6.4.5.2 - L'utilisation des proverbes en animation rurale
Les populations rurales traditionnelles ont très souvent recours
aux proverbes et aux dictons dans l'argumentation qu'elles présentent lors d'une
réunion.
Proverbes et dictons sont en effet les manières imagées de
traduire des idées abstraites dans les civilisations orales et rurales. De plus,
le proverbe permet d'émettre une opinion ou un avis en prenant l'image d'une
situation connue du public et en identifiant, dans cette situation, un point de
vue moral qui se rattache à la tradition. Il ne faut pas confondre en cela les
«proverbes» qui sont connus du public et utilisés dans des circonstances
définies, avec les «images» qui surgissent dans les discours et qui n'ont pas
d'autre autorité que celle de celui qui les utilise.
L'utilisation d'un proverbe permet en outre de ménager celui à qui
on s'adresse ou à qui on fait allusion. En effet, il évite, par courtoisie, de
mettre directement en cause une personne déterminée, mais utilise un exemple
dans lequel la personne impliquée pourra se reconnaître tout en préservant son
honneur.
L'utilisation des proverbes en vulgarisation permet donc aux
villageois de retrouver dans la situation qui leur est présentée ce qui est
conforme à leur morale traditionnelle. Lorsque cette situation est inhabituelle,
cette recherche peut devenir hésitante et la discussion se poursuivra alors
jusqu'au moment où seront trouvés les proverbes les mieux adaptés à la situation
et les mieux acceptés.
Il arrive souvent qu'un proverbe, émis par quelqu'un, soit
contredit par un autre. En effet, même si le proverbe a été lancé au bon moment
et dans une situation bien appropriée, on peut ne pas être d'accord avec ce
qu'il veut signifier pour la situation présente. Il faudra alors trouver un
autre proverbe, contraire au premier, ce qui montrera que cette autre manière
d'envisager la situation (ou le problème posé) est également conforme à la
tradition. Dans ce cas, c'est celui qui saura trouver le proverbe le mieux
adapté et le plus fort qui obtiendra l'adhésion du public à la thèse qu'il
défend.
C'est en puisant dans la tradition orale du milieu et en montrant
ainsi que ce thème se raccroche justement à un proverbe, connu et accepté, que
le vulgarisateur pourra prouver que le thème qu'il défend ne contredit en rien
l'essentiel des coutumes et des valeurs traditionnelles, mais au contraire,
qu'il les fait vivre et les renforce.
Ainsi, on pourra faire découvrir que les groupements sont une
forme moderne d'entraide et de solidarité tout à fait conforme à la notion
traditionnelle, en utilisant un proverbe tel que celui-ci:
«Un seul brin de paille ne balaie pas la cour»
Les proverbes pourraient aussi être utilisés dans certains
documents pédagogiques pour une animation villageoise, de manière à placer
d'emblée la discussion dans le contexte de la tradition.
Encore faut-il connaître les proverbes utilisés par le public
auquel on s'adresse, ainsi que leur signification et les situations dans
lesquelles ils sont communément utilisés.
C'est pourquoi le personnel d'encadrement et plus particulièrement
les formateurs doivent faire un effort particulier afin de découvrir les
proverbes utilisés par les ruraux de leur zone.
Pour cela, la méthode qui semble la meilleure consiste à détecter
les proverbes lorsqu'ils se présentent dans une conversation ou une discussion
et à recueillir dans un même temps:
- L'énoncé du proverbe dans la langue où il est dit et
ses traductions, «mot à mot» et «littéraire».
- L'origine du proverbe,
c'est-à-dire la situation à laquelle il fait référence: coutume locale, conte
traditionnel, personnage historique ou plus ou moins mythologique, croyance,
etc...
- L'emploi du proverbe, c'est-à-dire les circonstances dans
lesquelles il a été dit et entendu.
- La signification, c'est-à-dire ce que
celui qui a utilisé le proverbe a voulu dire, ce qu'il aurait dit s'il n'avait
pas eu un proverbe à sa disposition.
La recherche des proverbes n'est pas toujours facile car les
villageois pensent souvent que l'animateur, surtout s'il est étranger, ne
comprendra pas le proverbe et ils lui adressent la parole en termes plus
directs. Pour vaincre cette difficulté, il est recommandé à l'animateur de
montrer qu'il s'intéresse aux proverbes. Pour cela, il pourra récolter
artificiellement et se faire expliquer un certain nombre de proverbes qu'il
essaiera ensuite de placer dans la conversation. Bientôt, ses interlocuteurs
n'hésiteront plus à lui parler en proverbes.

«Un seul brin de paille ne balaie pas
la cour...»
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La réflexion sur les «méthodes de vulgarisation» montre donc
qu'il ne faut compter sur aucune méthode et approche miracle de vulgarisation.
Il nous reste les leçons de l'expérience, la volonté d'aller de l'avant, la
compréhension des situations, la capacité d'écoute de toutes les parties
prenantes, en commençant par les paysans eux-mêmes et la prise en compte de
toutes les méthodes de programmation, d'animation et de suivi pour les combiner
entre elles dans une stratégie adaptée à chaque situation et à niveau
d'évolution. |
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Synthèse du chapitre 6
Il ne saurait y avoir une méthode de vulgarisation, mais un
ensemble de méthodes, choisies en fonction d'une situation et pour chacune des
étapes du processus de vulgarisation: élaboration du programme, mise au point
des messages, sélection et approche du public, définition et exploitation des
moyens, etc...
Ces méthodes se combinent, se complètent et évoluent en fonction
de la stratégie de vulgarisation préalablement définie.
Toutefois, différentes écoles ont tenté de se définir sur le plan
méthodologique. La tendance est aujourd'hui de privilégier une vulgarisation qui
vise le développement de l'homme (vulgarisation humaniste), avant celui du
produit (vulgarisation productiviste), dans un système réaliste, qui mobilise le
public sur un ensemble de problèmes, liés entre eux (ceux de l'exploitation par
exemple), tout en évoluant lui-même avec le milieu sur lequel il intervient. Un
tel système est dit participatif, global et évolutif.
La vulgarisation de type individuel facilite certaines formes de
participation, très dépendantes des personnalités concernées. Elle est appelée à
évoluer vers une relation de conseil, mais elle n'est pas généralisable.
On privilégie aujourd'hui le travail avec les groupes. Ceux-ci
jouent, en effet, un rôle particulièrement intéressant d'abord pour la
mobilisation des personnes au sein de leur communauté, mais aussi pour
l'exploitation et la capitalisation pédagogiques des expériences issues du
milieu lui-même. La promotion des groupes devient ainsi un objectif de la
vulgarisation et donne lieu à la mise au point d'une stratégie spécifique.
Mais ces groupes de vulgarisation doivent aussi s'intégrer dans le
système d'organisation sociale existant, en particulier le groupe familial et la
communauté locale.
La réunion constitue pour le vulgarisateur un temps fort de la
communication avec le groupe. Le vulgarisateur devra donc attacher beaucoup
d'importance à son animation et à sa conduite pour obtenir l'adhésion et la
participation des membres.
Une utilisation judicieuse des proverbes permettra au
vulgarisateur de mieux faire passer certains messages auprès d'un public très
attaché à sa tradition. |