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close this bookLa production laitière, Maisonneuve et Larose, 1996
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View the documentLe technicien d'agriculture tropicale
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View the documentPréface
View the documentI. L'importance de la production laitière
View the documentII. Systèmes de production laitière et commercialisation
View the documentIII. L'élevage des veaux
View the documentIV. L'élevage des génisses
View the documentV. La conduite et l'élevage des vaches laitières
View the documentVI. L'alimentation des vaches laitières
View the documentVII. Les races laitières et la reproduction pour les élevages laitiers
View the documentVIII. Les produits laitiers
View the documentIX. Le développement de la production laitière
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View the documentAgence de la francophonie (ACCT)
View the documentLe centre technique de coopération agricole et rurale

II. Systèmes de production laitière et commercialisation

On peut distinguer différents systèmes de production laitière: élevage pastoral, élevage mixte à deux fins (ranching laitier), petites exploitations et production intensive. Il faut évoquer également les réseaux de collecte du lait qui favorisent l'écoulement de la production et encouragent donc un rendement accru. Ce chapitre II illustre, à travers seize exemples, la manière dont le lait est produit et commercialisé dans des systèmes qui se différencient par leurs conditions climatiques ou leurs contraintes sociales et économiques prédominantes.

La production laitière dans les systèmes pastoraux

Dans les régions sèches où les cultures, pour autant qu'il y en ait, ne suffisent pas à satisfaire les besoins de subsistance, le lait de vache (mais aussi de brebis, de chèvre ou de chamelle) constitue un complément vital. Dans ces zones arides, l'élevage est souvent la seule activités possibles et le lait des animaux est nécessaire à la survie de la population. Ce genre d'environnement ne convient pas aux vaches bonnes laitières et la sélection naturelle a favorisé la robustesse et l'adaptation plutôt que le rendement.

Les communautés pastorales sont traditionnellement nomades. Leurs migrations ont pour objet de tirer le meilleur parti des conditions de pâtures, de précipitations et de disponibilités en eau, variables selon la région et la saison. Ce mode de vie est progressivement remplacé par une forme de transhumance ou de semi-nomadisme à mesure que les communautés cherchent à établir leurs droits sur les terres situées dans les régions où les précipi talions sont plus abondantes. La production de lait est saisonnière; les rendements sont bas. Ce qui compte, c'est que l'animal donne du lait; le volume obtenu importe moins. Cette faible productivité impose que l'on respecte un certain équilibre entre le lait prélevé pour la consommation humaine et celui laissé pour les veaux. Généralement, la croissance des veaux est lente et la mortalité considérable.

Le pastoralisme est un système traditionnel d'élevage et de production laitière dans lequel sont élevées des races bovines indigènes bien adaptées aux régions arides et semi-arides et dont le lait contribue à assurer la subsistance de leurs propriétaires. La productivité du bétail dépend largement des facteurs naturels, et plus particulièrement environnementaux.

Les fluctuations du cheptel sont dues principalement aux conditions climatiques imprévisibles et aux épidémies qui se déclarent périodiquement. C'est pourquoi les éleveurs s'efforcent d'accroître les troupeaux pour se prémunir contre les risques. Un troupeau important est aussi un signe de richesse. Chaque famille doit posséder assez de vaches pour subvenir à ses besoins en lait et assurer le renouvellement du troupeau.

Les systèmes d'élevage adaptés aux régions sèches se caractérisent par leur résistance au «développement planifié». Le système marche bien tant que la densité de population est basse. Il n'y a guère d'exemple où le «développement planifié» ait abouti à une réduction des risques. C'est pourquoi les communautés pastorales restent fidèles aux méthodes traditionnelles. Il ne manque d'ailleurs pas de bons arguments pour laisser gérer les systèmes pastoraux par ceux qui en connaissent le mieux les conditions et qui ont intérêt à les préserver. La concurrence avec les cultivateurs pour les terres des zones plus humides, les densités élevées du bétail et de la population humaine dans les zones plus sèches et l'exploitation des terrains communautaires sont autant de facteurs qui viennent compliquer la gestion des sols.

Exemples de production laitière dans les systèmes pastoraux

Pour bien comprendre la complexité des systèmes pastoraux et les problèmes auxquels se sont heurtés les efforts de développement, il faut examiner la situation dans différents pays. Les exemples du Nigéria, de l'Ouganda et du Kenya nous aideront à en faire ressortir les caractéristiques. L'exploitation commune des pâtures n'encourage pas les efforts pour modifier le sol. Dans les régions sèches impropres à la culture, le surpâturage et le défrichement de la végétation ligneuse utilisée comme bois à brûler ont accéléré le phénomène d'érosion des sols. Bien que le lait constitue le fondement même des économies pastorales, l'accroissement de la production présente souvent des difficultés insurmontables. La planification devrait se fixer des objectifs plus raisonnables, comme le maintien du statu quo actuel ou le retour à un statu quo antérieur.

Nigéria, Afrique occidentale - peuple Peul

Le rythme saisonnier des précipitations, de la croissance des pâtures et des risques de maladies pour les animaux a déterminé le mode de vie pastoral des Peuls au Nigéria. Traditionnellement, les Peuls migrent vers le sud à la saison sèche et vers le nord à la saison des pluies pour trouver des pâtures et de l'eau, puis pour éviter la mouche tsé-tsé (Glossina morsitans, G. palpalis et G. tachinoïes) dans la partie sud du «middle belt». On assiste également à une transhumance vers le nord des troupeaux peuls qui, en juillet, rejoignent leurs terres de pâture pour la saison des pluies dans la région de Kano. Dans la région de Sokoto, la distance parcourue dans une direction par les Peuls est en moyenne de 120 km (avec un minimum de 10 km et un maximum de 300 km). Les éleveurs qui ne possèdent qu'un petit troupeau cultivent souvent un peu de graminées (principalement du millet) pour compléter les céréales qu'ils obtiennent en échange de leur lait. Mais pour travailler la terre, il leur faut préalablement obtenir l'accord des cultivateurs locaux.


Figure. II.1 - Pasteur peul dans la région d'Anambra, Nigéria

Entre 1960 et 1990, le Nigéria a connu une expansion démographique considérable qui s'est traduite par une augmentation des terres dévolues à la culture au détriment des pâturages. Ces changements démographiques ont contribué à restreindre la distribution de la mouche tsé-tsé, sous l'action combinée de la destruction de son habitat et de la raréfaction du gibier (parasité par la tsé-tsé). C'est ainsi que les Peuls ont pu rester plus longtemps chaque année dans la partie sud du pays. Dans les régions du centre et du sud du Nigéria (Kaduna, Niger et Oyo), les Peuls ont commencé à s'établir en se mêlant à la population paysanne. Il n'est plus rare désormais d'en rencontrer au sud de la rivière Bénoué et du fleuve Niger.


Figure II.2. - Femmes peules avec des calebasses remplies de lait

Les vaches sont traites à l'aube. Le lait est consommé aigre ou mélangé à d'autres aliments. Les femmes le vendent sur le marché ou le troquent contre diverses denrées, notamment des céréales. Il faut compter par famille un minimum de quarante-cinq bêtes dont la moitié environ doit produire du lait dans le courant de l'année. Mais il arrive que le nombre de vaches nécessaires soit plus élevé, particulièrement lors des années sèches car elles donnent alors moins de lait. La production est plus importante pendant la saison des pluies. Pendant la saison sèche, les éleveurs doivent compter davantage sur les céréales qu'ils ont troquées contre du lait plus tôt dans le courant de l'année.

La durée pendant laquelle les bêtes sont laissées en pâture dans la journée dépend de la saison. Le temps de pâturage le plus long se situe au début de la saison des pluies et peut atteindre onze heures par jour; le plus court, environ sept heures, coïncide à peu près avec la fin de la saison des pluies. Les déplacements occupent 20% de la vie du troupeau, le pâturage 75% et les 5% restants sont consacrés au repos et à l'abreuvement.

Il n'y a pas de période particulière pour la reproduction: les taureaux sont laissés au contact des vaches tout au long de l'année. Il y a souvent plus d'un taureau par troupeau et les mâles ne sont castrés que lorsqu'ils deviennent difficiles à mener. Les vaches mettent bas tantôt dans le ruga (campement provisoire), tantôt dans la pâture, mais après la mise bas on les garde au moins vingt-quatre heures dans le ruga pour que le veau puisse téter régulièrement. Pendant cette période la vache est nourrie avec des feuilles d'arbre ou de l'herbe coupée. Par la suite, les veaux sont laissés la journée dans le ruga pendant trois ou quatre semaines avant de pouvoir aller paître en compagnie des vaches.

Les Peuls sont de bons éleveurs et leur compétence est un atout précieux pour le développement d'une petite exploitation mixte agropastorale. Le cas des Peuls au Nigéria illustre bien la transition du pastoralisme nomade aux systèmes de production laitière plus sédentaires. Les contraintes actuelles des systèmes fonciers et agricoles au Nigéria ne laissent guère de perspective d'avenir au mode de vie pastoral traditionnel hormis les régions les plus arides et celles du nord. Les paysans installés ont plus de droits sur la terre que les éleveurs nomades, qui sont contraints de s'établir et de s'intégrer au système foncier en place pour être autorisés à exploiter les terres. Il en existe des exemples dans les régions de Niger et d'Oyo, où des Peuls se sont fixés depuis plusieurs générations. Les cultivateurs locaux possèdent souvent du bétail qui est gardé par les Peuls. Dans les régions où il existe une tradition pastorale, le lait est généralement facile à écouler dans la mesure où la population locale a pris l'habitude d'en consommer, mais dans l'extrême sud-est, où l'on ne rencontrait pas auparavant d'éleveurs de bovins, les habitants ne boivent pas de lait et celui-ci ne trouve pas de débouché commercial. On a remarqué dans ce cas que les femmes peules cherchaient une source de revenus dans l'élevage de poulets.

La traction animale a tendance à se développer au Nigéria et la race de vaches Blanches Peules (Bunaji) s'y prête fort bien. Les perspectives de développement pour l'élevage et la production laitière sont bonnes dans le sud du Nigéria, car les précipitations y sont abondantes. Les exploitations mixtes s'y multiplient et les ressources alimentaires pour les vaches laitières sont bien plus grandes que dans les régions sèches. On pourrait également envisager l'organisation d'un réseau de collecte du lait (page 00), bien que des tentatives dans ce sens aient échoué précédemment.

Ouganda, Afrique orientale - pays Karamojong

Le pastoralisme des Karamonjongs illustre les problèmes associés au «développement» des systèmes pastoraux. La province de Karamoja s'étend sur 35 000 km² dans le nord-est de l'Ouganda. La pluviométrie annuelle est élevée dans l'ouest (plus de 1 000 mm), mais descend au dessous de 500 mm par an dans l'est, avec une saison sèche qui va d'octobre à mars. Les habitants mènent pour la plupart une existence transhumante, semi-pastorale: leurs principaux hameaux sont situés dans l'axe central de la province de Karamoja où l'on trouve de l'eau presque toute l'année. Cet axe fait un peu office de «ordon sanitaire (1)» entre les différents groupes: les femmes, les aînés et les enfants vivent là tout au long de l'année; les hommes jeunes, qui gardent les troupeaux, n'y restent que pour la saison des pluies. Le long des cours d'eau, on cultive le sorgho, diverses plantes potagères, l'arachide, le maïs et le millet. En raison de l'irrégularité des précipitations, les cultures ne suffisent pas à assurer la subsistance de la population, d'autant que la sécheresse sévit à raison d'une année sur quatre. On observe un équilibre instable entre les efforts des éleveurs visant à accroître le cheptel (pour le lait et les animaux de trait, mais aussi pour se prémunir en cas de sécheresse) et les pertes dues aux maladies et aux sécheresses.

(1) En français dans le texte (N.d.T.).

Au début du vingtième siècle (si l'on s'en rapporte aux sources de l'époque), une série de «catastrophes de croissance» se sont produites. Le gouvernement souhaitait alors développer la productivité et accroître le contrôle de l'État sur la population. Mais les politiques mises en place n'avaient pas tenu compte de la fragilité du système pastoral. En conséquence, c'est tout le mode de vie pastoral qui fut ébranlé et ses ressources de base s'épuisèrent rapidement. Les sécheresses se succédaient périodiquement tandis que le cheptel et la population humaine augmentaient, aggravant encore la situation. Les conflits politiques qui secouèrent le pays (plus tard dans le courant du vingtième siècle) ne firent qu'ajouter aux problèmes auxquels se trouvait confronté le peuple karamojong. Ces tentatives manquées de «développement planifié» du système pastoral en Ouganda sont une source d'enseignement que les planificateurs ne doivent pas négliger.

L'équilibre des systèmes pastoraux exclut les mesures trop brutales et peut-être même toute forme d'intervention. Il est peu probable que des systèmes de production statiques puissent fonctionner de manière durable dans les régions sèches. Seuls les systèmes flexibles qui peuvent exploiter les ressources de vastes superficies sont viables.

Kenya, Afrique orientale - peuple Masaï

Il existe au Kenya plusieurs systèmes pastoraux pratiqués par différents groupes ethniques, mais les problèmes auxquels sont confrontés les éleveurs sont fort semblables à ceux que rencontrent les autres communautés pastorales du Nigéria et d'Ouganda. Dans le cadre de sa politique de privatisation des terres, le gouvernement a cherché à influencer la gestion des systèmes pastoraux en créant des ranchs collectifs. Ainsi, à Kajiado et à Narok, vers le milieu des années soixante, on regroupa dans des ranchs plusieurs familles masaïs qui disposaient de deux cents hectares par famille. Au Kenya et en Tanzanie, les Masaïs occupaient traditionnellement de vastes superficies, mais depuis les années soixante, cette zone a été réduite par l'avancée des terres de culture et les restrictions imposées par la délimitation des réserves animalières.

Il s'est vite avéré que ces unités de deux cents hectares étaient trop petites et ne prenaient pas en compte les sécheresses régulières. En période de sécheresse, les Masaïs sont amenés à se déplacer vers des régions où ils espèrent trouver des conditions meilleures, mais ce n'était plus possible dans un système de ranchs bien délimité.

Malgré les dépenses et les efforts considérables consentis pendant plus d'une décennie pour stimuler le développement et la commercialisation, les Masaïs continuent à privilégier une économie de subsistance qui se caractérise par un faible écoulement de la production sur le marché.

Les conditions climatiques imprévisibles, la répartition des terres de pâture communes et l'exploitation du sol pour la culture restreignent la liberté de mouvement des éleveurs nomades tout en les contraignant à se déplacer.

Kenya - peuple Turkana Ngisouyoka

On rencontre dans le nord du Kenya, là où vivent les Ngisonyokas - un sous-groupe de la tribu Turkana -, un système différent de celui qui existe en pays masaï. En 1982, les pasteurs ngisonyokas étaient au nombre de 9 650 environ et élevaient sur une superficie de 7 540 km un cheptel composé approximativement de 85 200 chèvres et moutons, 9 800 bovins, 9 800 chameaux et 5 300 ânes. Les familles effectuent jusqu'à quinze déplacements par an et couvrent une distance qui peut dépasser cent kilomètres. La température annuelle moyenne est de 30°C et les précipitations fluctuent entre 150 et 600 millimètres par an selon l'endroit. La consommation de lait fournit 60% de l'apport énergétique dans l'alimentation humaine. Les chamelles en produisent la moitié, les chèvres et les brebis un quart et les vaches le dernier quart.

On peut raisonnablement tirer les conclusions suivantes à propos de l'équilibre et l'efficacité du transfert d'énergie au sein de ce système.

" Les éleveurs exploitent les ressources de la région avec assez d'efficacité pour autoriser une densité élevée de population humaine sur des terres marginales sans provoquer de dégradation des sols.

" Dans le cas qui nous occupe, aucune dégradation environnementale ne semble pouvoir être imputée au pastoralisme.

" L'importance des troupeaux n'a rien d'excessif.

" Le nombre de bêtes qui ne donnent pas de lait n'est pas trop important.

" La faible productivité des animaux n'entraîne pas pour autant un cheptel disproportionné par rapport aux humains: la valeur observée est de trois unités de bétail tropicales (UBT, unité animale théorique équivalant à 250 kg de poids vif) par personne, mais cela suffit à faire vivre la population humaine.

On est en droit de douter que ces conclusions soient valables pour tous les systèmes pastoraux, mais lorsque la répartition des communautés est optimale, le pastoralisme représente un système de gestion efficace dans les zones arides Si les densités de bétail et de population humaine ne sont pas trop élevées, l'équilibre du système se maintient et les produits de l'élevage assurent la subsistance et servent de monnaie d'échange.

Kenya - peuple Boran

Il existe encore un autre système pastoral au Kenya, dans la région d'Isiolo où vivent les Borans. Un système bien organisé de gestion en commun des terres et des troupeaux y fonctionne avec succès malgré la concurrence d'autres groupes pastoraux (par exemple les Somalis). Hommes et terres se répartissent en collectivités, les Dedas, au sein desquelles les bêtes sont élevées en commun. On sépare les troupeaux secs des vaches laitières, qui sont gardées plus près de la communauté où les familles sont rassemblées. Les hommes font paître les bêtes sèches plus loin pour exploiter au mieux les ressources en eau et en pâtures. A l'exception des rives des cours d'eau où l'on peut pratiquer l'irrigation, la région est trop sèche pour être cultivable. La production laitière est donc d'une importance vitale pour la population. Des limites territoriales ont été fixées pour permettre aux communautés pastorales de gérer leurs terres sans interférence avec les autres groupes. Ce système constitue un modèle de gestion qui pourrait être appliqué à d'autres zones arides où l'on rencontre des conditions similaires.

Résumé des caractéristiques des systèmes pastoraux

Les régions où le pastoralisme est pratiqué présentent certaines caractéristiques communes:

" Jusqu'à présent, les efforts de planification sont partis du principe que les systèmes pastoraux pouvaient ou pourraient être «développés» ou «améliorés». Il est apparu que c'était une idée fausse dans la plupart des cas et que, tant que les taux de populations humaine et animale restent bas, les systèmes traditionnels fonctionnent de manière parfaitement durable.

" On observe un accroissement de la population humaine et du bétail tandis que la pression des cultivateurs est venue s'ajouter à l'exploitation des terres par les éleveurs.

" Dans de nombreuses régions pastorales, le sol s'épuise sous l'effet combiné d'un surpâturage dû à une mauvaise planification de l'exploitation des terres, des changements climatiques et du défrichage de la végétation ligneuse utilisée comme combustible.

" Les mouvements de transhumance diminuent tant dans leur fréquence que dans la distance parcourue; les communautés pastorales se fixent peu à peu et dépendent de plus en plus des cultures pour assurer leur subsistance.

" Quand la pression démographique était moindre, les systèmes pastoraux traditionnels tiraient sans doute le meilleur rendement possible de l'ensoleillement, des précipitations et des ressources du sol pour subvenir aux besoins alimentaires de la population dans les régions semi-arides concernées.

" Dans les systèmes pastoraux, c'est probablement la gestion traditionnelle qui fonctionne le mieux et il n'existe guère de méthode qui débouche sur une augmentation significative de la productivité primaire ou secondaire.

" Un retour aux mécanismes de contrôle traditionnels paraît souhaitable. Cela revient à dire qu'il vaudrait mieux laisser les éleveurs exploiter leurs territoires selon la tradition pastorale, qui suppose une population humaine et animale réduite et un contrôle du taux de croissance du cheptel. Il devrait être possible, grâce à une gestion saine et une réduction de la mortalité dues aux maladies, de réduire les facteurs de risque et de renforcer la confiance des communautés pastorales qui pourraient dès lors planifier leurs exploitations en fonction de leurs besoins.

" Pour autant que l'on puisse réduire le risque et compter sur la coopération des éleveurs, on pourrait envisager de mettre en oeuvre des méthodes plus efficaces de conservation des sols tout en essayant de réduire le cheptel, de stimuler l'écoulement de la production et de mieux contrôler l'exploitation des terres de pâture.

" Il serait bon de pouvoir assurer aux communautés pastorales une certaine protection contre les risques naturels (facilités de vente si le besoin s'en fait sentir, indemnisations en cas de sécheresse ou d'épidémie, distributions de compléments alimentaires pour le bétail), mais ce sont là des suggestions difficiles à mettre en pratique dans de nombreuses régions.

" Il peut y avoir intérêt à inciter les éleveurs à se tourner vers d'autres activités, mais ce n'est guère envisageable dans les pays où les possibilités d'emploi sont réduites.

" Le lait de vache, de chamelle, de chèvre et de brebis demeure un produit essentiel dans les systèmes pastoraux. Il ne saurait y avoir de stratégie d'avenir pour les éleveurs si l'on n'est pas en mesure de concevoir des moyens d'assurer la subsistance de la cellule familiale grâce à la production laitière ou à d'autres sources de revenus. Dans un système traditionnel, il faut compter environ 70 vaches pour subvenir aux besoins d'une famille.

" Avant de se lancer dans des plans de développement ambitieux, les concepteurs de projets d'élevage seraient bien inspirés de se pencher sur les expériences qui ont été tentées dans d'autres systèmes pastoraux.

" La comparaison avec des systèmes durables d'élevage extensif dans les régions sèches de pays comme l'Australie par exemple est peut-être valable en termes d'objectifs de production dans leurs aspects techniques, mais certainement pas pour ce qui concerne la dimension humaine et sociale dans les communautés pastorales.

Les systèmes mixtes

Dans les communautés pastorales (pp. 42-57), le lait constitue la base du système et le moyen de subsistance des éleveurs. Dans les systèmes mixtes, d'autres produits jouent un rôle aussi important que le lait. Nous allons décrire ici deux systèmes: le ranch laitier et la production de lait par des vaches de trait. Dans le premier, l'exploitation produit du lait et de la viande et, dans le second, les vaches laitières sont utilisées comme animaux de trait pour le transport ou les travaux des champs.

Le ranch laitier

Le ranch laitier est un élevage extensif dans de vastes propriétés où les conditions ne permettent pas une production laitière intensive. Les bêtes sont traites une fois par jour et allaitent leur veau comme dans les communautés pastorales. C'est donc un système qui se situe entre la production extensive d'animaux de boucherie d'une part et, d'autre part, la production intensive de lait par des bêtes choisies pour leurs qualités de laitières et traites deux fois par jour. Le système mixte utilise des races locales ou des bêtes issues de croisement dans des régions où ni le climat ni les conditions d'élevage ne conviendraient aux races exotiques à haut rendement.

Le «ranching» laitier est une méthode de production laitière dans laquelle des vaches à rendement faible ou moyen de races Zébu ou croisées de Zébu sont traites une fois par jour et allaitent chacune un veau dans un système d'élevage extensif d'animaux de boucherie.

C'est une méthode largement répandue dans les zones tropicales d'Amérique du Sud: des vaches dont la productivité laitière est faible ou moyenne sont élevées dans des systèmes mixtes qui produisent à la fois du lait et de la viande. Près de trois millions de km de savane tropicale non arable sont dévolus à l'élevage. Dans ces régions, qui se situent pour la plupart à une altitude de moins de deux mille mètres, l'élevage bovin extensif recourt à des races de Zébu ou à des croisements Zébu-Criollo. Au Nicaragua, 70 à 80% des vaches qui allaitent sont régulièrement traites. En Colombie, plus de 50% du lait consommé provient de systèmes mixtes, contre 35% au Brésil. On ne rencontre généralement pas de races européennes dans les régions des plaines, mais les conditions en altitude (à plus de deux milles mètres) se prêtent mieux à des systèmes intensifs de production laitière à partir de races européennes.

Le nombre de vaches dans le troupeau qui sont traites une fois par jour à la saison des pluies dépend en fait de la demande de lait sur le marché et des autres ressources alimentaires. Au cours de la journée, les veaux ont un accès limité à la vache. Le système s'épanouit le mieux dans les régions où la main-d'oeuvre comme les terres sont abondantes et bon marché, et où le lait est acheté à bon prix. Les perspectives d'accroissement de la production dans les ranchs laitiers semblent assez prometteuses et les méthodes utilisées sont applicables dans d'autres parties du monde.

Exemples de production laitière dans les ranchs laitiers

Colombie, Amérique du Sud

La Colombie est un pays dont la topographie présente une grande diversité. Cela va des régions chaudes au niveau de la mer aux terres froides entre 2 600 et 3 000 mètres d'altitude, avec même de la neige au-delà de 3 000 mètres. Le cheptel bovin représente 27 millions de têtes. On estime le nombre de bêtes laitières à 3,7 millions dont 2,5 millions servent à la production de lait. Les vaches se répartissent à raison 9% de races laitières sélectionnées, 58% de races croisées et 33% de race Criollo (locale). Les troupeaux laitiers ne fournissent que 60% de la production de lait; le reste provient de l'élevage de boucherie. Dans les zones climatiques froides (les vallées et les plateaux entre 1500 et 2 800 mètres), les vaches laitières sont principalement de race Holstein, Ayrshire et Brunes suisses. Tandis qu'ailleurs (les vallées chaudes, la côte nord et les contreforts des Andes), les bêtes laitières sont principalement des vaches Criollo, des Zébus ou des races croisées que l'on élève aussi bien pour la viande que pour le lait. Dans certaines régions côtières, on trait également les vaches de races de boucherie. Le système varie selon la région et dépend essentiellement du climat et de la proximité des marchés. Dans les régions de la côte Caraïbe et du Piedmont, c'est l'élevage extensif qui prédomine, tandis que dans la région andine, on rencontre une production plus intensive. Les vaches vêlent en toutes périodes de l'année, de sorte que le lait constitue une source de revenus constante, qui représente parfois jusqu'à un tiers des recettes d'une exploitation.

Bolivie, Amérique du Sud

Dans la zone humide subtropicale de San Javier (département de Santa Cruz, 500 à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, latitude 16° sud), les élevages laitiers se composent de vaches croisées Zébu/Criollo traites une fois par jour, à l'aube, en présence du veau. Pendant la journée, les veaux sont laissés avec les vaches, mais on les sépare pour la nuit. La moyenne des ventes de lait sur le marché est assez basse: environ 400 kg pour une période de lactation de 180 jours.

L'élevage de bêtes de race Holstein/Frisonne dans les plaines boliviennes n'est guère rentable. Mais le croisement de vaches Zébu/ Criollo avec des taureaux européens donne des hybrides vigoureux dont les deux premières générations sont d'un bon rapport pour la production laitière. Bien soignées, ces bêtes produisent plus de lait que les vaches de races pures, sont plus fertiles et présentent un taux de mortalité nettement moindre tant chez les veaux que chez les animaux adultes. Les hybrides sont d'un entretien moins coûteux et ont une productivité comparable pour un coût moindre sans entraîner les risques élevés liés à l'importation de bétail exotique sous les tropiques. Le «ranching» laitier est donc idéalement adapté aux plaines tropicales de Bolivie.


Figure II.3. - Vaches Criollo dans un système mixte de ranching laitier, en Bolivie

Résumé des caractéristiques des ranchs laitiers

" Le «ranching» laitier est une méthode de production fondée sur le principe d'adaptation. Il exploite les qualités de laitières des meilleures vaches d'un élevage d'animaux de boucherie bien adaptés aux températures élevées et aux terres pauvres.

" Ce type de production doit pouvoir compter sur de bons marchés pour écouler le lait et sur un réseau de transports. En Amérique du Sud, le lait est souvent acheminé en train sur de longues distances vers les grands centres urbains.

" Dans les ranchs laitiers que l'on rencontre en Amérique du Sud, c'est le propriétaire qui est responsable de l'entretien des terres.

" Le lait peut constituer jusqu'à un tiers des rentrées financières d'une exploitation. C'est un revenu plus régulier que celui qui provient de la vente des animaux de boucherie.

" Les meilleures laitières produisent, sur une lactation, 800 litres pour la vente, sans que la croissance du veau en soit affectée.

" Les vaches sont traites une fois par jour et allaitent leur veau.

La production de lait par les bêtes de trait

Dans de nombreuses régions du monde, on se sert d'animaux de trait pour les travaux des champs et le transport. D'ordinaire, on préfère utiliser des taureaux (ou des boeufs). Toutefois, lorsqu'il manque de terres pour l'agriculture, les paysans sont contraints d'utiliser plutôt des vaches - cela permet de mieux disposer des ressources alimentaires pour le bétail que s'il fallait entretenir à la fois des vaches et des taureaux (ou des boeufs).

Bangladesh, sous-continent indien

On estime qu'au Bangladesh, plus de la moitié des animaux de trait sont des vaches. Dans ce pays, la pression démographique a réduit la taille moyenne des exploitations agricoles à moins de deux hectares et, avec deux récoltes par an ou davantage, on y pratique une culture intensive. Les petites exploitations ne sont pas en mesure de produire assez de fourrage pour nourrir à la fois des vaches et des taureaux. Les paysans doivent vendre rapidement les animaux mâles et ils utilisent les vaches non seulement pour la production de veaux et de lait, mais aussi comme bêtes de trait. Ces efforts augmentent les besoins nutritifs des vaches qui, souvent, dépensent plus d'énergie qu'elles n'en reçoivent dans leur alimentation. C'est la raison pour laquelle, les vaches du Bangladesh sont souvent petites et sous-alimentées. Leur production de lait en souffre, de même que leur fertilité.

Les vaches de trait sont fortement sollicitées et, dans de tels systèmes, les paysans auraient tout intérêt à se concerter pour trouver un moyen d'atteindre des niveaux de production durables.

La production laitière dans les petites exploitations

Dans toute la zone tropicale, on peut trouver des fermes, des villages ou des régions péri-urbaines où des cultivateurs sédentaires gardent quelques vaches laitières de races locales, bien adaptées au climat. Il peut parfois s'agir aussi de croisements avec les races Jersey, Sahiwal ou d'autres bonnes laitières. Les vaches sont tenues à la longe près de la ferme, gardées en troupeaux sur des terres de pâture communes, nourries à l'étable au village ou dans un enclos. Les paysans ne possèdent d'habitude qu'une ou deux vaches en complément du produit de leurs cultures. Ils consomment eux-mêmes le lait mais en vendent aussi une partie ainsi que les veaux mâles ou des boeufs engraissés qui sont une source complémentaire de revenus.

La production dans les petites exploitations peut parfois jeter les bases d'une industrie laitière commerciale et plusieurs projets ont vu le jour avec des succès divers. Il faut pour cela pouvoir compter sur l'aide des services gouvernementaux et des entreprises commerciales pour l'approvisionnement en nourriture et en médicaments, ainsi que pour le traitement et la commercialisation de la production.

La production laitière dans les petites exploitations est pratiquée par des paysans qui font paraître quelques vaches à proximité de la ferme ou les nourrissent d'herbe coupée et de sous-produits de culture afin d'en tirer un peu de lait pour la consommation familiale ou la vente à l'échelle locale.

Exemples de production laitière dans les petites exploitations

Kenya, Afrique orientale

Avant 1965, la production de lait au Kenya provenait pour l'essentiel de grosses fermes situées sur des terres de pâture extensives et semi-intensives. Dans les années 60 et 70, le Kenya vendait les produits laitiers aux pays voisins, mais ses exportations ont commencé à décliner vers 1975. A l'heure actuelle (au début des années 90), 80% de la production laitière provient de petites exploitations agricoles mixtes. Le degré de spécialisation de la production de lait est fonction de sa rentabilité en regard d'autres types d'exploitations, comme les cultures de thé, de café, de pyrèthre, de maïs et de haricots.

Les terres agricoles du Kenya sont classées selon leur potentiel: élevé, moyen ou faible. Les terres à potentiel élevé sont celles où les précipitations annuelles dépassent 850 mm; elles constituent 13% de la superficie dévolue à l'agriculture dans le pays. Dans ces régions à potentiel élevé, les petites exploitations (en moyenne 1,2 hectare) représentent 70% de la population, 75% de la production agricole et 70% de l'emploi.

On distingue trois niveaux de spécialisation: la production laitière de subsistance, la production par les petits exploitants et la production commerciale. Dans les régions montagneuses, les systèmes de pâturage des petites exploitations se fondent sur l'alternance de cultures et de jachères. Une industrie florissante s'y est développée, avec un bétail de qualité (généralement de race locale x Frisonne). Ces animaux ne conviennent pas aux terres marginales et aux plaines où l'on préfère des croisements Bos indicus/Bos taurus. La race Sahiwal a notamment été introduite et, dans les plaines côtières, les paysans élèvent pour la production laitière des vaches locales x Sahiwal et les nourrissent avec les plantes fourragères (Pennisetum purpureum et Leucaena lencocephala) qu'ils cultivent. On élève aussi des vaches Ayrshire x Sahiwal et d'autres croisements faisant intervenir les races Sahiwal, Jersey et Brune Suisse ont été essayés avec succès.

Tableau II.1
Composition du cheptel laitier au Kenya

Race

Nombre

Ayrshire

400 000

Frisonne

337 000

Guernesey

224 000

Jersey

117 000

Exotique x Zébu

410 000

Total

1488 000

Dans l'ouest du Kenya, les gardiens de bétail sont traditionnellement les Abaluya et les Luo, mais l'importance du cheptel décline en raison de la pression démographique humaine, particulièrement dans les régions de Siaya et de Kakamega. La production sucrière sur une large échelle a également contribué à en chasser les troupeaux de bovins.


Figure 11.4. - Vache de race Ayrshire, au Kenya

Un proportion de 60% environ de la production laitière est consommée à la ferme et 20% seulement arrivent sur le marché officiel, les 20% restants étant vendus à l'échelle locale sans aucune forme de traitement ou de conditionnement. Les Crémeries coopératives kényanes achètent le lait moins cher que les autres consommateurs, mais ce n'est qu'en dernier ressort que les paysans se tournent vers elles pour écouler leur production après avoir satisfait la demande locale.

Les systèmes de pâturage en prairies naturelles ou artificielles ont été remplacés, lorsque les conditions s'y prêtaient, par une alimentation hors sol en étable (zéro pâturage). Dans les petites exploitations, près de 80% des bêtes sont nourries à l'étable pendant la plus grande partie de l'année. Leurs rations se composent de Pennisetum purpureum et de divers sous-produits de culture de mais, de bananes et de patates douces.

Les grandes exploitations disposent toujours de prairies naturelles où pousse le Pennisetum clandestinum (herbe Kikuya), le Cynodon nelemfluensis ou le Cynodon dactylon (chiendent) lorsque les conditions sont propices et, ailleurs, de prairies artificielles semées de Chloris gayana, de Setaria anceps et de sous-espèces de Panicum (herbe de Guinée). Les vaches laitières se nourrissent d'herbe pendant sept à huit mois et reçoivent à la saison sèche des fourrages conservés (secs ou ensilés) ou des fourrages verts coupés (maïs et Pennisetum purpureum).

Les bêtes de race exotique pure et hybride améliorée (obtenue par croisements successifs de la souche indigène avec des taureaux de pure race) sont gardées dans des régions au potentiel élevé. On y pratique l'insémination artificielle et 700 000 doses de sperme sont distribuées annuellement (1984).

Malawi, Afrique du Sud-Est

Avant 1975 le Malawi importait de grandes quantités de produits laitiers. C'est pourquoi l'Organisation des Nations unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO) a mis en oeuvre en 1971, conjointement avec plusieurs départements du gouvernement, un programme de développement de la production laitière. Il s'agissait notamment de créer des fermes laitières d'État et d'encourager la production par les petits exploitants en mettant à leur disposition des vaches hybrides F1 (issues du premier croisement) de race Frisonne x Zébu. Le plan prévoyait de croiser des vaches Zébus malawi avec des taureaux de race Frisonne dans les fermes gouvernementales et d'inséminer les génisses issues de ce premier croisement avec du sperme de race Frisonne. Quatre semaines après la mise bas, ces vaches, dont la production de lait était en principe supérieure à un minimum fixé, étaient vendues ou placées contre remboursement chez des fermiers choisis selon certains critères.

Pour pouvoir acheter une vache hybride améliorée, les paysans devaient présenter des garanties financières et avoir suivi un cours de formation à la production laitière. Leur ferme devait être située dans un rayon de huit kilomètres d'un centre de collecte du lait, être bien approvisionnée en eau et disposer d'au moins 3 acres (1,2 hectares) plantés de Pennisetum purpureum (Napier)/Chloris gayana (herbe de Rhodes)/Leucaena leucocephala.

Le fermier recevait également un vaporisateur manuel et deux litres d'acaricide qui devait lui permettre de traiter ses vaches une fois par semaine. Les bêtes étaient nourries hors sol avec un fourrage vert d'herbes et de jeunes pousses coupées complété de sous-produits de culture (fanes d'arachides, son ou feuilles de maïs) et, dans la mesure des disponibilités, d'un composé concentré laitier. On conseillait en outre aux fermiers de prévoir des réserves de fourrage ensilé et de foin. Le service d'insémination artificielle était approvisionné gratuitement.

En avril 1988, on dénombrait dans la région du centre 356 petits exploitants qui gardaient, pour la production laitière, des bêtes de race croisée, soit un total de 642 vaches adultes. Selon leur répartition géographique, les paysans étaient organisés en groupes au sein desquels on élisait un comité directeur. Chaque groupe disposait d'une unité de réfrigération du lait. Les vaches étaient traites deux fois par jour et le lait était aussitôt acheminé jusqu'à l'unité de réfrigération la plus proche où un camion-citerne des Industries laitières du Malawi venait le récolter tous les deux jours. Le prix au litre était le même pour tous les paysans, mais ils recevaient un bonus lorsque le taux de graisse dans le lait était supérieur à la moyenne. Les prêts consentis pour l'achat des vaches étaient remboursés, généralement en trois ans, par la déduction d'une somme convenue sur le chèque mensuel remis au paysan pour l'achat de son lait. Les rendements laitiers ont été mesurés sur une période de dix ans (1973-1983) pour un total 781 lactations. Il en ressort que la production moyenne des vaches hybrides représente, pour une durée moyenne de lactation de 392 jours, un total de 2 188 kg de lait, avec un rendement moyen de 5,7 kg par jour.

Si, au départ, les ressources de nourriture pour les vaches étaient adéquates, de nombreux fermiers augmentèrent par la suite le nombre de leurs vaches sans pour autant pouvoir exploiter davantage de terres et de pâtures. Il devint difficile pour eux d'entretenir leurs bêtes de race croisée et il s'avéra au bout de quelques années que le programme était en perte de vitesse.

Résumé des caractéristiques des systèmes de production en petites exploitations

Les systèmes sédentaires de petite envergure offrent de grandes possibilités de diversification et d'accroissement de la production. Cela passe, par exemple, par la culture du fourrage, L'hybridation, l'insémination et l'amélioration des conditions d'hygiène et de commercialisation du lait.

" Dans les petites exploitations où l'on élève quelques vaches en complément d'une activité principale qui demeure la culture, les services d'aide au développement peuvent trouver un potentiel intéressant d'accroissement des niveaux de production. Le rendement des vaches est assez peu élevé, mais il est possible de l'améliorer si l'on parvient à faire pousser du fourrage sur de petits lopins autour de l'exploitation.

" Nombreux sont les pays qui ont essayé de développer des programmes de production laitière dans les petites exploitations sans rencontrer toujours le succès escompté. La réussite dépend d'une bonne organisation, mais aussi des possibilités techniques et économiques. Les planificateurs pourront tirer les leçons des exemples existants pour leurs projets à venir.

" Il faut citer au nombre des éléments qui contribuent au succès de ce système l'instauration d'un prix garanti pour le producteur de lait, l'absence de compétition entre les cultures et la production de fourrage pour les vaches laitières, la mise en place d'une infrastructure appropriée pour le transport et la collecte du lait, l'efficacité des services de vulgarisation et de coopération technique du ministère de l'Agriculture et la fourniture assurée des intrants nécessaires comme les médicaments, les compléments alimentaires, les semences de plantes fourragères et le matériel.

Les systèmes intensifs de production laitière

Dans les systèmes extensifs et semi-intensifs (décrits précédemment), la production de lait par vache et par exploitation est souvent assez basse, mais elle ne réclame que peu d'investissements et de compétences en matière de gestion. Les systèmes semi-intensifs font un usage plus important de certains intrants que les systèmes extensifs. Dans les systèmes pleinement intensifs, ce sont tous les intrants qui interviennent en plus grande quantité: les bêtes reçoivent plus de nourriture, de meilleurs soins de santé, de meilleures conditions d'hébergement et plus d'attention.

Les systèmes intensifs exigent une proportion élevée d'intrants et des compétences en gestion afin de surmonter les contraintes et d'accroître la productivité pour couvrir les frais additionnels de l'entreprise.

Il faut que l'accroissement de la production et des bénéfices aille de pair avec celui des investissements. La gestion des systèmes intensifs réclame beaucoup d'effort et de savoir-faire pour atteindre un niveau de production satisfaisant. Les vaches, quel que soit leur potentiel génétique, doivent être bien soignée et recevoir assez de nourriture pour subvenir à leurs besoins. La première mise bas doit avoir lieu avant l'âge de trois ans et demi; l'intervalle entre les vêlages ne doit pas dépasser 450 jours; la durée moyenne des lactations doit être supérieure à 200 jours et le taux de mortalité des vaches au premier vêlage doit être de moins de 10%. Pour compenser les coûts de production qui courent sur toute l'année, de tels systèmes s'efforcent parfois d'atteindre un rendement ininterrompu.

Exemples de production laitière dans les systèmes intensifs

Nigéria, Afrique occidentale - région de Vom

Vom se situe sur le plateau de Jos dans le nord du Nigéria. Le climat y est plus froid que dans la savane environnante. En zone tropicale, les terres montagneuses sont plus fraîches et conviennent donc mieux au bétail qui souffre moins des agressions de son environnement. Ces conditions sont également plus favorables à la production et à la commercialisation du lait.

Dès 1925 le Centre d'amélioration du bétail (Livestock Improvement Centre) à Vom commença à comparer les mérites des différentes races et concentra par la suite son attention sur les vaches Blanches Peules (White Fulani) qui sont les plus répandues dans le nord du Nigéria. Le rendement minimum avait été fixé à 450 kg par lactation et, plus tard, à 570 kg/lactation. L'amélioration par sélection était plutôt lente et, en 1952, on commença à recourir à l'insémination artificielle avec des taureaux de race Frisonne. Jusqu'en 1970, on importa régulièrement des taureaux, qui s'acclimataient facilement.

Les bêtes étaient mises en pâture dans des enclos dont la superficie variait de 1,2 à 10 hectares. Il s'agissait souvent de prairies permanentes semées d'herbes: Andropogon gayanus, Cynodon dactylon, Chloris gayana, Hyparrhenia rufa, Panicum maximum, Pennisetum clandestinum, Pennisetum purpureum, Stylosanthes guianensis. Jusqu'en 1970, on produisait annuellement quelque cinq cents à six cents tonnes de fourrage à ensiler (principalement du maïs, mais aussi de l'herbe et des légumineuses) et de grandes quantités de foin pour un cheptel de 220 à 320 têtes de bétail. On achetait également de la paille de Digitaria exilis aux cultivateurs locaux. Tout au long de l'année, les vaches recevaient des suppléments minéraux et, quand c'était nécessaire, une ration concentrée de production (à base de maïs, de sorgho, de tourteaux d'arachides et de graines de coton). Dès l'âge de trois jours, les veaux étaient nourris au son. Les problèmes de chute de la production que l'on observe fréquemment chez la race Blanche Peule ne se posaient pas à Vom, où les hybrides de Frisonne avaient un rendement moyen de 1 700 kg/lactation contre 780 pour les vaches Blanches Peules. La santé et la fertilité des vaches croisées étaient généralement bonnes.

Le lait produit était en grande partie livré à la Nigerian Creameries Ltd (Madara Ltd), où il était pasteurisé et conditionné sous emballage cartonné pour le marché de la ville de Jos. Au départ, plusieurs centres de collecte pour la crème et le beurre avaient été établis dans un rayon de 50 à 80 kilomètres autour de Vom. Leur nombre a été réduit en 1961 et, par la suite, la coopérative a cessé ses activités à cause de difficultés commerciales et d'une mauvaise gestion. En 1980 un nouveau Centre d'études et de reproduction du bétail fut créé. L'ancienne ferme avait cessé d'être exploitée en raison de problèmes de gestion et du coût élevé des intrants et de l'équipement importé. Une bonne partie des pâtures fut mise en culture par les paysans locaux. Pourtant, les premiers succès de l'industrie laitière à Vom n'en sont pas moins la preuve qu'il est techniquement possible de produire du lait dans la région.

Malaisie, Asie du Sud-Est

L'exemple de la Malaisie est intéressant parce que l'industrie laitière ne s'y est développée que récemment. Traditionnellement, les communautés malaises et chinoises ne consomment pas de lait frais et seule la communauté indienne en produit pour sa propre consommation. Les paysans élèvent des vaches laitières indiennes locales (LIL) qui se distinguent du bétail indigène de race Kedah/ Kelantan.

En 1969, la production de lait était évaluée à 18 millions de litres par an, tandis que les besoins s'élevaient à 273 millions de litres par an. Pour combler la différence, le pays était contraint d'importer, au point qu'en 1980, on estimait les importations de lait pour l'année à 364 millions de litres. Il semblait cependant possible d'accroître la production et la consommation de lait si l'on parvenait à une meilleure qualité du produit tout en réduisant les prix pratiqués. On a donc entrepris de développer une industrie laitière utilisant des méthodes de production intensives et des bêtes de race croisée.

En 1986 on dénombrait dans le pays 36 centres de collecte du lait organisés selon le modèle d'Anand, en Inde (voir page 00). Le premier centre était situé à Jasin près de la ville de Malacca. L'objectif du programme de développement de l'industrie laitière était tout à la fois d'engendrer de nouveaux revenus pour les fermiers et de produire du lait en perfectionnant des méthodes inspirées des systèmes traditionnels indiens. En 1980 on comptait environ 5 000 petites fermes laitières qui abritaient en moyenne cinq vaches de race croisée Frisonne/Locale ou Sahiwal/Frisonne.


Figure 11.5. - Vaches hybrides de frisonnes, en Malaisie

Dans l'État de Kelantan, de petites unités ont été installées et élèvent des vaches de race LIL x Frisonne. Des cultures de Pennisetum purpureum (Napier) et de Sorghum almum fournissent le fourrage vert et l'ensilage nécessaire à leur alimentation.

A Serdang, dans l'État de Selangor, on a créé des exploitations comparables (environ un hectare de superficie) où les vaches étaient soit mises en pâture dans des prairies de Setaria sphacelata ou de Brachiaria decumbens/Leucaena leucocephala, soit nourries avec du fourrage coupé. Le rendement de la première lactation ne dépassait pas l 800 kg et variait selon le régime alimentaire. Les bêtes plus âgées nourries avec des suppléments concentrés produisaient jusqu'à 3 350 kg/lactation. Le rendement laitier par hectare, avec un apport alimentaire extérieur considérable, s'élevait à l 6 000 kg/an.

Dans les systèmes intensifs, l'amélioration de la race est un élément important. En 1972-73, on importa d'Australie du bétail d'une race laitière de Zébu australien (ZA) dans l'intention d'améliorer le cheptel par hybridation. Peu d'animaux furent cependant distribués aux fermiers, qui restaient fidèles au croisement LIL/ Frisonne. Les raisons de cette préférence ne sont pas claires. Peut-être ont-elles trait à la qualité de viande supérieure des veaux mâles de race LIL x Frisonne.

Mozambique, Afrique du Sud-Est

Une expérience de production laitière intensive a été menée à la station agronomique de l'Université de Macaneta, près de Maputo (à une latitude d'environ 26° Sud). La moyenne mensuelle des températures à la station varie de 21°C en juin-juillet à 28°C en février-mars. Les températures estivales atteignent 35°C et dépassent parfois même les 40°C. Les précipitations annuelles avoisinent 760 mm et l'humidité relative est élevée. Pendant la saison sèche (d'avril à septembre), la pluviométrie est négligeable. Ces conditions ne sont pas favorables à la production laitière et l'on ne peut espérer, sans une bonne gestion, atteindre un niveau de productivité raisonnable. Le bétail était de race Frisonne.

On pratiquait tout au long de l'année une rotation des pâtures dans des prés tout autour de la ferme. On évitait ainsi d'imposer trop de déplacements aux vaches qui, dès lors, souffraient moins de la chaleur. On avait ménagé, en plus des arbres, des abris à toiture de chaume pour les protéger du soleil ainsi que des points d'eau potable. L'herbage était de qualité moyenne (Digitaria eriantha, Cynodon dactylon et Panicum maximum) et ces mêmes variétés d'herbe fournissaient un foin séché au soleil que l'on donnait aux bêtes avec des mélasses et du fourrage vert haché (maïs, sorgho et Pennisetum purpureum). A cela s'ajoutait un concentré acheté dans le commerce et composé de copra, de grains de maïs, de farine de colza, de farine de graines de coton, de son, de farine de tournesol, de mélasse et d'un complément minéral d'importation. Pour accroître la ration alimentaire, les vaches recevaient ce concentré trois fois par jour, notamment au moment des deux traites quotidiennes.

L'étable principale consistait en une haute construction ouverte, bien ventilée et correctement orientée en fonction du soleil et des vents dominants.

Les bêtes étaient baignées une fois par semaine pour combattre les tiques et prévenir les risques d'anaplasmose, de babésiose, de rickettsiose (heartwater) et de theilériose. La fièvre de la vallée du Rift, l'actinomycose et l'actinobacillose (actinomycose linguale) se rencontraient dans la région, sans poser toutefois de réels problèmes. La brucellose et la tuberculose faisaient l'objet d'un dépistage annuel et le bétail avait été vacciné contre la fièvre aphteuse et le charbon. L'ophtalmie contagieuse des bovins (kérato-conjonctivite infectieuse) était fort répandue. Des mesures sanitaires rigoureuses avaient été mises en place pour prévenir les risques de mammite.

Dès la première lactation, le rendement laitier des jeunes vaches avoisinait les 3 000 kg. Une telle productivité doit être attribuée à la réunion de plusieurs facteurs dont voici les principaux:

1. Une alimentation de qualité comprenant peu de matières inassimilables afin de réduire la production de chaleur et une consommation stimulée par le fractionnement des rations en trois repas par jour accompagnés de mélasse.

2. Des prés où l'on a ménagé des endroits ombragés.

3. L'atténuation des contraintes environnementales grâce à des installations ouvertes et aérées, de l'ombre, de l'eau fraîche et une activité réduite pour les vaches.

4. La possibilité pour les bêtes de se rafraîchir en se baignant dans la rivière locale.

5. Des mesures rigoureuses de prévention des maladies et d'élimination des parasites.

Ces dispositions réclament une bonne gestion et un apport de capitaux considérable. Même dans des conditions idéales, la production laitière demeure une activité difficile. C'est assez dire que l'entreprise est rarement viable lorsqu'elle doit faire face à des contraintes supplémentaires comme des températures ambiantes

élevées. Il vaut mieux ne pas se lancer la production intensive, si l'on ne peut compter sur une gestion qualifiée et sur l'assurance de vendre le lait à bon prix. La fertilité de l'élevage notamment est un problème important où interviennent l'alimentation, les soins et l'environnement.

Emirats Arabes Unis (EAU), Moyen-Orient

C'est en 1970, avec l'importation de 30 génisses Frisonne gravides et deux taureaux que les Emirats Arabes Unis se sont lancés dans la production intensive de lait à partir d'un troupeau de race exotique dans des conditions de températures ambiantes élevées. Le climat se caractérisait par une chaleur et une humidité importantes, des vents faibles et peu de variations de la durée du jour, soit tous les éléments d'un facteur de stress thermique. Les vaches recevaient la même alimentation toute l'année. Les quantités de matières sèches et les rations énergétiques étaient moindres que celles consommées par les mêmes animaux en Europe, mais les bêtes se maintenaient néanmoins en bonne condition physique.

Tableau 11.2
Ration d'entretien pour une vache Frisonne aux EAU

Heure du jour

Aliment

04.00

Luzerne fraîchement coupée (6,8 kg)

07.00

Son (1,8 kg) + complément vitaminique et minéral(14 g) + phosphate bicalcique (57 g)

11.30

Luzerne fraîchement coupée (6,8 kg)

16.30

Concentré laitier préparé dans le commerce (3,2 kg)

17.30

Luzerne fraîchement coupée (6,8 kg)

On leur donnait en outre un concentré laitier: 1,8 kg/4,5 kg de lait pris en deux fois au moment de la traite. Elles avaient accès en permanence à de l'eau potable.

Le rendement laitier pour la première et la deuxième lactation (305 jours en moyenne) était respectivement de 3253 kg et 4569 kg. Ces niveaux de production étaient atteints même lorsque les bêtes semblaient incommodées par la chaleur, ce qui arrivait régulièrement. Hormis les zones ombragées, rien n'était prévu pour atténuer l'ardeur du climat. En 1972, un arroseur rotatif a été fixé au toit de l'étable et les vaches y avaient librement accès entre 11 heures 30 et 17 heures. La température rectale des bêtes prise pendant la journée s'élevait progressivement au cours du printemps de 38°C environ à 39°C, puis se stabilisait entre 39°C et 40°C pendant presque tout l'été, même si des températures de 41°C n'étaient pas exceptionnelles vers 16 heures. Certaines vaches semblaient s'accommoder assez bien d'une telle température pendant une assez longue période dans la journée, pour autant que la nuit fût assez fraîche trois ou quatre heures durant pour leur permettre de se refroidir. En octobre, lorsque le temps se faisait moins chaud, le rendement accusait une hausse prononcée qui compensait presque la baisse de productivité imputable à la chaleur.

Pendant les mois les plus chauds, un grand nombre de vaches n'étaient pas fécondées. La saison froide semblait donc propice à la reproduction, notamment pour les taureaux dont l'appétit sexuel était émoussé par les températures trop élevées.

Dès l'âge de deux semaines, les veaux étaient capables de supporter les plus fortes chaleurs associées à ce climat, mais les fonctions régulatrices des animaux plus jeunes étaient insuffisantes et ils risquaient de mourir si l'on ne prenait pas soin d'eux. En leur mouillant tout le corps une ou deux fois dans le courant de l'après-midi, on parvenait généralement à réduire assez le stress thermique pour leur permettre de survivre.

L'exemple des Emirats Arabes Unis démontre que l'on peut produire du lait avec du bétail de race exotique sous un climat extrême à condition de disposer des capitaux et des compétences nécessaires. Les facteurs de production requis pour ce genre d'entreprise ne sont pas à la portée de beaucoup de paysans et les planificateurs comme les fermiers seront bien inspirés de se demander s'il est raisonnable de tenter l'expérience de ce type de production laitière. Il n'en demeure pas moins que de grands élevages intensifs de bêtes de races Frisonne et Jersey ont donné des résultats remarquables en Arabie Saoudite et dans les Etats du Golfe.

Résumé des caractéristiques des systèmes de production intensive

" La production laitière intensive est une forme d'élevage sophistiquée qui exige des investissements importants, une certaine compétence en gestion, une source régulière d'aliments concentrés et l'assurance d'un marché où le lait pourra être vendu à bon prix.

" C'est la gestion de l'entreprise (apports de capitaux et de nourriture, soins de santé, hébergement des animaux et équipements pour le stockage du lait) qui permet de maîtriser les contraintes environnementales.

" L'un des éléments essentiels pour le succès des systèmes intensifs est le prix de vente du lait qui doit suffire à couvrir les coûts des production.

" De nombreux projets de production intensive ont échoué en région tropicale. Les exemples décrits (pp. 48-56) illustrent bien les difficultés et les causes d'échec éventuel.

" Dans les systèmes intensifs, chaque vache doit vêler une fois par an pour garantir un niveau de production laitière maximum.

" La production laitière intensive et la culture des terres arables peuvent parfois être complémentaires, mais il est plus probable qu'elles entrent en concurrence pour l'exploitation du sol. De même, le recours aux aliments concentrés pour nourrir les vaches risque peut-être - mais pas obligatoirement - de déboucher sur une compétition directe avec l'homme dans la mesure où celui-ci consomme les mêmes ingrédients.

Les réseaux de collecte du lait

L'existence d'un marché garanti, la mise en place de moyens de transport et de stockage du lait encouragent les paysans à accroître leur production. Dans de nombreuses régions, des systèmes de collecte du lait ont été introduits avec des succès divers. En soi, la collecte ne permet pas d'augmenter la production, mais elle en facilite l'écoulement. Si, dès lors, les éleveurs prélèvent trop de lait, le veau risque d'en souffrir. Lorsqu'il n'y a pas de marché pour le lait, les paysans laissent plus volontiers le veau consommer tout ce qui excède les besoins du ménage, favorisant ainsi la croissance du veau dont ils tireront un meilleur prix. Les réseaux de collecte du lait doivent avoir pour objectif de stimuler une production accrue en créant des revenus qui sont réinvestis dans les intrants alimentaires et les soins vétérinaires.

Le lait, qui contient plus de 80% d'eau, est un produit encombrant et difficile à transporter. Il ne se conserve pas longtemps et, à défaut d'être transformé en d'autres produits (voir chapitre 8), il doit être consommé immédiatement. Or, les animaux laitiers sont souvent élevés dans des zones rurales, loin des marchés existants. Ces facteurs affectent bien sûr la viabilité des systèmes de production laitière.

L'une des conditions indispensables à l'accroissement de la production est l'assurance de débouchés commerciaux suffisamment rémunérateurs pour les producteurs. Lorsqu'ils comparent les systèmes de commercialisation du lait, les planificateurs doivent raisonner en termes de coût de production et de marge bénéficiaire, d'hygiène et de qualité du produit, d'étendue et de stabilité des services offerts et de stabilité des prix tant pour le producteur que pour le consommateur. On peut donc définir comme suit les objectifs essentiels des stratégies de commercialisation du lait:

" garantir au producteur des prix de vente plus élevés et plus stables;

" garantir aux consommateurs ruraux et citadins un approvisionnement régulier et des prix raisonnables qui autorisent une alimentation normale;

" améliorer l'hygiène et la qualité.

Les préférences des gouvernements vont souvent à un système de commercialisation étatique, sur une large échelle, là où d'autres options seraient parfois mieux appropriées.

Un réseau de collecte de lait est un système de commercialisation privé ou en coopérative qui garantit aux producteurs un marché à prix fixe. Le réseau doit pouvoir assurer le stockage et la distribution du lait, ainsi que le paiement régulier des producteurs.

Exemples de réseaux de collecte du lait

Pour illustrer les interactions des contraintes économiques, sociales et politiques sur le développement des industries laitières, ainsi que les facteurs environnementaux techniques qui interviennent dans la collecte du lait, nous envisagerons le cas de l'Inde et celui de l'Ouganda.

Même lorsque l'offre et la demande existent déjà pour le lait, il n'est pas facile de mettre en oeuvre un développement équilibré et durable.

Inde

Le succès des réseaux de collecte du lait introduits en Inde a été un exemple encourageant pour d'autres pays désireux de développer leur industrie. Entre 1950 et 1990, la production laitière a doublé en Inde. En 1977, sur un total de 242 millions de têtes de bétail, dont 62 millions de buffles, on dénombrait 55 millions de vaches laitières et 31 millions de bufflonnes productrices de lait. La productivité des vaches est assez basse (200 kg/lactation), tandis que les bufflonnes fournissent des quantités de lait plus importantes.

Près de 75% de la population indienne vit dans des villages où la superficie moyenne d'une exploitation est de deux hectares. Il existe une large infrastructure qui regroupe six cents blocs communautaires, 130 projets de développement intensif du bétail, 140 fermes de reproduction, 44 fermes de bétail exotique et 56 banques de sperme. Le nombre de vaches hybrides est évalué à 5 millions et l'on cherche à développer un troupeau laitier national de dix millions de vaches et bufflonnes à haut rendement.

C'est en 1946 que l'histoire système de coopératives laitières en Inde a commencé, avec la création de la Anand Milk Union Ltd (AMUL) (ou Union coopérative des producteurs laitiers du district de Kaira). Au début, la coopérative était constituée de deux entreprises communautaires qui se sont lancées en 1948 dans la pasteurisation du lait de bufflonne pour le compte du Bombay Milk Scheme. L'organisation a pris rapidement de l'ampleur et la Kaira Union fut la première société indienne à fabriquer du lait en poudre, du lait condensé et des aliments pour bébés. Les coopératives laitières représentaient pour les producteurs l'assurance d'un prix stable et raisonnable. Le regroupement des coopératives en une union permettait d'envisager l'implantation de vastes unités de traitement des produits et de services d'assistance technique.

En 1970, l'Operation Flood qui visait à créer une structure coopérative sur le modèle d'Anand a démarré. On délimita des districts laitiers reliés par le chemin de fer aux villes de Delhi, Bombay, Calcutta et Madras. En 1970, on traita ainsi quelque 650 000 litres de lait pour atteindre 2,9 millions de litres en 1980. En 1981, il existait 12 000 coopératives laitières regroupées au sein de 27 districts En 1984, le système s'était encore élargi et comptait 28 174 entreprises collectives réparties en 155 districts écoulant la production sur les marchés de 147 villes.

On s'emploie actuellement à développer un réseau laitier national destiné à acheminer les stocks des laiteries rurales vers les principaux centres de consommation. Il est apparu dès le début du projet que, si l'on voulait développer efficacement la production laitière locale, il fallait la protéger d'un marché mondial en pleine dépression. Une politique de prix imposé permet de rendre rémunératrice l'activité des petits producteurs sans encourager l'élevage laitier à grande échelle où les bêtes entrent en compétition avec l'homme pour la nourriture. Au nombre des contraintes qui limitent le développement d'un tel système, il faut citer l'insuffisance des ressources nutritives, le faible potentiel génétique, l'insuffisance des soins vétérinaires, l'insuffisance du rendement, l'inadéquation des prix fixés ou des infrastructures mises en place et la formation inadaptée des paysans.

Ouganda, Afrique orientale

Au début des années soixante un réseau de collecte du lait a été créé dans le district du Bunyoro, dans l'ouest de l'Ouganda. Le Bunyoro comporte trois zones pastorales: les plaines du lac Albert, une brousse aride qui convient mieux à l'élevage de bétail de boucherie; à l'intérieur du pays, le plateau de Combretum qui peut supporter une densité de population bovine d'un animal pour deux hectares; et les régions montagneuses du centre, fertiles et bien pourvues en eau, qui conviennent à la production laitière intensive, avec deux animaux par hectare. La mouche tsé-tsé et la peste bovine qui sévissait avant 1960 dans la région de Masindi ont été éradiquées. Auparavant, l'élevage bovin était inexistant et les chèvres constituaient la seule source locale de lait.

Jusqu'en 1960, le lait était importé du Kenya et vendu à Masindi et dans les environs. Certains particuliers faisaient chaque jour une tournée en ville à bicyclette pour vendre leur lait qu'ils transportaient dans un bidon. Ce lait était produit par des vaches de race locales Nyoro dont le rendement quotidien se situe autour de deux litres par tête. En 1962, on importa quelques bêtes de race Guernesey. C'est à cette époque que les fermiers et les commerçants ont commencé à s'intéresser au potentiel que représentait la production laitière. Entre 1961 et 1965, plusieurs tentatives ont été faites pour ouvrir à Masindi un commerce de lait, mais elles échouaient chaque fois parce que les producteurs préféraient vendre eux-mêmes leur lait à un prix plus élevé. A ce stade, on ne disposait encore d'aucun équipement de réfrigération.

En 1965, un groupe de fermiers a créé une laiterie coopérative à Masindi qui permettait aux membres d'écouler leur lait au détail. Le produit de la vente devait être réinvesti dans une entreprise distincte d'élevage de boucherie. Le projet avait reçu l'approbation des autorités. Le Co-operative Department fournit un magasin que l'on équipa d'un système de réfrigération. L'existence d'installations de stockage et de réfrigération centralisées permet tait de conclure des contrats de fournitures régulières avec les hôpitaux, les écoles, la prison et les hôtels. En 1968, la laiterie traitait 32 000 litres par mois. L'offre commençait à dépasser la demande, mais la laiterie n'était pas équipée pour effectuer des livraisons en dehors de la ville. En vertu de certains arrêtés locaux, la coopérative jouissait du monopole de la vente de lait. En conséquence, les villages des environs de Masindi se trouvaient, malgré l'offre croissante, dans l'incapacité de s'approvisionner en lait puisque les producteurs locaux n'avaient le droit de leur en vendre directement et qu'il n'était pas possible de s'en faire livrer de Masindi. Par la suite, dès lors qu'il existait un point de vente centralisé équipé d'un système de réfrigération, il devint possible d'organiser le transport du lait en quantités importantes par camions.

Le projet eut un effet stimulant sur la production laitière dans la région. Avant la création de la laiterie, il n'existait au Bunyoro que deux troupeaux de race exotique, tandis qu'en 1968, on dénombrait dans le district jusqu'à 1 542 têtes de bétail de race exotique. L'élevage de ces bêtes posait de sérieux problèmes, notamment en matière de santé et de soins. La mortalité était élevée, mais néanmoins les bases d'une industrie laitière avaient été établies.

De 1967 à 1970, le succès du projet se confirma. En mai 1967, la Dairy Industry Corporation fut constituée en en vue de développer une industrie laitière nationale et de se passer des importations en provenance du Kenya. En 1968, la Corporation devint le seul acheteur pour l'ensemble de la production laitière. En novembre 1967, une autre laiterie avait été ouverte à Hoima avec le même succès qu'à Masindi. En 1970, le lait était vendu congelé ou en briques dans les villes et à la cruche dans les campagnes. On dénombrait alors 180 vendeurs agréés.

Résumé des caractéristiques des réseaux de collecte du lait

" A en juger par les systèmes existants, le succès des réseaux de collecte du lait dépend de l'existence d'un marché avantageux, ainsi que des moyens de collecte du lait auprès des producteurs et de distribution aux consommateurs.

" Ces réseaux s'articulent d'habitude autour d'un centre de collecte, équipé souvent de citernes pour le stockage en vrac et d'équipements de réfrigération qui nécessitent bien sûr une installation électrique et un minimum de compétence pour assurer l'entretien des machines.

" Le succès dépend également des garanties de paiement régulier que l'on est en mesure d'offrir aux producteurs tout en assurant de bonnes conditions de conservation du produit et un approvisionnement constant du marché à des prix compétitifs.

" Dans une certaine mesure, l'expansion du réseau est fonction du dynamisme des commerçants locaux.

Les systèmes pastoraux extensifs sont largement soumis aux facteurs environnementaux, tandis que dans les systèmes semi-intensifs et intensifs, le fermier agit sur les conditions extérieures. Pour accroître la production laitière, il faut soit augmenter le cheptel soit augmenter le rendement des bêtes. La première hypothèse est bien évidemment fonction des exploitants qui sont en mesure d'acheter et ensuite d'entretenir des vaches laitières. La seconde dépend de l'aptitude des paysans à identifier et ensuite à corriger les problèmes inhérents à leur système de production. Dans ce cas, il se peut qu'ils aient besoin de l'assistance des services de vulgarisation et de capitaux pour acheter des intrants.

Il ne peut y avoir d'accroissement de la production sans un investissement en capital, en temps, en effort ou en main-d'oeuvre de la part du fermier.