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close this bookVille et nature dans les agglomérations d'Afrique et d'Asie, GRET, 1996
close this folderTroisième chapitre: La dynamique ville-nature
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View the document1. L'espace péri-urbain: Un lieu de mutation
Open this folder and view contents2. Un lieu de tension
Open this folder and view contents3. Un lieu d'innovation

1. L'espace péri-urbain: Un lieu de mutation

Dans une ville en croissance rapide, l'espace péri-urbain est le lieu des mutations par excellence. Au gradient dans l'espace correspond un gradient dans le temps: chaque zone est progressivement remplacée par la zone immédiatement intérieure, voire directement par une zone encore plus intérieure. Bien que le gradient spatial soit déterminant, la succession dans le temps est souvent mieux étagée, moins imbriquée.

En Afrique noire, elle fait en général passer les systèmes agraires de la culture itinérante à la culture permanente intensive (maraîchage...), via les cultures vivrières permanentes. Autour d'Abidjan, les différents stades d'évolution du couvert végétal sont ainsi bien ordonnés dans le temps et beaucoup plus mêlés dans l'espace 1:

- forêt avec économie traditionnelle (ethnies Attié et Ébrié) basée sur la jachère extensive et quelques plantations villageoises (café, cacao)

- grandes plantations (toutefois plus petites que dans l'intérieur du pays) ou palmeraies villageoises encadrées par la Sodepalm;

- agriculture vivrière tournée vers le marché urbain (manioc), dernier stade avant l'urbanisation, le maraîchage étant pratiqué d'une manière plus stable sur le pourtour de la lagune.

1P Haeringer, "Occupation de l'espace urbain et périurbain". In: Atlas de Côte d'Ivoire, 1979.

Mais des mutations s'observent aussi à l'intérieur de l'espace urbanisé, et en sens inverse. Considérée par certains auteurs comme une survivance du monde rural, vouée à disparaître, l'agriculture urbaine est loin d'être en régression. Si l'extension de la ville marque d'abord un recul de la couverture végétale, le retour de celle-ci se voit dans les quartiers anciens, où l'arbre peut fournir ombre, fruits et bois sans tenir trop de place au sol 1.

1P. Vennetier , Pauvreté urbaine et évolution du paysage végétal..., 1989, L'agriculture intra-urbaine, un rôle majeur en Afrique noire.

D'ailleurs, la recherche d'un terrain à cultiver dans ou autour de la ville est le fait de gens qui sont sûrs de rester en ville. Ce phénomène se retrouve aussi bien dans les catégories les plus défavorisées, qui occupent tous les espaces laissés vacants, que chez des classes plus aisées, comme en témoignent les "domaines ruraux" que des fonctionnaires achètent autour des villes, pour servir d'abord de résidence secondaire et de revenu d'appoint.

Avec la crise économique, la diminution ou la disparition du revenu des fonctionnaires, l'activité de ces domaines prend de plus en plus d'importance. Ce retour à la terre s'observe très largement, à tous les niveaux de la société, en particulier dans les agglomérations où une activité qui fournissait beaucoup d'emplois urbains est en récession (par exemple les villes minières du Shaba, au Zaïre). Ce développement de l'agriculture effectuée par les citadins comme revenu d'appoint, que ce soit en ville ou à sa périphérie, est peut-être transitoire, puisqu'il correspond à une conjoncture difficile, comme on peut l'observer aussi bien en Afrique qu'en Europe de l'Est. L'agriculture professionnelle semble avoir plus d'avenir.

En dehors des terres agricoles, les autres espaces naturels évoluent considérablement, et ceux qui subsistent de manière stable en milieu urbain sont devenus des espaces verts récréatifs.