Cover Image
close this bookLa dynamique des échanges agricoles dans l'espace Tchad, Nord Cameroun, Nord Nigéria, Club du Sahel, 1989
View the document(introduction)
View the documentIntroduction
View the documentI - Les supports des échanges agricoles
View the documentII - Le rôle des communautés marchandes
View the documentIII - Les échanges commerciaux
View the documentConclusion

I - Les supports des échanges agricoles

Les espaces frontaliers sont devenus un cadre privilégié du commerce suite aux protectionnismes économiques instaurés durant la période coloniale. Ils s'organisent autour de trois éléments qui peuvent être définis comme les structures d'échangés: les villes frontalières, les marchés et les entrepôts frontaliers 5.

5 Les conditions de formation, les caractéristiques et le fonctionnement des espaces frontaliers font l'objet de la communication de J. IGUE: " les périphéries nationales, support des échanges régionaux ".

Les grandes villes frontalières sont les agglomérations jumelles de Gamboru (Nigeria) Fotokol (Cameroun), Banki (Nigeria) - Amchidé (Cameroun) et Kousseri (Cameroun) N'Djamena (Tchad) réparties dans les zones frontalières qui rythment les échanges: les plateaux Mandara, la cuvette du Lac Tchad et la moyenne vallée du Logone. Ces villes sont encadrées par un important réseau de marchés servant en même temps d'entrepôts pour les produits agricoles prêts à franchir la frontière.

Le réseau de marchés périodiques s'est mis en place de longue date. Son importance actuelle est le reflet du dynamisme commercial qu'a toujours connu le bassin du Lac Tchad de par sa position géographique. Ces marchés sont bien hiérarchisés tant par leur origine, leur position géographique et leur fonction. Sur le plan historique, on distingue quatre catégories: les marchés fondés à l'époque du royaume du Kanem Borno, ceux créés pendant l'occupation de Rabeh entre le XIXème et le début du XXème siècle, les marchés nés pendant la conquête européenne et enfin ceux, nombreux, qui ont fait leur apparition après 1960 à la faveur des aménagements routiers.

En retrait de l'espace frontalier se trouvent les principales villes (qui exercent les fonctions de métropoles régionales dans leur cadre administratif respectif et constituent les grands pôles de distribution) ou les centres secondaires servant de relais aux échanges.

Parmi les pôles de distribution, il faut mentionner Yola et Maïduguri au Nigeria, Garoua et Maroua au Cameroun et N'Djaména au Tchad. Toutes ces villes exercent des fonctions administratives importantes en tant que capitale d'Etat ou chef-lieu de province. Par leur population nombreuse, elles constituent un important débouché pour les produits agro-alimentaires et manufacturés.

Les villes secondaires sont plus nombreuses et servent elles aussi de base aux unités administratives secondaires: Kousseri, Mokolo, Amchidé, Mora du côté camerounais; Banki, Bama, Kerawa, N'Gala, Gamboru dans la partie nigériane. En tant que villes relais, elles disposent d'un nombre élevé d'équipements commerciaux.

Les zones frontalières les plus dynamiques sont celles de Kousseri-N'Djaména, Yagoua-Bongor et la zone des plateaux Mandara entre le Cameroun et le Nigeria. Leur activité est caractérisée par une insertion forte des populations frontalières dans les échanges. Celles-ci, qui ont très souvent une culture et une langue identiques, interviennent par la vente de leur production sur les marchés frontaliers et par leur participation active aux échanges entre pays voisins.

Ainsi, une bonne partie de l'approvisionnement de N'Djamena en produits de consommation courante se fait à partir de Kousseri, située de l'autre côté du fleuve. Durant la période de conflit, de nombreux Tchadiens traversaient quotidiennement le pont ou s'étaient installés comme boutiquiers à Kousseri. A présent, ces échanges donnent lieu à une fraude importante (sucre, tissus, tabac) car les autorités tchadiennes ont institué une taxe de passage et des droits de douane pour de nombreux produits.

Les activités marchandes des espaces frontaliers sont largement articulées à celle des réseaux marchands, qui financent les opérations de collecte, voire la production elle-même, ainsi que les circuits de produits manufacturés et ceux de réexportation de produits agricoles.