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close this bookLe sorgho, Maisonneuve et Larose, 1991
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7.2 - Les insectes du sorgho (1)

(1) Ne figurent dans ce paragraphe que les ravageurs les plus couramment rencontrés dans les cultures africaines de sorgho.

A tous les stades de son développement et au cours du stockage, le sorgho peut être sujet aux attaques d'insectes ravageurs.

Parmi ceux - ci, un nombre réduit d'espèces se caractérisent par des dégâts sérieux et réguliers, portant sur de vastes zones (ainsi, en Afrique, la mouche des pousses, les foreurs des tiges, la cécidomyie et les punaises des panicules pour lesquels nous avons fait figurer des photographies). On ne rencontre en général qu'un ou deux ravageurs importants par agrosystème.

Il existe en revanche un nombre élevé d'espèces de ravageurs dont les attaques sont, ou bien régulières mais se situant au - dessous du seuil économique, ou bien sporadiques et localisées, mais qui peuvent sous certaines conditions nécessiter une intervention (cas des chenilles défoliatrices et de l'épi, des sauteriaux).

Les techniques de lutte, qui font appel aux traitements chimiques, aux méthodes culturales, à la résistance variétale, ou à leur combinaison, doivent tenir compte des espèces impliquées et des particularités de chaque agrosystème.

LES INSECTES DU SORGHO
CLÉ DES DÉGÂTS OBSERVÉS
PLANTULES

1. Racines rongées


Présence de larves de coléoptères dans le sol

Melolonthides


Elaterides


Tenebrionides

2. Collet rongé


Plantules fanées et cassées


2.1. Myriapodes dans le sol

Iules

2.2. Proximité de termitières

Termites

2.3 Courtilières

Gryllotalpaafricana

2.4. Adultes de coléoptères


2.4.1. Dynastides

Heteronychus sp.

2.4.2. Tenebrionides

Gonocephalum sp.

2.5. Chenille brun - gris, souvent enroulée sur elle - même

Scotia ypsilon

TIGES


3. Jeune pousse détruite («cœur mort») par une larve mineuse de diptère

Atherigona soccata

4. Jeune plant détruit («cœur mort») ou entrenœuds minés, pouvant entraîner la cassure de la tige, par une chenille de pyrale ou noctuelle


4.1. Chenille blanc - rosâtre, avec 2 bandes longitudinales foncées

Busseola fusca

4.2. Chenille rose, luisante

Sesamia sp.

4.3. Chenille blanc - crème, avec 2 rangées de taches brunes

Chilopartellus

4.4. Chenille gris - noir uniforme

Eldana saccharina

4.5. Chenille gris - jaunâtre avec taches noires ovales

Acigona ignefusalis

FEUILLES


5. Limbes foliaires consommés


5.1. Chenille grisâtre avec bandes gris - jaune

Mythimnaloreyi

5.2. Chenille vert foncé, brune, vorace

Spodoptera sp.

5.3. Petite chenille vert - jaune, enroulant l'apex des feuilles

Marasmia trapezalis

5.4. Chenille brune, verte ou jaune selon son âge (syn. Heliothis)

Helicoverpaarmigera

5.5. Acridiens Nombreuses espèces de sauteriaux


6. Limbes foliaires recouverts de fumagine


6.1. Pucerons verts, avec appendices noirs

Rhopalosiphummaidis

6.2 Pucerons jaune clair

Melanaphis


sacchari

EPIS


7. Fleurs détruites par des coléoptères de méloïdes

Plusieurs espèces

8. Inflorescences et grains consommés par des chenilles

Mythimnaloreyi


Spodoptera sp.


Helicoverpaarmigera

9. Grains contenant des larves orangées de diptères

Contarinia sorghicola

10, Grains piqués, flétris ou vidés au stade laiteux par des larves et adultes d'hétéroptères

Nombreuses espèces de punaises

7.2.1 - La faune nuisible au sol

Toutes les espèces nuisibles polyphages de la faune du sol commettent des dégâts sur les semences, les racines ou les collets des tiges de sorgho comme sur ceux des autres céréales. Iules, termites, «vers blancs» (melolonthides, elaterides, tenebrionides), «vers gris» ( Scotia ypsilon) peuvent détruire les semis ou attaquer les jeunes plantules de sorgho. Un traitement insecticide des semences (généralement combiné avec un traitement fongicide) ou une application insecticide dans le sillon de semis pourrait protéger la céréale en début de végétation.

7.2.2 - Les foreurs des tiges

7.2.2.1 - Atherigona soccata

- Description

L'adulte d'Atherigona soccata Rondani (Diptère, Muscidae) est une petite mouche grise de 3 à 4 mm de long. Les œufs sont cylindriques et blancs. Les larves sont des asticots, d'abord jaune pâle, puis jaunes en fin de développement. Elles mesurent alors 6 à 8 mm de long. Les pupes sont de petits tonnelets brun - rouge, de 4 à 5 mm de long, dont l'extrémité antérieure est tronquée.

- Répartition géographique - Plantes hôtes

Le ravageur est surtout connu en Afrique, en Inde, en Thaïlande et en Chine du Sud. A. soccata est principalement inféodée à plusieurs espèces du genre Sorghum, dont le sorgho cultivé.

- Biologie et dégâts

La femelle pond, sur la face inférieure des feuilles des jeunes plantes, des œufs isolés qui éclosent deux à trois jours plus tard. La larve perfore le faisceau de feuilles, puis mine la tige en détruisant son bourgeon végétatif. En 8 à 15 jours, elle franchit ainsi trois stades de développement, se nourrissant à la fois de tissus sains et de tissus nécrosés en cours de pourrissement. La pupaison a lieu dans la tige, parfois dans le sol. La nymphose dure environ une semaine. En saison des pluies, une génération dure 3 à 4 semaines. On peut en dénombrer jusqu'à 10 par an.

Le sorgho peut être attaqué dès le stade de la plantule, 4 à 6 jours après la levée, jusqu'à l'âge d'un mois environ. Le dégât se manifeste par le dessèchement du fouet foliaire terminal et la mort de la plante, sauf si cette dernière peut émettre une talle compensatoire. Les parcelles de sorgho semées tardivement sont les plus vulnérables.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.2 - Busseola fusca

- Description

L'adulte de Busseola fusca (Lépidoptère, Noctuidae) est un papillon de 26 à 44 mm d'envergure selon le sexe. dont coloration générale varie du brun au jaunâtre. La chenille peut atteindre 4 cm de long. Elle est blanc rosâtre à brun pourpré avec, de chaque côté du corps, une bande longitudinale sombre.

- Répartition géographique

Cette noctuelle est présente sur tout le continent africain sauf sur le pourtour méditerranéen. Les plantes hôtes sont le maïs, le sorgho, le mil, des poacées sauvages des genres Pennisetum, Panicum, Setaria, etc...

- Biologie et dégâts

La femelle dépose plusieurs centaines d'oeufs par ooplaques de 30 à 150 unités, insérés sur plusieurs rangées sur la face interne de la base des gaines foliaires. L'incubation des œufs dure environ une semaine. En début de développement, les jeunes chenilles consomment les limbes foliaires de l'apex, pénètrent dans la tige et dévorent la substance médullaire. La chenille se nymphose dans la tige. La vie nymphale dure 10 à 20 jours selon les conditions climatiques (deux ou trois générations par an). En fin de saison des pluies, les chenilles de la dernière génération entrent en diapause dans les liges et achèveront leur développement lors des premières précipitations de la saison des pluies suivante.

On observe une destruction plus ou moins importante des jeunes feuilles du sorgho puis la mort de celui-ci si la chenille atteint et consomme le bourgeon végétatif terminal (symptôme classique du « coeur mort », avec dessèchement du fouet foliaire terminal).

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.3 - Sesamia calamistis

- Description

L'adulte de Sesamia calamistis Hampson (Lélidoptère, Noc tuidae) est un papillon de 22 à 36 mm d'envergure, dont la la tête et le thorax sont couverts de longs poils et dont les ailes antérieures sont de couleur ocre. Les œufs, sphériques mais aplatis aux deux pôles, ont un diamètre d'environ 0,7 mm. Ils sont striés latéralement et ont une couleur qui évolue du jaune clair au rose en cours d'incubation. La chenille est rose et peut atteindre 35 mm de long. La nymphe est nue et mesure environ 20 mm.


Photo 9. - Larve d'Atherigon soccata dans une tige de sorgho (A. Deloebel, ORSTOM).


Photo 10. - Jeune plant de sorgho détruit par Atherigona soccata (A. Deloebel, ORSTOM).

Tableau VII
Techniques de lutte contre les foreurs

Méthode Ravageur de lutte

Atherigona sp.

Busseola fusca

Sesamia sp.

Chilo partellus

Eldana saccharina

Acigona ignefusalis

Destruction et incinération des souches


oui

oui

oui


oui

Pratiques culturales

Le semis précoce simultané et dense est recommandé. Les plantes vigoureuses (fertilisation) sont une parade

Les plantes vigoureuses sont relativement à l'abri de ces ravageurs




Précocité et simultanéité des semis sont recommandés

Sélection variétale

Lignes résistantes



Lignes tolérantes


Variétés précoces

Lutte chimique:

Seulement en culture intensive




Seulement si attaque forte

Non justifiée en général

- traitement des semences

1 g de diéthion ou de carbofuran par kg de semences






- épandage de granulés

Incorporation dans le sol d'insecticides systèmiques: disulfoton, carbofuran, diéthion

Dépôt de granulés de : carbofuran (1 kg/ha), diazinon (150 g /ha), fénitrothion (800 g/ha) dans les cornets

Dépôt de granulés de: carbofuran (1 kg/ha), diazinon (150 g /ha), fénitrothion (800 g /ha) dans les cornets

Dépôt de granulés de : endosulfan, diazinon, carbofuran, deltaméthrine dans le cor net au stade œeuf ou très jeune chenille

Dépôt de granulés de carbofuran dans les cor nets


- pulvérisations

Diéthion


Sur les jeunes plantes, au moment de l'éclosion des pontes carbary (100 g/hl), endosulfan(500 g/ha), trichlorfon (150 g /hl)


Chlorpyri phoséthyyl, fenitrothion, pyréthrinoï des de synthèse


Lutte biologique

Ne pas semer côte à côte des variétés de cycle différent


Oui Préservation de la faune auxiliaire indigène en Afrique Introduction de parasites entomophages dans les Mascareignes

Oui

En situation naturelle, 95 % des effectifs de ce ravageur peuvent être détruits par les prédateurs et parasites (four mis, araignées, etc et par des conditions physiques adverses


- Répartition géographique - Plantes hôtes

S. calamistis est une espèce partout présente sur le continent africain au sud du Sahara, dans les Mascareignes (Madagascar, Ile de la Réunion, Ile Maurice) et aux Comores. Sa principale plante hôte cultivée est le maïs. Mais d'autres céréales (sorgho et riz), la canne à sucre et de nombreuses poacées sauvages hébergent communément ce foreur des tiges.

- Biologie et dégâts

La femelle peut pondre jusqu'à 350 œufs en 3 à 5 jours. Elle les dépose sous la forme d'ooplaques constituées de 10 à 40 œufs alignés sur deux à quatre rangées contiguës et insérées entre gaine foliaire et tige, généralemet dans sa partie basse. Quelques heures après l'éclosion des œufs, les chenilles néonates abandonnent le site de l'ooplaque, les unes minant d'abord la gaine foliaire, les autres forant directement une galerie dans la tige où elles poursuivent leur développement larvaire. Celui - ci dure de 30 à 60 jours selon les conditions climatiques et comprend généralement cinq ou six mues. La chenille peut attaquer successivement plusieurs jeunes tiges si celles - ci meurent avant qu'elle n'ait atteint le terme de sa croissance. On ne recense généralement qu'une seule chenille âgée par jeune tige. La nymphose a lieu soit dans la tige, soit, plus rarement, entre gaine et tige; elle dure 10 à 12 jours à 25°C. Cinq à six générations peuvent ainsi se succéder chaque année sous climat tropical.

Les principaux dégâts de S. calamistis ont lieu sur jeunes plantes. En forant une galerie ascendante dans la tige, la chenille atteint le bourgeon terminal et le consomme. La tige est alors détruite et le fouet foliaire terminal se dessèche. L'incidence économique de ce foreur se mesure donc en terme de nombre de plantes détruites à l'hectare. Sur plantes plus âgées, les galeries creusées dans la tige peuvent entraîner la cassure de la plante.

7.2.2.4 - Chilo pantellus

- Description

Cette espèce appartient à la famille des Pyralidae. Ses œufs sont ovales, plats et blanchâtres en début d'incubation. Ses chenilles sont ponctuées sur la face dorsale de leurs segments.

- Répartition géographique

Ce ravageur est présent en Asie (notamment en Inde et en Indonésie) et en Afrique de l'Est.

- Plantes - hôtes

Maïs et sorgho sont les principales plantes - hôtes cultivées de C. partellus. Le riz, la canne à sucre et d'autres poacées peuvent également l'héberger.

- Biologie et dégâts

La femelle pond 200 à 300 œufs sous forme d'ooplaques de plusieurs dizaines d'œufs chacune, qui peuvent être déposées indifféremment sur tous les organes verts de la plante - hôte (tige, gaine, limbe foliaire). On les repèrera plus facilement lorsqu'elles sont fixées près de la nervure centrale des feuilles. L'incubation des œufs dure environ 6 jours. Les jeunes chenilles consomment les feuilles non déroulées du «fouet terminal», pénètrent dans les nervures principales des feuilles plus âgées puis, s'introduisent dans les entre - nœuds des tiges. Elles y achèvent leur développement en forant des galeries ascendantes et en détruisant parfois les bourgeons terminaux.

En saison chaude, la durée de la vie larvaire est de trois à quatre semaines. La nymphose, qui a lieu dans les galeries des tiges, dure environ huit jours.

En saison froide, une partie des populations de chenilles est capable de survivre dans les chaumes de sorgho et d'achever leur développement lors de la saison des pluies suivante.

Les symptômes d'attaques de C. partellus sont, d'une part un criblage des limbes foliaires et parfois le dessèchement du «fouet terminal», d'autre part la présence de perforations sur les entre - neuds développés. Les dégâts ont pour conséquences, soit la mort du jeune plant lorsque le bourgeon végétatif est détruit, soit un ralentissement de la croissance du sorgho, voire la cassure de la tige, lorsque les entre - nœuds sont fortement minés. Les épis eux - mêmes peuvent être malformés et partiellement détruits. On notera que les dégâts commis par C. partellus sont souvent associés à ceux d'autres foreurs des tiges de sorgho tels que Sesamia spp. ou Eldana saccharina.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.5 - Eldana saccharina

- Identité

Eldana saccharina Walker, foreur des tiges de canne à sucre et des céréales tropicales, appartient à la famille des Pyralidae et à la sous - famille des Galleriinae.

- Répartition géographique

L'espèce n'est présente que sur le continent africain, du 1 5e degré de latitude nord au 30e degré de latitude sud. On la rencontre sous tous les climats tropicaux et équatoriaux.

- Plantes - hôtes

Canne à sucre et maïs sont les deux principales plantes - hôtes cultivées du ravageur. Sorgho et mil peuvent également l'héberger ainsi que certaines adventices, en particulier de nombreuses espèces du genre Cyperus.

- Biologie et dégâts

En 8 jours la femelle pond 450 à 500 œufs sous forme d'ooplaques de 50 à 100 unités qui sont souvent déposées dans les replis et à l'aisselle des feuilles. L'incubation des œufs dure environ 6 jours. La jeune chenille a d'abord une phase de développement exophyte au cours de laquelle elle consomme des tissus foliaires. Au deuxième ou troisième stade larvaire, elle pénètre dans la tige en forant une galerie. Cette phase endophyte de son développement se poursuit, jusqu'à la nymphose, dans les entre - nœuds des tiges de sorgho. La durée de la vie larvaire est très variable. Elle est de un à deux mois selon la plante - hôte, l'organe consommé ou le degré de maturité de l'entre - nœud miné. La nymphose a généralement lieu dans la tige et dure environ 10 jours.

Sur le sorgho, la présence de galeries dans les entre - nœuds favorise la cassure des tiges et freine le développement et la maturation des épis. Leur productivité peut être réduite.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.6 - Acigona ignefusalis

- Description

L'adulte d'Acigona (= Conestia) ignefusalis Hampson (Lépidoptère, Pyralidae est un papillon de 20 à 25 mm d'envergure selon le sexe, dont le corps et les ailes antérieures sont fauves, et les ailes postérieures blanchâtres. Les œufs sont ovoïdes (0,8 mm x 0,5 mm) et sans ornementation. La chenille est d'un blanc laiteux, ponctuée de taches ovalaires noires, et mesure 18 à 22 mm de long en fin de développement. La chrysalide est effilée (18 - 20 mm) et ornée d'épines et de saillies terminales très sculptées.


Photo 12. - Chenille d'Acigona ignefusalis dans une tige de sorgho (J. Brenière, IRAT).


Photo 13. - Symptômes d'attaque d'Acigona ignefusalis sur tige de sorgho (B. Vercambre, IRAT).

- Répartition géographique - Plantes - hôtes

Cette espèce n'est actuellement connue qu'en Afrique de l'Ouest. Ses principales plantes hôtes sont le sorgho et le mil mais elle peut être hébergée par le maïs et plusieurs poacées sauvages du genre Pennisetum.

- Biologie et dégâts

La femelle pond des ooplaques de 20 à 80 œufs, accolés les uns aux autres selon des rangées régulières sous la partie supérieure des gaines foliaires ou sur la face inférieure des jeunes feuilles. L'incubation des œufs dure 7 à 10 jours. Les jeunes larves, d'abord grégaires, perforent le faisceau terminal des feuilles puis, généralement au 3e stade de leur développement, se dispersent, s'enfouissent dans les gaines et commencent à perforer les entre - nœuds. Parfois, le bourgeon terminal est détruit, entraînant la mort de la plante. Celle - ci est alors abandonnée par les larves qui vont poursuivre leur développement dans des tiges voisines; elles les perforent, y creusent des galeries ascendantes et en consomment la moelle. La vie larvaire dure 4 à 5 semaines. La nymphose a lieu dans la tige et dure une dizaine de jours en saison pluvieuse. Le cycle biologique du ravageur se déroule ainsi en 45 - 50 jours. Il y a trois générations par an. Une partie des effectifs larvaires de 2e génération et toutes les larves de 3e génération entrent en diapause dans les chaumes de sorgho (ou de mil) et y passent la saison sèche. La diapause de ces larves peut être levée dès le mois d'avril suivant, mais ce sont les premières pluies utiles de la nouvelle saison humide (5 à 10 mm au moins) qui induisent leur nymphose.

Les dégâts de ce foreur se caractérisent par une réduction de la densité de tiges en cas d'attaques précoces, par une diminution du pourcentage de tiges fructifères, parfois par la cassure des tiges, voire des hampes florales chez les mils ou sorghos précoces. Ils s'ajoutent souvent à ceux d'autres foreurs, comme Sesamia sp., E. saccharina ou Chilo sp. Parfois, l'incidence des attaques d'A. ignefusalis sur la producti vité de la culture s'avère faible, même si un fort pourcentage de tiges a été miné par le ravageur.

- Méthodes de lutte (voir tab.VII)

7.2.3 - Les ravageurs du feuillage

7.2.3.1 - Chenilles défoliatrices

Les foreurs des tiges sont, on l'a vu au cours de la première phase de leur développement larvaire, des consommateurs de jeunes feuilles.

D'autres espèces de pyrales et noctuelles, généralement polyphages, sont aussi des destructeurs du feuillage de sorgho.

On peut citer: Mythimna spp., Spodoptera spp., Marasmia trapezalis, Amsacta sp., Helicoverpa (= Heliothis) armigera.

Bien que spectaculaires, leurs dégâts sont souvent sporadiques et localisés. Les jeunes plantes de sorgho sont les plus sensibles aux attaques de ces ravageurs mais celles - ci entraînent rarement la mort de la plante. On peut combattre ces espèces par pulvérisation d'insecticides de contact et d'ingestion sur le feuillage du sorgho.

7.2.3.2 - Sauteriaux

De nombreuses espèces d'acridiens peuvent consommer le feuillage du sorgho.

7.2.3.3 - Insectes piqueurs

Plusieurs espèces de pucerons peuvent proliférer sur les feuilles de sorgho. On peut citer Rhopalosiphum maidis et Melanaphis sacchari. Ils sont très rarement justiciables de lutte chimique.


Photo 14. - Adulte de Contarinia sorghicola sur un épillet de sorgho (R. Coutin, INRA).


Photo 15. - Dégâts de Contarinia sorghicola sur une panicule de sorgho (grains stériles) (R. Coutin, INRA).

7.2.4 - Les ravageurs des épis

7.2.4.1 - Contarinia sorghicola

- Description

L'adulte de Contarinia sorghicola Coq. (Diptère, Cecidomyiidue) est un moucheron de couleur orangée, de 1,5 mm de long et dont les antennes sont deux fois plus courtes chez la femelle que chez le mâle. L'œuf est allongé (0,3 x 0,06 mm), cylindrique, incolore et prolongé par un appendice effilé. La larve est d'abord presque incolore, puis rosée, enfin orange foncé ou rougeâtre en fin de développement. La jeune nymphe est uniformément orangée et mesure 2 mm de long.

- Répartition géographique - Plantes - hôtes

Probablement originaire d'Ethiopie ou de pays voisins, la cécydomyie du sorgho est présente dans la plupart des régions du monde où cette céréale est cultivée.

Les seules vraies plantes hôtes de C. sorghicola sont toutes des espèces, sauvages ou cultivées, du genre Sorghum.

- Biologie et dégâts

Les adultes apparaissent une ou deux heures après l'aurore et s'accouplent aussitôt. Puis les femelles recherchent des épis de sorgho en floraison et insèrent, sous les glumes des épillets, entre 50 et 100 œufs. La ponte est généralement terminée, et la femelle morte, avant le coucher du soleil. L'incubation des œufs dure environ trois jours. Les larves, dont le développement s'achève en une ou deux semaines, consomment principalement les ovaires. La nymphose a lieu sous les glumes. Peu de temps avant la sortie des adultes, soit environ trois jours plus tard, les nymphes se meuvent jusqu'à l'apex des épillets, où elles sont facilement repérables, puis s'immobilisent pour muer. Durant la saison de culture, chaque cycle biologique dure ainsi deux à trois semaines. Au fur et à mesure que les pluies s'espacent et que la saison sèche s'installe, un pourcentage de plus en plus grand de larves en fin de développement tisse un cocon puis entre en diapause dans les épillets. Cette diapause peut être rompue dès la saison des pluies suivante, mais parfois jusqu'à trois ans plus tard. Neuf à douze générations peuvent se succéder au cours de la même année.

C. sorghicola est l'un des principaux ravageurs du sorgho en Afrique. Ses dégâts se manifestent par la destruction partielle, parfois totale des grains de l'épi. La présence de la cécidomyie pourra être vérifiée en pinçant les épillets stériles afin d'en extraire les larves ou les nymphes orangées du ravageur. Les pullulations de l'insecte sont favorisées par l'étalement des semis de sorgho, entraînant celui de sa floraison. Dans ce cas, les chutes de productivité, et notamment celles des cultures tardives, peuvent dépasser 50 %, voire 90 % dans certaines régions.

- Techniques de lutte

A l'échelle de la région de production, plusieurs techniques culturales préventives doivent être conjointement mises en œuvre par les agriculteurs pour que l'incidence économique de C. sorghicola soit réduite: la destruction systématique par brûlage des épis non récoltés (qui hébergent des populations larvaires en diapause), l'élimination des repousses ou des sorghos sauvages, le respect de calendriers de semis permettant une floraison aussi simultanée que possible des parcelles de culture, sont les plus importantes.

Si le niveau de productivité de la culture est suffisant, un traitement insecticide pourra être éventuellement rentabilisé à condition que la pulvérisation ou le poudrage ait lieu au moment où environ la moitié des plants sont en phase d'anthèse. L'endosulfan, les carbamates, les insecticides or gano - phosphorés ou les pyréthrinoïdes de synthèse peuvent être recommandés selon les conditions de culture.

La sélection de variétés de sorgho résistantes à C. sorghicola constituera à terme le meilleur moyen de lutte préventive contre la cécidomyie.

7.2.4.2 - Les punaises du sorgho

De très nombreuses espèces de punaises phytophages ont, parmi leurs plantes hôtes, des céréales tropicales et en particulier le sorgho. Elles appartiennent essentiellement aux familles des Mirides, comme Creontiades sp., Calocoris sp., Eurystylus sp., des Pyrrhocorides, comme Dysdercus völkeri, des Coreïdes comme Anoplocnemis curvipes, Mirperus jaculus, Riptortus dentipes, des Pentatomides comme Diploxys sp., Acrosternum sp., Aspavia albidomaculata ou Nezara viridula.

- Biologie et dégâts

Chaque punaise a une biologie et un comportement spécifiques. La femelle peut pondre, au cours d'une vie de plusieurs mois, quelques centaines d'œufs qui sont, soit déposés sur les organes de la plante, soit insérés dans un tissu végétal, parfois émis à même le sol. L'incubation des œufs dure moins d'une semaine. La vie larvaire dure de 2 à 8 semaines selon les espèces et les conditions climatiques. La larve croît en acquérant progressivement, lors de ses stades de développement (dont le nombre est généralement égal à cinq), L'aspect de l'adulte. Pendant toute sa croissance, elle pique les tiges, les feuilles et les épillets, prélève la sève de la plante, aspire le contenu des grains laiteux et injecte parfois une salive toxique dans les tissus. Il y a plusieurs générations par an dont certaines se développent, en inter - campagnes, sur des plantes hôtes sauvages. Certaines espèces sont aussi capables de migrer.


Photo 16. - Adulte de Diploxys sp. sur piquant de grain de sorgho (J. Brenière, IRAT).


Photo 17 - Chenille d'Héliothis armigera consommant des grains de sorgho (J. Brenière, IRAT).

On observe plusieurs types de dégâts. Les jeunes plantes de sorgho peuvent avoir une croissance ralentie, voire inhibée, si les prélèvements de sève sont trop importants. Les injections de salive toxique peuvent simultanément entraîner des déformations des feuilles et des tiges. Les épis sont particulièrement vulnérables lorsque leurs grains sont au stade laiteux. Les piqûres de punaises les ponctuent de taches brunes ou noires, les rident, parfois les vident. Les grains au stade pâteux sont moins sensibles aux attaques du ravageur, bien qu'elles puissent parfois entraîner leur atrophie. Ces piqûres d'hétéroptères peuvent favoriser l'envahissement de divers organes de la plante, et en particulier des grains, par des agents pathogènes.

Le taux de grains ainsi détruits ou sérieusement dépréciés, dépendra de la densité des effectifs du ravageur et des stades phonologiques de la plante - hôte au moment de l'attaque. On notera cependant que, si cette densité n'atteint pas le seuil de plusieurs individus, en moyenne par plante, les risques de chute importante du rendement en grains sont faibles.

- Techniques de lutte

On pourra effectuer un traitement insecticide curatif si le niveau d'infestation le justifie. Une pulvérisation de lindane (500 g de matière active/ha), d'endosulfan (500 g/ha), de carbaryl (2 kg/ha) ou de chlorpyriphos (300 g/ha) devrait être efficace. On veillera à respecter les conditions d'emploi des produits, surtout si le sorgho doit être rapidement consommé.

7.2.5 - Les ravageurs des stocks

Le sorgho a de nombreux ennemis lors du stockage mais ceux - ci ne sont pas spécifiques de cette céréale. Le lecteur qui voudra en savoir plus se reportera aux ouvrages traitant des ravageurs des stocks par exemple Appert (1985).