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close this bookVille et nature dans les agglomérations d'Afrique et d'Asie, GRET, 1996
close this folderTroisième chapitre: La dynamique ville-nature
close this folder3. Un lieu d'innovation
View the documentUne agriculture urbaine en évolution
View the documentDes projets nouveaux sur les espaces publics

Une agriculture urbaine en évolution

L'agriculture intra et péri-urbaine tend à passer d'une économie domestique à une économie de marché, avec un marché foncier, une commercialisation des produits, une professionnalisation, une adaptation à la demande urbaine, tout cela à l'initiative spontanée des producteurs.

" L'apparition du marché foncier , liée à la pression démographique sur la terre, fait de celle-ci non plus un bien gratuit, mais un facteur de production au même titre que les engrais ou la main-d'oeuvre. Cette évolution caractérise l'Afrique noire, où la terre est traditionnellement en propriété villageoise inaliénable, alors que dans la plupart des autres régions du monde, ce système a depuis longtemps disparu.

" La commercialisation des produits permet une monétarisation, qui transforme le mode de vie des villageois et les insère dans l'espace économique urbain.

" La professionnalisation est liée à la commercialisation des produits. Non seulement les producteurs deviennent des professionnels de plus en plus engagés dans leur métier et au niveau technique croissant, mais il en est de même des acteurs des autres niveaux, transformation et distribution. Dans certains cas (comme celui du poulet à Abidjan), on constate aussi une intégration croissante des filières, les opérateurs de la transformation contrôlant de plus en plus la production. Cette intégration touche toutefois peu la distribution, en Afrique de même qu'en Europe.

" L'adaptation à la demande urbaine est une autre caractéristique de cette économie de marché, également liée à la commercialisation: les cultivateurs commencent par vendre les surplus de leur consommation familiale, puis se mettent à cultiver en fonction de ce qui se vend.

" L'initiative spontanée des producteurs , réponse au marché, est d'abord populaire, avec souvent, pour les spéculations les plus rentables, un transfert foncier au profit de la bourgeoisie urbaine.

Des filières traditionnelles stimulées par le marché urbain: les produits vivriers

Peu intensives, les cultures vivrières se rencontrent plus à la périphérie des villes qu'en leur sein, à l'exception du riz inondé, qui occupe des terrains impropres à la construction, les mêmes qui sont occupés par le maraîchage en saison sèche. Ces rizières urbaines atteignent des dimensions importantes à Bamako, à Tananarive, dans certaines villes d'Asie du Sud-Est. Il s'agit en général d'initiatives spontanées, à l'exception notoire de Gagnoa (Côte d'Ivoire), où 750 ha de bas-fonds ont été mis en valeur par la municipalité qui, ne pouvant les assainir par les méthodes classiques, les a distribués à des riziculteurs volontaires dans les années 70 1. Même péri-urbaines, les cultures vivrières rentrent dans l'économie de la ville, tel le manioc dans de nombreuses villes d'Afrique centrale et du Golfe de Guinée.

1J. Saint-Vil , Riziculture intra-urbaine à Gagnoa, Côte d'Ivoire. 1977.

Le maraîchage, une filière en pleine expansion

Dans les pays tropicaux, notamment en Afrique noire, on rencontre deux principaux types de produits maraîchers:

- les produits traditionnels, le plus souvent des légumes-feuilles consommés en sauce (amaranthe, célosie, oseille de Guinée, corète, patate douce);

- les produits originaires des climats tempérés, introduits par les colons pour leur propre consommation, et de plus en plus consommés aujourd'hui par l'ensemble de la population.

Les légumes de cette dernière catégorie, dits "de type européen", sont dès l'origine des produits commerciaux, puisqu'ils étaient alors destinés à une population étrangère. Mais les légumes traditionnels font dans toutes les villes l'objet d'un marché encore plus important en volume, mettant en jeu encore plus d'acteurs, même si ceux-ci sont moins organisés, la production vendue étant souvent au départ le surplus d'une consommation familiale.

Les raisons de la modernisation

La modernisation pénètre plus vite l'agriculture urbaine que celle des campagnes lointaines:

- nouvelles spéculations, répondant de façon souple à la demande (par exemple, le développement de la filière lait);

- nouvelle techniques culturales, mécanisation accroissant les rendements;

- passage d'une agriculture consommant peu et produisant peu, à une agriculture consommant (investissement, intrants) et produisant beaucoup;

- développement de systèmes assurant une meilleure conservation du "capital naturel": rotation des cultures, restitution de la matière organique, lutte contre l'érosion...

Plusieurs raisons expliquent cela:

- un accès plus facile aux équipements, aux intrants;
- une agriculture de marché, ayant les moyens financiers d'investir;
- une mentalité urbaine, un brassage des gens et des idées, une ouverture à la nouveauté.

L'agriculture urbaine représente donc, au moins en Afrique noire, un véritable laboratoire, qui expérimente des innovations adoptées ensuite par les régions plus éloignées.