
| La production laitière, Maisonneuve et Larose, 1996 |
Les veaux femelles une fois sevrés sont appelés génisses. Après leur premier vêlage, on les désigne encore parfois sous le nom de génisses primipares.
Dans une entreprise laitière, il est essentiel de bien soigner les génisses. La quantité de lait qu'une vache produit dans sa vie dépend du nombre de lactations qu'elle aura, qui à son tour dépend du nombre de veaux qu'elle mettra bas. Si le premier vêlage survient trop tôt, il risque de perturber la croissance et, partant, de réduire la productivité de la vache. La durée qui sépare le sevrage du premier vêlage ne doit donc pas être considérée comme une période improductive, mais comme le fondement de la productivité de l'animal tout au long de sa vie.
Aspects généraux
Jusqu'à l'âge de cent cinquante jours, l'élevage des veaux femelles ne se distingue pas de celui des autres veaux. Par la suite, l'engraissement des bêtes dépend du système d'élevage et de la saison de la naissance. Dans les systèmes extensifs, les élevages pastoraux et la production à petite échelle, la croissance des veaux sera plus lente que dans les systèmes intensifs, puisque les conditions seront moins favorables. Dans ce cas, toute forme de complément alimentaire est évidemment bienvenue.
Puisque c'est chez les animaux les plus jeunes que l'apport nutritif contribue le plus efficacement à la croissance et puisque celle-ci, davantage encore que la production laitière, nécessite des aliments de qualité, l'élevage des génisses doit se fixer pour objectif d'atteindre la meilleure croissance possible eu égard aux circonstances économiques et aux ressources en capitaux de la ferme.
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Après le sevrage, dans les systèmes de pâture naturelle, la
croissance des veaux connaît de nombreux à-coups en raison des changement
saisonniers dans la quantité et la qualité des herbages. L'objectif des systèmes
intensifs est, au contraire, de gommer les fluctuations naturelles des
ressources nutritives et d'assurer aux bêtes un approvisionnement constant.
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Les veaux nés à la saison des pluies
Les veaux nés à la saison des pluies arriveront à la saison sèche à l'âge de cinq mois environ. Dans les systèmes extensifs, ils se nourriront jusque-là de la végétation naturelle (herbe et jeunes pousses), mais dans la mesure du possible, on complétera cette alimentation par du son de maïs ou de sorgho, en plus du lait de la mère.
Dans les systèmes intensifs, les veaux peuvent être placés dans de petits enclos sur des pâtures améliorées semées, par exemple, de gros chiendent (Cynodon spp.). Il faudra prendra garde aux risques d'empoisonnement cyanhydrique par les jeunes herbes, qui provoquent une mort brutale; cette forme de toxicité est assez répandue, tant dans l'Est que dans l'Ouest de l'Afrique. A l'âge de cinq mois, quand arrive la saison sèche, les veaux mangeront 3 kg ou davantage d'aliments concentrés par jour, mais ils auront besoin en outre d'une autre source d'aliments grossiers: herbe coupée, feuilles d'arbres, foin ou ensilage. Au début de la saison des pluies suivante, lorsque l'herbe repousse, on réduira progressivement au cours du premier mois l'apport d'aliments concentrés à 1 kg, et on cessera de donner de l'herbe coupée et du fourrage conservé dès que la repousse des herbages le permettra. La proportion d'aliments concentrés devrait être déterminée en fonction de la croissance et de l'état général de la génisse, sans perdre de vue la nécessité de maintenir une croissance constante. Au cours de la seconde saison sèche, on donnera quotidiennement 4,5 kg de concentré ainsi que du fourrage, par exemple de l'ensilage (9 kg) ou un autre aliment grossier de qualité supérieure comme de l'herbe coupée (4 kg). Ces quantités devaient être maintenues jusqu'à six semaines environ avant la mise bas (qui intervient à l'âge de vingt-quatre mois dans un système intensif, mais se situe plutôt aux environs de trois ans et demi dans les élevages extensifs). La génisse qui va bientôt vêler doit être bien nourrie: il faut compter l'équivalent de 5,5 kg de concentré, auxquels s'ajoutent 10 kg d'herbe fraîchement coupée ou 23 kg d'ensilage chaque jour.
Les veaux nés à la saison sèche
Les veaux nés à la saison sèche devront attendre jusqu'à cinq mois l'arrivée de la saison des pluies. Il faudra pendant ce temps leur apporter des compléments concentrés et du foin. Les quantités pourront être progressivement réduites au cours du premier mois de la saison des pluies; cela dépendra de la repousse des pâtures et de l'état des génisses. Dès que les bêtes seront habituées à consommer de l'herbe, on pourra cesser de leur donner du foin. L'engraissement se poursuivra ensuite en appliquant les mêmes principes que ceux énoncés pour les veaux nés à la saison des pluies.
Les besoins énergétiques d'entretien d'une génisse de 200 kg s'élèvent approximativement à 27 MJ EM/jour (mégajoules d'énergie métabolisable par jour, voir chapitre 6), auxquels, selon la qualité de l'alimentation, il faut ajouter 12 à 14 MJ/jour pour un gain de poids vif correspondant à 0,50 kg/jour. Cette génisse devra donc recevoir jusqu'à 40 MJ/jour, ce qui nécessite une concentration énergétique d'environ 8 MJ/kg MS (mégajoules par kg de matières sèches) dans l'alimentation. Les génisses qui ont accès à une herbe de bonne qualité devraient normalement pouvoir consommer assez pour atteindre cette ration énergétique. Les besoins en énergies augmentent pendant la gestation pour atteindre jusqu'à 20 MJ/jour de plus au neuvième mois. Donc, si l'on veut maintenir un rythme de croissance de 0,5 kg par jour, les besoins énergétiques de la génisse au neuvième mois de gestation se situeront autour de 60 MJ/jour. Cela nécessite un apport nutritif plus important et une concentration en énergie d'environ 12,5 MJ/ kg MS. Un herbage, même de bonne qualité, ne suffit généralement pas à assurer un tel apport énergétique et il faudra prévoir l'une ou l'autre forme de complément concentré.
La puberté et l'âge des génisses à la première saillie
Chez les ruminants, la maturité dépend autant du poids que de l'âge. C'est-à-dire que des veaux du même âge peuvent avoir atteint des stades de maturité différents selon leur développement. Ainsi, la puberté, c'est-à-dire chez les génisses l'apparition du cycle oestral, dépend du poids et du rythme de croissance. Chez les races taurines (Bos taurus, sans bosse), elle survient quand la génisse a atteint approximativement 40% de son poids à maturité, et l'on procède à la saillie vers l'âge de 15 mois ou plus, quand elle arrive à 55% de son poids à maturité. Les génisses de Zébus (Bos indicus, avec une bosse) atteignent la puberté à 60% de leur poids à maturité.
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C'est le poids de la génisse qui détermine le meilleur âge pour
la saillie (et, partant, pour la mise bas). |
Il faut une croissance constante et régulière pour aboutir chez les génisses devenues adultes aux meilleures performances sur toute la durée de leur vie. Une croissance soutenue de la naissance au premier vêlage est de loin préférable à une croissance rapide jusqu'au sevrage qui ralentit ensuite quand le veau est sevré et mis en pâture.
Dans les régions tempérées, le rythme de croissance optimum après le sevrage se situe entre 0,4 et 0,7 kg/jour selon la race.
Pour atteindre un tel niveau, les rations doivent contenir au moins 12,5 MJ EM/kg MS et 14% de protéines brutes (PB) dans les aliments frais. Le poids minimum pour la première saillie varie selon la race, mais il devrait dans l'ensemble être supérieur à celui de la génisse à l'apparition de la puberté et de la première chaleur. Les différences observées dans les objectifs de poids pour les bêtes élevées dans les systèmes intensifs des régions tropicales s'expliquent par des questions de gestion et de niveaux nutritionnels (tableau IV.1). Les génisses seront prêtes pour la première saillie à un poids et à un âge variables selon la race.
Ces objectifs de poids ne sont cependant pas les seuls éléments à prendre en considération. Il est souhaitable que la première mise bas se produise à un âge assez jeune, car cela réduit les besoins en pâtures et en fourrage pour le remplacement du cheptel, de même que les frais d'entretien généraux pour le jeune bétail. Par ailleurs, si la mise bas est plus précoce, l'amélioration génétique n'en sera que plus rapide puisque les vaches produiront davantage de veaux, augmentant ainsi les possibilités de sélection (voir chapitre VII).
Après la saillie, la génisse une fois fécondée entre dans une période critique où une alimentation correcte est essentielle. Sa croissance doit se poursuivre et le foetus doit se développer. Cela suppose la production des membranes foetales et, à un stade plus avancé de la gestation, le développement de tissus mammaires. La génisse doit non seulement poursuivre sa croissance, mais encore atteindre une condition physique propice à la lactation.
La saillie
Nous aborderons plus en détail dans le chapitre V les questions de la fertilité des vaches et des génisses et de la détection des chaleurs. L'insémination artificielle (IA) n'est pas très répandue dans les systèmes de production laitière en zone tropicale: on y pratique une saillie normale (naturelle) par le taureau. Dans les systèmes où le taureau sert normalement les vaches et où il est laissé avec le reste du troupeau, l'éleveur n'a pas à se préoccuper de la détection des chaleurs. Mais là où l'on pratique l'insémination artificielle, il faut pouvoir déterminer le moment précis de l'oestrus pour savoir quand procéder à l'insémination.
Tableau IV.1
Objectifs de poids à la première
saillie pour quelques races laitières
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Race |
Objectif de poids (kg) |
Age (mois) |
Poids à maturité(kg) |
Pays |
|
Ayrshire |
285 |
17-22 |
480 |
Kenya |
|
Frisonne |
320 |
18-23 |
540 | |
|
Jersey |
260 |
14- 18 |
370 | |
|
Zébu est-africain |
270 |
24-26 |
320 | |
|
Jersey |
225-250 |
15 |
- |
Zimbabwe |
|
Frisonne |
340-360 |
15 |
- | |
|
Frisonne (pure race) |
400 |
19,5 |
- |
Nigéria |
|
Frisonne (3/4) |
400 |
21 |
- | |
|
Frisonne x Blanche Peule |
300 |
22 |
- | |
|
Blanche Peule |
350 |
40 |
- | |
Certaines maladies vénériennes (transmises par le taureau à la génisse pendant la saillie) qui provoquent la stérilité devraient faire l'objet d'un dépistage systématique chez le taureau. Citons notamment la campylobactériose (Campylobacter fetus) que l'on appelait précédemment la vibriose du bétail (Vibrio fetus), la trichomonase (Trichomonas fetus) et la rhinotrachéite bovine infectieuse.
On peut choisir de mettre le taureau avec les génisses ou, au contraire, de mener les génisses qui sont en chaleur dans le parc du taureau ou dans un centre spécialisé dans la garde des taureaux reproducteurs. Puisque l'on n'a pas pu encore déterminer les qualités de laitières des génisses (et donc que l'on ignore si les veaux femelles qu'elles produiront pourront servir au remplacement des vaches réformées), il est souvent préférable, dans la mesure du possible, de les faire monter par un taureau d'une race à viande de petite taille. Leur veau sera ainsi plus petit, ce qui facilitera la première mise bas.
L'âge et le poids des génisses au premier vêlage
Selon le système d'élevage, l'âge et le poids de la bête au premier vêlage peuvent varier. Mais du point de vue de la productivité, ils gagneraient souvent à être mieux contrôlés. Il y a de fortes chances en effet pour que la première saillie ait lieu plus tôt qu'il ne serait souhaitable. Dans les systèmes intensifs, les génisses peuvent vêler à l'âge de 24 ou de 30 mois. Le tableau IV.2 mentionne les objectifs de poids à atteindre dans ces deux cas de figure. Les génisses qui mettent bas à l'âge de 2 ans auront déjà eu une lactation complète au moment où d'autres vêleront pour la première fois à l'âge de 3 ans. Dans les élevages extensifs, où les bêtes grandissent plus lentement, il vaudrait mieux que la première mise bas se situe plus tard pour permettre aux génisses de se rapprocher davantage du poids recommandé.
Tableau IV.2
Objecifs de poids selon l'âge pour des
génisses de grandes races
|
Age |
Vêlage à 24 mois |
Vêlage à 30 mois | ||
|
(mois) |
Objectif |
GPV/jour |
Objectif |
GPV/jour |
|
42 |
0,72 |
42 |
0,60 | |
|
5 |
150 |
0,66 |
132 |
0,50 |
|
15 |
350 |
0,60 |
282 |
0,50 |
|
24 |
5]2 |
- |
417 |
0,50 |
|
30 |
- |
- |
507 |
- |
* Pour les génisses de petites races, il faut réduire d'un tiers les poids mentionnés.
GPV = gain de poids vif