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close this bookLa production laitière, Maisonneuve et Larose, 1996
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View the documentLe technicien d'agriculture tropicale
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View the documentPréface
View the documentI. L'importance de la production laitière
View the documentII. Systèmes de production laitière et commercialisation
View the documentIII. L'élevage des veaux
View the documentIV. L'élevage des génisses
View the documentV. La conduite et l'élevage des vaches laitières
View the documentVI. L'alimentation des vaches laitières
View the documentVII. Les races laitières et la reproduction pour les élevages laitiers
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VII. Les races laitières et la reproduction pour les élevages laitiers

On trouvera chez Felius (1985) et chez Mason (1988) des descriptions des races bovines du monde entier. Plus récemment, les bovins des régions tropicales ont été décrits par Maule (1990) qui répertoriait environ 200 races bien définies et de nombreux autres bovins non décrits. Le chapitre suivant présente quelques-unes des races typiquement laitières ou des plus appréciées pour la production de lait.

Dans les régions tropicales, il n'y a guère de races laitières à proprement parler, mais certaines sont préféré es pour un élevage laitier. De nombreuses races remplissent deux ou plusieurs fonctions: on les élève pour leur lait, pour leur viande, pour leur cuir, pour leur fumier et éventuellement pour s'en servir comme bêtes de trait. Aucune race ne convient en toutes circonstances et, lorsqu'ils ont a choisir, les paysans doivent trouver celle qui est la mieux adaptée au milieu et aux conditions d'élevage qu'ils sont en mesure de lui offrir.

Les bovins sont classés en deux espèces en fonction de critères morphologiques: Bos indicus (le boeuf à bosse ou Zébu) et Bos taurus (les bovins sans bosse). D'un point de vue biologique, il ne s'agit pas d'espèces différentes et les individus de ces deux croupes peuvent être croisés pour produire une descendance fertile. Dans l'est et dans le sud de l'Afrique, on rencontre des vaches Sanga qui sont le résultat de croisements entre le Zébu et la vache sans bosse à longues cornes d'Egypte. Les races taurines que l'on rencontre dans les régions tropicales sont principalement importées d'Europe, comme la Frisonne, l'Ayrshire et la Jersey, bien que la race N'Dama (d'Afrique occidentale) soit de type Bos taurus . Les vaches Criollo d'Amérique latine sont elles aussi de type Bos taurus


Figure VII.1. - Bétail de race Sahiwal et Sahiwal x Frisonne, à Naivasha, au Kenya. .

Les races appréciées pour la production laitière
Races indigènes

On rencontre environ trente races dans le sous-continent indien dont les meilleures laitières sont la Sahiwal, la Red Sindi et la Gir.


Figure VII.2. - Taureau Sokoto Gudali, au Nigéria.

Parmi les races d'Afrique occidentale, il faut citer la Blanche Peule (Bunaji), qui est une grande vache à bosse bien musclée, aux cornes en forme de Iyre et à la robe blanche tachetée de noir ainsi que la Sokoto Gudali, que les peuples peuls et hausa élèvent comme bête de trait, mais aussi pour la production laitière.

Parmi les Zébus de l'est et du sud de l'Afrique, on rencontre les races Boran, Butana, Kenana et plusieurs races de petits zébus est-africains, comme les zébus Nandi, Masai, N'Kedi, Lugware et le Zébu du Malawi.

Les races africaines Sanga comprennent les vaches Ankole d'Ouganda, du Zaïre, du Rwanda et du Burundi et les vaches Barotse qui sont élevées par les peuples Barotse et Lozi du sud-est de l'Angola et de l'ouest de la Zambie, dans le lit majeur du Zambèze.


Figure VII.3. - Bétail de race Boran, au Kenya.

Parmi les races d'Amérique latine et des Caraïbes, citons la Criollo laitière du Costa Rica, la Criollo laitière du Rio Limon, la Blanco Orejinegro (BON) (Blanche à oreilles noires) et la Hope jamaïquaine.

Les races laitières spécialisées

Plusieurs races européennes (notamment des taureaux Ayrshire, Shorthorn, Guernsey et Jersey) ont été introduites dans le sous-continent indien dès le dix-huitième siècle pour constituer plusieurs élevages militaires. Depuis lors, ces races ainsi que d'autres à haut rendement, comme les races Brunes Suisses, Frisonnes et Rouges Danoises, ont été importées et croisées avec de robustes bêtes indigènes Zébus, bien adaptées au climat, pour produire de bonnes races laitières. Dans des conditions d'élevage intensif, les vaches croisées Frisonnes-Holstein, sans tenir compte des races indigènes et de la situation agro-écologique, se sont imposées comme les meilleures laitières d'origine exotique, suivies par les Brunes Suisses et les Jersey.


Figure VII.4. - Bétail de race Butana, au Soudan.

Bien qu'il existe, dans toute la zone tropicale, des races laitières indigènes productives, les stratégies de développement de la production laitière ont été largement dominées par la recherche d'une amélioration génétique où l'on s'efforçait de transmettre aux races tropicales les qualités de laitières des races tempérées. Les hybrides de la première génération ont généralement des rendements deux fois supérieurs aux vaches indigènes de pure race. C'est pourquoi des races européennes ont été introduites dans la plupart des régions tropicales et ont produit par croisement de nombreux hybrides bien implantés.


Figure VII.5. - Vaches Kenana, à Kosti, au Soudan.

Dans le même temps, le souci de préserver les races indigènes et de les améliorer par sélection suscite un intérêt croissant, mais cette démarche ne se substituera sans doute pas aux améliorations par introduction de reproducteurs importés de régions tempérées. Pour les programmes à long terme, la meilleure option est la création d'une nouvelle race.

Il en existe d'ailleurs plusieurs. Cependant, leur importance en termes de population est réduite et aucune d'entre elles n'est encore parvenue à s'imposer comme une grande race laitière. Les races Karan suisse, Karan Fries, Sunandini, Mpwapwa et la race laitière de Zébu australien en sont quelques exemples.

Dans de nombreux pays, du bétail exotique de pure race taurine a été introduit, notamment les vaches Holstein-Frisonnes, Ayrshire et Jersey.

La reproduction et l'amélioration génétique

On se reportera à l'ouvrage de Gerald Wiener, Animal Breeding, dans la collection The Tropical Agriculturalist, pour trouver une étude plus complète de la reproduction et de l'amélioration de la race. Si la gestion, les conditions d'élevage et l'alimentation sont satisfaisantes, si les contraintes environnementales ont été surmontées, le rendement laitier d'une vache devrait approcher le maximum dont elle est capable. Dans la plupart des pays tropicaux, tant au sein des élevages qu'au niveau national, il existe un potentiel considérable d'accroissement du rendement laitier en améliorant conjointement les conditions d'élevage et les stratégies de reproduction.


Figure VII.6. - Zébus est-africains utilisés pour labourer, au Kénya.


Figure VII.7. - Race laitière de Zébu australien.

Il existe trois manières d'améliorer les qualités génétiques d'un troupeau:

1. Sélectionner dans la souche locale les bêtes qui ont le meilleur rendement.

2. Croiser la souche locale avec d'autres races bovines indigènes ou exotiques.

3. Remplacer les vaches locales par d'autres de race plus productive.

C'est généralement la deuxième méthode qui est adoptée, car les vaches améliorées coûtent cher à l'achat et sont d'ailleurs rarement vendues par les paysans qui en possèdent. Quand on se lance dans la production laitière, on souhaite bien sûr commencer avec la race la mieux appropriée, mais on doit d'habitude se rabattre sur du bétail de race locale que l'on va s'efforcer d'améliorer par l'une ou l'autre méthode.

Elimination et sélection

Dans les grandes exploitations, lorsque les conditions d'élevage sont bonnes, il est possible de développer encore quelque peu le rendement laitier en améliorant les qualités génétiques du troupeau par la sélection et l'élimination. On parvient ainsi à introduire une lente amélioration génétique en écartant les bêtes aux rendements les plus faibles pour les remplacer par de meilleures laitières. La mesure dans laquelle cette amélioration est possible dépend de l'héritabilité des caractères que l'on cherche à sélectionner. Or les caractères associés à la production laitière sont relativement peu héritables. On définit l'héritabilité (h²) de la façon suivante:

1. la proportion d'une variation phénotypique (c'est-à-dire observable et mesurable dans la population animale) attribuable à des effets génétiques additifs (c'est-à-dire que la variation est déterminée par un certain nombre de gênes plutôt que par un seul);

2. la mesure dans laquelle une vache ou un taureau peut transmettre ses caractéristiques à sa descendance.

L'estimation de l'héntabilité varie de 0 à 1. Quand h² = 0, le caractère n'est pas héritable, tandis que quand h² = 1, le caractère est pleinement héritable.

De plus grands progrès peuvent être faits quand la sélection s'opère sur un grand nombre de vaches. Un paysan qui ne possède qu'une ou deux vaches n'a guère de chance d'influencer les qualités génétiques de leur descendance par sélection et élimination. Il n'a pas d'autre choix que de garder tous les veaux femelles qui naissent chez lui (peut-être tout au plus un par an) s'il veut agrandir son troupeau ou simplement assurer le remplacement des vaches plus âgées. Néanmoins, si l'occasion se présente de remplacer une vache dont la production est faible par un veau femelle né d'une bonne laitière, il vaut la saisir. Si le mauvais rendement d'une vache est imputable à une mammite ou à une autre maladie, ses veaux valent peut-être la peine d'être conservés également. L'expérience du fermier et les données qu'il a conservées l'aideront dans ce cas à prendre sa décision. Sans un bon système d'enregistrement des données relatives à chaque bête, il est difficile d'obtenir une amélioration du troupeau. Plus le nombre de bêtes est important, plus il autorise une grande intensité de sélection. Pour orienter les choix, on peut se fonder sur des indices de sélection qui portent sur les différents caractères de production et sur leur valeur économique.

Dans la mesure du possible, les vaches à faible rendement devraient être écartées et leur descendance ne devrait pas être utilisée pour la production laitière. Plus un troupeau est nombreux, plus grand est son potentiel d'amélioration globale, puisqu'il per met d'éliminer davantage les bêtes pour les remplacer par de meilleures laitières. Néanmoins, même quand le cheptel est important, l'amélioration génétique par sélection reste lente.

La conservation des données aide le paysan à identifier les meilleurs vaches laitières et donc à améliorer la qualité et la production de son cheptel.

L'hybridation et l'amélioration de la race

La manière la plus rapide de développer le rendement laitier par amélioration génétique est le croisement avec une race qui possède un potentiel génétique supérieur pour la production de lait. Cette race est souvent appelée race améliorée ou, lorsqu'elle vient d'ailleurs, race exotique. Cela peut cependant prêter à confusion, car une race qui donne de bons résultats dans certains environnements s'avère parfois décevante sous d'autres conditions. Les performances des races exotiques ne sont donc pas nécessairement supérieures à celles des races locales et leur importation ne constitue pas nécessairement une «amélioration».

La manière la plus facile d'accroître la production par croisement est d'intervenir sur la branche mâle grâce à un «taureau amélioré» ou en recourant à l'insémination artificielle. Avec les progrès de la technique d'ovulation multiple et de transfert d'embryon, des améliorations rapides sont désormais réalisables par le biais de la branche femelle.

Un avantage important des croisements est la vigueur hybride: l'hybride est plus vigoureux et mieux apte à survivre que ses parents.

Avant de se lancer dans un programme de croisement, l'éleveur doit être assuré de pouvoir offrir de bonnes conditions d'élevage aux bêtes issues du croisement. Dès lors que ces conditions sont garanties, on peut entreprendre de produire des vaches qui ont une proportion plus grande de sang amélioré. On croise par exemple un taureau de race Sahiwal, Jersey ou Frisonne avec une vache locale. Le résultat du premier croisement sera donc une bête de type 50/50. Des croisements ultérieurs avec l'une des races parentales produiront des hybrides génétiquement plus proches de cette race.

L'un des problèmes qui se posent est précisément que le second croisement sera un rétrocroisement avec l'une des races parentales pour produire un hybride 75/25. Il est difficile de maintenir une population croisée à 50/50, et l'éleveur devra opter pour une méthode de croisement qui produit chez les bêtes le dosage le mieux adapté au mileu. Si une race améliorée à 75% ne convient pas, il faudra recourir à la race locale pour obtenir un hybride local/ amélioré 75/25. Cet hybride peut ensuite être croisé avec la race améliorée pour produire une mélange 62,5/37,5. On peut aussi se servir de taureaux de race croisée.

Le croisement alternatif consiste à se servir d'un taureau exotique pour la première génération et d'un taureau local pour la suivante (figure VII.8). De la même façon, il est possible d'alterner des taux de trois races différentes.


Figure VII.8. - Exemple de croisement alternatif.

L'insémination artificielle (IA)

La manière la plus rapide d'améliorer la patrimoine génétique d'un troupeau est de recourir à l'insémination artificielle avec des taureaux possédant des qualités génétiques supérieures pour la production laitière. Par rapport à la saillie, l'insémination artificielle a l'avantage d'éviter les risques de transmission de maladies vénériennes à la vache ou à la génisse pour peu que l'on ait soin de choisir des donneurs de sperme sains. Avant d'opter pour la semence de taureaux testés dans des conditions climatiques tempérées, il est important de procéder à une nouvelle évaluation dans un environnement tropical.

On doit pouvoir être sûr de la supériorité des taureaux utilisés pour l'insémination artificielle. Il faudrait pour cela pouvoir l'évaluer en fonction des performances de sa progéniture (test de la descendance), mais cela peut demander d'attendre jusqu'à huit années.

Le test de la descendance

Les jeunes animaux de race laitière (taureaux ou génisses) ne peuvent être évalués que par les performances de leurs parents ou des bêtes plus âgées issues des mêmes parents (ou de l'un des parents). Un taureau plus âgé peut être évalué en fonction des performances des vaches issues de sa semence. Les taureaux des élevages laitiers et ceux utilisés pour l'insémination artificielle sont souvent testés de cette façon. Il faut compter six ou sept ans à partir de la naissance du taureau pour pouvoir disposer de données suffisantes sur le rendement laitier de sa progéniture. Il ne faut pas perdre de vue que la plupart des taureaux exotiques sont évalués dans un milieu très différent de celui des régions tropicales et qu'ils risquent de ne pas donner des résultats aussi satisfaisants sous d'autres conditions.