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close this bookLa transformation artisanale des plantes à huile. Expérience et procédés, GRET, 1995
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Open this folder and view contentsUtilisation et transformation des plantes oléagineuses
Open this folder and view contentsAméliorer les pratiques
Open this folder and view contentsExemples d'installations artisanales
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Introduction

Une grande partie de la production mondiale de graines et de fruits oléagineux provient des pays en développement. Les oléagineux jouent un rôle économique primordial car ils sont largement exportés et donc sources de devises. En outre, les produits issus de la transformation des oléagineux contribuent à l'équilibre de l'alimentation des populations, notamment en Afrique, du fait de leur richesse en lipides, et, pour certains, en protéines.

Quelques plantes dominent le marché mondial: le soja, le palmier à huile, le colza, le tournesol et l'arachide. Mais il existe quantité d'autres oléagineux dont l'importance régionale ne doit pas être négligée. Il en va ainsi de l'olive dans les pays méditerranéens, du karité en Afrique de l'Ouest ou d'autres espèces moins connues comme le balanites ou le safoutier, pour ne citer que le continent africain.

De grandes huileries ont été installées dans la plupart des pays producteurs. Elles utilisent des technologies industrielles reposant sur des investissements lourds et transforment de grandes quantités de matière première. En Afrique, la rentabilité de ces installations est parfois contestée. Elles se heurtent à des problèmes d'approvisionnement en matière première, aux fluctuations des cours, à des difficultés de gestion. Elles subissent la concurrence des huiles de Malaisie et d'Indonésie. Néanmoins, depuis la dévaluation du franc cfa, le marché des huiles se trouve complètement transformé.

En milieu urbain, les huiles industrielles ont conquis le marché. Dans les campagnes, une part importante des oléagineux est transformée et consommée sur le lieu de production. Le plus souvent, cette transformation a lieu au moyen de méthodes traditionnelles qui donnent des produits ayant une odeur et un goût bien particuliers, fortement appréciés des consommateurs. Il existe des situations, à l'échelle régionale ou micro-régionale, où ces produits résistent à la concurrence des huiles industrielles. La dévaluation pourrait contribuer à relancer la demande pour les huiles traditionnelles.

L'objet de cet ouvrage est d'étudier les méthodes artisanales de transformation des oléagineux en Afrique et d'analyser les améliorations possibles à petite échelle pour une consommation locale. Nous laissons donc de côté tout ce qui touche à l'exportation et à la transformation industrielle.

Produire et vendre des huiles artisanales: des obstacles sérieux

Les méthodes traditionnelles de transformation reposent sur des techniques simples presque entièrement manuelles. Tous les procédés d'extraction des graisses contenues dans les oléagineux ont en commun d'être longs, pénibles, exigeants en travail et peu efficaces: le rendement d'extraction de l'huile est assez faible. Les huiles ainsi obtenues contiennent de nombreuses impuretés. Leur durée de conservation est réduite, surtout pour les huiles extraites par voie humide qui gardent de l'eau résiduelle. Souvent, les emballages ne sont ni propres ni hermétiques; l'huile non stockée à l'abri de l'air et de la lumière s'oxyde rapidement.

Enfin, les huiles traditionnelles souffrent d'une mauvaise image de marque dans les villes: les consommateurs sont sensibles à l'image plus moderne et prestigieuse des huiles industrielles, raffinées, limpides, sans odeur et bien emballées. De fait, les huiles traditionnelles ne sont presque plus consommées par les classes aisées, sauf pour des préparations culinaires traditionnelles, à l'occasion de fêtes par exemple. De plus, la production artisanale est aléatoire: en cas de pénurie, les consommateurs se tournent vers les huiles industrielles et s'y habituent.

Des améliorations possibles

Pourtant, il existe des opportunités de développement de la production artisanale d'huile et de produits dérivés qui permettraient à la fois d'accroître la valeur ajoutée des productions locales d'oléagineux et de générer des revenus.

Les procédés traditionnels peuvent être améliorés dans quatre directions:

- accroître la qualité (notamment sanitaire) des huiles et des sous-produits,
- faciliter les conditions de travail,
- assurer un meilleur rendement de la transformation,
- favoriser la commercialisation.

Des changements sont possibles avec des techniques simples. Celles-ci peuvent notamment contribuer à améliorer les conditions de vie des femmes rurales, principales transformatrices des oléagineux.

On peut distinguer trois niveaux de production pour lesquels les techniques mises en œuvre, les investissements à réaliser, les modes de commercialisation sont différents:

" le niveau individuel ou familial: traditionnellement, la transformation des produits agricoles est l'affaire des femmes. Elle est essentiellement manuelle et utilise l'équipement domestique (pilon et mortier, râpe...). Les femmes travaillent en petits groupes avec d'autres femmes ou jeunes filles de la maisonnée. Leur capacité financière est très réduite. Il n'est donc pas possible d'envisager une amélioration par des procédés nécessitant un investissement. Il existe d'ailleurs peu d'équipements conçus par les fabricants pour l'échelle individuelle. A ce niveau, il s'agit surtout de donner des conseils quant au soin à apporter à la préparation.

" le niveau artisanal: entrent dans cette catégorie les artisans prestataires de services ou les notables de village qui mettent du matériel à disposition des habitants (presse...) moyennant la perception d'une redevance. Il peut s'agir aussi d'une coopérative villageoise ou de groupements de femmes qui prennent en charge collectivement les coûts d'investissement (de 20000 à 100000 FF). Les étapes les plus longues ou les plus pénibles de la transformation, comme le décorticage ou le pressage, sont mécanisées; les autres opérations restent manuelles.

" la petite industrie (mini-huilerie, atelier de fabrication de pâte d'arachide...): l'unité de transformation est organisée comme une petite industrie, avec un ou plusieurs salariés pour effectuer les différentes opérations. La mécanisation est plus développée, même si une partie du travail peut rester manuelle. Le coût d'investissement est plus élevé (de 100000 à 500000 FF).

Des précautions à prendre

Les technologies et le matériel destinés à améliorer le traitement traditionnel des oléagineux sont nombreux.

Avant de modifier tout processus, il est nécessaire de faire:

- une analyse des techniques et matériels utilisés et disponibles dans la région où l'on se trouve;

- un examen attentif des facteurs sociaux, économiques, techniques et environnementaux;

- une étude de marché pour évaluer les possibilités de commercialisation des produits;

- une analyse de la viabilité de la production et de la compétitivité des méthodes améliorées par rapport au traitement traditionnel dans des conditions données.

Par exemple, il faut garder à l'esprit que la transformation traditionnelle des oléagineux procure un revenu aux femmes. Si les procédés sont améliorés, le risque est grand de voir les hommes récupérer l'activité car ils disposent plus facilement que les femmes d'un petit capital ou d'un accès au crédit. Un système mécanisé nécessite une maîtrise technique, voire tout simplement une force physique, que n'ont pas forcément les femmes; la modernisation de l'activité valorise celle-ci aux yeux des hommes. Ainsi, au Topo, le râpage manuel des noix de coco est une activité féminine; le râpage mécanique en revanche est effectué par les hommes.

Outre leur coût à l'investissement, les techniques améliorées sont souvent exigeantes en eau et en combustible. Si la région est pauvre en bois de feu, ou si l'eau est rare en période de saison sèche, ou encore si le carburant est trop coûteux, alors la technique améliorée ne sera peut-être pas viable.

Il existe peu d'exemples réussis de petites unités artisanales de transformation des oléagineux. Les marchés sont presque toujours étroits et peut-être menacés à long terme. Néanmoins, avec davantage d'informations et de formation, la création de petites entreprises est envisageable si les conditions sont favorables. Au-delà de l'huile, de nombreux produits dérivés peuvent faire l'objet d'une exploitation artisanale. Il ne peut y avoir de rentabilité que si le produit et les sous-produits de l'extraction sont valorisés.

Rappelons enfin que le marché des huiles est en pleine transformation. Le contexte local et les débouchés doivent être très soigneusement étudiés avant d'engager des investissements. Ceux-ci doivent être prudents et progressifs.

Les informations données dans ce livre

Le premier chapitre présente les plantes oléagineuses utilisées comme matières premières et les divers usages, alimentaires ou non, que l'on peut faire de l'huile et des sous-produits de l'extraction. Il décrit succinctement les procédés traditionnels de transformation.

Le deuxième chapitre propose des procédés d'amélioration des pratiques traditionnelles: comment diminuer la pénibilité du travail, accroître le rendement d'extraction de l'huile, préparer des produits de plus grande qualité, notamment au plan sanitaire.

Le troisième chapitre aborde les aspects économiques et financiers de l'installation de petites unités artisanales au travers de trois études de cas: un atelier de préparation de pâte d'arachide au Congo, un autre au Sénégal et une petite huilerie au Niger.

En fin d'ouvrage, des fiches de matériels, un lexique, une bibliographie et des adresses de centres ressources et de constructeurs d'équipements permettront à tous ceux qui veulent en savoir plus de s'orienter dans leur recherche d'information.