Cover Image
close this bookVille et nature dans les agglomérations d'Afrique et d'Asie, GRET, 1996
View the document(introduction)
View the documentPrésentation
View the documentPresentation
View the documentEn guise de préface...
View the documentIntroduction
Open this folder and view contentsPremier chapitre: La nature dans la ville
Open this folder and view contentsDeuxième chapitre: Rôles et significations des espaces naturels urbains
Open this folder and view contentsTroisième chapitre: La dynamique ville-nature
Open this folder and view contentsQuatrième chapitre: Pour une politique globale des espaces naturels urbains
Open this folder and view contentsAnnexes

Introduction

Les relations entre la ville et la nature sont un sujet d'actualité: péri-urbanisation, rurbanisation, ceintures vertes, trames vertes d'agglomération, nature en ville, agriculture urbaine, écologie urbaine sont des questions débattues aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Les catégories ne sont plus aussi tranchées qu'au temps où les villes étaient entourées de remparts. Avec l'explosion urbaine du XX e siècle et l'émergence de modes de croissance moins concentriques (le long des axes de communication ou autour de noyaux satellites, l'interface ou la transition entre la ville et la nature est devenue beaucoup plus importante. Ce contact se développe surtout à la périphérie urbaine (c'est la péri-urbanisation), mais aussi à l'intérieur (agriculture urbaine, trames vertes d'agglomération...).

L'enjeu relatif à ces espaces intermédiaires est de taille. En effet, cette relation entre la ville et la nature est conflictuelle, et l'issue spontanée de ce conflit est plutôt au profit de la ville. Mais le rôle des politiques, notamment celles de planification et d'aménagement du territoire, est de tempérer les tendances spontanées. C'est ainsi que les schémas directeurs doivent prévoir les infrastructures et les équipements publics qui ne se mettraient pas en place spontanément. Or les espaces verts, les forêts ou les périmètres agricoles constituent des équipements publics à prévoir en ville au même titre que la voirie ou l'assainissement. Pourtant, beaucoup de responsables politiques des pays en développement, et d'experts locaux ou occidentaux qui les conseillent, n'en sont pas convaincus.

La question est donc la suivante: les espaces naturels (forêt, agriculture, zones humides, espaces verts, etc.) sont-ils en milieu urbain un luxe réservé aux classes aisées, voire une importation de l'Occident? Nous allons au contraire essayer de montrer que c'est bien une demande locale et une nécessité pour tous. C'est d'ailleurs de la base et non des autorités que proviennent beaucoup de reconquêtes de la nature à l'intérieur des villes: agriculture urbaine, arbres entretenus par un voisinage, demande en espaces verts de détente...

Le présent travail constitue la synthèse d'une série d'études de cas sur la place, l'évolution et le rôle de cette interface dans les grandes agglomérations du tiers-monde. Il a été commandé par le ministère des Affaires étrangères (Direction de la coopération scientifique et techniques. L'objectif était d'aider à comprendre comment fonctionne et évolue l'interface entre la ville et ses espaces naturels qu'ils soient périphériques ou intérieurs, et comment l'améliorer pour mieux répondre aux besoins des habitants de la ville: approvisionnement, emploi, environnement, équipements communs, culture, détente...

Trois grandes régions du monde sont abordées ici: l'Afrique noire, le monde arabe, l'Inde. Chacune a fait l'objet d'une étude de cas comportant une ou plusieurs missions sur place. Les deux premières études portaient chacune sur deux villes, aussi contrastées que possible, notamment en taille, d'une même grande région (Freetown et Ibdan dans le premier cas, Tunis et Le Caire dans le second). On pouvait en effet s'attendre à ce que les points communs de villes aussi différenciées correspondent, dans une certaine mesure, à des caractéristiques régionales. L'étude de cas indienne ne portait que sur une ville (Ahmedabad, mais avec une analyse plus complète 1. La présente étude reprend de larges extraits de ces travaux, notamment dans ses conclusions, de façon à pouvoir être utilisée sans s'y reporter constamment.
Cependant, elle forme avec celles ci un ensemble plus exhaustif.

1P-M. Tricaud, Agriculture urbaine à Freetown et Ibadan, 1987. Zones vertes urbaines et périurbaines en Afrique du nord, 1988. P-M. Tricaud et P. Blancher Espaces naturels dans une métropole indienne: Ahmedabad, 1993. Dans la suite du présent document, les données relatives à Freetown, Ibadan, Le Caire, Tunis ou Ahmedabad présentées sans source signalée proviendront de ces études.

Cette synthèse s'appuie également sur une abondante bibliographie, rassemblée dans le cadre d'une recherche effectuée pour le Groupe de recherche et d'échanges technologiques (Gret), sur financement du ministère de la Coopération. Cette dernière concerne essentiellement l'Afrique noire, la littérature francophone étant très limitée pour les autres continents, mais elle est complétée par les bibliographies anglophones rassemblées à l'occasion des études de cas. La confrontation de tous ces exemples tente de dégager à la fois les constantes mondiales du problème, ses spécificités régionales et ses particularités locales.