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close this bookEvaluation de l'application de la charte de l'aide alimentaire au Niger, Club du Sahel, 1998
View the document(introduction)
View the documentAbreviations
close this folderI. Contexte général
View the document1. Environnement socio-économique
View the document2. Évolution de la situation alimentaire depuis 1995
close this folderII. Systèmes de prévention et de gestion des crises alimentaires
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View the document1. Suivi de la campagne agro-pastorale et estimation des résultats de la campagne/bilan céréalier
View the document2. Système d'alerte précoce et de gestion des catastrophes (SAP/GC)
View the document3. Système d'information sur les marchés céréaliers (SIM/OPVN)
View the document4. Système d'information sur les marchés à bétail (SIM-bétail)
close this folderIII. Mise en oeuvre de l'aide alimentaire
View the document1. Caractéristiques de l'aide mise en œuvre
View the document2. Rôle de l'OPVN dans la mise œuvre de l'aide alimentaire
View the document3. Coordination pour la mise en œuvre de l'aide
View the documentIV. Conclusion - recommandations
View the documentAnnexe 1
View the documentAnnexe 2
View the documentAnnexe 3

IV. Conclusion - recommandations

1. L'information en matière de prévention des crises, son traitement et sa diffusion semblent satisfaisants au Niger, exceptées les informations concernant la gestion du stock de sécurité et les besoins d'aide alimentaire. La plupart des acteurs apprécient les efforts du SAP et du SAP rapproché à diffuser une information fiable, pertinente sur le suivi de la vulnérabilité des populations à l'insécurité alimentaire et dans des délais permettant la prise de décision. Les améliorations apportées par le SAP rapproché au SAP dans la perception et le suivi de la vulnérabilité des populations sont réelles et permettent l'accès à des informations de bonne qualité.

2. Les opérations d'aide alimentaire au Niger sont extrêmement diverses et concernent de facto des volumes de faible envergure. On constate une disparité des actions en fonction des pratiques de chaque donateur ou en fonction du canal de distribution. Les efforts des acteurs se répartissent sur un ensemble d'interventions qui ne présentent que peu de synergies entre elles.

3. Il existe un manque réel de politique coordonnée en matière d'aide alimentaire au Niger. Si le suivi de la vulnérabilité semble s'effectuer de façon satisfaisante, il n'existe pas de propositions réalistes et détaillées pour une assistance alimentaire coordonnée, ni de mise en cohérence de l'ensemble des interventions.

4. Les requêtes d'aide alimentaire équivalent actuellement au volume de déficit céréalier. L'ensemble des donateurs critique à juste titre cette évaluation des besoins: d'une part, parce que certains éléments du bilan sont sujets à caution et d'autre part, parce que le déficit céréalier prévisionnel peut en partie être couvert par des importations commerciales supplémentaires répondant à une demande solvable non satisfaite par la production locale courante. Enfin, parce que la réponse à un déficit céréalier ne se constitue pas forcément dans sa totalité par l'aide alimentaire. Il est nécessaire que le gouvernement du Niger parvienne à évaluer d'une manière moins grossière les besoins d'aide et n'utilisent le bilan céréalier que comme un indicateur global de l'équilibre céréalier prévisionnel.

5. Par ailleurs, une fois les volumes d'aide alimentaire nécessaires évalués, il est indispensable qu'un programme cohérent d'intervention soit proposé répondant aux problématiques soulevées par le type et l'ampleur de la vulnérabilité vécue à ce moment par les populations. Aujourd'hui, les requêtes ne portent que sur un volume total et ne précise pas les volumes par types d'interventions nécessaires, pour quelles populations et durant quelle période.

6. Face à ce contexte, les donateurs ne s'appuient donc pas sur la requête nationale pour estimer leur engagement mais sur leur propre appréciation des besoins. Ils ne se coordonnent entre eux que de manière informative et de façon ex post sans concertation sur le type d'opérations à mener, ni sur le volume global à engager du fait de l'absence d'informations sur ces domaines.

7. Il existe au Niger un réel effort de promotion des céréales locales ou de la sous-région, à travers l'aide alimentaire. Près de 80 % de l'aide en céréales sont achetés localement ou dans la sous-région. La contrepartie de cet effort est une réelle difficulté d'approvisionnement, et donc des retards importants dans la livraison, particulièrement depuis la forte augmentation des prix des céréales. Par ailleurs, des manques de coordination dans l'organisation des achats par les donateurs ont contribué à désorganiser l'approvisionnement déjà rendu difficile par des prix élevés. Les donateurs marquent la volonté de mieux s'organiser dans les plannings d'achat afin d'éviter les achats à prix trop élevés ou au moment de pénurie. Le PAM a déjà diffusé dans ce sens son planning d'achat de l'année 1998 auprès des autres donateurs. Cet effort de coordination doit se maintenir afin d'éviter des perturbations sur un marché déjà suffisamment tendu du fait de la flambée des prix des céréales et de l'absence de stock de sécurité.

8. Une volonté, initiée largement par les réflexions de l'Union Européenne, a déjà pris forme pour tenter d'éviter la distribution gratuite qui a été le principal type d'intervention au Niger ces dernières années; on peut donc constater sur 1996, l'importance d'autres formes d'aide alimentaire comme la vente à prix modérés ou la distribution de semences, une réduction réelle de l'aide alimentaire distribuée gratuitement. L'impact de ces opération n'est pas connu, mais la démarche est pertinente et il est nécessaire de continuer dans ce sens. Cependant, aujourd'hui le retard dans les livraisons, l'absence de stratégie globale d'intervention freinent le passage de l'aide alimentaire gratuite vers des aides alimentaires plus adaptées. Et bien des fois durant 1996 et 97, les agences d'exécution, de l'aide ont dû opter pour une distribution gratuite du fait d'un retard dans l'acheminement, ceci pour ne pas perturber le déroulement de la campagne agricole alors qu'il était prévu un projet VCT.

9. Il existe par ailleurs aujourd'hui un souhait marqué chez la plupart des donateurs de se tourner vers des formes d'assistance non alimentaires. Ainsi, il a été évoqué plusieurs fois la possibilité d'intervenir auprès de populations vulnérables par l'intermédiaire de micro-réalisations sous la forme cash for work et ce, particulièrement au cours de l'atelier national sur "le diagnostic et la stratégie de sécurité alimentaire", organisé par l'UE. Si la fongibilité actuelle de l'outil aide alimentaire au sein de l'UE est opérationnelle, il n'en va pas de même pour les autres coopérations et le tournant vers la disparition de l'aide alimentaire n'est amorcée que dans l'idée. Cette dernière est louable et il est certain qu'une aide financière pourrait être plus efficace dans certains contextes qu'une aide alimentaire, particulièrement lorsque celle-ci est gratuite.

10. En parallèle à cette réflexion sur le changement dans l'outil d'intervention, il serait nécessaire de mener aussi une réflexion sur les moyens d'améliorer l'aide en vue de la prévention plutôt que d'intervenir une fois la crise déclarée. Or aujourd'hui, si la disparition de l'aide alimentaire au profit de d'autres formes d'aide est évoquée, aucune remarque de la part des donateurs n'est observée sur les moyens d'améliorer leur performance dans une assistance plus préventive que curative. Il est certain que beaucoup de problèmes vécus par les populations très vulnérables du Niger pourraient être amoindris par une prévention efficace. Ainsi l'idée de distribution des semences peut se justifier dans certain contexte; cependant, quand celle-ci intervient tardivement en juillet, comme cela semble l'avoir été dans l'opération menée en 1997, on peut se demander l'impact réel et si les semences ont réellement été utilisées et non consommées. Avant d'abandonner l'outil aide alimentaire au profit d'autres formes d'aide, n'est-il pas préférable d'envisager d'être d'abord efficace dans les actions prévention et ce, quel que soit l'outil utilisé?

11. Enfin, il ne semble exister aucun suivi de la performance des interventions en matière d'aide alimentaire, excepté, dans une certaine mesure, pour l'aide alimentaire mise en œuvre par le PAM qui observent certains indicateurs nécessaires à son suivi projet par projet. Dans l'ensemble, il semble n'exister aucune étude ou auto-évaluation durant l'opération ou ex post permettant de rendre compte de l'impact de l'aide sur les populations. Le souci se situe en amont de l'opération. Il faut que les acteurs de l'aide s'intéressent aussi aujourd'hui à l'efficacité de leurs actions. Cette année, l'évaluation de l'aide alimentaire distribuée, via des projets VCT par 5 ONG en 1996 et 1997, est une initiative pertinente qu'il faut étendre aux autres intervenants.

12. Il existe un manque de confiance entre les donateurs et le gouvernement qui nuit à l'efficacité de l'aide alimentaire en général, issu pour la plupart de prélèvements du stock de sécurité par l'État en vue d'une distribution auprès des populations mais sans respecter l'engagement de reconstitution nécessaire à tout prélèvement. Conscient de cette absence de confiance de part et d'autres, les acteurs semblent volontaires pour retrouver une transparence dans les actions. Ce point a aussi été soulevé lors de l'atelier sur le diagnostic et la stratégie de sécurité alimentaire au Niger. Il judicieux de profiter de l'occasion de cette rencontre fourni par l'atelier pour pérenniser ces volontés et les transformer en réalité.

13. La transparence et le respect de certaines règles de gestion de part et d'autres, notamment quant à la gestion du stock de sécurité sont des conditions sine qua none de la mise en place d'un outil pérenne et efficace de prévention et de gestion des crises. Il existe un risque supplémentaire réel pour les populations déjà vulnérables du Niger de ne pouvoir compter sur l'existence d'un stock de sécurité fiable et suffisamment approvisionnés. Ce stock doit être reconstituer sur sa partie physique et financière. Pour cela, des modalités de gestion doivent être entérinés et respectés par le gouvernement et les donateurs.