concentration en énergie d'environ 12,5 MJ/ kg MS. Un herbage, même de bonne qualité, ne suffit généralement pas à assurer un tel apport énergétique et il faudra prévoir l'une ou l'autre forme de complément concentré.

La puberté et l'âge des génisses à la première saillie

Chez les ruminants, la maturité dépend autant du poids que de l'âge. C'est-à-dire que des veaux du même âge peuvent avoir atteint des stades de maturité différents selon leur développement. Ainsi, la puberté, c'est-à-dire chez les génisses l'apparition du cycle oestral, dépend du poids et du rythme de croissance. Chez les races taurines (Bos taurus, sans bosse), elle survient quand la génisse a atteint approximativement 40% de son poids à maturité, et l'on procède à la saillie vers l'âge de 15 mois ou plus, quand elle arrive à 55% de son poids à maturité. Les génisses de Zébus (Bos indicus, avec une bosse) atteignent la puberté à 60% de leur poids à maturité.

C'est le poids de la génisse qui détermine le meilleur âge pour la saillie (et, partant, pour la mise bas).

Il faut une croissance constante et régulière pour aboutir chez les génisses devenues adultes aux meilleures performances sur toute la durée de leur vie. Une croissance soutenue de la naissance au premier vêlage est de loin préférable à une croissance rapide jusqu'au sevrage qui ralentit ensuite quand le veau est sevré et mis en pâture.

Dans les régions tempérées, le rythme de croissance optimum après le sevrage se situe entre 0,4 et 0,7 kg/jour selon la race.

Pour atteindre un tel niveau, les rations doivent contenir au moins 12,5 MJ EM/kg MS et 14% de protéines brutes (PB) dans les aliments frais. Le poids minimum pour la première saillie varie selon la race, mais il devrait dans l'ensemble être supérieur à celui de la génisse à l'apparition de la puberté et de la première chaleur. Les différences observées dans les objectifs de poids pour les bêtes élevées dans les systèmes intensifs des régions tropicales s'expliquent par des questions de gestion et de niveaux nutritionnels (tableau IV.1). Les génisses seront prêtes pour la première saillie à un poids et à un âge variables selon la race.

Ces objectifs de poids ne sont cependant pas les seuls éléments à prendre en considération. Il est souhaitable que la première mise bas se produise à un âge assez jeune, car cela réduit les besoins en pâtures et en fourrage pour le remplacement du cheptel, de même que les frais d'entretien généraux pour le jeune bétail. Par ailleurs, si la mise bas est plus précoce, l'amélioration génétique n'en sera que plus rapide puisque les vaches produiront davantage de veaux, augmentant ainsi les possibilités de sélection (voir chapitre VII).

Après la saillie, la génisse une fois fécondée entre dans une période critique où une alimentation correcte est essentielle. Sa croissance doit se poursuivre et le foetus doit se développer. Cela suppose la production des membranes foetales et, à un stade plus avancé de la gestation, le développement de tissus mammaires. La génisse doit non seulement poursuivre sa croissance, mais encore atteindre une condition physique propice à la lactation.

La saillie

Nous aborderons plus en détail dans le chapitre V les questions de la fertilité des vaches et des génisses et de la détection des chaleurs. L'insémination artificielle (IA) n'est pas très répandue dans les systèmes de production laitière en zone tropicale: on y pratique une saillie normale (naturelle) par le taureau. Dans les systèmes où le taureau sert normalement les vaches et où il est laissé avec le reste du troupeau, l'éleveur n'a pas à se préoccuper de la détection des chaleurs. Mais là où l'on pratique l'insémination artificielle, il faut pouvoir déterminer le moment précis de l'oestrus pour savoir quand procéder à l'insémination.

Tableau IV.1
Objectifs de poids à la première saillie pour quelques races laitières

Race

Objectif de poids (kg)

Age (mois)

Poids à maturité(kg)

Pays

Ayrshire

285

17-22

480

Kenya

Frisonne

320

18-23

540


Jersey

260

14- 18

370


Zébu est-africain

270

24-26

320


Jersey

225-250

15

-

Zimbabwe

Frisonne

340-360

15

-


Frisonne (pure race)

400

19,5

-

Nigéria

Frisonne (3/4)

400

21

-


Frisonne x Blanche Peule

300

22

-


Blanche Peule

350

40

-


Certaines maladies vénériennes (transmises par le taureau à la génisse pendant la saillie) qui provoquent la stérilité devraient faire l'objet d'un dépistage systématique chez le taureau. Citons notamment la campylobactériose (Campylobacter fetus) que l'on appelait précédemment la vibriose du bétail (Vibrio fetus), la trichomonase (Trichomonas fetus) et la rhinotrachéite bovine infectieuse.

On peut choisir de mettre le taureau avec les génisses ou, au contraire, de mener les génisses qui sont en chaleur dans le parc du taureau ou dans un centre spécialisé dans la garde des taureaux reproducteurs. Puisque l'on n'a pas pu encore déterminer les qualités de laitières des génisses (et donc que l'on ignore si les veaux femelles qu'elles produiront pourront servir au remplacement des vaches réformées), il est souvent préférable, dans la mesure du possible, de les faire monter par un taureau d'une race à viande de petite taille. Leur veau sera ainsi plus petit, ce qui facilitera la première mise bas.

L'âge et le poids des génisses au premier vêlage

Selon le système d'élevage, l'âge et le poids de la bête au premier vêlage peuvent varier. Mais du point de vue de la productivité, ils gagneraient souvent à être mieux contrôlés. Il y a de fortes chances en effet pour que la première saillie ait lieu plus tôt qu'il ne serait souhaitable. Dans les systèmes intensifs, les génisses peuvent vêler à l'âge de 24 ou de 30 mois. Le tableau IV.2 mentionne les objectifs de poids à atteindre dans ces deux cas de figure. Les génisses qui mettent bas à l'âge de 2 ans auront déjà eu une lactation complète au moment où d'autres vêleront pour la première fois à l'âge de 3 ans. Dans les élevages extensifs, où les bêtes grandissent plus lentement, il vaudrait mieux que la première mise bas se situe plus tard pour permettre aux génisses de se rapprocher davantage du poids recommandé.

Tableau IV.2
Objecifs de poids selon l'âge pour des génisses de grandes races

Age

Vêlage à 24 mois

Vêlage à 30 mois

(mois)

Objectif
(kg)

GPV/jour
(kg)

Objectif
(kg)

GPV/jour
(kg)

42

0,72

42

0,60


5

150

0,66

132

0,50

15

350

0,60

282

0,50

24

5]2

-

417

0,50

30

-

-

507

-

* Pour les génisses de petites races, il faut réduire d'un tiers les poids mentionnés.

GPV = gain de poids vif

V. La conduite et l'élevage des vaches laitières

Les vaches ont besoin d'un environnement protégé où le régime alimentaire et les conditions extérieures varient le moins possible. C'est la meilleure garantie pour qu'elles se maintiennent en bonne santé, avec un espacement régulier des mises bas et un rendement laitier optimum. La conduite d'un élevage laitier englobe:

" les aspects généraux des techniques d'élevage;

" le contrôle de l'environnement et les conditions de logement;

" les soins vétérinaires;

" l'état général;

" la conduite de la lactation;

" la conduite de la fertilité.

La gestion pratique de l'élevage laitier

Une bonne productivité passe par des conditions d'élevage et des soins satisfaisants.

Le fermier peut prendre un grand nombre de précautions pour assurer le bien-être des vaches laitières. La première est de leur prodiguer un environnement sûr et hygiénique. Il faut veiller à la propreté de l'exploitation, se débarrasser des agents polluants et des objets dangereux, garantir un bon drainage et une bonne évacuation des déchets, changer régulièrement la litière des animaux, prévoir des bâtiments bien conçus, désinfecter les locaux avant d'y introduire de nouveaux animaux et entretenir la propreté des ustensiles, notamment des trayeuses mécaniques (si l'on en utilise).

Il faut ensuite une organisation du travail bien rodée pour que les bêtes ne soient pas perturbées par des changements imprévisibles.

Le stress

Les conditions d'élevage difficiles et la précarité sont des facteurs de stress et de mauvaise santé. Un climat inhospitalier, une alimentation médiocre, un traitement brutal, des bâtiments inconfortables, l'irritation constante provoquée par les parasites, une hygiène douteuse et toutes sorte d'inconvénients mineurs sont autant de causes de stress. Et le stress est lui-même responsable d'autres problèmes de santé, car il diminue la résistance aux agents pathogènes et aux organismes normalement peu virulents présents dans le milieu. Les mammites, par exemple, peuvent être dues à des organismes dont la présence dans l'environnement est normale, mais qui infectent le pis des vaches quand leur résistance est amoindrie.

Le stress peut avoir aussi pour origine des soins vétérinaires, comme les traitements par immersion contre les tiques et les maladies qu'elles transmettent ou encore les vaccinations. Ces mesures peuvent être des facteurs directs de stress ou indirects quand ils empiètent par exemple sur le temps de pâturage. Tout ce qui peut réduire le stress est bon pour la santé des bêtes: le maintien de bonnes conditions environnementales, l'atténuation des nuisances dues au climat, la qualité de l'alimentation et la prévention des maladies.

L'élevage au quotidien

Les activités d'une exploitation laitière doivent se succéder selon un ordre immuable. On aura soin de nourrir les bêtes, de les abreuver et de les traire toujours à la même heure et de ne pas changer du jour au lendemain la période de pâturage. Dans les systèmes intensifs, il faut prévoir de l'eau fraîche que les vaches pourront boire à tout moment, que ce soit à l'étable ou à la pâture. Si l'on change leur alimentation, il faut le faire progressivement, sur une période de 4 à 5 jours pour que l'appareil digestif de l'animal puisse s'y habituer. Si les vaches allaitent leur veau, le moment réservé à la tétée doit être le même chaque jour.

Hygiène générale et précautions élémentaires

Que les animaux soient gardés en étable ou au piquet, il faudra veiller à débarrasser le sol à l'endroit où ils se trouvent de tout ce qui représente un danger potentiel: clous, câbles, verre brisé, sacs de plastique, pierres et trous dans la terre. Le coin des auges et des nourrisseurs devra être nettoyé chaque jour. Faute de drainer les zones humides ou marécageuses, il faudra les clôturer pour en interdire l'accès et réparer sans tarder les fuites dans les auges ou les conduites d'eau. La paille et le fourrage souillés par des excréments doivent être évacués. La litière sera changée régulièrement. Il faut aussi se méfier de la paille, du fourrage (foin ou ensilage) et des aliments concentrés conservés dans de mauvaises conditions où risquent de se développer des toxines et des moisissures. Les aliments mal conservés et moisis sont parfois à l'origine de troubles digestifs. L'évacuation régulière du fumier et de la litière sales contribue à réduire la prolifération des mouches autour de la ferme. Certaines mouches et d'autres ectoparasites qui tourmentent le bétail pour lui sucer le sang représentent à la fois un facteur de stress et un risque de surinfection des blessures. Il est possible de désinfecter les bâtiments en vaporisant un insecticide ou un acaricide pour lutter contre les mouches, les tiques, les acariens, les puces, les poux et les termites. Certains parasites prolifèrent surtout à la saison des pluies, tandis que d'autres sont présents tout au long de l'année. Les infestations graves ont généralement pour origine le manque de soins, la promiscuité et l'accumulation du fumier.

Guetter les signes de stress

Au nombre des signes de stress et de mauvaise santé, il faut citer la perte d'appétit, la position couchée, les difficultés respiratoires, la nervosité, la toux, la salivation, l'augmentation de la température, l'agitation, la diminution du rendement laitier, l'écoulement vulvaire et l'altération de la consistance des matières fécales. A certaines périodes de l'année, les bêtes risquent de souffrir de stress thermique. Les signes de stress thermique sont la répugnance des bêtes à se coucher, le fait qu'elles se blottissent les unes contre les autres (assez paradoxalement), les corps souillés par des éclaboussures, le rythme respiratoire accéléré, la température rectale élevée, les halètement bouche ouverte et la tête tendue, les articulations du coude tournées en dehors, la langue pendante et la salivation. Les personnes qui s'occupent du bétail doivent apprendre à reconnaître les signes de mauvaise santé ou de situation anormale et intervenir avant que l'état des bêtes ne se détériore. Ces signes peuvent permettre de prévoir et donc de prévenir les problèmes. Le bon gardien sait toujours ce qui se passe dans son troupeau, mais l'excellent gardien, lui, sait ce qui va se passer.

Les bêtes en bonne santé sont alertes, actives, attentives à ce qui les entoure; elles ont les yeux brillants, sans aucune trace d'écoulement, la queue est toujours en mouvement pour chasser les mouches, elles marchent facilement et d'un pas assuré, elles ont le poil lisse et luisant, elles respirent et ruminent de manière régulière.

L'inspection des animaux

Les examens de routine facilitent une bonne conduite du troupeau et la prévention des maladies. On peut ainsi signaler au vétérinaire le moindre signe de mauvaise santé.

L'examen des dents permet de déterminer l'âge d'un animal. Les premières dents (dents de lait) restent deux ans en place (figure V.1). Les incisives des animaux adultes apparaissent par paires et le nombre de dents dans la bouche des bêtes permet de les classer par catégories d'âge. Quand toutes les dents sont sorties, leur usure reste un élément d'appréciation pour évaluer l'âge d'une vache.


Figure V.1. - L'éruption des dents chez le Zébu.

La température rectale, qui se situe normalement entre 38,5 et 39,5°C, est un bon indicateur de l'état de santé de l'animal. Au cours de la journée, celle-ci peut cependant varier si la température ambiante est élevée. Un animal souffrant aura généralement de la fièvre, tandis qu'au stade terminal d'une maladie, la température retombe au-dessous de la normale. L'accélération du pouls (qui est normalement de 60 à 80 pulsations par minute chez un animal adulte et de 100 à 120 pulsations par minute chez un veau) et du rythme respiratoire (normalement de 10 à 30 respirations par minute chez l'adulte et de 20 à 45 respirations par minute chez le veau) est un signe de stress et d'infection active.

Il est bon aussi d'examiner les muqueuses, et notamment la conjonctive (la face intérieure de la paupière), les gencives et les lèvres du vagin. Les muqueuses sont d'ordinaire roses et humides.

Leur pâleur est un signe d'anémie, c'est-à-dire la perte ou la destruction de globules rouges, souvent imputable à une infestation parasitaire. Les muqueuses jaunes laissent soupçonner une infection du foie. Souvent, la jaunisse se signale également par la coloration brune des urines. Des muqueuses gris-bleu trahissent une mauvaise oxygénation du sang, qui peut être causée par l'épuisement, une grave pneumonie, un empoisonnement cyanhydrique dû aux jeunes herbes d'étoile (Cynodon spp.). La sécheresse des muqueuses est un signe de déshydratation, fréquemment associée à une peau raide et sans élasticité. La peau saine doit être souple.

Les urines doivent aussi être inspectées régulièrement. Les traces de sang dans l'urine indiquent des maladies comme la babésiose et la leptospirose.

On aura soin de noter toute autre anomalie et de débarrasser les animaux de leurs tiques, s'ils en ont. Il faut aussi rogner régulièrement les sabots. Par ailleurs, la traite finit souvent par rendre les trayons douloureux, et il peut être recommandé d'appliquer une pommade pour prévenir toute irritation. Les médicaments sont administrés soit sous forme de comprimés, soit sous forme liquide, en potion ou en injection.

Immobilisation

Il est parfois nécessaire d'immobiliser l'animal pour pouvoir l'examiner. Il existe plusieurs façon de procéder dont la plus simple est encore de le tenir à plusieurs. On peut aussi plaquer l'animal au sol en se servant de cordes.

Premiers soins

Traiter rapidement les petits problèmes est la meilleure manière d'éviter qu'ils ne deviennent de gros problèmes. Les coupures et les blessures réclament des soins immédiats pour favoriser la guérison, atténuer le stress et enrayer tout risque de surinfection, notamment à cause des mouches qui sont attirées par les plaies. On aura soin d'abord de nettoyer les blessures avec une eau bouillie légèrement savonneuse, puis d'appliquer un quelconque antiseptique.

Quarantaine et acclimatation

Les précautions et les soins prennent une importance cruciale quand il s'agit de bêtes que l'on introduit dans une exploitation. Ces animaux doivent être isolés pendant quelque temps. On appelle cette période la quarantaine: elle permet de s'assurer que les nouveaux animaux ne sont pas porteurs d'une maladie qu'ils risqueraient de transmettre au reste du bétail. La durée de la quarantaine dépend de la période d'incubation des principales maladies suspectées.

C'est aussi l'occasion pour les bêtes de s'acclimater aux nouvelles conditions d'élevage et d'alimentation. L'acclimatation est l'ajustement des processus physiologiques et métaboliques à un nouveau milieu, notamment en ce qui concerne la température, l'humidité, l'alimentation, les habitudes et les organismes pathogènes. Le changement de gardien et de trayeur, autant que le nouvel environnement, est une source de nervosité pour les vaches. Il convient donc de s'occuper régulièrement d'elles avec des gestes calmes pour leur permettre de s'y habituer.

Calendrier d'élevage

L'élevage des vaches laitières peut être facilité par la tenue d'un calendrier pour organiser les diverses activités qui rythment l'année. Il convient par exemple de procéder aux vaccinations au bon moment afin d'éviter de provoquer un stress inopportun ou d'interférer avec les périodes de lactation maximum et de mise bas.

Pour les grands troupeaux laitiers, il existe de nombreux systèmes d'aide à la gestion qui permettent de tenir, au jour le jour, des tableaux où l'on peut facilement et rapidement visualiser l'état du cheptel et changer certaines bêtes de catégorie, notamment en ce qui concerne les mises bas et les vaches gravides.

L'enregistrement des données

Un autre outil de gestion important pour l'élevage est la tenue d'un fichier où sont répertoriés tous les animaux et les différents événements qui ont marqué leur existence. Les données concernant les inséminations, les dates de mise bas, les problèmes de santé, les traitements, le rendement laitier et l'alimentation peuvent aider l'éleveur à prévenir certains problèmes ou attirer son attention sur les animaux qui réclament des soins particuliers. Le mieux est de disposer de fiches individuelles pour chaque animal.

Pour qu'une telle organisation soit possible, il faut bien sûr pouvoir identifier les bêtes. Les étiquettes aux oreilles, les tatouages et les marquages au fer rouge sont des moyens efficaces.

Le contrôle de l'environnement et le logement

Pour garantir de bonnes conditions d'élevage et limiter les facteurs de stress, il est important de pouvoir atténuer les effets adverses du climat. Les bêtes sont confrontées à des variations diurnes et saisonnières de leur environnement. Les différences entre la saison sèche et la saison des pluies sont très marquées comme peuvent l'être les différences de température entre le jour et la nuit.

Tous les éleveurs pratiquent une forme de contrôle de l'environnement. Les pasteurs nomades conduisent leur troupeau vers de meilleures pâtures, coupent du fourrage pour leurs bêtes, les rassemblent la nuit dans un corral pour les protéger et allument des feux pour éloigner les mouches. Les paysans construisent également des abris pour leurs vaches: qu'il s'agisse de bomas au Kenya ou de kholas au Malawi. Plus le système est intensif, plus les éleveurs exercent un contrôle sur l'environnement.

Les abris

Les abris et les constructions, en réduisant le stress dû au mileu, contribuent parfois à améliorer la production laitière. Leur rôle est de protéger les vaches contre les chaleurs excessives (et éventuellement contre le froid). Pour peu qu'ils soient bien entretenus, ces abris peuvent aussi réduire les risques de maladies et faciliter le travail des éleveurs.


Figure V.2. - Abri avec un toit de chaume pour les veaux.

Les toits

Sous les climats chauds, le toit est sans conteste la partie la plus importante d'un abri. Il n'est pas nécessaire qu'il soit de construction coûteuse pour garantir une bonne protection; il suffit qu'il soit bien conçu (figure V.2). La figure V.3 décrit les échanges de température entre une vache et son milieu. La protection contre la pluie et la limitation des pertes de chaleur (grandes ondes) pendant la nuit évitent aux animaux de souffrir du froid.

Il importe que l'ombre du toit couvre en permanence l'aire sur laquelle les animaux sont confinés. La température de la face supérieure du toit peut parfois monter très haut, jusqu'à 55°C de plus que la température de l'air. Il faut donc maintenir le plus bas possible la température de la face inférieure en utilisant un matériaux isolant de façon à réduire la conduction de chaleur, en augmentant la réflectivité de la face supérieure, en arrosant le toit, en permettant à l'air de filtrer à travers le toit dans un mouvement ascendant ou en construisant le toit assez haut pour favoriser la ventilation.


Figure V.3. - Les échanges de température entre une vache et son milieu.

M = production de chaleur métabolique;
Sb= rayonnement incident direct en ondes courtes;
Sd = rayonnement incident diffus en ondes courtes émanant du ciel;
Se = rayonnement en ondes courtes réfléchi par l'environnement;
qc = (Sb + Sd + Se) = rayonnement en ondes courte réfléchi par l'animal;
Ld = rayonnement en ondes longues émanant du ciel;
Le = rayonnement en ondes longues émanant de l'environnement;
La = rayonnement en ondes longues émis par l'animal;
C = perte de chaleur par convention;
kE = perte de chaleur par évaporation.

Les bons programmes de vulgarisation agricole devraient fournir aux paysans des indications sur la manière de construire convenablement les toits pour les étables et les abris à bestiaux. Le chaume et les feuilles de palme sont des matériaux peu coûteux qui se prêtent parfaitement à la construction de toits.

Les murs

Les abris peuvent être fermés, partiellement fermés ou ouverts pour autoriser une ventilation maximum. L'air, en circulant, évacue la chaleur, l'humidité et les gaz polluants qui s'accumulent sous l'abri et se maintient à la même température qu'à l'extérieur. La plupart des constructions dépendent de la convention naturelle pour assurer une ventilation adéquate par tous les temps. Il faut donc que la conception du bâtiment en tienne compte: les murs à claires-voies, la pente du toit, les ouvertures faîtières ou le choix d'un matériau perméable à l'air pour le toit sont autant d'éléments qui favorisent une convention libre.

Certaines constructions ont au contraire des murs épais qui ont une grande capacité thermique. Ils sont conçus en fait pour absorber le rayonnement des ondes courtes pendant la journée et le libérer au cours de la nuit. On rencontre ces bâtiments dans les régions arides et semi-désertiques où les écarts de température entre le jour et la nuit sont importants. Ils ne peuvent cependant abriter qu'un petit nombre d'animaux, car ils sont moins bien ventilés et il faut éviter l'accumulation d'humidité et de gaz polluants.

Le sol

Le sol n'a qu'une influence limitée sur la température et les critères qui doivent prédominer dans son aménagement sont l'hygiène et la santé. Si les bouses et les urines ne sont pas correctement éliminées, l'endroit devient rapidement humide et propice à la prolifération de micro-organismes pathogènes. Un bon drainage est donc essentiel. On aura soin d'évacuer fréquemment les excréments, ou de les recouvrir de litière propre, ou encore de prévoir des caillebotis. Dans la mesure du possible, le sol devrait être en pente et creusé de rigoles pour permettre l'écoulement des urines. Les bâtiments devront être régulièrement désinfectés pour combattre les mouches et les parasites. Il faut veiller à ce que l'endroit ne devienne pas un foyer d'infections et d'infestations, par exemple pendant la saison des mises bas. Au début des premiers vêlages, la mortalité des veaux peut très bien ne pas dépasser 2% et atteindre par la suite 10% à la fin de la saison.

L'emplacement

L'emplacement et l'orientation d'une construction a une influence sur les conditions extérieures. Les étables bâties aux endroits exposés, comme une élévation de terrain ou une clairière, bénéficient d'une meilleure ventilation. En revanche, les abris construits à l'ombre de grands arbres sont plus frais.

Les vaches devraient être gardées à proximité de la ferme ou de l'endroit où on les trait afin de réduire les dépenses d'énergie occasionnées par la marche. Dans les systèmes de pâturage extensifs, ce n'est souvent pas possible, mais on doit s'efforcer de limiter autant que faire se peut les déplacements quotidiens. Le nourrissage en étable avec du fourrage coupé permet parfois de se passer des pâtures les plus éloignées. Les vaches doivent avoir de l'eau à proximité à tout moment, car leur tempérament nonchalant les incite à se passer de boire plutôt que d'aller s'abreuver à une certaine distance, et cela peut avoir des conséquences désastreuses sur le rendement laitier.

Il est possible de soulager les problèmes de stress thermique en donnant aux bêtes une alimentation dont la densité nutritive est plus élevée. Les aliments concentrés où la proportion de matières inassimilables est réduite augmentent moins la production de chaleur par le métabolisme de l'animal. Le nourrissage en étable restreint par ailleurs la production de chaleur par l'activité physique. Pour autant que les prairies autour de la ferme soient sûres et bien clôturées, les bêtes devraient être mises en pâture la nuit: ce procédé leur permet d'évacuer la chaleur qu'elles ont accumulée pendant la journée et de paître dans des conditions plus fraîches qui stimulent l'appétit. Il faut noter également que les sols de sable se rafraîchissent plus rapidement pendant la nuit et contribuent donc à la perte de chaleur.

Les soins vétérinaires

Les soins prodigués aux vaches laitières englobent un grand nombre de précautions et de mesures de routine. Nous avons déjà parlé de certains aspects importants de l'élevage comme l'hygiène, le logement et le contrôle des conditions climatiques qui sont à la base d'une bonne santé. L'éleveur doit aussi être attentif à la nutrition, à l'hygiène des aliments et de l'équipement qui sert au nourrissage pour prévenir l'infection par des organismes pathogènes.

Certaines maladies du bétail peuvent être transmises à l'homme. C'est ce que l'on appelle les zoonoses. Citons notamment le charbon, la brucellose, la tuberculose bovine et la teigne.

Maladies et problèmes généraux

Les problèmes généraux qui peuvent affecter les vaches laitières englobent les affections des yeux, les troubles digestifs, les carences nutritionnelles, les difficultés à la parturition, les trayons douloureux, l'infestation de l'appareil digestif par des corps étrangers, les intoxications et morsures de serpents, la stérilité, les mammites, les blessures, les entorses, les problèmes aux pieds, la boiterie, les problèmes de peau et les infestations par les tiques.

L'indigestion

L'indigestion peut avoir pour origine des matières inassimilables, des aliments moisis, une consommation excessive de concentrés ou de céréales, ou encore un changement de régime trop brutal. Avec un peu d'expérience, l'éleveur devrait être en mesure d'anticiper ce genre de problèmes et d'y remédier.

La météorisation

La météorisation est généralement due à une trop grande consommation d'herbage riche (particulièrement les légumineuses) qui provoque une accumulation d'écume et de gaz dans la panse (rumen) et peut aller jusqu'à entraîner la mort en quelques minutes si l'on n'intervient pas. L'écume et les gaz peuvent être évacués grâce à une canule introduite dans la panse à travers la parois abdominale au moyen d'un trocart. Dans la mesure du possible, il convient d'introduire une sonde stomacale pour administrer un agent anti-moussant. (A la rigueur, l'administration d'une quelconque huile végétale ou de térébenthine médicinale vaut mieux que rien.) A titre préventif, on peut donner aux bêtes du fourrage sec le matin avant de les mener à la pâture ou restreindre dès le départ le temps de pâturage sur les herbages riches.

Troubles métaboliques

L'acétonémie

L'acétonémie, qui frappe les bonnes laitières quelques jours ou quelques semaines avant le vêlage, est provoquée par un taux de glucose insuffisant dans le sang. Le meilleur traitement consiste en une administration de glucose par intraveineuse.

La fièvre de lait (hypocalcémie)

La fièvre de lait survient généralement dans les quarante-huit heures qui suivent la mise bas et est la conséquence d'un taux de calcium insuffisant dans le sang. Elle se signale par un plissement en S dans le cou, une faiblesse musculaire, une démarche chancelante, de l'assoupissement et, si l'on n'intervient pas, le coma et la mort. La fièvre de lait se traite par injection de 400 à 800 milimetres d'une solution (à 25%) de borogluconate de calcium.

Les principales maladies des bovins sont le charbon, le charbon symptomatique, la brucellose, la campylobactériose, la coccidiose, la pleuropneumonie des bovidés, la diarrhée, la fièvre aphteuse, le fourchet, la septicémie hémorragique, la rhinotrachéite bovine infectieuse, la leptospirose, la gale, la mammite, la peste bovine, la teigne, la salmonellose, la streptothricose, la trypanosomiase et la tuberculose bovine.

Les tiques et les maladies qu'elles transmettent

Il existe plusieurs espèces importantes de tiques qui s'attaquent aux bovins en zone tropicale (cf. tableau V.1). Leur cycle de vie varie selon l'espèce et comprend parfois un, deux ou trois hôtes. C'est surtout pendant la saison des pluies que les tiques pullulent dans les hautes herbes et se fixent aux vaches qui paissent. Il y a quatre étapes dans un cycle de vie: l'oeuf, la larve, la nymphe et l'adulte. La femelle de la tique pond dans le sol entre 2 000 et 20 000 oeufs qui éclosent en l'espace de 2 à 10 semaines selon l'espèce et les conditions climatiques. Les larves grimpent sur les tiges et les feuilles d'herbes, s'accrochent à un animal qui passe et se nourrissent ensuite du sang de leur hôte. S'il s'agit d'espèces à un seul hôte, les larves de tiques restent sur le même animal (son hôte) et se transforment en nymphes qui continuent à se développer pour devenir des tiques adultes. La femelle adulte, qui se nourrit toujours du sang de son hôte, s'accouple et se laisse ensuite tomber au sol pour y pondre ses oeufs. Dans le cycle de vie des tiques à deux hôtes, les larves et les nymphes restent sur le même animal, mais la tique adulte se retrouve sur un hôte différent. Chez les tiques à trois hôtes, chaque stade (larve, nymphe et adulte) du cycle de vie correspond à un hôte particulier.

Les différents cycles de vie de ces parasites compliquent les mesures prophylactiques. L'intervalle entre les traitements par absorption ou vaporisation est déterminé par le cycle de vie de la tique et par la saison.

L'élimination des tiques

Les larves des tiques à un hôte (Boophilus spp.) sont vulnérables et, si elles ne trouvent pas d'hôte approprié, elles mourront sous l'effet de la dessiccation ou du manque de nourriture en l'espace de 1 à 3 mois, selon le climat. Donc, si l'on peut garder le bétail à l'écart d'une pâture pendant 6 semaines environ à la saison sèche et si les bêtes, avant d'être ramenées dans ces pâtures, sont traitées par immersion ou vaporisation, elles ne risquent plus ensuite d'être infestées. Si les tiques présentes appartiennent toutes à l'espèce Boophilus, il est possible de combiner la rotation des pâtures avec l'application d'un acaricide (2 à 6 immersions ou vaporisations à 3 semaines d'intervalle) pendant la saison des pluies. A la saison sèche, l'utilisation des pâtures en alternance (c'est-à-dire la rotation) devrait permettre de maintenir la population de tiques au minimum.

Tableau V.1
Principales espèces de tiques affectant les bovins

Espèces de tiques

Maladie transmise

Tique à un hôte


Boophilus decoloratus

Babésiose, anaplasmose

B. annulatus

Babésiose

B. microplus

Babésiose, anaplasmose, theilériose

Tique à deux hôtes


Rhipicephalus evertsi

Theilériose, babésiose

R. bursa

Babésiose, anaplasmose, theilériose, rickettsiose

Hyaloma truncatum

Paralysie des tiques (fièvre sudorale des veaux)

H. rufipes

Abcès

H. dromedariae

Infection par Theileria annulata

Tique à trois hôtes


Rhipicephalus appendiculatus

Theilériose (principal vecteur de T. Parva), babésiose

R. sinus, R. parvus et R. capensis

Theilériose (R. sinus transmet aussi l'anaplasmose)

Amblyoma hebraeum

Rickettsiose (Heartwater), fièvre à tiques (Rickettsia canorii)

Pour les tiques à deux et à trois hôtes, il faut prévoir un traitement plus rigoureux avec des immersions ou des vaporisations hebdomadaires.

Si l'on recourt à des bains de solutions acaricides, il faut s'assurer que leur concentration est correcte et vérifier s'ils ne finissent pas par être trop dilués ou pollués. Il est important également de veiller à ce que les bêtes soient entièrement immergées et à ce qu'elles entrent dans le bain et en sortent sans se blesser.

Dans les systèmes intensifs, où l'on dispose de prés bien clôturés et où l'on peut donc contrôler les mouvements du bétail, il devrait être possible de réduire les traitements par immersion, puisque le seul moyen de propagation des tiques est le déplacement des animaux hôtes. Si les pâtures sont saines, par exemple si elles viennent d'être semées sur des terres précédemment mises en culture ou défrichées par brûlage, et si les bêtes sont traitées par immersion pour éliminer toutes les tiques qu'elles portent avant de les mettre en pâture, il est possible ensuite de réduire la fréquence des bains. Toutefois, les animaux sauvages, et notamment le gibier, risquent également d'introduire des tiques dans une pâture saine.

Si l'on recourt à la vaporisation à la main, il faut être attentif à asperger correctement les animaux, en commençant par l'arrière-train, puis en traitant sous le ventre et la poitrine, sans oublier les organes génitaux, les testicules, la base de la queue et l'intérieur des oreilles.

Les maladies véhiculées par les tiques

Les tiques transmettent de nombreuses maladies (cf. tableau V.1), affaiblissent l'animal en lui suçant le sang et provoquent des sur infections et des réactions d'hypersensibilité à l'endroit de la morsure. Elles sont aussi responsables d'un état que l'on appelle empoisonnement (paralysie) par morsure de tique qui résulte de l'introduction de toxines dans l'organisme de l'animal par le parasite. La fièvre sudorale des veaux est une forme d'empoisonnement par morsures de tiques.

Grâce au colostrum de la mère, les veaux acquièrent une certaine immunité contre les maladies transmises par les tiques. Dans les régions où l'on rencontre ces maladies et leurs vecteurs, les bêtes sont rapidement mordues par des tiques infectées et, après une infection relativement mineure, elles guérissent généralement en développant une résistance accrue à ces maladies. Si donc on ne peut espérer une éradication complète des tiques dans une région, il convient d'exposer d'abord les veaux à un nombre restreint de parasites pour développer leur résistance. Les veaux qui grandissent dans des régions saines seront plus vulnérables aux maladies véhiculées par les tiques et l'on peut craindre des pertes si les tiques viennent à se propager ou si le bétail est conduit dans d'autres régions. C'est un danger qui menace plus particulièrement les troupeaux nomades.

Citons, parmi les maladies véhiculées par les tiques, l'anaplasmose, la babésiose et la theilériose. L'éradication de ces maladies passe principalement par l'élimination du vecteur, c'est-à-dire la tique. Il existe des vaccins qui peuvent être utilisés pour protéger certains élevages. Pour ce qui est des cas déclarés, si l'on intervient assez rapidement, on peut obtenir de bons résultats avec un traitement médicamenteux approprié.

La condition physique

La condition physique d'une vache est un bon indicateur de son état nutritionnel et de sa santé. Le poids corporel ou les mensurations ne suffisent pas à nous renseigner sur l'état de l'animal. On considère souvent que les vaches peuvent perdre des forces durant la première partie de la lactation, mais cet affaiblissement ne doit pas se poursuivre sous peine de graves répercutions sur la prochaine conception, le poids du veau à la naissance et la lactation suivante. Dans les systèmes pastoraux, les vaches sont souvent en moins bonne condition que les taureaux de même taille ou de même âge: leurs besoins nutritionnels sont plus importants que ceux du mâle et leur bilan énergétique devient vite négatif.

Evaluation de l'état général

Il existe deux systèmes pour contrôler la condition physique des vaches: l'un est recommandé pour les Zébus (tableau V.2) et l'autre pour les races laitières taurines (tableau V.3). Les deux systèmes décrivent la condition physique au moyen de cotes qui vont de O à 5. L'état général est plus ou moins bon selon que la cote est plus ou moins élevée.

Le Zébus

Les vaches Zébus sont cotées tout d'abord en fonction de la couche de graisse qui recouvre le second muscle de la cuisse (figure V.4). Sur cette base, on peut diviser les vaches en trois groupes:

- cotes 0 et 1: les muscles sont décharnés et présentent une apparence concave;
- cotes 2 et 3: les muscles apparaissent plats;
- cotes 4 et 5: les muscles sont saillants et convexes.


Figure V.4. - Second muscle de la cuisse chez une vache Bas indicus de cote 3.

Selon l'épaisseur de la couche graisseuse, on procède ensuite à une évaluation individuelle. Chez les vaches Zébus, on s'intéresse à la couche de graisse en quatre endroits du corps: les apophyses des vertèbres lombaires, le bas de la cage thoracique, les os de la hanche (tuber coxae) et le second muscle de la cuisse.

Tableau V.2
Evaluation de l'état général des Zébus

Cote

Description

0

Animaux émaciés sans graisse sous-cutanée apparente.
Apophyses vertébrales pointues au toucher.

1

Apophyses vertébrales pointues, mais moins saillantes.
Elles sont recouvertes d'un peu de graisse sous-cutanée, de même que les crêtes de l'os iliaque.

2

Les apophyses restent encore assez pointues au toucher et les côtes sont apparentes individuellement.

3

On peut toujours palper les apophyses, mais elles semblent plus arrondies au toucher. Les côtes ne sont plus apparentes.

4

Il faut une pression ferme de la paume pour sentir les apophyses vertébrales. Les crêtes de l'os iliaque sont recouverte de graisse et apparaissent arrondies.

5

Même en appuyant fermement, on ne sent plus les apophyses. L'animal a un aspect massif

Les vaches de races taurines

On regarde également l'épaisseur de la graisse à l'attache de la queue.

La lactation

Puisque les coûts des bâtiments, des soins vétérinaires et de la nourriture sont en grande partie fixes, plus la quantité de lait pro duite est importante et plus le coût de production total sera bas. Il est moins cher d'élever une vache qui produit 20 kg de lait que d'en élever deux qui produisent chacune 10 kg. Les systèmes intensifs cherchent à atteindre le niveau de production de lait le plus élevé, tandis que les systèmes mixtes à deux fins (lait et viande) se contentent de niveaux de production plus bas mais néanmoins rentables.

Tableau V.3
Evaluation de l'état général des vaches de races taurines

Cote

Description

0

Animaux émaciés dont les apophyses vertébrales, les hanches, la base de la queue et les côtes sont saillantes. Aucune trace de tissu graisseux. Les épines neurales et les apophyses transverses sont pointues au toucher.

I

Les apophyses restent assez pointues au toucher et il n'y pas de graisse autour de l'attache de la queue. Les hanches, la base de la queue et les côtes sont encore saillantes, mais moins apparentes.

2

Les apophyses peuvent être palpées individuellement, mais elles semblent plus arrondies que pointues. Il y a un peu de graisse autour de l'attache de la queue, sur l'os iliaque et sur les flancs. Les côtes ne sont plus apparentes individuellement.

3

Il faut une pression ferme de la paume pour sentir les apophyses vertébrales. On peut désormais facilement palper la couche de graisse des deux côtés de la base de la queue.

4

La graisse forme des sortes d'«anneaux», mous au toucher, autour de la base de la queue. Même en appuyant fermement, on ne sent plus les apophyses. Des bourrelets de graisse commencent à se former sur les côtes et les cuisses de l'animal.

5

La charpente osseuse n'est plus apparente et l'animal a un aspect massif. L'attache de la queue et l'os iliaque semblent presque noyés dans les tissus graisseux. Les bourrelets sur les côtes et les cuisses sont bien apparents. Les apophyses sont entièrement recouvertes. La mobilité de l'animal est entravée par la masse de graisse.

Quel que soit le système de production, la gestion vise à obtenir la meilleure productivité sur l'ensemble de la vie d'une vache en optimisant la production à chaque lactation.

La saison de la mise bas

Dans des conditions naturelles, la production laitière est saisonnière et dépend des ressources en nourriture qui affectent le régime des lactations et des mises bas. Si l'accouplement n'est pas contrôlé et si le bétail dépend des seules ressources naturelles, on peut s'attendre à une concentration des vêlages vers la fin de la saison sèche et le début de la saison humide. Dans les systèmes intensifs, ce schéma saisonnier est sans doute également le plus facile à suivre, mais s'il y a un intérêt financier à produire du lait tout au long de l'année (et particulièrement pendant la saison sèche où l'on peut le vendre à un prix plus élevé), on préfère parfois que les vaches mettent bas au début de la saison sèche alors que les ressources naturelles de nourriture sont au plus bas. Pour autant que l'on dispose de fourrage conservé, comme le foin et l'ensilage, le vêlage à la saison sèche peut être recommandé.

La suralimentation précédant la mise bas

Nombre de facteurs influencent le rendement laitier et, tout d'abord, la condition physique et l'état de santé de la vache en fin de gestation. Si la vache n'est pas malade et si elle n'est pas accablée par la chaleur, c'est ensuite l'alimentation qui détermine si elle commencera sa lactation en bonne condition ou non.

Vers la fin de la gestation, la nourriture donnée à la vache doit suffire aux besoins de croissance du foetus et au développement des glandes mammaires. Le rendement laitier dépend en partie de la quantité de tissus sécréteurs qui s'est formée dans les glandes mammaires au cours du dernier mois de la gestation. Les meilleures lactations sont celles qui viennent après une période sèche de 60 jours pendant laquelle la vache a été suffisamment nourrie (suralimentation). Au début de la lactation, les vaches puisent sur leurs réserves corporelles pour soutenir la sécrétion lactée. Les vaches en bonne condition physique sont évidemment mieux aptes à le faire que les autres. On peut considérer approximativement que 45 kg de graisse corporelle fournissent assez d'énergie pour 400 kg de lait. L'état général de la vache au tout début de la lactation est aussi une garantie qu'elle pourra à nouveau concevoir au bon moment.

Si la mise bas se situe au début de la saison des pluies, les ressources alimentaires pour la ration de démarrage risquent d'être peu abondantes. Il faut pouvoir disposer de réserves de fourrage conservé à cet effet, comme c'est souvent le cas dans les élevages intensifs, ou éventuellement s'en procurer pour ce qui concerne les petits producteurs.

La conduite de l'élevage pour un rendement laitier optimum

En plus des soins et des travaux habituels, dans un élevage, le fermier va devoir prêter une attention particulière à la traite, à l'alimentation et à l'état de santé des vaches qui ont mis bas.

La traite

Pour que les glandes mammaires continuent à sécréter quotidiennement un maximum de lait, il faut le tirer régulièrement et le plus complètement possible à chaque traite. Si l'on n'enlève pas le lait du pis, la sécrétion ralentira car l'accumulation de lait dans les alvéoles s'accompagne d'une pression croissante des cellules épithéliales qui freine progressivement, puis arrête la sécrétion 35 heures environ après la dernière traite.

La cadence idéale est de 9 à 10 heures, mais cela exigerait plus de deux traites par jour. Avec un rythme de trois traites par jour, on obtient 15 à25% de lait en plus, mais les coûts en main-d'oeuvre et en organisation que cela suppose sont généralement trop élevés. Dans les systèmes intensifs, on opte pour un intervalle de l l à 13 heures entre les traites. Dans les élevages pastoraux, il n'est pas rare que les bêtes ne soient traites qu'une seule fois le matin, mais les veaux tètent pendant une bonne partie des 24 heures qui suivent et maintiennent ainsi la sécrétion lactée.

L'excrétion du lait est commandée par l'ocytocine, une hormone libérée en réponse à un stimulus naturel (figure V.6). Le stimulus normal est celui du veau qui commence à téter, mais certaines activités de routine comme, par exemple, la venue du trayeur dans l'étable peuvent faire fonction de stimulus. Si la traite est trop lente et inefficace, tout le lait ne sera pas tiré. D'ordinaire, après l'excrétion, il reste 15% du volume total du lait dans le pis. Une traite incomplète réduit le rendement laitier à long terme.


Figure V.5. - Relation entre la pression du pis et le taux de sécrétion.

La méthode utilisée (à la main ou avec une trayeuse mécanique) a aussi son importance. Par ailleurs, on a constaté que les vaches qui allaitent leur veau produisent plus de lait que celles dont les veaux sont élevés artificiellement.

Les facteurs de stress immédiat, comme le bruit, l'agitation et d'autres perturbations, peuvent avoir une influence sur l'excrétion du lait qui est inhibée par la production d'adrénaline. Une température ambiante élevée est une source de stress. Au-delà de 24°C, le rendement laitier risque d'être affecté par une moindre consommation d'aliments, par l'activité de contrôle de la température et par des réponses comportementales comme la recherche d'endroits ombragés. Pour compenser l'effets de la chaleur, on peut opter pour une alimentation concentrée contenant moins de matières sèches, donner à manger aux bêtes la nuit, leur procurer de l'ombre et étudier l'orientation des bâtiments.


Figure V.6. - Stimulation de l'excrétion du lait.

Maintenir les bêtes en bonne santé

Une infection se signale de façon certaine par une chute du rendement laitier.

Toute forme d'infection aiguë aura des répercutions sur le rendement laitier, mais certains troubles infracliniques, comme les mammites, peuvent aussi réduire la production. Les troubles du métabolisme, par exemple la fièvre de lait et l'acétonémie, affectent parfois la production au début de la lactation.

Le nourrissage

Il est important de respecter une certaine stabilité dans les repas. Les vaches ne doivent pas être nourries de manière irrégulière et le moment de la traite sera fixé en fonction des repas. Toute perturbation des habitudes dans le nourrissage et la traite risque d'entraîner une chute du rendement laitier.

La lactation de 305 jours

Dès que la mise bas a eu lieu, l'éleveur doit:

" réunir les conditions propices à la production de lait pour la lactation présente;
" préparer la production de la prochaine lactation.

Cela réclame des soins quotidiens: il faut surveiller le nourrissage, la traite et l'état de santé des vaches et faire en sorte qu'elles soient fécondées à nouveau au bon moment. Le «bon moment» dépend de l'intervalle souhaité entre deux vêlages. Pour obtenir une production maximum sur l'ensemble de la vie d'une vache, il faut que l'intervalle entre les mises bas se rapproche le plus possible de 365 jours. Ce schéma idéal se fonde sur une lactation de 305 jours et une période sèche de 60 jours avant la mise bas (Figure V.7).

Pour y parvenir, il faut que la vache soit fécondée avant que 85 jours se soient écoulés depuis la mise bas. Dans une large mesure, c'est cet objectif que l'organisation d'un élevage laitier vise à atteindre. Le contrôle de la fertilité est un élément important. Dans la pratique, toutefois, les intervalles entre les mises bas sont souvent plus long que 365 jours. Au Malawi, par exemple, pour les vaches de race croisée (Locales/Frisonnes), on observe un intervalle moyen de 485 jours, avec des périodes de lactation qui vont jusqu'à 392 jours. Si l'on ne recourt pas à l'accouplement naturel, il est essentiel, pour être sûr que la vache soit fécondée, de pouvoir compter sur une bonne détection des chaleurs et sur des méthodes d'insémination artificielle efficaces.


Figure V.7. - La lactation de 305 jours et l'année idéale.

Si l'on observe la courbe de lactation des races laitières à haut rendement, on constate que le gain de production obtenu au lancement d'une nouvelle période de lactation compense largement la quantité de lait qui aurait pu être obtenue en prolongeant la lactation précédente. L'illustration V.8. reproduit les courbes de lactation typiques des vaches Holstein/Frisonnes, Frisonnes x Bunaji et Bunaji pure race telles qu'elles ont été observées à la Station de recherche agronomique de Zaria (1950-1978).

On voit, sur l'illustration V.7., que la perte de lait à la fin de la première lactation (zone ombrée) est plus que compensée par le gain de production au début de la lactation suivante (zone hachurce). Le tableau V.4 illustre en termes quantitatifs l'effet de la longueur de l'intervalle entre mise bas et fécondation sur le rendement laitier global des vaches de race Frisonne dans un pays comme la Grande-Bretagne.

Les différences observées correspondent à la moyenne pour une vache. Si on les multiplie pour se faire une idée des répercussions sur un troupeau de 50 vaches, par exemple, on aboutit à une perte substantielle de lait et donc de revenus. L'intervalle entre la mise bas et la conception peut donc jouer un rôle décisif dans la viabilité économique d'une entreprise laitière.

Tableau V.4
Effets de l'intervalle vêlage-fécondation

Intervalle vêlage- fécôndation
(jours)

Rendement laitier moyen (kg)

Différence


Lactation




1

2

3

4

Total


< 96

3 885

4 120

4 981

4 969

17 955

-

96-125

3 679

4 095

4 969

4 725

17 468

487

> 125

3 671

3 877

4 717

4 406

16 670

798

Source: Russel (1980).


Figure V.8. - Courbes de lactation des vaches Holstein/Frisonnes et Frisonnes x Bunaji.

La reproduction et la fertilité

Dans les élevages extensifs comme dans les systèmes intensifs, l'infertilité représente un manque à gagner. Les causes sont nombreuses et, souvent, elles n'apparaissent pas immédiatement. Pour peu que l'on comprenne suffisamment le cycle reproducteur, il est possible d'anticiper dans une certaine mesure les problèmes qui risquent de survenir et d'y apporter une solution. Les soins et les précautions élémentaires mentionnés précédemment sont un premier pas vers une bonne fertilité et un rythme de reproduction optimum. Ce sont des éléments essentiels pour assurer un taux de production élevé sans lequel un élevage laitier intensif n'est pas viable.


Figure V.9. - Appareil reproducteur de la vache.

L'appareil reproducteur

Les ovules sont formés dans les ovaires situés dans la partie supérieure de l'abdomen. Ils passent ensuite dans les oviductes (trompes de Fallope) avant d'arriver dans l'utérus. Chez la vache, l'utérus est prolongé par deux cornes utérines. Le col de l'utérus fait la jonction avec le vagin qui aboutit à la vulve, l'ouverture externe de l'appareil reproducteur (figure V.9).

Les spermatozoïdes, les cellules reproductrices mâles, sont produits dans les tubules séminifères des testicules qu'entoure le scrotum (figure V.10). La spermatogenèse réclame une température un peu inférieure à celle du corps. C'est pourquoi les testicules sont des organes externes.

Indices de fécondité et fécondité optimum

Il existe plusieurs systèmes d'indices de fécondité qui se fondent sur différents critères et définitions. La meilleure mesure de la fertilité d'un animal est son aptitude à produire une seconde génération. Les indices actuellement utilisés acceptent des définitions de la fécondité plus limitées et comprennent notamment le pourcentage de sevrage (le nombre de veaux sevrés par rapport au nombre de vaches servies par le taureau ou inséminées), le taux de vêlage ou pourcentage de vêlage (le nombre de veaux nés par rapport au nombre de vaches servies par le taureau ou inséminées), l'intervalle entre vêlages (le nombre de jours entre deux mises bas), le taux de fécondation (le nombre de vaches fécondées par rapport au total des vaches servies par le taureau ou inséminées), le nombre d'inséminations par fécondation et l'intervalle vêlage-fécondation (le nombre de jours écoulés entre la mise bas et la conception suivante). Ce sont autant de mesures du «succès» de la reproduction. Si l'on prend la parturition comme point de départ du cycle reproducteur chez une vache, les conditions d'une fécondité optimum sont les suivantes:


Figure V.10. - Appareil reproducteur du taureau.

1. le cycle oestral recommence rapidement après la mise bas (dans les 42 jours);

2. la vache est fécondée dans les 85 jours;

3. elle produit un zygote viable qui s'implante dans l'utérus; et

4. elle survit jusqu'à terme et met bas un veau en bonne santé qui parvient à l'âge adulte pour continuer le cycle reproducteur.

Le cycle reproducteur comprend plusieurs étapes où peuvent surgir des problèmes spécifiques. Ce sont la parturition, le début du cycle oestral, la conception (la fécondation), le zygote (au sixième jour), l'embryon (du sixième jour à l'implantation entre le quarante-deuxième et le quarante-cinquième jour), le foetus et à nouveau la parturition.

La gestation dure entre 274 et 291 jours, avec une moyenne de 280 jours. Après la parturition, un certain nombre de facteurs doivent être surveillés pour assurer la prochaine fécondation en temps voulu. La vache doit être en bonne condition physique. L'utérus doit revenir à l'état et aux dimensions qu'il avait avant la gestation (c'est ce qu'on appelle l'involution utérine). La vache doit aussi avoir expulsé entièrement les membranes et le placenta. Ce n'est pas toujours le cas, même lorsque la mise bas s'est déroulée sans incident, et il y a alors un risque d'infection. En cas d'avortement, d'infection de l'utérus ou de l'appareil génital, il faut être très attentif, car on peut craindre des complications. Chez une vache en bonne santé, l'involution utérine devrait normalement avoir eu lieu dans les 28 jours.

Le cycle oestral

L'étape importante qui suit la mise bas est le redémarrage du cycle oestral et l'apparition de l'oestrus, ou chaleur. Le cycle reproducteur dépend en grande partie des hormones de reproduction, mais il peut néanmoins être influencé par des facteurs nutritifs et environnementaux ainsi que par l'état de santé.

Les principales glandes endocrines associées à la reproduction sont l'hypothalamus et l'hypophyse. Quant aux hormones reproductrices, les plus importantes sont l'hormone folliculostimulante (FSH) et l'hormone lutéostimulante (LH). Lorsque l'ovule quitte l'ovaire, il se forme un corps jaune (corpus luteum) qui produit la progestérone. Cette hormone stimule l'utérus pour le préparer à accueillir l'ovule. C'est elle également qui assure le maintien de la gestation et inhibe l'ovulation pendant toute sa durée. Si l'ovule n'est pas fécondé, le corps jaune régresse et l'ovulation se produit à nouveau.

Dans l'idéal, le cycle oestral devrait redémarrer chez la vache dans les 42 jours qui suivent la mise bas. Certains facteurs comme la malnutrition, la rétention placentaire, la métrite et l'involution utérine tardive peuvent retarder l'apparition du cycle. Sa durée totale se situe entre 18 et 24 jours.

Si l'élevage ne pratique pas la monte naturelle, une bonne détection des chaleurs est essentielle pour garantir un intervalle aussi court que possible entre mise bas et conception.

Principaux signes de chaleur (a) en présence du taureau:

- mugissements;
- le taureau monte la vache;
- la vache hume les autres vaches;
- agitation;
- gonflement de la vulve;
- écoulement des muqueuses.

Principales méthodes de détection des chaleurs (b) quand on ne recourt pas au taureau:

- surveiller les vaches qui s'immobilisent pour être montées;
- guetter les suintements vaginaux;
- guetter les signes de comportement anormal;
- utiliser une peinture caudale;
- consulter les fiches individuelles des vaches;

La fécondation

Lorsqu'un ovule est libéré par l'ovaire, la fécondation dépend au premier chef de l'insémination de spermatozoïdes viables par un taureau fertile mû par une libido adéquate. Si l'on recourt à l'insémination artificielle, il faut bien sûr choisir le bon moment, c'est-à-dire que l'éleveur doit surveiller ses vaches pour détecter les chaleurs.


Figue V.11. - Vache qui s'immobilise pour être montée.

La fécondation se produit généralement dans le tiers supérieur de l'oviducte (trompe de Fallope) et dans les six heures qui suivent l'ovulation. Si tout se passe correctement, le zygote (ovule fécondé) descend ensuite le long de l'oviducte. Pendant cette progression, il commence à se segmenter, de sorte qu'au moment où il parvient dans l'utérus, il comporte environ 32 cellules. Le rythme de progression de l'ovule dans l'oviducte doit lui permettre de trouver à l'arrivée un environnement utérin propice à son développement. Au stade de segmentation de 16 à 32 cellules, quand l'embryon parvient dans l'utérus, on le désigne sous le nom de morula. Celle-ci se transforme ensuite en blastocyste, qui continue à se développer pour remplir presque toute la cavité utérine.

La survie de l'embryon

La majeure partie des pertes d'embryons surviennent dans les quinze jours qui suivent la saillie. Chez les vaches, l'implantation dans l'utérus se produit vers le quarante-deuxième jour. Lorsque l'embryon s'est implanté, des pertes sont encore possibles en cas de stress suscité par des causes environnementales, nutritionnelles ou infectieuses. Néanmoins le rôle joué par les conditions extérieures est ici moins important et les pertes au stade embryonnaire sont plus probablement la conséquence de problèmes nutritionnels et congénitaux. Lorsque l'état nutritionnel de l'animal décline, les risques de mort et de résorption de l'embryon se font plus importants.

La survie du foetus

Les pertes au stade foetal sont pour leur part associées à des problèmes d'infection plutôt que de carence nutritionnelle. Un grand nombre d'organismes pathogènes peuvent être à l'origine d'un avortement. Citons la campylobactériose, la leptospirose, la brucellose, la fièvre de la vallée du Rift, la rhinotrachéite bovine infectieuse, la maladie des muqueuses et la trichomonase. Pour les cinq premières maladies citées, il existe des vaccins. La campylobactériose, la trichomonase et la rhinotrachéite infectieuse peuvent être évitées en recourant à l'insémination artificielle si les taureaux sont infectés. Souvent ces maladies sont introduites lorsque de nouvelles bêtes sont ajoutées au troupeau. Il est donc possible de s'en prémunir dans une certains mesure en évitant autant que possible l'arrivée de nouveau bétail. Dans les élevages extensifs, il peut aussi arriver que les vaches soient infectées au contact de foetus avortés et de membranes foetales. Plusieurs infections bactériennes et fongiques sont parfois également à l'origine de la perte du foetus.

Les causes d'infertilité
Les causes hormonales

Les kystes aux ovaires sont la conséquence d'un déséquilibre hormonal et sont plus répandus chez les vaches à haut rendement. Selon le type de kyste, il peut en résulter un oestrus irrégulier, un oestrus permanent ou encore un anoestrus.

La rétention du corps jaune dans l'ovaire est due à une infection de l'utérus consécutive à un avortement ou à la mort du foetus, et la vache ne retourne pas en chaleur.

La chaleur muette correspond à une ovulation qui ne s'accompagne pas ou presque pas de manifestations de l'oestrus. Ce phénomène est surtout provoqué par la malnutrition.

L'anoestrus (ou inactivité des ovaires) est la conséquence d'une malnutrition, d'une mauvaise condition physique ou d'une maladie quelconque. Dans ce cas, les vaches n'entrent pas en chaleur.

Les causes nutritionnelles

Les causes nutritionnelles englobent la sous-alimentation (qui provoque l'anoestrus), la suralimentation, la carence en vitamine A (qui peut aussi se traduire par une mise bas difficile, un avortement, une rétention placentaire et la stérilité) et en vitamine E/ sélénium (qui provoque la rétention placentaire et la stérilité.

En zone tropicale, la cause prédominante de longs intervalles entre les vêlages est une mauvaise condition physique due à la malnutrition et à la maladie et qui se traduit par l'anoestrus, particulièrement dans les climats caractérisés par des précipitations saisonnières.

D'un point de vue pratique, un des points les plus importants de la conduite des troupeaux en zones tropicales est qu'il faut que les vaches qui viennent de mettre bas soient à nouveau fécondées avant la saison sèche et l'épuisement des pâtures, en quantité et en qualité. Si cette fécondation ne se produit pas, il est à craindre que le cycle oestral ne redémarre pas avant la repousse des pâtures avec la prochaine saison des pluies. Cela se traduit par des intervalles de deux ans entre les mises bas.

Le taureau

Les taureaux reproducteurs doivent être en bonne santé. Il faut éviter de les surmener. Et, s'ils ont été malades, ils doivent pouvoir se reposer jusqu'à la guérison complète. L'arthrite au niveau de l'épine dorsale ou des hanches est parfois responsable de douleurs qui empêchent le taureau de monter les vaches. Il en va de même pour les problèmes aux sabots. Les températures ambiantes élevées réduisent la libido du taureau. Il est donc nécessaire de prévoir des zones ombragées.

La conservation des données

Il est bon que les éleveurs conservent les données concernant chaque vache. Cela peut les aider dans leur gestion. Les dates importantes, comme celles de mises bas et des saillies, les maladies et les soins donnés devraient s'y retrouver. L'éleveur a tout intérêt à prendre des notes qu'il pourra reporter ensuite dans un journal. Dans les élevages intensifs, on se sert souvent d'un tableau noir. Il est possible également d'utiliser des systèmes plus sophistiqués de fiches individuelles, et les fermes laitières les plus modernes disposent de programmes informatisés.

VI. L'alimentation des vaches laitières

L'ouvrage de John Chesworth, Ruminant Nutrition, paru dans la collection The Tropical Agriculturalist, donne sur cette question un exposé plus détaillé.

Les systèmes de nourrissage

Le pâturage extensif sur des terres appartenant à la communauté

L'élevage autour des villages par des gardiens de bestiaux sédentaires et l'élevage sur de plus vastes superficies par les pasteurs nomades sont les deux principaux systèmes de pâturages extensifs sur des terres exploitées en commun. Les bêtes y paissent librement. Au début de la saison des pluies, ces pâtures naturelles ont une valeur nutritive intéressante, mais leur qualité se dégrade progressivement. Les mouvements des troupeaux sont en partie dictés par la disponibilité en eau et la distance des pâtures ou du village par rapport au point d'abreuvement.

Dans ces systèmes où les terres appartiennent à tout le monde, les éleveurs ne peuvent intervenir sur la qualité des pâtures ou sur l'approvisionnement en eau, pas plus qu'ils ne peuvent installer de meilleures infrastructures ou, par exemple, clôturer. Il n'est pas possible de conserver du fourrage à moins que les propriétaires de bétail ne se mettent d'accord pour protéger certaines pâtures qui serviront de réserve de foin sur pied pour la saison sèche. Dans les régions où les cultures et le bétail entrent en compétition pour l'exploitation des terres, ce sont souvent les cultivateurs qui finissent par s'approprier les terres de pâture et des conflits éclatent parfois avec les propriétaires de bétail. Les pasteurs nomades, comme les Peuls en Afrique occidentale, ont à souffrir de ce genre de concurrence, et leurs terres de pâture, même dans les zones marginales, sont en réduction constante au profit des cultures. Toutes ces raisons font qu'il est difficile de planifier une meilleure alimentation pour les vaches laitières élevées en pâture. Au Nigéria, des banques de fourrage (légumineuses) gérées en commun on été développées et offrent une solution possible au problème.

A la saison sèche, le pâturage peut être complété par des résidus de culture, du brout et des repousses sur des brûlis et des plaines inondées. Dans les zones agricoles, il est plus difficile de trouver de quoi nourrir le bétail, car le brout y est généralement assez rare, les résidus de culture ne durent généralement que jusqu'à la mi-saison et il ne reste guère de terrains en bordure de rivière qui soient accessibles au bétail. Dans ces conditions, les vaches perdent généralement du poids à la saison sèche, avec les problèmes que cela suppose pour leur fertilité et leur rendement laitier. Souvent les éleveurs obtiennent l'accord des cultivateurs pour laisser les bêtes brouter la paille sur les champs en échange du fumier qu'elles produisent. Il est parfois possible de se procurer d'autres compléments et du fourrage coupé. Certains éleveurs ont les moyens d'acheter des compléments alimentaires ou du fourrage conservé sur place ou ailleurs. Les gardiens de bestiaux sédentaires peuvent eux-mêmes cultiver la terre et se servir de leurs propres résidus et sous-produits de culture. Des arbres fourragers et d'autres plantes fourragères peuvent être cultivés sur de petits lopins autour de l'exploitation, quand la terre ne se prête pas aux cultures vivrières.

Le fourrage coupé

Dans les élevages sédentaires, lorsque la pression sur les terres se fait plus forte, les systèmes extensifs peuvent être modifiés pour inclure l'apport de fourrage coupé. On en trouve un bon exemple avec les vaches laitières (généralement de race Jersey) élevées en étables sur les versants du Kilimanjaro, en Tanzanie: une méthode comparable aux grands systèmes de «zéro pâturage» existants. Le fourrage provient, par exemple, des berges des cours d'eau ou d'autres endroits où la végétation est plus abondante. Le brout (les feuilles d'arbre) peut également être coupé pour nourrir le bétail. Ce système nécessite cependant plus de main-d'oeuvre.


Figure VI.I. - Vache laitière (Zébu est-africain) nourrie avec du fourrage coupé, au Kenya.

Dans les régions où les fermiers ne peuvent pas clôturer, il peut être préférable, pour un élevage laitier, de nourrir les bêtes en étable avec un herbage amélioré herbe/légumineuses, cultivé sur des terres en jachère. De cette façon, les vaches perdront moins d'énergie en déplacements et n'auront pas à paître en pleine chaleur. C'est donc un moyen d'améliorer le rendement laitier tout en évitant les conflits avec les cultivateurs. Au Kenya, les paysans cultivent des herbes - par exemple Panicum coloratum var. makarikariensis et l'herbe Bana (Napier spp.) - pour éviter l'érosion du sol le long des dérayures (fanya juu). Ils peuvent ainsi s'en servir pour leurs bêtes. De même. en Ethiopie. on a DU cultiver avec succès du Napier (Pennisetum purpureum) sur des petits lopins près des habitations. Le fourrage coupé peut aussi servir de complément pour les bêtes qui broutent en pâture naturelle. Les paysans peuvent cultiver des parcelles d'herbe fourragère améliorée, par exemple du Napier, ou d'arbres à fourrage, comme le leucaena. En Amérique centrale, on se sert notamment de canne à sucre comme plante fourragère.


Figure VI.2. - Napier (Pennisetum purpureum) poussant le long d'une piste dans un village éthiopien.

Dans les systèmes plus intensifs, les vaches peuvent être élevées hors sol tout au long de l'année ou en partie et nourries en étable ou en enclos. Ce système, qui permet de contourner la nécessité d'avoir des terres de pâture à proximité de l'exploitation, est le plus répandu dans les grandes unités intensives de Libye, du Moyen-Orient, d'Arabie Saoudite et des Etats du Golfe. Les rations comprennent parfois une plus grande portion d'aliments concentrés qui complètent le fourrage et les sous-produits que l'on peut obtenir dans la région et transporter en vrac jusqu'à la ferme.

Les systèmes semi-intensifs à petite échelle

Dans les régions tempérées, les systèmes de nourrissage intensifs utilisent une grande proportion de concentrés à base de céréales, mais dans de nombreux pays tropicaux, il n'est pas possible de s'en procurer pour l'alimentation du bétail. Pourtant, si l'on veut accroître les rendements laitiers, la production semi-intensive réclame un apport additionnel d'intrants. Les programmes de développement laitier recommandent souvent l'utilisation de pâtures améliorées avec, en complément, des concentrés disponibles localement. Les concentrés coûtent cher, sont d'une qualité assez imprévisible et, souvent, difficiles à trouver en raison de problèmes de transport ou d'approvisionnement. Il serait donc nécessaire que les petits exploitants puissent compter sur des systèmes plus fiables avec des aliments cultivés sur place, comme le Napier et le leucaena, les résidus de moutures de céréales, l'urée et des concentrés disponibles localement. Certaines cultures tropicales à haut rendement pourraient être mieux utilisées. C'est le cas, par exemple, de la canne à sucre que l'on recommande en Amérique du Sud pour produire du lait en quantité moyenne, mais à moindre coût. Il devrait être possible d'employer ce genre de cultures pour nourrir les bêtes à condition que le prix du lait soit suffisant pour couvrir l'investissement que cela représente.


Figure VI.3. - Vaches Frisonnes paissant sur une pâture artificielle, en Malaisie.

Les systèmes de pâturages intensifs en prairies artificielles

Dans les grandes exploitations, on peut faire pousser des prairies artificielles, mais celles-ci représentent moins de 5% des pâtures tropicales. La culture de pâtures améliorées n'est envisageable que si les terres appartiennent aux éleveurs et si la production laitière s'avère une forme d'exploitation des sols compétitive par rapport à la culture.

Aliments pour vaches
Les aliments grossiers

En région tropicale, une grande partie du bétail se nourrit essentiellement de pâture naturelle, de résidus et de sous-produits de culture. En dehors de leur première phase de croissance, les herbes tropicales sont d'une piètre qualité nutritive pendant la plus grande partie de l'année. Malgré cela, dans la plupart des systèmes d'élevage, les vaches sont censées satisfaire leurs besoins d'entretien et produire quelques kilos de lait avec les aliments grossiers. C'est assez compréhensible dans la mesure où ces aliments son bon marché et où les vaches ont besoin d'une certaine quantité de fibres et de matières inassimilables pour le bon fonctionnement de leur panse (rumen). Dans les systèmes plus intensifs, les rations comportent une proportion plus importante de compléments concentrés. Mais, même dans les systèmes intensifs, 30% environ des matières sèches ingérées proviennent d'aliments grossiers. Il peut s'agir de pâture naturelle ou artificielle, de fourrage conservé, comme le foin ou l'ensilage, de fourrage provenant de banques de fourrage, de résidus de culture ou de brout.


Figure VI.4. - Pâture naturelle dans la savane du Nigéria.

La gestion des pâtures naturelles est difficile car, dans les régions où la terre appartient à la communauté, l'objectif de la plupart des gardiens de bestiaux est de maximiser la production de chaque animal et non d'optimiser la production de chaque unité de terrain.

Or, la production animale s'opère souvent aux dépens de la pâture et aboutit au surpâturage.

Les espèces d'herbage que l'on rencontre dans une région sont généralement bien connues. En Afrique, par exemple, les pâtures de 47 pays ont été répertoriées en 16 types de prairies et 100 sous-types. Même si les pâtures naturelles ont parfois un rythme de croissance satisfaisant, il est rare que les vaches puissent brouter suffisamment pour satisfaire les besoins correspondant à leur croissance et à un rendement laitier élevé. C'est la faible qualité nutritive de l'herbe qui est en cause. Les herbes naturelles croissent rapidement et perdent beaucoup de leur appétibilité et de leur valeur nutritive. Les jeunes herbages sont plus nourrissants, mais les éleveurs, qui ne sont pas propriétaires des terres, ne peuvent s'occuper de la gestion des pâtures pour y maintenir une production optimale de jeunes herbes.

Les pâtures naturelles peuvent être améliorées en réduisant la couverture arborée et en sursemant avec des légumineuses, par exemple Stylosanthes guianensis, S. humilis, S. hamata ou Macroptilium atropurpureum. En contrôlant le pâturage et l'intensité de chargement, il est possible de mieux préserver les pâtures naturelles, mais cela exige généralement une action commune. Le rendement laitier n'est guère élevé chez les bêtes nourries en pâture naturelle, à moins de leur donner des compléments alimentaires. La production laitière est saisonnière et dépend du rythme de croissance de la pâture.

Les herbes et les légumineuses des pâtures

Les espèces d'herbes et de légumineuses se distinguent d'abord selon qu'elles sont ou non adaptées à une région compte tenu des précipitations et des températures saisonnières moyennes.

Les herbes et légumineuses pérennes autorisent une croissance et une production d'herbage tout au long de l'année. Les principaux facteurs qui influencent leur développement sont l'apport d'énergie (lumière solaire), la concentration en dioxyde de carbone, les éléments nutritifs (sels minéraux), l'eau et la température. La lumière est le facteur le plus important, mais la température, le manque d'eau et d'éléments nutritifs dans le sol peuvent réduire la photosynthèse. Les ressources en eau et en éléments nutritifs peuvent éventuellement être modifiées en fonction des capitaux disponibles et de l'intérêt économique d'une production d'herbages comparée à d'autres cultures.

Les herbes et les légumineuses tropicales font montre d'une grande adaptabilité, les espèces d'herbes plus encore que les légumineuses. Il n'est pas rare d'observer des espèces qui sont répandues sur plusieurs degrés de latitude depuis les plaines équatoriales, et parfois même jusqu'au-delà des tropiques. Cynodon dactylon (le gros chiendent), Hyparrhenia rufa et Andropogon gayanus (le Gamba) prospèrent dans la zone forestière d'Afrique occidentale, mais s'étendent également aux savanes de Guinée et du Soudan. Parmi les légumineuses, Glycine wightii, Stylosanthes guianensis, Macroptilium atropurpureum et Leuacaena leucocephala témoignent de grandes facultés d'adaptation.

Les herbes tropicales se distinguent des herbes des régions tempérées par leur teneur plus faible en protéines brutes et plus élevée en fibres à un stade de croissance équivalent. Les herbes tropicales contiennent généralement davantage de matières sèches. Leur valeur nutritive varie selon le rapport feuilles-tiges, le stade de croissance au moment où elles sont coupées ou broutées, l'application d'engrais ou de fumier et le climat.

Les herbes font partie de la famille des graminacées qui comprennent également des espèces cultivées pour leur grain, comme le maïs, le millet, le sorgho et le blé. Le nombre d'espèces d'herbes est estimé à 10 000 mais une quarantaine d'entre elles seulement sont utilisées pour semer des prairies artificielles. Les herbes peuvent être annuelles (c'est-à-dire qu'elles achèvent leur cycle de vie en un an) ou vivaces (c'est-à-dire qu'elles durent deux ans ou plus).

Au cours des dernières décennies, un grand nombre d'espèces améliorées d'herbes et de légumineuses ont été développées. Citons, parmi les herbes, Cenchrus ciliaris (herbe Buffel), Sorghum almum, Panicum spp. (herbe de Guinée), Andropogon guyanus (Gamba), Pennisetum clandestinum (herbe Kikuyu), Eragrostis curvula, Melinis minutiflora (herbe de mélasse), Pennisetum purpureum (Napier), Digitaria decumbens (herbe Pangola), Brachiaria mutica (herbe de Para), Paspalum dilatatum, Chloris guyana (herbe de Rhodes), Brachiaria decumbens et Cynodon spp. (herbe d'étoile, gros chiendent).

Les légumineuses comptent plus de 10 000 espèces. Celles qui nous intéressent ici font partie de la famille des papilionacées. Elles sont capables de convertir l'azote atmosphérique en protéines végétales grâce à une bactérie du genre Rhizobium qui croît dans des nodules sur les racines de la plantes. Ces espèces, qui comprennent notamment les variétés de haricots et de pois utilisés pour l'alimentation humaine, portent toutes des gousses.

Citons, parmi les légumineuses améliorées, Centrosema pubescens, Desmodium intortum et D. uncinatum, Trifolium semipilosum (trèfle blanc du Kenya), Lablab purpureus (dolique d'Egypte), Leucaena leucocephala, Lotononis bainesii, Medicago sativa (luzerne), Pueraria phaseoloides, Macroptilium atropurpureum, Stylosanthes guianensis et Stylosanthes humilis.

Les prairies artificielles intensives

L'entretien de pâtures intensives est souvent le seul moyen de procurer aux vaches à haut rendement de grandes quantités d'herbage de qualité En zone tropicale, il n'y a guère de systèmes agricoles où cela soit possible, car il est généralement plus intéressant d'utiliser ces terres pour les cultures vivrières.

Les prairies peuvent être cultivées en terres sèches, en terres irriguées ou en terres fertilisées, et plantées d'herbes ou de légumineuses, ou encore d'un mélange des deux. Dans ce cas, il convient de choisir des espèces d'herbes et de légumineuses susceptibles de prospérer sans se gêner. Certaines espèces répondent mieux à un supplément d'eau, d'autres à un apport d'engrais et certaines conviennent mieux aux combinaisons herbes/légumineuses. Au Zimbabwe, les herbages les mieux appropriés sont ceux qui poussent dans les pâtures sèches fertilisées (par exemple, Cy nodon spp., Chloris gayana/Macroptilium atropurpurenm et Cy nodon spp./Desmodium uncinatum), sur les pâtures irriguées bien fertilisées (par exemple, Pennisetum clandestinum, Cynadon spp. paspalum) ou sur les pâtures mixtes irriguées (Pennisetum clandestinum/Trifolium semipilosum). Les pâtures améliorées comme celles-là sont recommandées pour les éleveurs qui ont les moyens de les entretenir. Au Kenya, on fait poussé des prairies de Chloris gayana, Setaria anceps et Panicum spp.

La gestion des pâtures

L'objectif de la gestion des pâtures est de parvenir à une densité de bétail qui permette d'exploiter la prairie sans entraîner de surpâturage et sans laisser s'accumuler l'herbe à maturité.

Des recherches ont établi que la production globale des vaches laitières peut varier selon qu'on utilise constamment la même zone de pâture ou qu'on la divise en parcelles. Les systèmes de rotation des pâtures, qui sont généralement employés pour parvenir à une exploitation optimum, se composent de six ou huit enclos où les vaches paissent chaque fois pendant une période de huit à dix jours. Chaque enclos est ensuite laissé au repos pendant 40 à 50 jours, ce qui permet de maintenir un herbage jeune et feuillu. Si la pâture reste inexploitée, on pourra la faucher au bout de 6 à 7 semaines et conserver l'herbe en ensilage ou sous la forme de foin pour servir de fourrage plus tard dans la saison.

Intensité de chargement et productivité

L'intensité de chargement est le nombre d'hectares correspondant à une unité de bétail. Il est difficile de définir une intensité optimum: cela varie parfois d'une saison ou d'une année à l'autre. La capacité de charge est le nombre d'hectares d'un type de végétation donné nécessaire pour nourrir une unité de bétail pendant une année entière. Il ne faut pas la confondre avec la densité de bétail.

Lorsque l'intensité de chargement augmente, on observe dans un premier temps un accroissement des performances des bêtes associé à la diminution des herbages morts qui sont de faible valeur nutritive. La productivité par animal se met ensuite à décliner à mesure que les vaches consomment de manière plus sélective et que les espèces d'herbe les plus agréables au goût se font plus rares. La productivité par hectare elle aussi commence par augmenter avec l'intensité de chargement, et décline ensuite, mais à un niveau d'intensité plus élevé que celui qui entraîne la diminution des performances animales (figure VI.5).

La période de pâturage

La période de pâturage dans un enclos ou un pré ouvert devrait, dans l'idéal, permettre une utilisation optimum de la végétation.


Figure VI.5. - La relation entre l'intensité de chargement et la productivité par hectare et par animal.

Elle doit être déterminée en fonction de la densité de bétail de façon à éviter un surpâturage des meilleures espèces d'herbage (période de pâturage trop longue) ou la prédominance des espèces moins intéressantes (période de pâturage trop courte). Dans un système d'enclos, la période de pâturage dépend bien sûr du nombre d'enclos disponibles. Il faudrait que les bêtes retournent paître dans un même enclos tous les 60 jours (dans les zones où les précipitations annuelles dépassent 700 mm). Ainsi, s'il y a quatre enclos, chacun devrait accueillir les vaches en rotation pendant quinze jours, lorsque l'herbage est en bonne condition, vers la moitié de la saison des pluies. Plus tôt dans la saison, au moment de la repousse, la période de pâturage devrait être plus courte pour éviter tout risque de surpâturage. Le nombre d'enclos pour un troupeau se situe généralement entre quatre et huit pour permettre une rotation optimum.

La période de repos

La période pendant laquelle les pâtures sont laissées en repos n'est pas moins importante que la période de pâturage. Pendant la saison des pluies, cela permet aux herbages de former des feuilles et de produire des plantes. Dans les régions à forte pluviométrie (plus de 700 mm/an), une période de repos de 45 jours est suffisante. Mais dans les zones plus sèches, il faut envisager des périodes plus longues.

L'enlèvement des herbages morts

Les vieilles touffes d'herbe freinent la croissance des plus jeunes en leur faisant de l'ombre. Si la densité de bétail, la période de pâturage et la période de repos sont correctes, il ne devrait pas y avoir trop d'accumulation en dehors des années où les précipitations sont supérieures à la moyenne. Pour éviter l'accumulation des vieilles herbes, il est bon de séparer les différents types de pâtures en enclos distincts. A la fin de la saison sèche, on peut, par ailleurs, concentrer un grand nombre de vaches sur une petite superficie pendant un temps assez court, pour qu'elles piétinent les herbages morts. Il est possible aussi de recourir au brûlage.

Ces quelques principes peuvent être incorporés dans l'un des trois systèmes de gestion des pâtures qui permettent la plus grande flexibilité (en termes de densité de bétail, de période de pâturage et de période de repos) compte tenu à la fois des besoins des pâtures et de ceux des animaux.

1. Le pâturage continu est la méthode la plus simple. Elle consiste à garder un nombre de vaches déterminé sur la même pâture tout au long de la saison. Il convient que la densité de bétail soit inférieure à la capacité de charge.

2. Le système de rotation des périodes de repos recourt à des prés qui sont laissés en repos pendant de longues périodes au cours de la saison de pâturage. La saison est, par exemple, divisée en deux ou trois périodes et chaque pré est laissé en repos tout au long d'une de ces périodes.

3. Le système de rotation des pâtures comporte quatre à huit enclos dans lesquels les vaches sont successivement mises en pâture.

Les espèces améliorées d'herbes et de légumineuses ne servent pas uniquement pour les grandes prairies artificielles: elles peuvent être également cultivées sur de petits lopins de terre à proximité des fermes et des habitations. On peut aussi les utiliser pour la culture en lignes alternées, en sous-semis, ou pour séparer les cultures dans les champs. Des herbes, par exemple le Napier, et des légumineuses fourragères sont parfois semées le long des limites d'une exploitation ou en bordure des sentiers. Des arbres fourragers sont plantés sur des terres non arables, autour des habitations ou entre des cultures vivrières.

Grâce à ces méthodes combinées, la production totale de matières sèches, même dans une petite exploitation, devrait permettre d'assurer un complément suffisant de fourrage de qualité pour soutenir la production d'une vache laitière tout au long de l'année.


Figure Vl.6. - En haut à gauche: Desmodium uncinatum et D. intortum dans une petite ferme éthiopienne.


Figure VI.7. - En haut à droite: culture fourragère en bandes dans un champ d'orge, en Ethiopie.

Les fourrages conservés

Le foin

Le foin est une herbe de bonne qualité que l'on décide de conserver en la fauchant (au début de la floraison) et en réduisant sa teneur en humidité à moins de 25%. En raisons du temps nécessaire pour laisser sécher l'herbe sur le sol, la fenaison est un travail plus compliqué dans les zones tropicales humides et semi-humides qu'en région tempérée. La meilleure méthode est de laisser l'herbe pousser pendant les 6 à 8 dernières semaines de la saison des pluies et puis de faucher lorsque les pluies cessent. On peut ainsi résoudre le problème du séchage. On laissera normalement le foin sécher au soleil, mais si ce n'est pas possible, on peut toujours l'engranger pour le faire sécher artificiellement. L'herbe non coupée laissée à sécher dans le pré (foin sur pied) a une moindre valeur nutritive que le foin fauché, car elle est généralement à un stade de maturité plus avancé.


Figure Vl.8. - Une légumineuse (Sesbania seban), cultivée avec du sorgho, en Ethiopie.

L'ensilage

L'ensilage est une herbe de bonne qualité conservée grâce à une fermentation anaérobie, avec un pH inférieur à 4, au cours de laquelle les hydrates de carbone solubles de l'herbe sont transformés en acide lactique par une bactérie. Grâce aux micro-organismes qui se trouvent dans la panse des vaches, l'acide lactique peut être utilisé comme une source d'énergie, et un ensilage de bonne qualité possède une valeur nutritive élevée pour les ruminants. Les herbes trop fibreuses ne donnent pas un bon ensilage à cause de leur faible teneur en sucres solubles et des difficultés à obtenir une fermentation anaérobie dans le silo. L'herbe doit être hachée et, pour accélérer la fermentation, on y ajoute des hydrates de carbone solubles, sous la forme de mélasse par exemple.

Les banques de fourrage

C'est l'International Livestock Centre for Africa qui a lancé, au Nigéria, la notion de banque de fourrage. Les vaches Peules du Nigéria produisent un peu plus de 1 kg de lait par jour au plus fort de la saison des pluies, en juin. Les herbages, même dans les zones sub-humides, ne permettent pas de soutenir la production laitière pendant six mois ou davantage en raison de leur médiocre digestibilité, de leur faible teneur en protéines et de la consommation réduite des vaches. Il faut donc compléter le pâturage par d'autres aliments si l'on veut maintenir la production au-dessus de 1 à 2 kg par jour.

Pour créer une banque de fourrage, il faut compter 4 ha de terres pour 50 bêtes à la saison sèche. Les terres doivent être débroussaillées et clôturées. On prépare le sol en gardant les vaches dans l'enclos pendant la nuit à la fin de la saison sèche de façon à profiter de leur fumier. On sème ensuite à la volée un mélange de graines de Stylosanthes guianensis var. «Cook» (6 kg/ha) et de superphosphate (150 kg/ha). L'ensemencement doit se faire au début de la saison des pluies et être répété chaque année. Six semaines après la germination, on y mettra les vaches en pâture pour leur faire brouter les espèces d'herbe plus vigoureuses. Dès que les légumineuses prédominent, on interrompt le pâturage jusqu'à la saison sèche. Quand la saison sèche arrive, on laisse les vaches paître trois heures par jour, ce qui correspond à une ingestion de matières sèches d'environ 4 kg. On veillera à maintenir la taille des légumineuses à une hauteur de 18 cm. Au moment de la formation des graines, il convient de cesser le pâturage pour pouvoir récolter les semences en prévision de l'année suivante.

Si l'on s'y prend convenablement, les coûts de production et d'entretien d'une banque de fourrage devraient diminuer d'année en année. Il vaudrait mieux laisser paître en priorité les jeunes bêtes et les vaches qui produisent du lait, mais c'est rarement le cas dans la pratique, car les bêtes d'un même troupeau appartiennent généralement à plusieurs propriétaires, ce qui complique singulièrement la situation.

Les sous-produits de culture et aliments grossiers traités

Les pailles de céréales (par exemple, le sorgho, le riz et dans une certaine mesure le maïs) représentent une source alimentaire importante dans les régions tropicales où celles-ci sont cultivées. Leur teneur en fibres est élevée, au contraire de leur contenu en protéines brutes, et leur digestibilité est assez faible (40% ou moins). Ces aliments peuvent convenir aux vaches pour peu qu'ils soient associés à un complément alimentaire. Les aliments grossiers de piètre valeur nutritive comme ceux-là gagnent à être traités avec un alcali (par exemple, de l'hydroxyde d'ammonium produit à partir d'ammoniac ou d'urée - ou de l'hydrate de soude). Ce traitement augmente jusqu'à 50% la digestibilité des aliments et, si l'on se sert d'hydroxyde d'ammonium, la teneur en protéines brutes est aussi améliorée.

Les feuilles d'arbres et le brout

Dans les petites exploitations et les régions pastorales les plus sèches, les feuilles d'arbres constituent une source importante de fourrage vert qui s'ajoute à d'autres aliments grossiers et aux pailles de céréales. On peut planter des arbres tout autour des fermes ou sur les terres non arables.

L'intégration des arbres dans les entreprises agricoles suscite beaucoup d'intérêts: ils contribuent à la conservation et à la fertilité du sol; ils fournissent du bois à brûler, du bois de construction et des piquets; ils peuvent procurer aux animaux de l'ombre, un abri et de la nourriture. Les paysans connaissent généralement les arbres qui sont intéressants à plus d'un titre et se gardent d'abattre ceux qui se trouvent sur leurs terres. Parmi les arbres qui servent à l'alimentation du bétail, on peut citer Acacia albida (figure VI.9). Son feuillage croît à la saison sèche et il produit des gousses que l'on donne à manger aux bêtes.

Leucaena lencocephala (figure VI.10) et Gliricidia sepium sont d'autres exemples d'espèces cultivées d'arbres fourragers. Le second peut être planté en haies. Le leucaena peut être brouté directement ou coupé et donné aux bêtes en complément d'un herbage naturel ou d'aliments grossiers de faible valeur nutritive. Dans la région de Kano au Nigéria, on conseille pour le brout des espèces comme Albizia lebbek, Leucaena leucocephala, Dalbergia sissoo, plusieurs sortes de Ficus et le baobab (Adansonia digitata). On pourrait trouver des exemples similaires dans d'autres pays.


Figure VI.9. - Acacia albida, l'arbre (à gauche) et les gousses (à droite).

Concentrés, compléments et autres aliments

Les autres aliments qui peuvent servir à nourrir les ruminants sont notamment les concentrés, les farines de grains, les sous-produits industriels (par exemple, les moûts de brassage, les mélasses, l'urée et les farines de sang, d'os et de poisson) et les produits de culture (par exemple, les bananes et les fanes de patates douces).

Les concentrés

Les farines de maïs et de sorgho sont des concentrés à haute teneur énergétique, tandis que d'autres comme les farines de graines de coton, les farines de soja, les tourteaux d'amandes de palmier, les tourteaux d'arachides et les tourteaux de tournesol sont de bonnes sources de protéines. D'autres aliments comme les farines de viande et d'os, les farines de poisson et les farines de sang peuvent encore être donnés en plus petites quantités pour compléter l'apport d'azote et de protéines. Ces éléments nutritifs peuvent être administrés sous la forme de pellets concentrés fabriqués à partir de divers ingrédients. Au Nigéria, on recommande de compléter les banques de fourrage par deux tiers de suppléments élaborés à partir de sous-produits agro-industriels, par exemple des tourteaux de graines de coton et des mélasses, ainsi que de l'urée et des pains de sel à lécher.


Figure Vl.10. - Leucaena (Lencaena leucocephala).

Les mélasses

Les mélasses sont une source d'énergie immédiatement fermentable que l'on utilise notamment comme support pour administrer de l'urée. Le mélange se compose de mélasses (42 litres) additionnées d'urée (2 kg) et d'eau (8 litres). Il est possible de restreindre la consommation des vaches en leur administrant cette mixture avec un tambour à cylindre qui peut convenir pour un groupe de 20 bêtes ou même davantage (figure VI.11). On peut aussi faire boire aux vaches un mélange dilué: 4 litres de mélasses et 200 g d'urée dans 90 litres d'eau pour deux animaux en une journée (figure VI.12). Les mélasses peuvent encore être mélangées avec de la paille hachée pour être consommées dans une auge.


Figure VI.11. - Tambour à cylindre fabriqué avec un bidon de 200 litres pour le mélange d'urée et de mélasse.

L'urée

L'urée, qui n'est pas une protéine mais un composé (sa formule est CO (NH 2)2), constitue une précieuses source d'azote. L'urée pure en contient 46,7%. La valeur en protéines brutes de l'urée correspond à sa teneur en azote x 6,25 et 1 kg d'urée équivaut à peu près à 2,92 kg de protéines brutes. L'urée utilisée dans l'alimentation des bêtes a parfois une teneur en azote légèrement inférieure. Il faut le prendre en compte en calculant la valeur nutritive. Pour que l'urée soit exploitée au mieux comme source d'azote par les micro-organismes de la panse, il faut qu'une source d'énergie immédiatement fermentable, comme les mélasses, soit également disponible.


Figure Vl.12. - Vaches Kenana consommant de la mélasse,à Gezira, au Soudan.

Les éléments minéraux et les vitamines

On peut prévoir des pains à lécher pour garantir au bétail un apport équilibré d'éléments minéraux. Les sources naturelles de sel et d'éléments minéraux sont généralement bien connues des éleveurs, mais si elles permettent de satisfaire certains besoins des bêtes, elles ne leur apportent pas pour autant un dosage équilibré des éléments minéraux essentiels. Elles contiennent d'ordinaire du sodium et du fer et sont souvent pauvres en autres éléments. Les pains salés, les terrains salifères et l'eau de pluie sont des sources d'éléments minéraux.

Les pains à lécher (figure VI.13) peuvent être composés de 60% de sel (chlorure de sodium), 39% de farine d'os et des traces de cobalt, de cuivre, de fer, d'iodure de potassium, de magnésium et de manganèse. Les vaches doivent aussi recevoir du calcium et du phosphore dans un rapport de 2:1. C'est approximativement ce à quoi correspond la farine d'os, mais si l'on ne peut s'en procurer, du phosphate bicalcique convient également. Le calcium devrait être inclus dans le pain à lécher à proportion de 8% environ et le phosphore de 4%. Lorsque l'urée a été administrée aux bêtes, il est bon de prévoir une source additionnelle de soufre pour garantir le bon fonctionnement des micro-organismes de la panse. Le soufre est présent dans certaines protéines, mais lorsque l'alimentation n'a qu'une faible valeur protéique, une carence risque d'apparaître et de limiter l'action microbienne.

La valeur nutritive des aliments

Les tableaux VI. 1 et VI.2 donnent la teneur en éléments nutritifs de certains aliments très répandus en zone tropicale. Il existe bien sûr beaucoup d'autres aliments qui n'ont pas été repris dans la liste, mais ceux qui y figurent donnent une idée de la valeur nutritive des aliments disponibles.

L'alimentation aux différents stades du cycle de la lactation

Le nourrissage de la vache avant la parturition

Le nourrisage de la vache durant la période qui précède la parturition (période de suralimentation) est un élément essentiel de la conduite de l'élevage. Au moment de la mise bas, la vache doit en principe avoir une condition physique de 3.0-3.5 (cf. p. 00) et, pour l'y amener, l'éleveur doit lui apporter une alimentation adéquate comprenant généralement un herbage de bonne qualité ou un apport additionnel d'aliments concentrés jusqu'à un niveau d'environ I% du poids corporel par jour. Les pasteurs nomades et les éleveurs en système extensif peuvent eux aussi se procurer un peu de ces aliments concentrés pour celles de leurs bêtes qui en ont le plus besoin, bien qu'ils le fassent assez rarement, pour ne pas dire jamais. Six semaines avant le vêlage, on commencera à donner aux vaches 2 kg de concentré par jour, en augmentant progressivement les rations jusqu'à atteindre 3 à 4 kg par jour, selon le poids corporel, au moment de la mise bas.


Figure VI. 13. - Livraison de pains à lécher contenant des éléments minéraux pour un élevage pastoral peul, au Nigéria.

Tableau VI.1
Valeur nutritive des aliments pour ruminants: céréales, compléments, concentrés et fourrages conservés

Aliment

MS*
(g/kg)

EM*
(MJ/kg MS)

PB*
(g/kg MS)

Dégradabilité
(dg)

Céréales





Grains de mais

860

14,2

98

0,65

Grains de Sorgho

860

13,4

108

0,65

Suppléments





Mélasses

750

12,7

41

0,80

Farine de sang

900

13,2

942

0,50

Farine de viande et d'os

900

9,7

942

0,48

Farine de poisson

900

11,1

701

0,29

Concentrés





Tourteau d'arachides (décortiqués)

900

12,9

504

0,74

Farine de soya (extrait)

900

12,3

503

0,83

Fourrages conservés





Maïs ensilé

210

10,8

110

0,60

Foin de luzerne (avant la floraison)

850

8,3

193

0,78

* MS = matières sèches.
EM= énergie métabolisable.
PB = protéine brute.

Tableau Vl.2
Valeur nutritive des aliments pour ruminants: légumineuses et herbes

Aliment

MS*
(g/kg)

EM*
(MJ/kg MS)

PB*
(g/kg MS)

Dégradabilité
(dg)

Légumineuses fourragères





Medicago sativa (luzerne)





Début de la floraison

240

8,2

171

0,80

En bouton

220

9,4

205

0,80

Avant le bourgeonnement

150

10,2

253

0,80

Herbes fourragères





Chloris gayana (herbe de Rhodes)





Jeunes feuilles

270

9,3

190

0,80

Début de floraison

300

8,7

80

0,80

Pleine floraison

350

8,9

74

0,80

Panicum maximum (herne de Guinée)





Jeunes feuilles

250

8,0

208

0,80

En fleur

280

5,7

200

0,80

Pennisetum purpureum (Napier)





Jeunes feuilles

150

11,3

107

0,80

Mi-floraison

230

11,3

91

0,80

A maturité

270

9,3

52

0,80

Cynodon aethiopicus (gros chiendent)





Jeunes feuilles

250

10,0

140

0,80

Début de la floraison

300

9,0

167

0,80

A maturité

400

8,3

0,80


Seratia anceps





Jeunes feuilles

200

9,0

140

0,80

Mi-floraison

220

8,6

68

0,80

A maturité

270

7,8

52

0,80

Dans de nombreux systèmes extensifs où les vaches sont nourries en pâture naturelle, la mise bas intervient au début de la saison des pluies. Il est difficile dans ces conditions de leur assurer une bonne alimentation avant la parturition.

Dans les zones de précipitations saisonnières, il arrive que les vaches perdent du poids à la saison sèche et accusent un gain de poids compensatoire quand elles ont accès aux nouvelles pâtures au début de la saison des pluies. Ces problèmes de malnutrition se traduisent souvent chez les vaches par une faible fertilité, un rendement laitier assez bas et une productivité médiocre sur l'ensemble de leur vie.

Le nourrissage de la vache en lactation

Le début de la lactation

Le rendement laitier atteint son maximum quelques semaines après la mise bas. Il importe que la méthode de nourrissage en tienne compte. Dans les régions humides, pour les vaches à faible rendement, un herbage naturel au premier stade de la croissance peut suffire à la lactation tout en maintenant les vaches en bonne condition physique. Plus tard dans la saison, il faudra apporter un complément si l'on veut éviter une dégradation du rendement laitier, de l'état général ou de la fertilité. Il est peu probable que les vaches à haut rendement soient capables de manger assez d'herbage ou d'aliments grossiers pour soutenir leur production à ce stade de la lactation. Parfois les vaches doivent puiser dans leurs réserves au début de la lactation. C'est assez dire toute l'importance de la condition physique des vaches à la mise bas.

Au début de la lactation, même les vaches à faible rendement ont besoin d'une alimentation riche et abondante pour atteindre une production maximum.

Dans la mesure du possible, au début de la lactation, les vaches devraient recevoir de quoi satisfaire largement leurs besoins alimentaires estimés. On peut déterminer leur rendement laitier en prenant note de leur production quotidienne, mais il faut toujours considérer qu'une vache produira plus de lait si elle est mieux nourrie. Les rations des vaches doivent donc anticiper ce qu'elles pourraient produire. Dans les systèmes plus intensifs où sont élevées des races laitières spécialisées, les vaches pourraient ainsi recevoir jusqu'à 2 kg de nourriture en plus par rapport à leurs besoins estimés. Il faut veiller cependant à ne pas aboutir ainsi à des vaches plus grasses sans accroissement du rendement. C'est l'expérience qui aide ici à orienter le régime vers les ingrédients les mieux appropriés. Dans les systèmes extensifs, tout apport supplémentaire de nourriture se traduira généralement par une amélioration du rendement laitier, de la fertilité et de la condition physique.

La mi-lactation

Passé la période de production maximum, le rendement décline au rythme de 2,5% par semaine environ pour les races laitières. Chez les vaches qui produisent beaucoup, le rendement décroît parfois plus vite et, chez les génisses, plus lentement. Il convient d'adapter les rations selon le rendement laitier tout en surveillant la condition physique. Il faut bien planifier la nutrition à ce stade si l'on veut que les vaches soient à nouveau fécondées au meilleur moment.

La fin de la lactation

Les vaches qui produisent du lait utilisent plus efficacement l'énergie des aliments que les vaches sèches. Cette particularité peut être exploitée dans la dernière période de la lactation pour lui faire regagner le poids perdu précédemment afin qu'elle soit en bonne condition pour la mise bas. Car, si la vache peut perdre du poids au début de la lactation (avec un maximum de 30 kg ou 5% du poids corporel), elle devrait regagner entre 0,5 et 0,75 kg par jour à partir de la mi-lactation. Si son alimentation est correcte, ses besoins en aliments à haute valeur nutritive pendant la saison sèche seront réduits. Au cours des trois derniers mois de la lactation, la vache doit recevoir assez d'éléments nutritifs pour soutenir sa production de lait et gagner du poids à la mi-gestation. En région tropicale, le dernier stade de la lactation est souvent le plus vulnérable pour les vaches, car il coïncide généralement avec la saison sèche où les ressources alimentaires sont maigres.

Les besoins nutritifs des vaches

Dans la première partie de ce chapitre 6, nous avons considéré les aspects généraux de l'alimentation des vaches laitières, les aliments disponibles et quelques-uns des objectifs et des problèmes que les éleveurs doivent envisager s'ils veulent nourrir correctement leurs vaches tant en quantité qu'en qualité. La suite traitera des besoins spécifiques du bétail en éléments nutritifs et particulièrement en ce qui concerne l'apport énergétique et l'apport protéique. Nous expliquons comment calculer ces besoins et formuler les rations. Les équations et les méthodes utilisées s'inspirent des systèmes décrits par l'Agricultural Research Council (ARC Grande-Bretagne, 1980 et 1984) en matière de protéines et d'énergie métabolisable.

La répartition de l'énergie chez les ruminants

Une fois absorbés par les ruminants, les aliments sont décomposés (ou digérés). Une partie de l'énergie qu'ils contiennent (énergie brute) est perdue dans les fèces, l'urine, les émissions de méthane et la production de chaleur. Le reste se répartit en énergie digestible, énergie métabolisable, et énergie nette (figure VI.14).

L'énergie digestible représente jusqu'à 70% de l'énergie brute, mais avec les aliments grossiers de piètre qualité, ce chiffre peut descendre à 40%. L'énergie métabolisable correspond approximativement à 82% de l'énergie digestible. L'énergie nette représente 60 à 90% de l'énergie métabolisable selon l'alimentation. L'augmentation de la production de chaleur est due à l'activité métabolique qui accompagne l'utilisation des aliments lorsque ceux-ci sont absorbés et transportés vers les tissus. Pour certains éléments nutritifs, les processus de digestion et de transformation métabolique sont plus importants et produisent donc davantage de chaleur. C'est le cas des aliments grossiers, à la différence des aliments concentrés qui sont utilisés par l'organisme avec des pertes de chaleur moindres. C'est ainsi que l'énergie nette peut osciller entre 20 et 50% de l'énergie brute.


Figure VI.14. - Répartition de l'énergie alimentaire chez les ruminants.

L'unité d'énergie utilisée est le mégajoule (MJ), c'est-à-dire un million de joules (J). Une autre unité d'énergie plus familière, mais aujourd'hui obsolète, est la calorie (1 cal = 4,2 J). Les besoins et lesapports énergétiques pour les ruminants sont généralement évalués en termes de mégajoules d'énergie métabolisable par jour (MJEM/jour). C'est donc l'énergie métabolisable qui entre en considération dans ces calculs.

La fermentation dans la panse

Les micro-organismes de la panse (champignons, bactéries et protozoaires) sont à l'origine de la décomposition des aliments ingérés par la vache. Les premiers micro-organismes à attaquer les aliments sont les champignons, suivis des bactéries et des protozoaires. Leur action réclame un apport d'énergie et d'azote. Ils n'ont pas besoin de protéines alimentaires et, en cas de nécessité, un ruminant pourrait survivre avec un régime sans protéines pour peu qu'il dispose d'une source d'azote. Toutefois, dans des circonstances normales, ce n'est évidemment ni souhaitable ni nécessaire. Les micro-organismes sont en eux-mêmes une source de protéines pour les ruminants et ils se décomposent pour être absorbés dans l'intestin grêle. Les sucres simples et complexes qui font partie de l'alimentation de la vache sont décomposés par les micro-organismes. Il en résulte une production d'acides gras volatiles qui sont absorbés à travers la parois de la panse. Chez le ruminant, ces acides sont la principale source d'énergie. Les acides gras volatiles les plus importants sont l'acide acétique, l'acide butyrique et l'acide propionique. L'acide acétique se trouve en concentration plus élevée dans les aliments grossiers, tandis que l'acide propionique a sa concentration la plus forte dans les aliments concentrés. L'acide propionique est le principal précurseur du glucose pour les ruminants et il est donc très important pour les bêtes qui produisent du lait.

Le rythme de la fermentation dans la panse dépend principalement de la qualité des aliments ingérés. Le rythme de la décomposition de la nourriture détermine le rythme de passage des aliments dans l'appareil digestif, qui influence à son tour la ration alimentaire.

La ration de matières sèches

Lorsque la nourriture est attrayante pour la vache, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit d'aliments non grossiers de bonne qualité, la quan tité ingérée - la ration de matières sèches (RMS) - dépend essentiellement de la valeur nutritive de l'aliment et de l'état physiologique de l'animal. Une vache mangera d'ordinaire une plus grande quantité d'aliments non grossiers. S'il s'agit d'aliments grossiers, l'ingestion volontaire dépend de la rapidité avec laquelle la nourriture traverse l'appareil digestif (c'est-à-dire le rythme de passage des aliments) qui dépend bien sûr de sa digestibilité. Pour que la ration alimentaire soit la mieux appropriée, il faut aussi que l'animal reçoive de l'eau en quantité suffisante, car la déshydratation risque de réduire l'ingestion volontaire. Les températures ambiantes élevées produisent un effet comparable car elles réduisent la sécrétion de thyroxine, une hormone qui intervient dans le mécanisme de l'appétit.

La valeur des aliments est décrite en termes de concentration ou densité d'énergie, c'est-à-dire la quantité d'énergie contenue dans une unité de poids de matières sèches. L'unité de concentration d'énergie est le mégajoule d'énergie métabolisable par kilo de matières sèches (MJ EM/kg MS) que l'on peut résumer par le rapport M/S (M sur S), soit la quantité d'énergie métabolisable dans la matière sèche (MJEM/kg MS). La valeur d'un aliment s'exprime aussi en termes de métabolisabilité (q) qui correspond à l'énergie métabolisable divisée par l'énergie brute (q = EM/EB MJ/kg MS).

La proportion de matières sèches (MS) ingérée en une journée par une vache se situe entre 2,5 et 3% de son poids corporel. Pour un animal de 400 kg, cela reviendrait à 10-12 kg MS/jour, soit 3 650-4 380 kg MS/an. Pour une herbe fourragère qui contient 30% de matières sèches, cela aboutit à un total de 14,5 tonnes d'herbage vert par an. La ration de matières sèches sera plus importante si la densité d'éléments nutritifs augmente. L'ingestion volontaire est également lice au niveau de production laitière et à la gestation. Les vaches à haut rendement mangent plus que les vaches à faible rendement; les vaches gravides mangent plus que les autres vaches. Au besoin, on peut estimer la ration de matières sèches des vaches en lactation grâce à l'équation suivante: RMS = 0,025 PC + 0,1 L (kg MS/jour), où PC= poids corporel (en ki los) et L = rendement laitier (en kilos). On peut donc calculer la ration de matières sèches probable d'une vache à partir des données reprises dans le tableau VI.3.

Tableau Vl.3
Ration de matières sèches probable au milieu et en fin de lactation.

Poids corporel (kg)

Ration de matières sèches (kg MS/jour)


Rendement laitier (kg)


5

10

15

20

25

350

9,3

9,8

10,3

10,8 1 1,3


450

11,8

12,3

12,8

13,3 13,8


550

14,3

14,8

15,3

15,8 16,3


Les besoins en énergie

Il est facile d'évaluer les besoins en énergie métabolisable (EM) des vaches laitières, mais il n'y a pas de raison de refaire les calculs à tout moment. Les tableaux VI.4, VI.5, VI.6 et VI.7 et les équations présentées ci-dessous résument les apports en énergie métabolisable nécessaires pour l'entretien, la croissance, la lactation et la gestation, calculés d'après les méthodes de l'ARC (1980 et 1984).

Le moyen le plus simple pour calculer la ration d'entretien en énergie métabolisable est d'utiliser l'équation Me = 8,3 + 0,091 x PC (où Me = ration d'entretien en énergie métabolisable). A partir de cette équation, les rations d'entretien (MJ/jour) (tableau VI.4) peuvent être évaluées pour des vaches de poids différents. Ces rations:

l. comportent une marge de sécurité de 5% pour prendre en considération toute variation dans la qualité des aliments;

2. englobent une ration d'activité de 10% pour tenir compte d'une activité quotidienne normale (mais non des dépenses d'énergie si les vaches sont utilisées comme bêtes de trait);

3. supposent que l'énergie métabolisable est utilisée pour les besoins d'entretien avec un rendement (Ke) de 0,72 (l'énergie apportée par l'alimentation est convertie avec un rendement qui varie selon son utilisation par l'organisme).

Tableau Vl.4
Ration d'entretien en énergie métabolisable (EMe).

Poids corporel (kg)

EMe (MJ/jour)

100

17

150

22

200

27

250

31

300

36

350

40

400

45

450

49

500

54

550

59

Le rendement de la conversion d'énergie métabolisable pour le gain de poids vif et l'engraissement (Kc) varie considérablement selon les types d'aliments. Ces variations peuvent être rattachées à la concentration en énergie de la ration et le Kc peut être calculé au moyen de l'équation: Kc = 0,0435 M/S. Ainsi le Kc varie (de 0,30 à 0,60) avec les variations du rapport M/S (de 7 à14 MJ/kg MS). Donc, si l'alimentation est de bonne qualité, la ration supplémentaire de croissance peut-être plus petite puisque la vache convertira plus efficacement l'énergie. Cet élément est pris en considération dans le calcul des rations supplémentaires de croissance (tableau VI.5).

Tableau Vl.5
Ration de croissance en énergie métabolisable chez la vache qui ne produit pas de lait

Poids corporel
(kg)

M/S
(MJ/kg MS)

Ration de croissance en EM (MJ/jour)



taux de croissance (kg/jour)



0,25

0,50

0,75

1,00

300

8

10

21

-

-


10

8

17

28

-


12

7

14

23

34

400

8

1 1

25

-

-


10

9

20

32

-


12

8

16

29

40

500

8

12

28

-

-


10

10

22

37

-


12

8

19

31

45

Chez les vaches en lactation, la formation de tissu organique s'opère avec un rendement supérieur à celui observé chez les bêtes qui ne produisent pas de lait, indépendamment de la qualité de la nourriture. Il faut 34 MJ d'énergie métabolisable alimentaire pour chaque kilo de gain de poids vif (GPV) chez une vache en lactation, et il convient d'ajouter cela à la ration en énergie métabolisable.

Si une vache perd du poids pendant la lactation, l'énergie produite par la transformation des tissus sert à réduire les besoins en énergie métabolisable. Le tissu organique à une valeur énergétique de 20 MJ/kg qui est convertie avec un rendement de 0,82 pour produire du lait d'une teneur énergétique de 16,4 MJ. Cela équivaut à un apport d'énergie métabolisable alimentaire de 16,4 x 1,05/0,62 MJ (en ce compris la marge de sécurité de 5% et en supposant que l'énergie métabolisable est convertie avec un rendement de 0,62 pour la synthèse du lait). Donc, si une vache perd 1 kg par jour, sa ration énergétique peut être réduite de 28 MJ/ jour.

La gestation ne consomme pas beaucoup d'énergie pendant les six premiers mois, mais au cours des trois derniers mois, des apports énergétiques appréciables sont nécessaires pour soutenir la croissance du foetus (tableau VI.6).

Tableau Vl.6
Ration de gestation en énergie métabolisable

Mois de la gestation

Ration de gestation en EM (MJ/jour)

<6

< 5

6

8

7

11

8

15

9

20

La ration de production laitière en énergie métabolisable (M1) dépend du rendement de la conversion de l'énergie métabolisable pour la lactation (K1 = 0,62), de la valeur énergétique du lait (VE1) exprimée en MJ/kg et du rendement laitier. Si l'on inclut une marge de sécurité de 5%, M1 = 1,05 x VE1/0,62 MJ/kg de lait. A partir de cette équation et de l'équation VE1 = 0,0386 MG + 0,0205 SNG - 0,236 (où MG = matières grasses et SNG = solides non gras, exprimés en G/kg), on peut déterminer les rations en énergie métabolisable pour la production laitière telles qu'elles sont exprimées dans le tableau VI.7.

Le rendement de la conversion de l'énergie métabolisable varie selon les fonctions et s'accroît avec la qualité des aliments. C'est pour les besoins d'entretien que l'énergie est utilisée le plus efficacement; viennent ensuite la lactation et la croissance (tableau VI.8).

Les besoins en protéines

Les besoins en protéines sont calculés selon les besoins en azote des micro-organismes de la panse (rumen) et les besoins en protéines du ruminant lui-même. Le système décrit ci-après porte le nom de système de protéines métabolisables et a remplacé le système de protéines brutes digestibles. Toutefois, la méthode de calculs des besoins en protéines (c'est-à-dire le système de protéines métabolisables), proposé par l'ARC (1980 et 1984), fait actuellement l'objet d'une révision et les aspects quantitatifs doivent encore être finalités.

Tableau Vl.7
Ration de lactation en énergie métabolisable (M')


M, (MJ EM/kg de lait par jour)


MG (%)

SNG (%)

3,4

3,8

4,2

4,6

5,0

5,4

5,8

8,4

4,74

5,00

5,26

5,52

5,79

6,05

6,3 1

8,8

4,88

5, 1 4

5,40

5,66

5,92

6, 1 9

6,45

9,2

5,02

5,28

5,54

5,80

6,06

6,73

6,59

Tableau Vl.8
Rendement de la conversion de l'énergie métabolisable

Fonctions organiques

M/S


7,4

9,2

11,0

12,9

Entretien (K e)

0,64

0,68

0,71

0,75

Croissance (k e)

0,32

0,40

0,48

0,55

Lactation (k 1)

0,56

0,60

0,63

0,67

Les protéines qui se trouvent dans l'alimentation des ruminants peuvent être divisées en deux catégories:

1. Les protéines dégradables dans le rumen (PDR), qui sont décomposées (dégradées) dans la panse et utilisées par les micro-organismes.

2. Les protéines non dégradables (PND), qui ne peuvent être décomposées par les micro-organismes et passent de la panse à l'intestin grêle où elles sont digérées.

Le calcul des besoins en PDR et PND commence par celui des besoins en énergie métabolisable et part du principe que l'alimentation pourvoit aux besoins énergétiques. Les besoins en protéines dégradables dans le rumen se calculent ensuite en appliquant la formule: besoins en PDR = 8,4 x besoin en EM (g/jour).

Cela équivaut également à la quantité de protéines fournie aux ruminants par les micro-organismes, c'est-à-dire les protéines microbiennes (PM). La valeur protéique de la protéine microbienne dépend de sa teneur en acides aminés (80%), de la proportion digérée dans l'intestin grêle (80%) et de la quantité d'acides aminés véritablement absorbés dans l'intestin grêle (85%). Ces valeurs sont des moyennes approximatives. L'apport en protéines microbiennes peut donc être exprimé ainsi:

1. PM = 8,4 x EM x 0,8 x 0,8 x 0,85;
2. PM = 4,57 x EM (g/jour).

L'apport de protéines microbiennes sera plus important si l'alimentation est de qualité. Il faut aussi s'intéresser aux acides aminés essentiels (AAE) dans la protéine. La proportion d'acides aminés essentiels dans les protéines microbiennes de l'appareil digestif est de 0,48. En conséquence, l'apport en acides aminés essentiels provenant des micro-organismes s'exprime de la façon suivante: AAE= 4,57 x EM x 0,48 g/jour.

Les besoins en protéines des ruminants se calculent en additionnant les besoins d'entretien, de croissance, de lactation et de gestation. Il faut encore y ajouter une certaine quantité pour l'activité et la pousse des poils. L'ensemble porte le nom de besoins en protéines tissulaires (PT). Ici encore, il vaut mieux considérer les acides aminés essentiels. La teneur en acides aminés essentiels du lait est de 0,53, par conséquent les besoins en AAE = PT x 0,53.

Si les protéines microbiennes (PM) ne suffisent pas à satisfaire les besoins en protéines tissulaires (PT), il faut que l'alimentation apporte des protéines non dégradables (PND). La quantité nécessaire est calculée par l'équation PND = (PT - PM)/(0,8 x 0,85), en supposant toujours une digestion à 80% et une absorption à 85%. Pour calculer la dogradabilité requise dans les protéines alimentaires (c'est-à-dire la proportion qui est effectivement dégradée), on recourt à l'équation suivante: dégradabilité (%) = [PDR/(PDR + PND)] x 100.

Les besoins en eau

La ration d'eau dépend de la ration alimentaire, de la nature des aliments, de l'état physiologique de l'animal et de la température ambiante (tableau VI.9). Les vaches de race indigène sont mieux adaptées aux environnements chauds et peuvent donc boire moins que les bêtes de race exotique. Dans l'idéal, le bétail devrait avoir en permanence accès à un point d'approvisionnement en eau, mais si cela suppose des déplacements quotidiens (pour mener les bêtes à la rivière ou à une retenue d'eau), les animaux de race exotique ou croisée en souffriront davantage que le bétail local. Dans les élevages extensifs, les bêtes indigènes sont souvent abreuvées une seule fois par jour, mais cela n'est pas recommandé pour les vaches laitières.

Les besoins en éléments minéraux

La quantité d'éléments minéraux nécessaires aux besoins d'entretien dépend de la taille de l'animal. D'un point de vue quantitatif, les éléments les plus importants sont le calcium, le phosphore et le magnésium. Pendant la croissance, la gestation et la lactation, les vaches ont besoin d'apports supplémentaires en éléments minéraux.

Comparées à d'autres aliments, les légumineuses et les céréales contiennent respectivement de grandes quantités de calcium et de phosphore. Aussi bien pendant sa croissance qu'à l'âge adulte, l'animal a besoin d'un apport constant de calcium. La fièvre de lait est provoquée par un taux de calcium insuffisant chez les vaches à haut rendement. Une bête de 500 kg qui produit 18 kg de lait a besoin de trois fois plus de calcium et de phosphore qu'une vache qui ne donne pas de lait et dont la croissance est terminée. Les besoins en calcium et en phosphore pour produire18 kg de lait par jour sont les mêmes que ceux correspondant à un rythme de croissance de 1 kg par jour (tableau VI.10).

Tableau Vl.9
Ration d'eau optimum pour des vaches laitières selon la température ambiante sous un climat chaud

Rendement laitier (kg)

Température ambiante


11-20°C

> 20°C


Poids corporel (kg)


350

600

350

600

0

46

63

56

77

10

58

86

70

105

20

69

98

84

119

30

81

109

98

133

40

98

120

119

147

Ration d'eau = liquide + aliments humides (en kg/jour). Source: Oliver (1987).

La quantité de phosphore dans les herbages est proportionnelle à leur teneur en protéines. Pendant la saison sèche, cela ne représente sans doute pas grand-chose. Le rapport calcium-phosphore optimum dans l'alimentation se situe entre 1:1 et 2:1. Le métabolisme du calcium est lié à celui du phosphore et même si aucun des deux éléments ne manque, un excès de l'un affectera le métabolisme de l'autre.

Parmi les autres éléments minéraux dont les vaches laitières ont besoin, il faut citer le sodium, le chlore, le potassium et le soufre, ainsi que des traces d'éléments comme le fer, l'iode, le cobalt, le cuivre, le molybdène, le sélénium, le fluor, le zinc et le manganèse. Des carences peuvent parfois se déclarer à cause de l'alimentation ou de la nature du sol lorsque les vaches sont nourries principalement en pâture. Une carence en sel (chlorure de sodium) ralentit la croissance et réduit l'appétit. C'est pourquoi il est recommandé de prévoir des pains de sel à lécher pour stimuler l'ingestion volontaire.

Tableau Vl.10
Besoins en calcium, phosphore et magnésium pour l'entretien et la croissance


Taux de croissance (kg/jour)


0,0

0,5

1,0


Besoins en minéraux (g/jour)

(kg)

Ca

P

Mg

Ca

P

Mg

Ca

P

Mg

100

2

2

2

12

6

3

21

11

4

200

5

3

4

14

8

5

24

13

6

300

7

5

5

17

9

7

26

14

8

400

9

8

7

19

15

8

28

21

9

500

12

10

9

21

17

10

30

23

11

600

15

12

11

23

19

12

32

25

13

Ca = calcium, P = phosphore et Mg = Magnésium.

Les quantités d'éléments minéraux dans le sol, l'herbe et les tissus animaux sont des variables qui doivent être prises en compte au même titre que l'année ou la saison pour établir le bilan minéral d'une région.

L'illustration VI.15 donne une idée de la distribution géographique de certaines carences en éléments minéraux.

Les besoins en vitamines

Les vitamines sont:

1. liposolubles: vitamines A, D, E et K;
2. hydrosolubles: vitamines du groupe B et vitamine C.

Dans des conditions de pâturage normales, le bétail tropical ne devrait pas souffrir de carences vitaminiques. A la saison sèche,


Figure Vl. 15. - Distribution géographique des carences minérales en Afrique.

On peut parfois craindre une carence en vitamine A, puisque ses précurseurs, le carotène et les caroténoïdes, sont rares dans la végétation sèche, mais les bêtes ont généralement stocké suffisamment de vitamine A dans le foie pour traverser sans encombre la saison. Les jeunes veaux qui naissent assez tard dans la saison sèche risquent de souffrir d'une carence en vitamine A, puisqu'à cette époque le colostrum n'en contient guère. Il faut environ un mois pour renouveler la quantité de vitamine A dans le foie. La vitamine D est synthétisée par la peau sous l'effet de la lumière solaire et, à moins d'être en permanence sous abri, les bêtes ne risquent pas de carence. La vitamine E (tocophérol) est largement présente dans l'alimentation des animaux. Les vaches emmagasinent assez bien la vitamine E et une bonne alimentation avant la parturition se traduit par une teneur élevée dans le colostrum et le lait. La vitamine K. qui intervient dans le processus de coagulation, est synthétisée par les micro-organismes de la panse. Les vitamines du groupe B sont également synthétisées par ces micro-organismes et ne présentent guère de risque de carence si ce n'est, peut-être, dans les deux premiers mois de la vie du veau ou chez les vaches laitières à très haut rendement. La synthèse de la vitamine B12 nécessite du cobalt. C'est pourquoi on observe parfois une carence dans les régions où le sol ne contient pas de cobalt.

Tableau Vl.11
Besoins d'une vaches de 400 kg produisant 10 kg de lait/jour

Besoins

Quantité (par jour)

EM


entretien

45 MJ

lait

63 MJ

TOTAL des besoins en EM

108 MJ

Protéines en PDR


mais protéines microbiennes produites (AAE)

237 g AAE

lait (30 x 10)

300 g

entretien (2 188 mg/kg 0,75)

196 g

poils (112,5 mg/kg 0,75)

10 g

TOTAL des besoins en AAE

268 g AAE

mais déficit en AEE non comblé par les micro-organismes de la panse en PND

31 g AEE

TOTAL des besoins en PB

953 g PB

dégradabilité requise

95%

Teneur minimum en PB dans l'alimentation

87 g PB/kg MS

* La vache est supposée peser 400kg, soit le poids d'une vache Blanche Peule ou Sahiwal, et produire 10 kg de lait/jour de 5,8% MG et 8,4% SNG, au début de la lactation et à un poids constant.
** kg 0,75 = poids métabolique (cf. Glossaire).

Remarque: EM = énergie métabolisable, PDR = protéines dégradables dans le rumen, AAE = acides aminés essentiels, PND = protéines non dégradables et PB = protéines brutes. Les besoins énergétiques et protéiques sont calculés sur la base des méthodes précédées précédemment (pp. 000-000).

La composition des rations et le nourrissage dans la pratique

La méthode décrite pour déterminer les besoins nutritifs des ruminants est assez complexe, mais il est important de connaître les facteurs concernés pour bien comprendre les fonctions digestives chez le ruminant et la manière dont les aliments sont utilisés pour satisfaire ses besoins. L'élaboration des rations pour les vaches laitières recourt à cette méthode pour déterminer les besoins des animaux. Ensuite, l'éleveur doit prendre en considération les aliments disponibles et les doser de façon à satisfaire les besoins autant que possible. Cela réclame parfois certains essais et des ajustements.

Les besoins en matières sèches sont calculés au moyen de l'équation RMS = 0,025 PC + 0,1 L, qui ne prend pas en compte la qualité des aliments. Une ration de matière sèche de 11 kg MS/ jour est considérée comme un maximum. La ration peut aussi être estimée grâce à l'équation RMS = 106 q + 37 P + 24,1 (où q = métabolisabilité et P = proportion de concentrés dans l'alimentation), qui prévoit une consommation moins importante.

Formulation des rations

En s'appuyant sur les besoins des vaches (expliqués précédemment) et sur la teneur des aliments disponibles en différents éléments nutritifs, il est possible de formuler les rations. Il peut arriver que la nourriture disponible ne suffise pas à soutenir le niveau de production laitière souhaité (par exemple 10 kg). Dans ce cas, on formule une ration, puis on estime quel est le rendement laitier qu'elle peut soutenir. Ces calculs supposent bien sûr que les aliments ne contiennent aucun agent toxique qui inhiberait l'ingestion.

La teneur en MS, EM, PDR et PND de chaque ingrédient qui compose la ration proposée est déterminée grâce à des tableaux d'aliments (comme le tableau VI.12). Dans notre exemple, les ingrédients sont des herbes de pâture naturelle, des herbages améliorés, par exemple Pennisetum papureum, Stylosanthes, Chloris gayana (au premier stade de feuillaison et de floraison), du leucaena, du foin de luzerne, du mais ensilé, des tourteaux d'arachides et de graines de coton, des grains de maïs et de sorgho, des mélasses et de l'urée.

Régimes

Nous présentons ici neuf régimes qui font intervenir des combinaisons différents de ces aliments. Les teneurs en éléments nutritifs mentionnées sont des valeurs moyennes. Dans la pratique, on observe des variations selon le lieux et la saison. Ces exemples sont conçus pour illustrer les principes de formulation d'une ration et ne doivent pas être pris pour des recommandations diététiques pour l'utilisation des ingrédients en question. Dans la pratique, un régime formulé doit toujours être mis à l'épreuve et ajusté en fonction des performances des bêtes.

Pour toutes les rations présentées, il convient finalement de convertir en poids frais les valeurs en matières sèches de façon à déterminer quelles quantités d'aliments doivent être données aux bêtes.

Pour chaque régime, les teneurs totales en MS, EM et PDR/PND sont comparées avec les besoins estimés. L'apport en énergie métabolisable est chaque fois calculé pour être aussi proche que possible des besoins de la vache, compte tenu de l'ingestion de matières sèches prévue. Si la teneur en protéines dégradables dans le rumen est insuffisante, il est possible d'y remédier en augmentant la proportion d'un des ingrédients ou en renforçant avec de l'urée le contenu de la ration en azote non protéique. On a estimé à0,80 le rendement de conversion de l'azote de l'urée en azote microbien. La quantité d'urée (g/jour) nécessaire équivaut donc au déficit en PDR/(6,25 x 0,80 x 0,46) (cf. p. 000). S'il y a à la fois une carence en PDR et en PND, c'est le déficit en PDR qu'il convient de corriger d'abord. S'il y a un excès de PDR ou de PND, il est possible de formuler une nouvelle ration pour le réduire, à condition cependant que les besoins énergétiques soient satisfaits.

Tableau Vl.12
Contenu en éléments nutritifs des aliments

Aliment

MS
(g/kg)

EM
MJ/kg MS

q*

PB
(g/kg MS)

dg**

PDR
(g/kg MS)

PND
(g/kg MS)

Pâture naturelle








Saison des pluie

300

8,0

0,43

90

0,80

72

18

Saison sèche

550

5,5

0,30

28

0,80

22

6

Pennisetum purpureum








Début de la floraison

230

10,0

0,54

90

0,80

72

18

Fin de la floraison

270

9,3

0,54

52

0,80

42

10

Chloris gayana








Jeunes feuilles

270

9,3

0,54

190

0,80

152

38

Début de la floraison

300

8,7

0,47

80

0,80

152

38

Stylosanthes

300

9,0

0,49

150

0,80

120

30

Leucaena

300

10,7

0,58

230

0,65

160

70

Foin de luzerne

850

8,3

0,45

193

0,78

151

43

Mais ensilé

210

10,8

0,58

110

0,60

66

44

Tourteau d'arachide

900

12,9

0,70

504

0,74

373

131

Tourteau de graines de coton

925

10,9

0,59

360

0,50

180

180

Grains de mais

860

14,2

0,77

98

0,65

64

34

Sorgho

900

12,0

0,65

100

0,65

65

35

Mélasses

750

12,7

0,69

42

0,50

21

21

* q = métabolisabilité.
** dg = dégradabilité des protéines brutes.

Régimes à base d'herbage naturel

Au début de la saison des pluies, l'herbage naturel est de bonne qualité, mais cela se dégrade rapidement à mesure que les herbes croissent. Le régime 1 se compose uniquement d'herbes qui poussent dans les prairies naturelles ou sur les talus. Les régimes 2 et 3 prévoient des compléments.

On voit, avec l'exemple du régime 1, que l'herbage naturel ne suffit pas à soutenir une production de 10 kg de lait par jour par une vache de 400 kg. La valeur énergétique de cette ration autorise une production quotidienne de 4 kg de lait.

Régime 1

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Herbage naturel à la saison des pluies

8,4

67

756

605

151

Pour les vaches que le fait paître en bordure des chemins et auxquelles on donne du fourrage coupé, il est possible de prévoir un complément en fourrage cultivé, par exemple Pennisetum purpureum et Leucuena, comme on le voit dans le régime 2. Cette fois la valeur énergétique convient pour une vache de 400 kg qui produit approximativement 6 kg de lait par jour. Les protéines en excès seront converties en une source énergétique.

Régime 2

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimes

11,0

108,0

953

907

46

Herbes des talus

4,3

34,0

387

310

78

à la saison des pluies






Pennisetum purpurerum

2,0

18,6

104

84

20

Leucaena

3,0

32,1

690

480

240

TOTAL

9,3

84,7

1 181

874

307

Par ailleurs, pendant la saison sèche, il est possible de compléter l'herbage naturel par une légumineuse fourragère, par exemple Stylosanthes, provenant d'une banque de fourrage, et par des mélasses et de l'urée, comme on le voit dans le régime 3. Cette alimentation conviendrait pour une vache de 400 kg produisant 5 kg de lait par jour.

Régime 3

Aliment RMS EM PB PDR PND
(kg/jour) (MJ/jour) (g/jour) (g/jour) (g/jour)

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimes

11,0

108,0

953

907

46

Herbage naturel à la saison sèche

2,9

16,0

81

64

17

Stylosanthes

4,0

36,0

600

480

120

Mélasses

2,0

25,4

84

42

42

Urée

0,1

0

266

266

0

TOTAL

9,0

77,4

1 029

852

179

Les régimes à base de fourrage conservé

Le régime 4 à base d'ensilage vert de maïs (10 kg de matières sèches d'ensilage à raison de 210 g MS/kg d'ensilage frais = 48,6 kg/jour d'ensilage frais), apporterait assez d'énergie pour soutenir une production de 10 kg de lait, mais pas assez de PDR et trop de PND. Néanmoins, la concentration de protéines brutes dans les matières sèches est plus que suffisante.

Régime 4

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Mais ensilé

10

108

1 100

660

440

En remplaçant une partie de l'ensilage par du foin de luzerne, il est possible de satisfaire à la fois les besoins en énergie et en PDR, mais la concentration en protéines brutes demeure trop importante ainsi que l'apport en PND, comme on le voit dans le régime 5. Dans ce cas, les protéines en excès seraient décomposées et utilisées comme une source supplémentaire d'énergie.

Régime 5

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Mais ensilé

8,0

86

880

528

352

Foin de luzerne

2,6

22

502

393

112

TOTAL

10,6

108

1 382

921

464

Une autre possibilité serait de compléter l'ensilage de maïs avec de l'urée au lieu de foin de luzerne. Dans le régime 4, le déficit en PDR est de 247 g. La quantité d'urée nécessaire est donc: 247/2,3 = 107,4 g/jour. C'est une dose qui pourrait facilement être administrée avec 47,6 kg de maïs ensilé. La décision d'opter pour l'une ou l'autre formule relève d'une comparaison des coûts et de la disponibilité des aliments (c'est-à-dire non seulement le prix de l'urée et du foin de luzerne, mais aussi les quantités d'ensilage disponibles). Le régime 5 ne réclame que 38 kg d'ensilage frais contre 48 pour le régime 4. Le foin de luzerne paraît être une solution préférable pour autant que l'on puisse s'en procurer à un prix plus avantageux que l'urée.

Les régimes à base d'herbage artificiel

Si les vaches étaient mises en pâture dans des prairies de Chloris gayana au stade des jeunes feuilles ou au début de la floraison, la composition de leurs rations correspondrait aux régimes 6 et 7.

Régimes 6 et 7

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Chloris gayana






Régime 6:






jeunes feuilles

9,9

92

1 880

1504

376

Régime 7:






début de la floraison

8,9

77

712

570

142

Une ingestion ad libitum d'herbage tendre suffit aux besoins d'entretien des bêtes et à une production de 7 kg de lait par jour, mais à un stade de croissance un peu plus avancé, l'herbage permet tout au plus de soutenir une production de 5 kg de lait. Au stade de la floraison, la teneur en protéines a fort diminué et risque aussi de restreindre la production laitière.

En se fondant sur les régimes 1, 2, 3, 6 et 7, on peut conclure que l'herbage ne suffit pas aux besoins nutritifs d'une vache de 400 kg qui produit 10 kg de lait par jour. Il convient donc de compléter par d'autres aliments. Lorsque la valeur nutritive de l'herbage est plus faible (c'est-à-dire à un stade de maturité plus avancé ou pendant la saison sèche), la production laitière qu'il permet de soutenir est encore moindre et les compléments alimentaires nécessaires n'en sont que plus importants. D'une manière générale, on peut affirmer qu'une production laitière soutenue pendant toute une lactation de 305 jours, à des niveaux supérieurs à 3 kg par jour, nécessite des compléments alimentaires à côté de l'herbage. Les programmes de développement laitier qui ne prévoient pas d'approvisionnement en intrants alimentaires en plus du pâturage n'ont guère de chances d'aboutir à des résultats satisfaisants. Si les paysans ne peuvent pas ou ne veulent pas donner d'autres aliments à leurs vaches laitières, ils ne réussiront pas à faire monter le rendement au-dessus des niveaux minimum atteints normalement par ces vaches.

Avec le régime 6, même si la vache était capable de manger assez de jeunes herbes de Chloris gayana, cela ne suffirait quand même pas à satisfaire ses besoins énergétiques, mais elle recevrait néanmoins un surplus de PDR et de PND. Ces protéines seraient utilisées comme une source d'énergie additionnelle et contribueraient à soutenir la lactation. Plus tard dans la saison, quand l'herbage serait au début de la floraison, des suppléments seraient nécessaires, comme on le voit dans les régimes 8 et 9.

Quand la floraison commence, l'herbe ne suffit plus à satisfaire les besoins de la vaches (régime sec). Si on lui donne un complément de maïs en grain, l'apport énergétique sera amélioré, mais la teneur en PDR est encore assez basse (régime 8). Avec un complément composé de 2 kg de tourteau d'arachides, l'apport énergétique sera équivalent et les protéines en excès serviront également à fournir de l'énergie. La meilleure solution pourrait être encore d'ajouter aux grains de maïs des mélasses et de l'urée. Le déficit en PDR pour une production de 10 kg de lait avec le régime 8 à base de maïs est de 286 g/jour. La quantité d'urée requise serait donc de: 286/2,3 = 124 g/jour. Avec 1 kg de mélasse, le régime serait suffisant pour une production de 10 kg de lait.

Régimes 8

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Chloris gayana






début de la floraison

7,7

67

616

493

123

Grains de mais

2,0

28

196

128

68

TOTAL

9,7

95

812

621

191

Régimes 9 Chloris gayana

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Chloris gayana






début de la floraison

7,7

67

616

493

123

Tourteaux d'arachides

2,0

26

1 008

746

262

TOTAL

9,7

93

1 624

1 239

385

VII. Les races laitières et la reproduction pour les élevages laitiers

On trouvera chez Felius (1985) et chez Mason (1988) des descriptions des races bovines du monde entier. Plus récemment, les bovins des régions tropicales ont été décrits par Maule (1990) qui répertoriait environ 200 races bien définies et de nombreux autres bovins non décrits. Le chapitre suivant présente quelques-unes des races typiquement laitières ou des plus appréciées pour la production de lait.

Dans les régions tropicales, il n'y a guère de races laitières à proprement parler, mais certaines sont préféré es pour un élevage laitier. De nombreuses races remplissent deux ou plusieurs fonctions: on les élève pour leur lait, pour leur viande, pour leur cuir, pour leur fumier et éventuellement pour s'en servir comme bêtes de trait. Aucune race ne convient en toutes circonstances et, lorsqu'ils ont a choisir, les paysans doivent trouver celle qui est la mieux adaptée au milieu et aux conditions d'élevage qu'ils sont en mesure de lui offrir.

Les bovins sont classés en deux espèces en fonction de critères morphologiques: Bos indicus (le boeuf à bosse ou Zébu) et Bos taurus (les bovins sans bosse). D'un point de vue biologique, il ne s'agit pas d'espèces différentes et les individus de ces deux croupes peuvent être croisés pour produire une descendance fertile. Dans l'est et dans le sud de l'Afrique, on rencontre des vaches Sanga qui sont le résultat de croisements entre le Zébu et la vache sans bosse à longues cornes d'Egypte. Les races taurines que l'on rencontre dans les régions tropicales sont principalement importées d'Europe, comme la Frisonne, l'Ayrshire et la Jersey, bien que la race N'Dama (d'Afrique occidentale) soit de type Bos taurus . Les vaches Criollo d'Amérique latine sont elles aussi de type Bos taurus


Figure VII.1. - Bétail de race Sahiwal et Sahiwal x Frisonne, à Naivasha, au Kenya. .

Les races appréciées pour la production laitière
Races indigènes

On rencontre environ trente races dans le sous-continent indien dont les meilleures laitières sont la Sahiwal, la Red Sindi et la Gir.


Figure VII.2. - Taureau Sokoto Gudali, au Nigéria.

Parmi les races d'Afrique occidentale, il faut citer la Blanche Peule (Bunaji), qui est une grande vache à bosse bien musclée, aux cornes en forme de Iyre et à la robe blanche tachetée de noir ainsi que la Sokoto Gudali, que les peuples peuls et hausa élèvent comme bête de trait, mais aussi pour la production laitière.

Parmi les Zébus de l'est et du sud de l'Afrique, on rencontre les races Boran, Butana, Kenana et plusieurs races de petits zébus est-africains, comme les zébus Nandi, Masai, N'Kedi, Lugware et le Zébu du Malawi.

Les races africaines Sanga comprennent les vaches Ankole d'Ouganda, du Zaïre, du Rwanda et du Burundi et les vaches Barotse qui sont élevées par les peuples Barotse et Lozi du sud-est de l'Angola et de l'ouest de la Zambie, dans le lit majeur du Zambèze.


Figure VII.3. - Bétail de race Boran, au Kenya.

Parmi les races d'Amérique latine et des Caraïbes, citons la Criollo laitière du Costa Rica, la Criollo laitière du Rio Limon, la Blanco Orejinegro (BON) (Blanche à oreilles noires) et la Hope jamaïquaine.

Les races laitières spécialisées

Plusieurs races européennes (notamment des taureaux Ayrshire, Shorthorn, Guernsey et Jersey) ont été introduites dans le sous-continent indien dès le dix-huitième siècle pour constituer plusieurs élevages militaires. Depuis lors, ces races ainsi que d'autres à haut rendement, comme les races Brunes Suisses, Frisonnes et Rouges Danoises, ont été importées et croisées avec de robustes bêtes indigènes Zébus, bien adaptées au climat, pour produire de bonnes races laitières. Dans des conditions d'élevage intensif, les vaches croisées Frisonnes-Holstein, sans tenir compte des races indigènes et de la situation agro-écologique, se sont imposées comme les meilleures laitières d'origine exotique, suivies par les Brunes Suisses et les Jersey.


Figure VII.4. - Bétail de race Butana, au Soudan.

Bien qu'il existe, dans toute la zone tropicale, des races laitières indigènes productives, les stratégies de développement de la production laitière ont été largement dominées par la recherche d'une amélioration génétique où l'on s'efforçait de transmettre aux races tropicales les qualités de laitières des races tempérées. Les hybrides de la première génération ont généralement des rendements deux fois supérieurs aux vaches indigènes de pure race. C'est pourquoi des races européennes ont été introduites dans la plupart des régions tropicales et ont produit par croisement de nombreux hybrides bien implantés.


Figure VII.5. - Vaches Kenana, à Kosti, au Soudan.

Dans le même temps, le souci de préserver les races indigènes et de les améliorer par sélection suscite un intérêt croissant, mais cette démarche ne se substituera sans doute pas aux améliorations par introduction de reproducteurs importés de régions tempérées. Pour les programmes à long terme, la meilleure option est la création d'une nouvelle race.

Il en existe d'ailleurs plusieurs. Cependant, leur importance en termes de population est réduite et aucune d'entre elles n'est encore parvenue à s'imposer comme une grande race laitière. Les races Karan suisse, Karan Fries, Sunandini, Mpwapwa et la race laitière de Zébu australien en sont quelques exemples.

Dans de nombreux pays, du bétail exotique de pure race taurine a été introduit, notamment les vaches Holstein-Frisonnes, Ayrshire et Jersey.

La reproduction et l'amélioration génétique

On se reportera à l'ouvrage de Gerald Wiener, Animal Breeding, dans la collection The Tropical Agriculturalist, pour trouver une étude plus complète de la reproduction et de l'amélioration de la race. Si la gestion, les conditions d'élevage et l'alimentation sont satisfaisantes, si les contraintes environnementales ont été surmontées, le rendement laitier d'une vache devrait approcher le maximum dont elle est capable. Dans la plupart des pays tropicaux, tant au sein des élevages qu'au niveau national, il existe un potentiel considérable d'accroissement du rendement laitier en améliorant conjointement les conditions d'élevage et les stratégies de reproduction.


Figure VII.6. - Zébus est-africains utilisés pour labourer, au Kénya.


Figure VII.7. - Race laitière de Zébu australien.

Il existe trois manières d'améliorer les qualités génétiques d'un troupeau:

1. Sélectionner dans la souche locale les bêtes qui ont le meilleur rendement.

2. Croiser la souche locale avec d'autres races bovines indigènes ou exotiques.

3. Remplacer les vaches locales par d'autres de race plus productive.

C'est généralement la deuxième méthode qui est adoptée, car les vaches améliorées coûtent cher à l'achat et sont d'ailleurs rarement vendues par les paysans qui en possèdent. Quand on se lance dans la production laitière, on souhaite bien sûr commencer avec la race la mieux appropriée, mais on doit d'habitude se rabattre sur du bétail de race locale que l'on va s'efforcer d'améliorer par l'une ou l'autre méthode.

Elimination et sélection

Dans les grandes exploitations, lorsque les conditions d'élevage sont bonnes, il est possible de développer encore quelque peu le rendement laitier en améliorant les qualités génétiques du troupeau par la sélection et l'élimination. On parvient ainsi à introduire une lente amélioration génétique en écartant les bêtes aux rendements les plus faibles pour les remplacer par de meilleures laitières. La mesure dans laquelle cette amélioration est possible dépend de l'héritabilité des caractères que l'on cherche à sélectionner. Or les caractères associés à la production laitière sont relativement peu héritables. On définit l'héritabilité (h²) de la façon suivante:

1. la proportion d'une variation phénotypique (c'est-à-dire observable et mesurable dans la population animale) attribuable à des effets génétiques additifs (c'est-à-dire que la variation est déterminée par un certain nombre de gênes plutôt que par un seul);

2. la mesure dans laquelle une vache ou un taureau peut transmettre ses caractéristiques à sa descendance.

L'estimation de l'héntabilité varie de 0 à 1. Quand h² = 0, le caractère n'est pas héritable, tandis que quand h² = 1, le caractère est pleinement héritable.

De plus grands progrès peuvent être faits quand la sélection s'opère sur un grand nombre de vaches. Un paysan qui ne possède qu'une ou deux vaches n'a guère de chance d'influencer les qualités génétiques de leur descendance par sélection et élimination. Il n'a pas d'autre choix que de garder tous les veaux femelles qui naissent chez lui (peut-être tout au plus un par an) s'il veut agrandir son troupeau ou simplement assurer le remplacement des vaches plus âgées. Néanmoins, si l'occasion se présente de remplacer une vache dont la production est faible par un veau femelle né d'une bonne laitière, il vaut la saisir. Si le mauvais rendement d'une vache est imputable à une mammite ou à une autre maladie, ses veaux valent peut-être la peine d'être conservés également. L'expérience du fermier et les données qu'il a conservées l'aideront dans ce cas à prendre sa décision. Sans un bon système d'enregistrement des données relatives à chaque bête, il est difficile d'obtenir une amélioration du troupeau. Plus le nombre de bêtes est important, plus il autorise une grande intensité de sélection. Pour orienter les choix, on peut se fonder sur des indices de sélection qui portent sur les différents caractères de production et sur leur valeur économique.

Dans la mesure du possible, les vaches à faible rendement devraient être écartées et leur descendance ne devrait pas être utilisée pour la production laitière. Plus un troupeau est nombreux, plus grand est son potentiel d'amélioration globale, puisqu'il per met d'éliminer davantage les bêtes pour les remplacer par de meilleures laitières. Néanmoins, même quand le cheptel est important, l'amélioration génétique par sélection reste lente.

La conservation des données aide le paysan à identifier les meilleurs vaches laitières et donc à améliorer la qualité et la production de son cheptel.

L'hybridation et l'amélioration de la race

La manière la plus rapide de développer le rendement laitier par amélioration génétique est le croisement avec une race qui possède un potentiel génétique supérieur pour la production de lait. Cette race est souvent appelée race améliorée ou, lorsqu'elle vient d'ailleurs, race exotique. Cela peut cependant prêter à confusion, car une race qui donne de bons résultats dans certains environnements s'avère parfois décevante sous d'autres conditions. Les performances des races exotiques ne sont donc pas nécessairement supérieures à celles des races locales et leur importation ne constitue pas nécessairement une «amélioration».

La manière la plus facile d'accroître la production par croisement est d'intervenir sur la branche mâle grâce à un «taureau amélioré» ou en recourant à l'insémination artificielle. Avec les progrès de la technique d'ovulation multiple et de transfert d'embryon, des améliorations rapides sont désormais réalisables par le biais de la branche femelle.

Un avantage important des croisements est la vigueur hybride: l'hybride est plus vigoureux et mieux apte à survivre que ses parents.

Avant de se lancer dans un programme de croisement, l'éleveur doit être assuré de pouvoir offrir de bonnes conditions d'élevage aux bêtes issues du croisement. Dès lors que ces conditions sont garanties, on peut entreprendre de produire des vaches qui ont une proportion plus grande de sang amélioré. On croise par exemple un taureau de race Sahiwal, Jersey ou Frisonne avec une vache locale. Le résultat du premier croisement sera donc une bête de type 50/50. Des croisements ultérieurs avec l'une des races parentales produiront des hybrides génétiquement plus proches de cette race.

L'un des problèmes qui se posent est précisément que le second croisement sera un rétrocroisement avec l'une des races parentales pour produire un hybride 75/25. Il est difficile de maintenir une population croisée à 50/50, et l'éleveur devra opter pour une méthode de croisement qui produit chez les bêtes le dosage le mieux adapté au mileu. Si une race améliorée à 75% ne convient pas, il faudra recourir à la race locale pour obtenir un hybride local/ amélioré 75/25. Cet hybride peut ensuite être croisé avec la race améliorée pour produire une mélange 62,5/37,5. On peut aussi se servir de taureaux de race croisée.

Le croisement alternatif consiste à se servir d'un taureau exotique pour la première génération et d'un taureau local pour la suivante (figure VII.8). De la même façon, il est possible d'alterner des taux de trois races différentes.


Figure VII.8. - Exemple de croisement alternatif.

L'insémination artificielle (IA)

La manière la plus rapide d'améliorer la patrimoine génétique d'un troupeau est de recourir à l'insémination artificielle avec des taureaux possédant des qualités génétiques supérieures pour la production laitière. Par rapport à la saillie, l'insémination artificielle a l'avantage d'éviter les risques de transmission de maladies vénériennes à la vache ou à la génisse pour peu que l'on ait soin de choisir des donneurs de sperme sains. Avant d'opter pour la semence de taureaux testés dans des conditions climatiques tempérées, il est important de procéder à une nouvelle évaluation dans un environnement tropical.

On doit pouvoir être sûr de la supériorité des taureaux utilisés pour l'insémination artificielle. Il faudrait pour cela pouvoir l'évaluer en fonction des performances de sa progéniture (test de la descendance), mais cela peut demander d'attendre jusqu'à huit années.

Le test de la descendance

Les jeunes animaux de race laitière (taureaux ou génisses) ne peuvent être évalués que par les performances de leurs parents ou des bêtes plus âgées issues des mêmes parents (ou de l'un des parents). Un taureau plus âgé peut être évalué en fonction des performances des vaches issues de sa semence. Les taureaux des élevages laitiers et ceux utilisés pour l'insémination artificielle sont souvent testés de cette façon. Il faut compter six ou sept ans à partir de la naissance du taureau pour pouvoir disposer de données suffisantes sur le rendement laitier de sa progéniture. Il ne faut pas perdre de vue que la plupart des taureaux exotiques sont évalués dans un milieu très différent de celui des régions tropicales et qu'ils risquent de ne pas donner des résultats aussi satisfaisants sous d'autres conditions.

VIII. Les produits laitiers

Le développement planifié d'une industrie laitière exige que l'on étudie aussi des méthodes de collecte du lait auprès des éleveurs et de distribution du lait frais ou des produits laitiers aux consommateurs. Le public cible se trouve souvent dans de grands centres urbains assez éloignés des producteurs. Des aspects comme l'hygiène, la collecte, le transport, la conservation, le traitement et la distribution du lait font donc partie intégrante de l'industrie laitière et des programmes de développement laitier.

L'hygiène du lait

Tous les stades de la traite, du transport et du traitement doivent se dérouler dans de bonnes conditions d'hygiène. Il faut veiller à la propreté des bêtes, des frayeurs, des ustensiles et des conteneurs pour le transport. Il faut surveiller la santé des animaux (éliminer les risques de tuberculose, de brucellose et de mammite), mais aussi la santé des trayeurs. Il faut éviter toute souillure au moment du traitement et, après que celui-ci a être correctement effectué, stocker le lait au frais dans la mesure du possible.

Les méthodes de conservation du lait

Rien ne remplace de bonnes conditions d'hygiène qui sont la première étape obligée pour garder sa fraîcheur au lait. Un lait propre et sans microbe tiendra plus longtemps qu'un lait pollué.

La pasteurisation

Le procédé de pasteurisation consiste à chauffer le lait à 63°C pendant 30 minutes, puis à le chauffer à 71°C pendant 15 secondes. Cela tue tous les micro-organismes pathogènes, mais certaines bactéries résistant à la chaleur survivront. Le lait se conservera mieux si, en plus de veiller à sa propreté, on le garde à une température de 5°C immédiatement après la traite ou la pasteurisation.

Certains conservateurs chimiques peuvent être ajoutés au lait, mais ce n'est généralement pas recommandé. Dans certains pays, on se sert d'eau oxygénée (H 2O2), qui est considérée comme le plus sûr des conservatuers. En cas d'addition d'eau oxygénée au lait, on conseille une proportion 0,01 à 0,08%, qui suffit à inhiber la prolifération bactérienne pour que le lait reste frais plus longtemps. Ce traitement réduit légèrement la teneur en vitamine C.

La stérilisation

La stérilisation permet de tuer tous les organismes. Elle consiste à conditionner le lait dans des bouteilles ou des emballages scellés de taille adéquate, puis à porter la température entre 110 et 120°C pendant 20 à 40 minutes. Le lait ainsi traité pourra être conservé dans son emballage fermé pendant de longues périodes dans des conditions non réfrigérées.

Le traitement à ultra-haute température (lait UHT)

Le lait porté pendant quelques secondes à une température de 150C est lui aussi stérilisé et subit moins les altérations associées aux procédés plus longs de stérilisation. Le traitement s'opère dans des échangeurs de chaleur avant le conditionnement. Il est donc important que le lait UHT soit ensuite placé dans des emballages stérilisés sous atmosphère aseptique. La durée de conservation du lait UHT dans des cartons scellés et à température ambiante atteint six mois.

Les produits laitiers

Les produits laitiers englobent le lait frais et tous les autres produits dérivés. En dehors du lait, qui contient 80% d'eau et qui est coûteux à transporter, il existe toute une gamme de produits dont l'intérêt est d'être généralement plus faciles à conserver, à stocker et à transporter que le lait frais, et d'augmenter sa valeur ajoutée. En Inde, par exemple, on trouve 36 produits laitiers. Ce genre de produits peuvent être regroupés en plusieurs catégories:

" les produits laitiers fermentés;

" les produits dérivés de la coagulation du lait;

" le bourre et le ghee;

" les produits dérivés de la déshydratation du lait.

Les produits laitiers fermentés

La fermentation bactérienne du lactose produit un aigrissement dû à l'acide lactique, qui est à la base de la fabrication de nombreux produits laitiers. Dans des conditions de stockage normales en région tropicale, le lait surit en 4 à 5 heures. Cet aigrissement a l'avantage de retarder le développement de micro-organismes indésirables et de faciliter la séparation des matières grasses.

Le Maziwa Lala

Le Maziwa Lala est un lait fermenté produit par les pasteurs Masaïs. Le lait est placé dans des gourdes où il fermente en deux jours pour augmenter son acidité l'acidité détruit les micro-organismes) et produire un coagulum ferme. On donne aussi aux enfants un lait légèrement fermenté avec un pH moins acide. Les gourdes sont réutilisées pour une seconde préparation de Maziwa Lala, puis elles sont stérilisées avec des cendres et nettoyées. Pour la production commerciale de lait fermenté vendu sous emballage, on recommande d'utiliser du lait écrémé chauffé à 85°C, puis refroidi à 21-22°C et traité avec un ferment microbiologique spécial. Si la température est correcte, il faut ensuite 16 à 20 heures pour que le produit soit prêt.

En Iran la Bédouins fabriquent, à partir de lait de chèvre et de brebis, plusieurs produits laitiers pour leur consommation et pour la vente dans les villes les plus proches. Le Laban est un produit fermenté, comme le Maziwa Lala, qui ressemble au yaourt et doit être consommé dans les deux jours qui suivent sa fabrication. Le Labneh est du Laban concentré qui peut être conservé plusieurs mois dans de l'huile. Au Nigéria, les Peuls préparent un lait aigre écrémé (Nono) pour le vendre sur les marchés. Ils le proposent parfois accompagné d'une préparation (Fura) à base de millet.

Le yaourt

Le yaourt est un produit laitier suri (fermenté) préparé avec du lait entier, bouilli et ensemencé avec une culture microbienne appropriée. Le lait doit d'abord être stérilisé à 95°C pendant 30 minutes pour tuer les germes pathogènes, puis, quand il est rafraîchi, on y ajoute un ferment bactérien (Streptococcus thermophilus et Lactobacillus bulgaricus) et le lait est laissé en incubation à 38°C pendant 4 à 6 heures.

Produits dérivés de la coagulation du lait

Le fromage

Lorsque la caséine (c'est-à-dire la fraction protéique du lait) se coagule, le caillé, une fois égoutté, devient du fromage où les éléments nutritifs sont concentrés et peuvent être conservés longtemps. Plus la teneur en eau est faible et plus la conservation sera longue. Pour la préparation des fromages frais, la coagulation est due à l'acide lactique produit par les bactéries naturellement présentes dans le lait. Pour le fromage à pâte ferme, la coagulation est généralement provoquée par l'addition de présure, un produit naturel qui contient une enzyme, la rénine.

Dans les régions tempérées, on fabrique de très nombreuses variétés de fromages. La France et la Grande-Bretagne en produisent beaucoup sous diverses appellations régionales, avec des goûts et des arômes très variés. Dans ces pays, une grande partie de la production laitière provient des régions occidentales plus humides et, avant le développement de moyens de transport appropriés, le fromage était fabriqué avec la production qui excédait les besoins locaux. Il pouvait ensuite être acheminé sans difficulté vers les marchés et les principaux centres urbains.

Dans les zones tropicales, on ne fabrique pas beaucoup de fromage, parce que le milieu ambiant ne favorise pas la maturation lente (le fromage à pâte ferme a besoin de plusieurs semaines pour s'affiner). Il existe néanmoins plusieurs exemples de production et d'industrie fromagères qui se sont développées au Kenya, au Costa Rica, au Sri Lanka et en Inde. En Iran, on fabrique quantité de fromages locaux et d'autres produits laitiers. La plupart des fromages sont élaborés à partir du caillé pur ou encore à partir du caillé mélangé avec des épices, des graines broyées ou d'autres ingrédients, et sont ensuite conservés dans de l'huile ou enveloppés dans des feuilles pour être consommés pendant l'hiver. Au Soudan, dans plusieurs centres urbains, on produit un fromage qui porte simplement le nom de fromage blanc.

Le caillé et le petit- lait

La manière la plus simple de fabriquer du fromage consiste à faire cailler, ou coaguler, les éléments protéiques du lait (la caséine) et d'en séparer le petit-lait (lactosérum) qui renferme les sucres (le lactose) et les éléments minéraux.

Pour obtenir du caillé et du petit-lait, on chauffe d'abord le lait à une température du 70°C, puis on le refroidit à 37°C et on y ajoute de la présure qui provoque la coagulation en 30 minutes, pour former le caillé. Si l'on ne dispose pas de présure, on peut la remplacer par un peu de petit-lait provenant d'une coagulation précédente. On coupe le caillé avec un couteau pour favoriser l'écoulement du petit-lait, puis on le place dans un moule en bois garni d'un tissu de coton à travers lequel le petit-lait pourra s'égoutter pour être récolté ensuite. Le lendemain, le caillé est plongé dans de la saumure pour pouvoir être conservé plus longtemps. Le petit-lait peut être bu immédiatement, de même que le caillé peut être mangé sans tarder. Si on le laisse reposer plus longtemps, il prend une consistance solide et peut être alors mangé comme du fromage. Les caillés sont plus faciles à transporter que le lait frais ou fermenté et conservent plus longtemps.

Le paneer

On fabrique en Inde un fromage comparable sous le nom de paneer. Il est fait avec du lait de bufflonne qui est chauffé pendant 5 minutes à 85-90°C, puis ramené à 70°C. On y ajoute lentement une solution d'acide citrique (à I%) chauffé à 70°C, en remuant constamment jusqu'à la séparation du petit-lait. Quand la coagulation est achevée, on arrête le brassage et on laisse reposer le caillé. On vide le petit-lait, puis le caillé est placé à la louche dans des moules tapissés d'étamine. Une fois le caillé bien enveloppé dans l'étamine, on le presse pendant une dizaine de minutes, en lui appliquant une pression de 50 g/cm. Le paneer ainsi pressé est ensuite plongé dans une eau claire rafraîchie à 5-10°C. Pour que le fromage puisse conserver plus longtemps, il est essentiel qu'il soit bien refroidi à coeur. Le paneer peut ensuite être emballé après avoir été immergé dans une saumure à 5%. Le produit est prêt à la consommation, mais il tiendra pendant quelques semaines s'il est conservé au frais.

Le fromage à pâte ferme

Le plus célèbre fromage à pâte ferme dans le monde est le Cheddar, qui était à l'origine une production locale du village de Cheddar dans le comté de Somerset. Ce fromage a ensuite été fabriqué dans de nombreuses régions du monde. Le procédé décrit ci-après est celui de la fabrication de fromage de Cheddar à partir de lait de bufflonne à Karnal, en Inde.

Le lait pasteurisé est ensemencé avec un ferment lactique et maintenu à 8-10°C pendant environ 12 heures avant d'être transféré dans une cuve à fromage stérilisée pour y être traité. La température du lait est portée à 34-35°C et l'on y ajoute une solution de chlorure de calcium (à 40%) à raison de 15 millilitres par 100 litres de lait. On rajoute un peu de ferments (1,5-2%). L'acidité augmente avec la fermentation du lait. On ajoute ensuite de la présure et on laisse reposer pendant 30 minutes. Le caillé est coupé en cubes (d'environ 1 cm³) et étuvé pendant 30 minutes à 39°C. Pendant 20 minutes encore, on maintient une lente montée de la température, qui s'accompagne d'une hausse de l'acidité. Après quoi, le caillé est pressé pendant 8 à 10 heures à une température de 35°C. On laisse égoutter le petit-lait et le caillé est coupé en longues bandes qui passent ensuite dans une machine pour en faire des cubes de plus petite taille. Ces cubes sont lavés à l'eau chaude pendant 5 minutes, puis placés dans des moules. On laisse alors le caillé reposer pendant 30 minutes sous la pression de son propre poids, puis pendant 2 heures sous une pression moyenne. On perce des trous pour évacuer l'air et on presse à nouveau pendant 4 heures, avant de retourner le fromage et le presser une dernière fois pendant 6 heures. Au sortir de la presse, le bloc de fromage est enduit de sel (chlorure de sodium) et maintenu au frais pendant 2 jours. Après quoi, il est immergé dans la saumure (à 18%) pendant 12 à 15 jours, au terme desquels les blocs sont retirés et mis à sécher sur des claies pendant 2 à 3 semaines. Enfin, les blocs de fromage sont lavés et séchés avant une dernière période d'affinage (maturation) de 4 à 5 semaines.

Le beurre et le ghee
Le beurre

Le beurre est une émulsion de gouttelettes d'eau dans la matière grasse. Il contient 80% de graisses, 16% d'eau, 2% de sel et 2% d'autres matières sèches. Il est généralement obtenu à partir de la crème qui est séparée du lait frais par gravitation et écrémage ou par centrifugation. Après la séparation, les granules de beurre semi-solides sont malaxées pour en faire une masse et pour ajuster les teneurs en eau et en sel aux niveaux désirés.

Le bourre peut aussi être fabriqué à partir de lait aigri. En Ethiopie, le beurre (kibe) est fait avec du lait aigre (irgo) et non avec de la crème. Le lait suri est placé dans une baratte d'argile ou une gourde, qui a été précédemment fumée pour tuer les micro-organismes et pour ajouter au produit un arôme particulier. La baratte est alors fermée hermétiquement et agitée, généralement en la balançant d'avant en arrière jusqu'à ce que la transformation se produise, ce dont on s'aperçoit au bruit du lait ainsi agité. Les globules gras se combinent pour former des globules plus gros. On ouvre alors la baratte, on retire le bourre avec une écumoire, on le malaxe dans l'eau froide et on le lave. Le même procédé de fabrication se retrouve dans d'autres régions.


Figure VIII. I. - Femme peule vendant du beurre sur un marché local.

Le ghee

Dans la cuisine indienne, le ghee est le nom que l'on donne au beurre clarifié. Il peut être préparé à partir du beurre ou de la crème, par chauffage direct à 110-120°C. En l'absence de moyens de réfrigération, le ghee est plus facile à conserver que le bourre.

En Iran, on fabrique un produit que l'on nomme Kashta en faisant bouillir du lait puis en retirant la couche de graisse qui flotte à la surface pour laisser le lait écrémer. La graisse ainsi obtenue est soit consommée telle quelle (Kashta), ou bouillie jusqu'à évaporation totale de l'eau pour produire du ghee (que l'on appelle Samne). Sous emballage scellé, le ghee peut être conservé pendant un an ou davantage. De la même façon, au Soudan, dans le sud de Darfour, le lait qui excède les besoins du ménage est traité pour en faire du ghee (seme), à moins qu'il ne soit vendu dans les centres d'achat pour servir à la fabrication de fromage.

Autres produits laitiers

Il existe plusieurs produits déshydratés et condensés: mélange pour la fabrication de crème glacée, fromage à tartiner, lait en poudre (à partir de lait entier ou de lait écrémé), lait concentré et lait évaporé. En condensant et séchant ces produits, on les débarrasse de leur eau pour les rendre moins périssables (conservation plus longue).

IX. Le développement de la production laitière

Tant la variété des systèmes que les différentes contraintes techniques et économiques qui les influencent rendent difficile toute généralisation sur un sujet comme la meilleure politique pour accroître la production laitière. Dans le passé, des erreurs de planification ou des objectifs irréalistes se sont soldés par des échecs. Souvent les aspects financiers des opérations n'ont pas été correctement évalués et l'on n'a pas su apprécier les compétences en gestion nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. En revanche, les expériences passées nous ont beaucoup appris et il est désormais possible de rationaliser les décisions quant à la voie à suivre pour développer l'industrie laitier et l'évaluation des chances de succès.

Parmi les avantages que peut apporter la production laitière, il faut citer des rentrées d'argent hebdomadaires grâce aux produits de la vente, un accroissement du chiffre d'affaires, la création d'emplois pour les membres de la famille, une meilleure utilisation de la main d'oeuvre disponible pour un coût réduit, le recours aux matériaux et aux artisans locaux, la production de fumier et la complémentarité d'une exploitation laitière avec d'autres activités agricoles.

Dans de nombreuses régions, l'expansion de la population urbaine ainsi que la construction de routes et d'autres réseaux de communication ont créé de nouveaux marchés éventuels pour la vente du lait.

On ne saurait trop insister sur l'importance d'un prix de vente raisonnable pour le producteur de lait. Souvent le gouvernement fixe les prix en se souciant davantage des consommateurs urbains que des producteurs ruraux. Si les prix sont fixes, il doivent être équitables pour les producteurs et recalculés chaque année. Si certains organismes bénéficient du monopole de l'achat du lait, il est essentiel qu'ils le paient à un prix honnête, faute de quoi les producteurs trouveront d'autres marchés.

Une stratégie de développement se construit généralement sur des systèmes qui fonctionnent déjà dans la région. Les planificateurs choisissent la meilleure option en se fondant sur des études de faisabilité et sur des projets proposés par des experts qualifiés. Il n'est pas possible de recommander une procédure bien définie pour le développement d'une industrie, mais il n'empêche que certaines questions prioritaires doivent être prises en considération:

" Les bénéfices potentiels pour le pays et pour les zones rurales.

" Les exemples d'initiatives comparables dans d'autres pays.

" Les principes d'un développement durable de l'industrie laitière et le choix de niveaux technologiques appropriés.

" La description et la formulation du projet: les objectifs de développement, les investissements nécessaires et les gains escomptés.

" Les stratégies de mise en oeuvre, notamment les interventions du gouvernement et/ou des banques, les initiatives des producteurs, la fixation de prix et de tarifs douaniers.

" Les relations entre les institutions concernées comme les ministères, les banques, les bailleurs de fonds, les universités et les instituts de formation.

" Le rôle des associations paysannes.

" Les méthodes de commercialisation: producteurs-détaillants, coopératives agricoles, laiteries privées et monopoles d'État.

" Le traitement du lait avec, notamment, l'introduction de nouveaux produits laitiers sur le marché.

" La législation, le contrôle de la qualité et l'établissement de normes.

La faisabilité

Les initiatives de développement ont une chance de réussir que si le projet est réalisable non seulement sur le plan technique et économique, mais aussi d'un point de vue social, politique et environnemental. Un grand nombre d'idées, qui sont pourtant applicables techniquement parlant, ne le sont pas à d'autres égards. Il faut bien sûr considérer les facteurs sociaux, mais il est néanmoins possible de convaincre la population de l'utilité d'un changement qui de prime abord heurte certains préjugés. Il peut exister des contraintes politiques, qui elles aussi peuvent être surmontées. Il faut également s'intéresser aux aspects économiques de l'utilisation des terres pour la production laitière comparée à d'autres formes d'exploitation agricole. La superficie nécessaire pour produire, par exemple, 2 000 litres de lait par jour, est relativement petite, mais il peut être plus intéressant d'opter pour du maïs, du riz ou une autre culture destinée à la consommation ou à la vente.

De nombreux projets ont échoué parce qu'ils avaient démarré dans un environnement économique artificiel: les organisations qui les finançaient apportaient souvent des intrants que les producteurs locaux n'auraient pas pu se payer. En conséquence, lorsque le soutien financier du bailleur de fonds s'arrêtait, le projet finissait par s'enliser.

Les chances de succès seront plus grandes si l'on applique les critères suivants:

" L'accroissement de la production laitière est techniquement faisable (c'est-à-dire que le climat et le régime des précipitations s'y prêtent et qu'il est possible de se procurer les bêtes, les terres et les ressources alimentaires).

" Il existe un marché approprié et fiable.

" Les paysans peuvent trouver un intérêt financier à produire davantage de lait.

S'il semble que la production laitière soit possible et si les critères mentionnés ci-dessus sont satisfaits, plusieurs orientations s'offrent alors aux efforts de développement et de vulgarisation:

1. Aider les éleveurs de bétail qui produisent déjà du lait à améliorer leurs méthodes et leurs niveaux de production (ce qui revient à soutenir la production locale des petits exploitants et des pasteurs nomades, par exemple).

2. Accroître le nombre de producteurs.

3. Créer une industrie laitière là où précédemment il n'existait pas de production de lait.

Ces trois approches se présentent en ordre croissant de difficulté et d'investissements nécessaires. On peut encore envisager de développer la production laitière à partir d'un élevage extensif de boucherie ou la mise en place de réseaux de collecte du lait, opter pour projet de développement des petites exploitations ou, au contraire, encourager la production laitière sur une grande échelle.

Programmes de développement des petites exploitations laitières

On préfère en général les systèmes de petites exploitations qui utilisent des races indigènes et atteignent un rendement laitier moyen tout en produisant un veau sevré. Au premier stade de développement, la production sera sans daoute fondée sur des lopins semés d'herbage artificiel, par exemple Pennisetum purpureum, et complétés de cultures à haute valeur protéique comme le Leucaena. Si le prix de vente du lait le permet, on pourra aussi donner aux vaches des aliments hautement énergétiques, comme la canne à sucre, les patates douces, la manioc et les bananes.

Si l'on a pu établir qu'un accroissement de la production laitière par les petits exploitants est techniquement, socialement et économiquement faisable, on peut envisager un plan de développement. Celui-ci s'articule en plusieurs étapes.

1. Choix de la région

Les régions qui se prêtent aux programmes de développement laitier sont celles où il existe une tradition d'élevage bovin, une tradition de consommation de lait frais ou aigre, des précipitations et des points d'approvisionnement en eau suffisants pour permettre une exploitation sédentaire, des pâtures naturelles et un marché relativement important dans un rayon de 20 à 30 kilomètres.

2. La sélection des paysans

Le groupe cible (c'est-à-dire les paysans qui conviennent pour un programme de développement laitier) pourrait être:

1. Des agriculteurs qui ont l'expérience de l'élevage et qui possèdent du bétail.

2. Des personnes d'un certain âge qui sont sans doute plus susceptibles de se sentir impliquées par la réussite du programme.

3. Des paysans qui ont déjà bien accueilli dans le passé une assistance technique.

La population plus jeune risque davantage de quitter la région pour chercher du travail dans un autre secteur que l'agriculture. Il vaudrait mieux éviter les paysans qui ne sont intéressés que par la perspective d'obtenir du bétail et des biens subventionnés. Dans l'idéal, on choisira un groupe d'agriculteurs circonscrit dans un rayon de 10 kilomètres pour faciliter la collecte du lait et garantir un approvisionnement adéquat pour le centre de collecte.

3. Définition des responsabilités du gouvernement

Quand un gouvernement projette de mettre en oeuvre un programme de développement laitier, il faut opter pour un niveau de production et de technicité qui pourra se maintenir avec les ressources disponibles; Les paysans auront besoin de conseils, d'assistance technique et de formation continue pour qu'ils puissent maintenir ou développer leur entreprise. Nous avons déjà souligné toute l'importance du prix de vente du lait, et c'est au gouvernement qu'il revient de prendre les dispositions légales pour garantir aux producteurs un prix raisonnable. Un soutien matériel sera également nécessaire pour mettre en place des services vétérinaires, des centres d'insémination artificielle et pour fournir des semences et des boutures de plantes fourragères. L'État pourra également aider à finance la construction d'un centre de collecte ainsi que l'achat d'équipements et de matériel de transport, mais les fonds pourront tout aussi bien venir d'une association paysanne ou d'un bailleur de fonds étranger.

4. La mise en oeuvre

Les paysans qui le souhaitent peuvent commencer par un élevage de vaches de race locale dans des conditions naturelles, sans apporter de meilleure nourriture ni de soins vétérinaires particuliers. Par la suite, si les conditions sont améliorées, la production augmentera. Les possibilités d'intervention sont notamment:

" la réduction des risques associés au climat;

" la prévention des maladies (en particulier grâce à la vaccination, à l'élimination des tiques et des vers);

" l'amélioration de la nourriture (des veaux, des génisses et des vaches pendant la période de lactation);

" l'extension de la période de pâturage (à 24 heures si c'est possible).

Tous les programmes se heurtent à des problèmes. Pourtant, ces difficultés peuvent souvent être anticipées, ce qui fait d'elles, somme toute, des conséquences prévisibles du projet qu'il convient d'intégrer à la planification pour être en mesure d'y apporter une réponse immédiate et programmée. On peut s'attendre, par exemple, à ce que le potentiel génétique du bétail soit peu élevé, de même que l'on peut s'attendre à voir surgir des problèmes en ce qui concerne l'alimentation, la santé et la fertilité des bêtes. Les services de vulgarisation agricole devraient prévoir ces difficultés et mettre au point, à toutes fins utiles, un programme d'assistance. Dès le commencement du programme, les paysans devraient pouvoir être conseillés sur l'approvisionnement en eau, l'ombre, les installations à prévoir, la construction de toit, l'élimination des facteurs de stress, le contrôle de la qualité du lait et de l'hygiène. Ces recommandations devraient être développées progressivement et rendues accessibles aux paysans au même titre que d'autres intrants correspondant à leurs besoins.

Voici, par exemple, quelques mesures que les paysans devraient

être amenés à prendre:

" Vacciner les bêtes contre les principales maladies (peste bovine, charbon symptomatique, septicémie hémorragiques et brucellose), selon les nécessité.

" Traiter les vaches deux fois par an contre la douve du foie et les vers.

" Traiter les vaches une fois par semaine avec un acaricide par immersion ou par vaporisation.

" Clôturer, dans la mesure du possible.

" Prévoir un approvisionnement en eau (retenue d'eau, cours d'eau ou canalisation).

" Améliorer l'herbage.

" Vérifier l'état de santé du taureau.

5. La création de centres de collecte du lait

Lorsqu'ils envisagent la construction d'un centre de collecte du lait, les concepteurs du projet doivent s'intéresser aux facteurs suivants:

" Production quotidienne de lait nécessaire au bon fonctionnement du centre.

" Caractère éventuellement saisonnier de l'offre et de la demande pour le lait.

" Nombre de vaches nécessaire pour produire la quantité de lait requise.

" Nombre de fermes ou d'éleveurs qui garderont ces vaches.

" Répartition géographique de ces fermes et de ces éleveurs.

" Distance séparant les fermes ou les éleveurs du centre de collecte de lait.

On peut considérer qu'une production de 2000 litres par jour est un rendement acceptable. Si l'on compte pour une vache une production moyenne de 4 litres de lait par jour et une superficie minimum de 0,5 hectares de terre, cela représente un total de 250 hectares (2,5 km) de terres de pâture pour une production annuelle d'environ 0,5 million de litres de lait, avec une lactation moyenne de 250 jours. Ce niveau de production pourrait être atteint par quelques fermes laitières intensives possédant chacune 50 à 100 vaches. A l'autre extrême, on peut envisager une centaine de paysans qui élèvent chacun 5 vaches. Dans cette hypothèse, il est probable que ces 100 éleveurs seront disséminés sur une superficie d'au moins 25 à 50 km. Leur répartition et la distance qui sépare chaque éleveur du centre de collecte du lait auront des répercussions sur la méthode de collecte et sur la viabilité du projet.


Figure IX.1. - Comparaison entre une ferme laitière isolée et un grand nombre de petites fermes dispersées

6. Les associations paysannes

Les éleveurs peuvent avoir intérêt à unir leurs efforts. S'ils arrivent à créer des coopératives laitères, ils seront en position de force pour vendre leur production et acheter ce dont ils ont besoin, ils pourront développer une identité corporative et se soutenir mutuellement.

Le développement de la production laitière à partir d'un élevage mixte

Partout où l'on trouve des élevages de boucherie, il est possible de produire du lait. Les ranchs sont souvent situés dans des zones rurales isolées et il faut bien sûr pouvoir accéder à un marché pour les produits laitiers. L'aspect technique de l'élevage ne devrait pas poser de problèmes, et il suffirait sans doute de modifier simplement l'entreprise existante en vue de la production de lait.

On pourrait créer des parcelles et des installations pour garder et traire de petits troupeaux composés des meilleures laitières du cheptel. On peut délimiter dans le ranch de petites enclaves qui, en fonction de leur situation, de leur accessibilité et de leur potentiel écologique, se prêtent à ce genre d'activité. C'est une forme de stratification des ressources qui permet une meilleure utilisation générale des terres et une adaptation du bétail à la capacité de production de l'exploitation. Les parties du ranch dévolues à la production laitière devraient avoir de bonnes pâtures et être situées, par exemple, dans des vallées, où les vaches pourraient trouver du fourrage et un approvisionnement constant en eau. On pourrait améliorer leur potentiel génétique en utilisant un taureau d'une race à viande et à lait de façon à garder les meilleurs veaux femelles pour le remplacement du troupeau laitier et élever les autres ainsi que les veaux mâles pour la boucherie. Les activités d'élevage comme les bains d'acaricides, les vaccinations et la distribution de compléments alimentaires seraient partagées avec le reste du cheptel.

Le développement de la production laitière sur une large échelle

Outre les aspects techniques de la production du lait, les grands élevages laitiers connaissent tous les problèmes liés à la gestion d'une entreprise commerciale complexe.

Les besoins en matière d'élevage sont à peu près les mêmes que ceux des autres formes de production laitière, mais ils exigent un plus grand souci du détail. Dans un système intensif, on recourra probablement à des races à haut rendement pour que la production permette de couvrir les frais fixes plus élevés. Cependant, les vaches bonnes laitières sont plus vulnérables au stress, aux carences nutritionnelles et aux problèmes de santé que les races locales à faible rendement, mais mieux adaptées au climat. Il faut donc pouvoir compter sur un personnel qualifié tant en matière d'élevage que de gestion. La conduite de la ferme devrait être confiée à des agronomes qui ont déjà derrière eux au moins cinq années d'expérience de l'élevage laitier. Toutes les données doivent être conservées de manière à pouvoir suivre de près la santé et la fertilité des bêtes et identifier les problèmes liés aux installations, à la gestion des pâtures ou au personnel.

Glossaire

Abomasum: cf. caillette.
Acariclie: préparation chimique diluée utilisée en bains ou en vaporisations pour tuer les tiques (acariens) sur les bêtes.

Ad libitum: se dit d'un aliment auquel on laisse accéder librement les bêtes.

Adaptation: le développement de caractéristiques qui améliorent les chances de survie dans un milieu donné.

Aliments concentrés: aliments pour les ruminants composés de divers ingrédients de bonne qualité, comme les résidus de graines oléagineuses, de mélasses et de suppléments minéraux.

Anémie: carence en hémoglobine, accompagnée souvent d'une réduction du nombre de globules rouges qui se traduit par de la pâleur, de la faiblesse et de l'essoufflement.

Anoestrus: absence d'oestrus; période sans activité sexuelle.

Anthelmintique: substance chimique utilisée pour tuer les vers de l'appareil digestif.

Brout: parties comestibles des arbres, des buissons et d'autres plantes ligneuses (principalement les feuilles, les brindilles, les jeunes pousses et les fruits) qui peuvent servir à l'alimentation des bêtes.

Caillette (abomasum): quatrième compartiment de l'estomac des ruminants; le véritable estomac glandulaire.

Capacité de charge: quantité de bétail qui peut être nourri tout au long de l'année ou de la saison (exprimée généralement en hectares par unité de bétail).

Capacité génétique: potentiel de production d'un animal tel qu'il est défini par son patrimoine génétique.

Chronique: qualifie une maladie qui subsiste, souvent faiblement, pendant une longue période.

Colostrum: le premier lait produit par une vache pour apporter à son petit les éléments nutritifs, les vitamines A et D et les anticorps dont il a besoin.

Complément alimentaire: aliment donné en petite quantité pour compléter des aliments grossiers.

Conception: union de l'ovule et du sperme; fécondation; fertilisation.

Condition physique: épaisseur de la couche graisseuse déterminée en fonction de certains critères d'évaluation.

Consanguinité: accouplement d'animaux qui ont entre eux un lien de parenté proche.

Contrainte: un facteur qui entrave les processus de changement, de développement et de pénétration de nouvelles idées; on regroupe généralement les contraintes dans les catégories sociales, économiques, techniques, politiques ou environnementales.

Corps jaune (corpus luteum): le corps jaune se forme dans l'ovaire à partir du follicule de Graaf (après l'ovulation), sous l'action de l'hormone lutéostimulante; après la fécondation, il sécrète la progestérone pour entretenir la gestation.

Corral (kraal): enclos où l'on parque le bétail.

Criollo: nom des vaches locales de type Bos taurus (et d'origine européenne) d'Amérique latine.

Croisement (hybridation): accouplement d'animaux de races différentes.

Culture fourragère: culture annuelle ou vivace destinée principalement à être récoltée et donnée aux bêtes en fourrage vert ou sec.

Détection des chaleurs: aptitude à reconnaître les vaches qui sont en oestrus

Diagnostic de gravidité: exploration manuelle des organes génitaux internes de la vache pour déterminer si elle est ou non gravide.

Ectoparasites: parasites qui vivent sur la peau de l'animal, comme les tiques, les acariens, les poux et les puces.

Elimination (sélection éliminatoire): vente ou abattage des bêtes dont on ne veut pas dans le troupeau (vaches écartées de la reproduction ou bétail âgé).

Embryon: stade de développement du jeune animal pendant les trois mois qui suivent la conception chez les bovins.

Endémique: une maladie qui existe de manière persistante dans une région.

Endoparasites: parasites qui vivent à l'intérieur du corps de l'animal

Entretien: terme utilisé pour décrire les besoins nutritifs correspondant au maintien en vie de l'animal sans aucune production.

Extensif: système qui utilise une vaste superficie de terrain par unité de bétail.

Foetus: stade de développement du jeune animal, à partir du troisième mois chez les bovins.

Fourrage: matériau végétal grossier, vert ou sec, qui sert à l'alimentation du bétail.

Gestation: période de développement de l'embryon puis du foetus dans l'utérus de la mère; chez les bovins, la gestation dure 40 semaines.

Globuline: l'un des groupes de protéines présents dans le plasma sanguin; les gammaglobulines comprennent les immunoglobulines qui sont associées aux mécanismes immunitaires de résistance aux maladies.

Héritabilité (h²): proportion de la variation d'un caractère qui résulte d'effets génétiques.

Hormone lutéostimulante (LH): sécrétée par le lobe antérieur de l'hypophyse, cette hormone déclenche normalement la formation du corps jaune chez la femelle et la sécrétion de testostérone chez le mâle

Immunité: protection contre une maladie spécifique

Indigène: qui est propre à une région particulière.

Insémination artificielle: insémination de la vache par un procédé artificiel effectué par un technicien qualifié au moyen de sperme récolté et d'un matériel spécial.

Intensif: système agricole qui utilise généralement peu de superficie de terrain, mais injecte des investissements importants dans sa production.

Intensité de chargement: la densité du bétail pour une superficie donnée exprimée par le nombre de têtes ou d'unité de bétail au km.

Joule (J): unité internationale d'énergie (une calorie = 4,2 J).

Lactose: le sucre contenu dans le lait.

Libido: pulsion sexuelle; le terme s'applique généralement aux animaux mâles.

Matière sèche (MS): ce qui reste dans un aliment quand toute l'eau en a été éliminée par dessication.

Métabolisme: ensemble des processus vitaux de l'organisme, notamment la nutrition, la production d'énergie et la croissance.

Mixte: bétail élevé à deux fins, par exemple comme vaches laitières et bêtes de trait ou pour la production du lait et de viande.

Oestrus: période récurrente de réceptivité au mâle chez la femelle qui résulte de la succession régulière de phénomènes hormonaux connus sous le nom de cycle oestral.

Panse (rumen): premier estomac des ruminants dans lequel les aliments fermentent sous l'effet de bactéries, de protozoaires et de champignons avant la digestion finale dans la caillette et l'appareil digestif inférieur.

Pasteur: personne qui tire sa subsistance de l'élevage de ruminants, généralement dans des régions sèches où les autres formes de production agricole sont marginales en raison de précipitations insuffisantes et imprévisibles.

Pâturage différé: la forme la plus simple de conservation du fourrage qui consiste à fermer une zone de pâture pour la seconde partie de la saison des pluies afin que l'herbage monté serve de foin sur pied.

Période sèche: période de non-lactation entre deux périodes de lactation.

Petit exploitant: un paysan sédentaire qui exploite une petite parcelle de terrain et pratique généralement à la fois l'élevage et la culture.

Poids métabolique: poids vif à la puissance 0,75 (PV0,75).

Productivité: estimation du rendement de la production; évaluation de la production en fonction des intrants.

Puberté: stade de la croissance au cours duquel l'appareil reproducteur arrive à maturité dans sa forme et dans ses fonctions.

Saillie: accouplement et fécondation de la femelle par le mâle.

Sevrage: changement du régime nutritif d'un jeune animal qui passe du lait aux aliments solides.

Sous-produit: toute partie d'une culture autre que le produit principal récolté, qui peut servir à l'alimentation des bêtes.

Sperme: liquide produit par les glandes reproductrices mâles contenant les spermatozoïdes.

Stress: perturbation de l'équilibre homéostatique et comportemental de l'animal par la maladie, le climat, le milieu physique ou les conditions d'élevage, qui affecte la production.

Subsistance: production suffisante pour subvenir, au jour le jour, aux besoins alimentaires de la famille tout au long de l'année.

Système: une série de composantes qui interagissent pour aboutir à une production,

Température ambiante: température de l'air environnant,

Transhumance: mouvement saisonnier d'une population et de son bétail,

Unité de bétail: unité animale standardisée par laquelle il est possible de convertir des bêtes d'espèces, d'âges et de types différents pour ajuster l'approvisionnement en fourrage aux besoins de l'exploitation,

Vasectomie: résection du canal déférent pour empêcher l'éjaculation chez le mâle.

Vénérienne (maladie): maladie qui se transmet pendant l'accouplement (par exemple la brucellose).

Vigueur hybride: vigueur accrue (en termes de croissance, de fertilité et de production) qui résulte du croisement de deux lignées génétiquement différentes par comparaison avec les mêmes caractéristiques chez l'une ou l'autre des souches parentales.

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Agence de la francophonie (ACCT)

L'agence de la Francophonie (ACCT) créée à Niamey en 1970, sous l'appellation d'Agence de coopération culturelle et technique est l'unique organisation intergouvernementale de la Francophonie et le principal opérateur des Conférences bisannuelles des chefs d'État et de gouvernment des pays ayant le français en partage, aussi appelées Sommets francophones.

L'Agence assure le secrétariat de toutes les instances de la Francophonie. Elle déploie son activité multilatérale dans les domaines de l'éducation et de la formation de la culture et de la communication, de la coopération juridique et judiciaire, de diverses actions au titre de la direction générale du développement et de la solidarité.

Outre son siège, situé à Paris, l'Agence dispose d'une Ecole internationale de la Francophonie à Bordeaux (France) où est située sa direction générale Education-Formation, d'un Institut de l'énergie des pays ayant en commun l'usage du français (IEPF) à Québec (Canada), d'un Bureau de liaison avec les organisations internationales à Genève (Suisse), d'un Bureau de liaison avec l'Union européenne à Bruxelles (Belgique), d'un Bureau permanent d'observation aux Nations unies à New York aux Etats-Unis, d'un Bureau régional de l'Afrique de l'Ouest à Lomé (Togo), d'un Bureau régional de l'Afrique centrale à Libreville (Gabon), d'un Bureau régional pour l'Asie-Pacifique à Hanoi (Viêt-Nam).

L'ACCT regroupe 46 pays ou gouvernements: Bénin, Bulgarie, Burkina-Faso, Burundi, Cambodge, Cameroun, Canada, Canada-Nouveau-Brunswick. Canada-Québec, Centrafrique, Communauté française de Belgique, Comores, Congo. Côte-d'Ivoire, Djibouti, Dominique, Egypte, France, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée-équatoriale, Haïti, Laos, Liban, Luxembourg, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice, Mauritanie, Moldavie, Monaco, Niger, Roumanie, Rwanda, Sainte-Lucie, Sénégal, Seychelles, Suisse, Tchad, Togo, Tunisie, Vanuatu, Viêt-Nam, Zaïre.

[Le Royaume de Belgique, le Cap-Vert et Saint-Thomas-et-Prince portent à 44 le nombre des pays et gouvernements participant aux Sommets.

Le centre technique de coopération agricole et rurale

Le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) est établi depuis 1983 à Ede/Wageningen dans le cadre de la Convention de Lomé entre les Etats de l'Union européenne et les Etats du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Le CTA est à la disposition des Etats ACP pour leur permettre un meilleur accès à 1´ information, à la recherche, à la formation ainsi qu'aux innovations dans les secteurs du développement agricole et rural et de la vulgarisation.

Adresse postale: CTA, Postbus 380, 6700 Al Wageningen, Pays-Bas