Cover Image
close this bookL'igname, Maisonneuve et Larose, 1994
View the document(introduction)
View the documentLe technicien d'agriculture tropicale
Open this folder and view contentsI. Qu'est-ce que l'igname?
Open this folder and view contentsII. Techniques culturales traditionnelles
Open this folder and view contentsIII. Techniques culturales modernisees
Open this folder and view contentsIV. Valorisation de la production
View the documentV. Recherche et développement
View the documentVI. Pour en savoir davantage
View the documentAnnexe
View the documentLe centre technique de coopération agricole et rurale
Expanding the text here will generate a large amount of data for your browser to display

V. Recherche et développement

La connaissance scientifique et agronomique des ignames ne s'est vraiment développée qu'à partir des années 60. Comparée à l'ancienneté de celle acquise sur les céréales et sur la pomme de terre, c'est fort peu. Mais il a en plus une énorme différence dans le nombre de chercheurs, d'institutions et de pays qui se sont engagés et qui poursuivent recherches et applications. Même si la synthèse des publications effectuées sur les ignames aujourd'hui peut être déjà problématique pour un individu, il existe des zones d'ombre et des insuffisances considérables de connaissance. Une faible consolation: chaque recherche peut, bien ciblée et conduite, faire réellement progresser celle-ci. Il est par suite important, pour le technicien et l'ingénieur de terrain, de se tenir au fait de ces progrès éventuels. Mais on doit se souvenir que l'une des faiblesses des nombreuses productions tropicales alimentaires, le Manioc compris, est de ne pas disposer de structures techniques importantes et compétentes qui soient suffisamment articulées à la profession, aux exploitants paysans et reliées aux organismes de recherche. Ce hiatus amène des chercheurs, de bonne volonté, certes, mais mal informés, à conduire des travaux de portée pratique limitée, empêche un transfert clarifié des véritables problèmes à la recherche et rend parfois inopérant l'adaptation de certains résultats de la recherche au champ du paysan. D'où la responsabilité de l'agent de transfert des résultats dans la remontée des interrogations du champ.

Cette articulation toujours plus étroite de la recherche sur l'igname et des problèmes réels doit être la préoccupation majeure aujourd'hui.

Mais si la façon de conduire les recherches est primordiale, le contenu l'est à peine moins, et on s'accorde à donner la première priorité aux travaux de caractérisation variétale à l'égard des tolérances aux agressions climatiques et parasitaires. Les priorités suivantes paraissent devoir revenir à l'accroissement de la disponibilité des ignames soit en frais par les cultures échelonnées ou le stockage, soit par les transformations technologiques. Enfin l'établissement de successions ou d'associations culturales performantes devrait être un souci important.

Outre ces orientations qui peuvent mettre directement en jeu les partenaires du développement, une recherche d'amont réussit à se maintenir. A un premier niveau elle peut encore très rapidement impliquer ces partenaires. Il s'agit des recherches liées à la production de semence. Déjà opérationnelle avec les mini-semences et le bouturage horticole, elle n'en est pas loin avec la micro-propagation in vitro. Vitroplants et microtubercules se banalisent progressivement. A un niveau plus élevé elle est moins perceptible pour le développement quotidien mais s'y insère de façon sectorielle; il s'agit de la gestion des ressources génétiques et de la création génétique. La conservation «in situ» des ressources génétiques, le choix des géniteurs et l'évaluation finale des sélections ont des liaisons évidentes avec le développement, que la création génétique procède de la reproduction sexuée ou des biotechnologies nouvelles. Certes, celles-ci attendent beaucoup d'unités de recherche de pays tempérés, mais il n'y a là rien d'inéluctable en dépit du coût financier de ces approches. Des évolutions amorcées se confirment pour leur prochaine appropriation tropicale.

En région tropicale, trois aires d'élaboration de recherches, et à l'intérieur desquelles un certain degré de transposition plus ou moins rapide est concevable, sont à considérer: l'Afrique du Golfe de Bénin, l'Inde et l'Archipel Caraïbe.

Au Golfe du Bénin, même si la mise en réseau des établissements de recherche sur l'igname, de Côte d'Ivoire et du Nigéria notamment, demeure toujours un objectif, il y a globalement là un potentiel capable de combler le retard des connaissances pour peu que les moyens financiers lui soient donnés. En Inde, au Centre de Recherches sur les Tubercules de Trivandrum (Kerala) on perçoit depuis une dizaine d'années un regain d'intérêt pour l'igname. Les contributions de l'Asie insulaire et de l'Océanie, mis à part des apports un peu limités de la Commission du Pacifique Sud, demeurent aléatoires. Une réactivitation de la recherche appliquée paraît envisagée en Nouvelle-Calédonie.

L'aire Caraïbe en dépit de l'atomisation insulaire maintient à la fois des projets globaux de recherche avancée sur l'igname, des programmes de développement plus sectoriels et des échanges interorganismes. Il reste à y savoir si les évolutions socio-économiques rapides privilégieront l'uniformisation de la consommation, les importations de substitution et l'exportation de productions «exotiques» sans équivalents apparents, par rapport à la valorisation domestique des ressources locales. Une problématique qui est aussi celle de nombreuses régions tropicales même moins éloignées des modèles occidentaux.