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close this bookLe sorgho, Maisonneuve et Larose, 1991
close this folderVII. Les ennemis du sorgho
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View the document7.3 - Le striga

7.1 - Les maladies

De nombreuses maladies causées par des microorganismes variés (champignons, bactéries, virus) sont susceptibles d'attaquer le sorgho. Les phytopathologistes les ont regroupées en des ensembles pratiques aidant à leur diagnostic sur le terrain:

- les fontes de semis,
- les maladies foliaires,
- les maladies des tiges et racines,
- les mildious,
- les charbons,
- autres maladies des inflorescences,
- les moisissures des grains,
- les maladies à virus.

Prises individuellement, les maladies diffèrent par l'importance des dégâts qu'elles occasionnent. Le tableau VI établi à partir d'un travail de Frederiksen (1982) présente, par grandes zones climatiques mondiales, la situation de celles jugées avoir un impact économique.

Pour ce qui est de l'Afrique de l'Ouest, ressortent comme véritablement majeure, les maladies suivantes:

- la maladie des bandes de suie,
- l'anthracnose,
- la pourriture charbonneuse,
- le charbon de la panicule,
- le charbon couvert,
- les moisissures des grains.

Il importe cependant de distinguer le cas des sorghos traditionnels et celui du matériel sélectionné.

Les premiers, par leur adaptabilité et leur rusticité, ne subissent, généralement, que peu de dommages sous la pression des pathogènes. Néanmoins, dans certaines conditions, des cas rares d'explosions parasitaires peuvent s'y introduire (attaques du charbon couvert, par exemple). Avec les créations variétales récentes, le recours à des géniteurs exotiques, les modifications de cycles, l'uniformisation des cultivars, l'utilisation de pratiques agronomiques intensives, contribuent à accroître l'incidence de certaines maladies (pourriture charbonneuse et moisissures des grains, notamment).

7.1.1 - Les fontes de semis

Les plantules de sorgho peuvent être affectées dans leur viabilité et leur croissance par de nombreux champignons du sol comme les Fusarium, Aspergillus, Helminthosporium, Phoma, Rhizoctonia, et surtout les Pythium. La manifestation la plus caractéristique de leurs attaques est une nécrose du système racinaire suivie d'une mort des plantules.

Les manifestations de fontes de semis se font surtout par temps humide et froid.

7.1.2 - Les maladies foliaires

7.1.2.1 - La maladie des bandes de suie

La maladie des bandes de suie dont l'agent est Ramulispora sorghi, est largement répandue dans le monde. Elle est très importante en Afrique de l'Ouest.

Tableau VI
Situation phytopathologique mondiale (d'après Frederiksen R.A., 1982)




Zones tempérées

Zone sud-tropicale

Zone tropicale (saison pluvieuse)




Classification

Maladies

Agent pathogène

Présence

Dégâts

Présence

Dégâts

Présence

Dégâts



Pythium sp., Fusarium sp.,

+

2

+ +

2

+ +

1

Fonte des semis

Fonte des semis

Rhizoctonia sp.,









Helminthosporium sp., etc








Maladie des bandes de suie

Ramulispora sorghi

++

2

++

2

++

3


Anthracnose

Colletotrichum graminicola

+

1

++

2

++

2


Maladie des taches grises

Cercospora sorghi

+

1

+++

2

+++

2

Maladies

Maladie des taches zonées

Gloeocercospora sorghi

-

0

+++

2

+++.

2

foliaires

Maladie des grains de sable

Aschocyta sorghina

-

0

+++

2

+++

2


Maladie des taches ovales

Ramulispora sorghicola

-

0

+

1

++

1


Helminthosporiose

Exerohilum turcicum

++

2

++

1

++

1


Rouille

Puccinia purpurea

++

1

+

2

+

1


Maladie des raies bactériennes

Pseudomonas andropogoni

++

2

+++

2

+

1

Maladie des tiges et des racines

Pourriture charbonneuse

Macrophomina phaseolina

++

2

+++

3

+ +

2


Pourriture rouge

Colletotrichum graminicola

++

2

+++

3

++

2


Fusarium, racinaire

Fusarium SP.

++

2

+++

3

++

2

Mildious

Mildiou du sorgho

Peronospora sorghi

++

2

+++

3

+++

3


Mildiou à sommité déformée

Sclerophtora macrospora

++

2 1

++

2

+

1


Charbon couvert

Sporisorium sorghi

+

1

+

1

++

3

Charbons

Charbon de la panicule

Sporisorium reilianum

++

2

++

3

++

2


Charbon allongé

Tolytosporium ehrenbergii

-

0

-

0

+

1


Charbon nu

Sphacelotheca cruenta

+

1

+

2

+

1

Maladies des

Ergot

Sphacelia sorghi

-

0


0

++

2

inflorescences

Pourriture sèche de la panicule

Fusarium moniliforme

++

2

+

2

+

2

Moisissures des grains

Moisissures des grains

Complexe fongique Fusa- rium sp., Curvularia sp., Alternaria sp., Phoma sp., etc )

++

2

+++

3

++

2

Viroses

Mosaïque nanisante du maïs

MDMV . . .

+++

3

+++

3

-

0


Mosaique de la canne à sucre

SCMV

+

1

++

2

+

2

Pouvant apparaître à n'importe quel stade de la vie des sorghos, la maladie se révèle sur les feuilles, par des lésions allongées de forme elliptique. Leur centre de couleur paille, constitué de tissu mort, est entouré d'un liseré de teinte violacée à tannée selon la variété attaquée. A leur plein développement les lésions ont plusieurs centimètres de long sur 1 à 2 cm de large. Elles peuvent devenir coalescentes et former de grandes plages de tissu nécrotique. En vieillissant, le centre des lésions noircit en se couvrant de petites granulations noirâtres. Ce sont les sclérotes du champignon. Très visibles, superficiels et partant facilement au toucher, ils permettent de distinguer la maladie de l'helminthosporiose qui, au stade précoce, produit des lésions similaires.

En Afrique, la maladie est favorisée par les situations humides car elle est plus fréquente et plus grave dans les terres de bas - fond.

La conservation du parasite est assurée par les débris de récolte, porteurs de sclérotes. Quand les conditions sont favorables, ceux - ci entrent en activité en produisant des conidies qui assurent les contaminations primaires. Par la suite, le processus infectieux et ses conditions optimales ne sont pas très bien connus.

Les rotations culturales et la destruction des résidus de récolte sont recommandées pour limiter la maladie. De plus, il est possible d'utiliser des cultivars résistants.

7.1.2.2 - L'anthracaose

L'anthracnose, maladie foliaire universellement répandue, est particulièrement importante dans les régions tropicales. Elle est provoquée par Colletotrichum graminicola. Le parasite sous ses différentes formes d'expression (foliaire mais aussi caulinaire et paniculaire) peut causer des dégâts importants aux cultures de sorgho.


Photo 1. - Ramulispora sorghi Lésions débutantes de forme elliptique. Le centre commence à noircir (sclérotes) (J. Chantereau).


Photo 2. - Ramulispora sorghi Stade avance, grandes plages nécrosées (J. Chantereau).

L'anthracnose se manifeste sur les feuilles par de petites taches circulaires à elliptiques pouvant atteindre 5 mm de diamètre avec un petit centre de couleur paille cerclé d'une bordure aux teintes variant selon la variété attaquée, mais généralement à dominante rouge. Au centre des lésions, on peut voir de petits points noirs plus ou moins nombreux qui sont les fructifications du champignon (acervules). En cas d'attaques sévères, les taches deviennent nombreuses et jointives en tuant de vastes portions du limbe des feuilles. L'infection de la nervure centrale peut également se produire sur certains cultivars souvent indépendamment de l'attaque du limbe. Elle se manifeste sous forme de lésions allongées elliptiques, rouges ou pourpres, sur lesquelles on voit distinctement les acervules. On les sent également en relief sous le doigt.

Ce sont les temps globalement couverts, chauds et humides qui conviennent le mieux à l'anthracnose. Les dégâts de la maladie sont accentués si ces périodes humides alternent avec des périodes de sécheresse en cours de cycle.

L'inoculation primaire est généralement causée par des conidies provenant de résidus de sorgho infectés ou d'espèces réservoirs comme les sorghos sauvages. Les conidies déposées le plus souvent sur les feuilles par le vent ou les gouttes de pluie, germent sur le limbe en présence d'eau. Le pathogène pénètre alors, soit par les stomates, soit directement à travers l'épiderme foliaire. Il semble y avoir une possibilité de transmission de la maladie par les grains où la présence d'acervules a été observée.

Le meilleur moyen de lutte contre la maladie est le recours aux variétés résistantes ou, à défaut, aux variétés connues comme peu sensibles. Les pratiques culturales ont également leur rôle à jouer (rotation, enfouissement ou brûlage des résidus de récolte, élimination des espèces réservoirs). Le contrôle chimique de la maladie est possible mais non pratiqué en raison de son coût économique.

7.1.2.3 - La maladie des taches grises

La maladie des taches grises est probablement la plus commune des maladies foliaires. Son impact économique est cependant difficile à saisir parce qu'elle n'intervient généralement que tardivement dans le cycle des sorghos et qu'elle est alors associée à d'autres manifestations pathologiques. Elle est due à Cercospora sorghi.

Les symptômes commencent par de petites taches foliaires qui grandissent pour devenir des lésions rectangulaires de 5 à 15 mm de long sur 2 à 5 mm de large. Les lésions sont de couleur rouge à violacée chez les plantes anthocyanées et de couleur paille chez les plantes tan. Elles peuvent rester isolées ou rentrer en contact pour former des bandes longitudinales de tissu nécrosé. En cas d'attaque sévère, les gaines foliaires et les tiges peuvent être atteintes.

La maladie se développe principalement par temps chaud et humide.

7.1.2.4 - La maladie des taches zonées

La maladie des taches zonées est causée par Gloeocercospora sorghi qui peut également parasiter le maïs, le mil et d'autres espèces végétales. En Afrique et en Amérique, elle est signalée comme pouvant provoquer des dégâts notables.

Les lésions caractéristiques de la maladie sont des taches grossièrement circulaires (ou semi - circulaires si elles se développent en bordure de feuille). Elles présentent des bandes concentriques alternées de couleur violacée ou rouge et de couleur tannée, ce qui leur donne un aspect zoné. Le diamètre des lésions peut devenir important jusqu'à plusieurs centimètres. Une augmentation de croissance des taches amène leur coalescence et de larges altérations foliaires.


Photo 3. - Cercospora sorghi. Début, petites taches isolées (J. Chantereau).


Photo 4. - Macrophomina phaseolina (pourriture charbonneuse). La tige s'est effondrée laissant voir les fibres envahies par les sclérotes noirs (J. Chantereau).

7.1.2.5 - La maladie des grains de sable

La maladie des grains de sable est signalée dans de nombreux pays, notamment dans les régions humides. Elle est causée par Aschochyta sorghina. Les pertes qu'elle occasionne restent généralement limitées sauf pour les sorghos sucrés qui peuvent être sévèrement atteints.

Les premiers symptômes que l'on voit sur le limbe des feuilles sont des taches légèrement chlorotiques sur lesquelles et autour desquelles se forment des groupes de pycnides arrondies de couleur noire. Ces dernières font saillie au - dessus de la surface des feuilles. Elles confèrent au toucher des taches une rugosité caractéristique. Par la suite, les tissus des zones infectées se nécrosent et il se forme des lésions circulaires à ovales, de taille variable, de couleur claire avec un pourtour de couleur plus foncée. Les lésions sont cerclées d'un halo chlorotique. Les lésions peuvent devenir coalescentes pour former des plages nocrotiques irrégulières. Des feuilles entières peuvent ainsi être détruites.

7.1.2.6 - La maladie des taches ovales

La maladie des taches ovales due à Ramulispora sorghicola, est connue dans de nombreuses régions d'Asie et d'Afrique, notamment d'Afrique de l'Ouest. Ainsi, dans les cultures traditionnelles de sorgho du Niger, Nigeria, Burkina Faso, elle est pratiquement toujours présente.

La maladie qui attaque les plantes à tous les stades de végétation apparaît sous forme de petites taches huileuses. Celles - ci se transforment en petites lésions grossièrement circulaires de 2 à 4 mm de diamètre avec un centre couleur paille bordé d'un liseré rouge sombre ou tan selon les pigments anthocyaniques de l'hôte. De petits sclérotes noirs apparaissent parfois dans les taches, particulièrement à la face inférieure des feuilles. Ces symptômes peuvent être confondus avec ceux de l'anthracoose foliaire.

7.1.2.7 - L'helminthosporiose

Exserohilum turcicum (syn. Helminthosporium turcicum), déjà impliqué dans les cas de fontes de semis, provoque sur les plants plus âgés une autre manifestation pathologique, L'helminthosporiose. Cette maladie est observée dans tous les grands pays producteurs de sorgho.

Les symptômes typiques en sont l'apparition, sur les feuilles, de longues lésions nécrotiques de forme elliptique, au centre de couleur paille, entourées d'un liseré sombre aux nuances variant en fonction de la variété hôte. Les lésions peuvent avoir plusieurs centimètres de long sur 1 à 2 cm de large. Elles peuvent devenir coalescentes, détruisant ainsi de grandes plages de tissu foliaire.

L'helminthosporiose est principalement favorisée par les temps humides et doux.

7.1.2.8 - La rouille

La rouille provoquée par Puccinia purpurea, est connue comme une maladie importante du sorgho dans les régions tropicales d'altitude, humides et plutôt froides, d'Amérique, d'Asie et d'Afrique de l'Est.

Au champ, la rouille se manifeste rarement avant le premier mois de culture. Les symptômes initiaux en sont de petites mouchetures visibles sur les deux faces des feuilles. Leur couleur varie selon les variétés de sorgho. Chez les cultivars résistants, la maladie n'évolue pas plus avant. Chez les variétés sensibles, les pustules de rouille typique (urédosores) se développent principalement à la face inférieure des feuilles. Leur membrane se rompt et les urédosores libèrent des amas poudreux rougeâtres d'urédospores. Les pustules sont elliptiques et sont disposées entre les nervures, parallèlement à ces dernières. Chez les variétés très sensibles, les pustules se forment si densément que la presque totalité de la surface foliaire est détruite. Des pustules peuvent apparaître également sur les gaines foliaires et sur le pédoncule.

7.1.2.9 - La maladie des raies bactériennes

Pseudomonas andropogoni est responsable de la maladie des raies bactériennes que l'on rencontre sur tous les continents et dont les effets sur le rendement sont mal appréciés.

Les symptômes qui se manifestent sur les feuilles et les gaines foliaires sont caractérisés par de longues stries ou raies internervaires, pouvant atteindre 40 cm de long et dont la coloration rouge, pourpre ou tannée est fonction des pigments anthocyaniques de la variété hôte. A l'origine, les raies sont étroites (1 à 2 mm de large); plus tard elles s'élargissent mais dans l'ensemble restent délimitées par les nervures. Normalement la coloration reste la même tout au long des raies.

7.1.3 - Les maladies des tiges et des racines

7.1.3.1 - La pourriture charbonneuse

La pourriture charbonneuse causée par Macrophomina phascolina, est une des plus importantes maladies du sorgho, surtout dans les régions sèches d'Afrique, d'Asie et d'Australie. Elle frappe particulièrement les variétés à haut potentiel comme les hybrides. En Afrique de l'Ouest, les variétés productives issues des programmes de sélection sont souvent sensibles à la maladie. Les pertes causées peuvent être élevées. Elles viennent principalement d'un mauvais remplissage des grains et de difficultés de récolte.

Le symptôme le plus manifeste de la maladie est, à l'approche de la maturité, une verse des tiges rapide et assez uniforme. Localisée généralement au niveau du 2e ou du 3e entre - nœud, cette verse peut coucher en quelques jours des champs entiers de sorgho. L'observation extérieure de la base des tiges montre qu'elles sont molles et spongieuses. Intérieurement si on fend ces parties anormales, on voit une désagrégation de la moëlle tendant à gagner les entre - nœuds supérieurs. A un stade avancé de la maladie, le parenchyme interne disparaît, ne laissant en place que les fibres vasculaires nettement séparées les unes des autres et abondamment recouvertes des petits sclérotes du champignon, durs et noirs (d'où le nom de la maladie). La maturité de l'inflorescence est accélérée et les grains restent petits et de mauvaise qualité.

La maladie est favorisée par les stress hydriques en fin de cycle, les fortes applications d'azote, les densités élevées de peuplement et la présence de maladies foliaires.

Macrophomina phaseolina suvit dans le sol grâce aux sclérotes responsables de l'inoculation primaire de la maladie. Ceux - ci proviennent des tiges ou de racines en décomposition d'espèces diverses (outre le sorgho, le coton, le maïs, le mil). La viabilité de ces sclérotes dans le sol est estimée à 2 ou 3 ans.

Le processus d'infection des plantes par Macrophomina phaseolina n'est pas bien élucidé, mais il semble que les racines des sorghos stimulent la «germination» des sclérotes dans le sol. Le mycelium pénètre alors par les organes souterrains. La sécheresse joue un rôle, au moment du remplissage des grains, dont l'envahissement parasitaire.

Le meilleur moyen d'éviter la maladie est l'irrigation en fin de cycle. Si elle n'est pas possible, il convient de recourir à des variétés à durée de cycle adaptée à la saison des pluies. Les fumures riches en azote et pauvres en potassium sont à éviter, de même que les fortes densités. Enfin, le choix de variétés identifiées comme résistantes à la sécheresse et à la sénescence précoce peut réduire les pertes.

7.1.3.2 - La pourriture rouge

Colletotrichum graminicola qui provoque l'anthracnose foliaire peut également envahir les tissus internes des tiges et des pédoncules. La manifestation pathologique propre à ces organes est appelée la pourriture rouge.

Celle - ci se reconnaît par la présence de taches de couleurs variées, le plus souvent rouges, sur les plans de coupe longitudinale des tiges. Ces taches peuvent être continues sur de grandes surfaces ou discontinues, ce qui donne un aspect marbré aux tiges attaquées. La pourriture rouge est en général précédée par l'anthracnose, bien que dans certains cas, cette phase foliaire soit peu apparente. A maturité, la pourriture rouge peut gagner le pédoncule, y causant des lésions extérieurement visibles. Au stade ultime de la maladie la verse se manifeste.

Les moyens de lutte contre la maladie sont les mêmes que ceux utilisés pour l'anthracnose. Il semble toutefois que la résistance génétique aux deux formes d'expression du parasite fasse appel à des gènes séparés mais très proches.

7.1.3.3 - La fusariose racinaire

Fusarium moniliforme est un pathogène ubiquiste et non spécifique du sorgho. Aussi bien dans les régions tempérées que tropicales, il peut provoquer une pourriture des racines et des tiges. Dans les organes attaqués, d'autres Fusarium sont signalés mais ils semblent être des agents secondaires du processus maladif. Les pertes peuvent être importantes. Le rendement des plants parasités est affecté par suite de stérilité, de mauvais remplissage des grains, de verse des tiges.

Les lésions peuvent être présentes à l'intérieur et à l'extérieur des tissus des racines, tiges et pédoncules. Elles varient en taille, se présentant sous forme de taches circulaires ou allongées et sont de couleur allant du rouge au pourpre sombre. Chez les plants typiquement infestés par Fusarium moniliforme, les deux ou trois nœuds de la base des tiges montrent de larges portions de moëlle rougeâtre. Une mortalité précoce de plants, généralement en cours de formation des grains, est souvent caractéristique de la fusariose racinaire. Elle s'annonce par une coloration des feuilles virant soudainement au bleu gris. Contrairement à la pourriture charbonneuse, la fusariose ne provoque pas de dilacération interne des tissus des tiges.

La sévérité de la maladie semble accrue par le froid et l'humidité suivant une période de temps sec et chaud. De même l'invasion de la plante hôte semble facilitée par les dégâts d'insectes et les blessures occasionnelles.

7.1.4 - Les mildious

7.1.4.1 - Le mildiou du sorgho

L'agent responsable du mildiou du sorgho est Peronosclerospora sorghi. A l'origine limitée à quelques pays d'Afrique et d'Asie, la maladie s'est manifestée en Amérique dans les années 50. Depuis, elle poursuit son extension en accentuant l'importance de ses dégâts.

Le mildiou du sorgho a une forme d'infection systémique et une forme d'infection localisée.

La forme systémique est induite quand les oospores du parasite, en attente dans le sol ou transportées par les graines, germent. Le parasite pénètre alors les racines des plantules de sorgho puis colonise les méristèmes foliaires. Au fur et à mesure que les feuilles se déroulent, elles manifestent différents types de symptômes. Les premières à présenter des signes pathologiques révèlent une décoloration vert clair ou jaune dans leur partie basale. Par temps humide et froid, la face inférieure des portions de feuilles attaquées produit une abondante efflorescence duveteuse blanche constituée par des conidiophores et des conidies du champignon. Dans les derniers stades de l'infection systémique, les feuilles finissent par présenter un véritable blanchissement des tissus foliaires parfois limité à des rayures plus ou moins continues. Ces tissus décolorés ne produisent pas de conidies mais sont bourrés de spores de repos à paroi épaisse, les oospores. En vieillissant, les feuilles décolorées se nécrosent, les tissus internervaires se désorganisent en libérant les oospores. Les feuilles prennent un aspect lacéré typique.

En conditions humides, les conidies produites sur les feuilles infectées de façon systémique peuvent infester des feuilles saines et causer des lésions localisées qui sont d'abord chlorotiques et de forme rectangulaire. Elles produisent elles - mêmes des conidies. Par la suite, elles se nécrosent.

Pour germer, les oospores demandent un sol relativement sec, par contre les conidies ont besoin de beaucoup d'humidité et de température plutôt fraîches.

7.1.4.2 - Le mildiou à sommité déformée

Une autre peronosporacée: Sclerophtora macrospora, est à l'origine d'un mildiou plus marginal du sorgho: le mildiou à sommité déformé rencontré en Amérique du Nord, Europe, Afrique et Asie. Ses mouchetures font penser à une infection virale. Par la suite les plants infectés montrent un enroulement et torsadage des feuilles terminales devenues épaisses et jaunâtres. Les pieds attaqués tallent exagérément, ne donnent pas de panicule ou en produisent de stériles avec des proliférations de structures florales.

7.1.5 - Les charbons

7.1.5.1 - Le charbon couvert

Le charbon couvert est largement répandu dans le monde entier. Son agent est Sporisorium sorghi (syn. Sphacelotheca sorghi). Avant l'existence du traitement des semences par les fongicides, c'était une des maladies majeures du sorgho, notamment en Afrique de l'Ouest. En culture traditionnelle, ce charbon continue d'ailleurs de causer des pertes notables de rendement.

Sur les plantes attaquées, les graines sont remplacées individuellement par des sores de charbon, soit sur une portion de panicule, soit sur l'ensemble de l'inflorescence. Les sores sont ovoïdes ou coniques et de taille variable: les plus petits restent cachés par les glumes, les plus grands s'en dégageant et pouvant avoir jusqu'à 1,2 cm de long. Ils sont recouverts d'une membrane résistante de couleur blanche, crème ou brun clair, le péridium, qui reste souvent intacte jusqu'au battage. A l'intérieur des sores, se trouvent des téliospores sous forme d'une poudre noirâtre. Une à plusieurs panicules par plante infectée peuvent être charbonnées.

La maladie paraît favorisée par les temps plutôt frais et secs. Ainsi en zone tropicale, son incidence est plus élevée sur les cultures de contre - saison (repousses d'hivernage ou sorgho de décrue) que sur les cultures de saison des pluies.

Les téliospores sont considérées comme trop fragiles pour contaminer le sol et résister jusqu'à la culture suivante. Elles transmettent la maladie en se déposant sur les grains et en germant avec les semences. L'infection a lieu au stade plantule. Le mycélium gagne progressivement le méristème apical.

Un traitement de semences par un fongicide comme le thirame ou le captane protège complètement de la maladie.

7.1.5.2 - Le charbon de la panicule

Le charbon de la panicule est provoqué par Sporisorium reilianum (syn. Sphacelotheca reiliana). La maladie est présente sur tous les continents. Aux Etats - Unis, elle a tendance à accroître son importance en raison de l'utilisation croissante d'hybrides sensibles. En Afrique de l'Ouest, elle est très répandue.

La panicule peut être soit complètement, soit partiellement remplacée par une grande tumeur blanchâtre recouverte d'une membrane de tissu fongique (peridium). Cette membrane se rompt souvent avant que la panicule n'émerge de la feuille paniculaire. Il est alors libéré un amas de poudre brune ou noire (téliospores du champignon) dans lequel sont enfouis de longs filaments de couleur sombre qui sont les faisceaux vasculaires de la panicule infectée. Les spores sont disséminées par le vent mettant à nu les fibres sombres. Puisque les panicules sont détruites par larges portions ou même entièrement, le charbon de la panicule se distingue facilement des trois autres charbons pour lesquels les fleurs sont attaquées individuellement. En de rares occasions des sores peuvent également se former sur les feuilles.


Photo 5. - Charbon de la panicule (Sporisorium reilianum) (J. Chantereau).


Photo 6. - Charbon allongé (Tolytosporium ehrenbergii) (J. Chantereau).

Les téliospores qui peuvent survivre plusieurs années dans le sol, provoquent l'infection des sorghos peu de temps après la germination des graines. Après la contamination, le mycélium gagne rapidement le méristème apical où il se développe activement au moment de la floraison de la plante infectée. Les conditions environnementales favorisant le charbon de la panicule ne sont pas bien connues.

Le seul moyen de lutte actuel est de semer des cultivars résistants. Aucune technique culturale et aucun traitement chimique ne sont connus comme étant efficace contre le charbon de la panicule

7.1.5.3 - Le charbon allongé

La maladie est limitée à l'Afrique et au sous - continent indien. Elle est due à Tolyposporium ehrenberguii. En zone sahélienne, elle est très fréquemment observée.

Le charbon allongé est facilement identifiable par la présence, à la place des graines, de sores en forme de manchons allongés, cylindriques et légèrement arqués, recouverts d'un péridium relativement épais de couleur crème. Le péridium s'ouvre par la partie apicale, révélant ainsi une masse de spores noires avec des filaments brun - foncé, reste des éléments vasculaires de l'ovaire. Les sores sont disséminés sur la panicule, ce qui semble indiquer que l'infection a eu lieu localement, les spores se déposant sur les fleurs à l'épiaison. Cependant, il existe des avis différents sur cette question.

La maladie a tendance à se manifester plutôt par temps chaud et moyennement humide. En général, les sores du charbon allongé, bien que spectaculaires, ne concernent qu'une proportion faible de fleurs. Les dégâts sont rarement importants.

7.1.5.4 - Le charbon nu

Le charbon nu est connu dans la plupart des régions productrices de sorgho sauf dans le Pacifique (Australie, Malaisie, Indonésie, etc...). Il est causé par Sphacelotheca cruenta.

Les plantes attaquées par la maladie ont des tiges plus fines et une floraison plus précoce que les plantes saines. Souvent le tallage est accru. Les inflorescences sont plus lâches et ont un aspect buissonnant, les glumes sont hypertrophiées. En général, toutes les fleurs des panicules infectées sont charbonnées et des sores peuvent apparaître sur le rachis ou les ramifications de l'inflorescence. Elles sont protégées par une mince membrane grise (péridium) qui se brise le plus souvent avant la sortie de la panicule, libérant ainsi des masses de spores noires. Sur la panicule dégagée, les sores, après la dispersion des spores par le vent, laissent en place une longue columelle pointue, fréquemment arquée, dure, de couleur noire.

L'incidence du charbon nu est souvent plus marquée sur les talles tardives ou les cultures de repousses.

7.1.6 - Autres maladies des inflorescences

7.1.6.1 - L'ergot

L'ergot ou encore maladie sucrée, connu seulement en Afrique (Nigeria notamment) et en Asie est occasionné par


Photo 7 - Charbon nu (Sphacelotheca cruenta) (J. Chantereau).


Photo 8. - Moisissures des graines (Melville, D. Thomas, ICRISAT).

Sphacelia sorghi. A l'épiaison, le pathogène parasite individuellement les fleurs et empêche le développement des graines. En raison de leur longue exposition à la pollinisation, les lignées mâle - stériles intervenant dans les fabrications d'hybrides sont particulièrement susceptibles d'être attaquées.

Le premier symptôme de l'ergot du sorgho est la sécrétion par les fleurs d'un miellat crémeux, sucré, collant et attractif d'insectes. Souvent ce miellat est colonisé par un champignon Cherebella sp., et si l'exsudat est abondant, la panicule prend une couleur noire. En conditions favorables, il se forme, en lieu et place des graines, des sclérotes durs de 1 à 2 cm, droits ou incurvés, de couleur crème à brun clair. Il contient parfois des alcaloïdes toxiques pour l'homme et les animaux.

Au moment de l'anthère, si le temps est frais, humide et nuageux, la maladie peut s'étendre rapidement et causer des dégâts importants.

7.1.6.2 - La pourriture sèche de la panicule

Fusarium moniliforme déjà en cause dans les questions de moisissures de graines, détermine au niveau somitale du sorgho une infection d'expression différente: la pourriture sèche de la panicule. Les variétés à panicule compacte y semblent plus sensibles que celles à panicule lâche.

Le champignon envahit les tissus de l'inflorescence tuant les fleurs dans des proportions variables, ce qui peut aboutir à une destruction de la panicule. Si on fend longitudinalement une panicule qui est infectée, les tissus internes apparaissent anormalement teintés d'une coloration rouge à brune beaucoup plus uniforme que dans le cas de la pourriture rouge. Parfois cette coloration peut gagner les entre - nœuds supérieurs de la tige via le pédoncule. Dans les cas graves, la hampe florale peut se briser.

La maladie est favorisée par les temps chauds et humides.

7.1.7 - Les moisissures des grains

Les moisissures des grains sont devenues un problème pathologique majeur du sorgho surtout dans la zone tropicale africaine où l'intensification agronomique conduit à substituer aux écotypes traditionnels du matériel sélectionné plus productif. Alors que les variétés locales échappent aux moisissures par une maturation tardive en début de saison sèche, les cultivars modernes, non photosensibles, courent le risque de fleurir précocement. Les grains se remplissent en période de pluies encore abondantes. Ils sont alors attaqués par un complexe fongique favorisé par l'humidité atmosphérique. Dans ce complexe fongique, variable selon les régions, on trouve principalement des Fusarium (notamment Fusarium moniliforme), des Curvularia, des Alternaria, des Helminthosporium.

Plus que d'avortements floraux, assez exceptionnels, les pertes viennent d'une diminution de taille et de poids des graines. Celles - ci sont également dépréciées qualitativement. En effet, la présence externe et interne des moisissures leur confère un aspect peu engageant, altère leur valeur gustative, fragilise leur conservation, affaiblit leur vigueur germinative. De plus, certaines moisissures contiennent des mycotoxines qui provoquent des intoxications.

Un changement de la couleur de la surface des graines est la manifestation la plus visible de leur attaque par des moisissures. Il est dû au développement en surface de feutrages mycéliens de teintes variables (blanc, rosé, orangé, gris ou noir) selon les espèces fongiques infectieuses. Sous la pression des doigts, les grains moisis s'écrasent facilement en une poudre crayeuse.

Dès l'anthèse, les moisissures (notamment Fusarium et Curvularia sont présentes sur les pièces florales. Leurs attaques peuvent donc commencer précocément. Après s'être introduites dans les tissus de l'ovaire, les hyphes mycéliennes envahissent progressivement l'albumen et l'embryon des grains en formation. Ce n'est qu'après cette phase de colonisation interne, que la plupart des moisissures semblent se développer en surface. Aussi une apparence saine des grains ne suffit pas à prouver une absence d'infection fongique.

Très généralement, pour éviter les risques de moisissures, il convient de semer les variétés de façon à amener leur maturation à coïncider avec la fin de la saison des pluies. Pour pallier le risque de fin d'hivernage inhabituellement précoce, il y a lieu, si possible, de prévoir une ou deux irrigations d'appoint. Pour, au contraire, faire face à une fin d'hivernage plus tardive que d'ordinaire, il convient en plus d'utiliser des variétés peu sensibles aux moisissures.

Fréquemment celles - ci ont un grain riche en tanin (péricarpe coloré, couche brune) et sont donc peu appréciées gustativement. On en connaît, cependant, avec des grains pauvres en polyphénol. Dans ce cas, des caractéristiques comme la faible compacité paniculaire, la minceur du péricarpe, la vitrosité de l'albumen et des difficultés de passage des hyphes par les voies naturelles de pénétration (hile et style), interviennent pour limiter les attaques fongiques. Physiologiquement, la rapidité de dessication et de maturation des graines en formation jouerait un rôle essentiel dans l'acquisition de qualités de résistance aux moisissures.

Enfin, comme autre moyen de lutte, il convient d'éviter les pullulations d'insectes paniculaires qui interagissent avec les moisissures pour favoriser leurs dégâts.

7.1.8 - Les viroses

Les virus peuvent occasionner des dégâts variés sur le sorgho comme des rabougrissements végétatifs, des apparitions de stries chlorotiques ou pigmentées sur les feuilles, des ports en rosette, des nécroses de tige ou de pédoncule, des stérilités. Leur identification est cependant difficile et demande l'appui de spécialistes.

Les deux principaux virus du sorgho sont le MDMV, responsable de la mosaïque naissante du maïs et le SCMV, responsable de la mosaïque de la canne à sucre. En zone tropicale africaine, ils ne semblent pas jouer un rôle notable. Par contre, le virus du clump de l'arachide (PCV) y infesterait également le sorgho en lui causant un affaiblissement plus important que celui suspecté jusqu'alors.

7.2 - Les insectes du sorgho (1)

(1) Ne figurent dans ce paragraphe que les ravageurs les plus couramment rencontrés dans les cultures africaines de sorgho.

A tous les stades de son développement et au cours du stockage, le sorgho peut être sujet aux attaques d'insectes ravageurs.

Parmi ceux - ci, un nombre réduit d'espèces se caractérisent par des dégâts sérieux et réguliers, portant sur de vastes zones (ainsi, en Afrique, la mouche des pousses, les foreurs des tiges, la cécidomyie et les punaises des panicules pour lesquels nous avons fait figurer des photographies). On ne rencontre en général qu'un ou deux ravageurs importants par agrosystème.

Il existe en revanche un nombre élevé d'espèces de ravageurs dont les attaques sont, ou bien régulières mais se situant au - dessous du seuil économique, ou bien sporadiques et localisées, mais qui peuvent sous certaines conditions nécessiter une intervention (cas des chenilles défoliatrices et de l'épi, des sauteriaux).

Les techniques de lutte, qui font appel aux traitements chimiques, aux méthodes culturales, à la résistance variétale, ou à leur combinaison, doivent tenir compte des espèces impliquées et des particularités de chaque agrosystème.

LES INSECTES DU SORGHO
CLÉ DES DÉGÂTS OBSERVÉS
PLANTULES

1. Racines rongées


Présence de larves de coléoptères dans le sol

Melolonthides


Elaterides


Tenebrionides

2. Collet rongé


Plantules fanées et cassées


2.1. Myriapodes dans le sol

Iules

2.2. Proximité de termitières

Termites

2.3 Courtilières

Gryllotalpaafricana

2.4. Adultes de coléoptères


2.4.1. Dynastides

Heteronychus sp.

2.4.2. Tenebrionides

Gonocephalum sp.

2.5. Chenille brun - gris, souvent enroulée sur elle - même

Scotia ypsilon

TIGES


3. Jeune pousse détruite («cœur mort») par une larve mineuse de diptère

Atherigona soccata

4. Jeune plant détruit («cœur mort») ou entrenœuds minés, pouvant entraîner la cassure de la tige, par une chenille de pyrale ou noctuelle


4.1. Chenille blanc - rosâtre, avec 2 bandes longitudinales foncées

Busseola fusca

4.2. Chenille rose, luisante

Sesamia sp.

4.3. Chenille blanc - crème, avec 2 rangées de taches brunes

Chilopartellus

4.4. Chenille gris - noir uniforme

Eldana saccharina

4.5. Chenille gris - jaunâtre avec taches noires ovales

Acigona ignefusalis

FEUILLES


5. Limbes foliaires consommés


5.1. Chenille grisâtre avec bandes gris - jaune

Mythimnaloreyi

5.2. Chenille vert foncé, brune, vorace

Spodoptera sp.

5.3. Petite chenille vert - jaune, enroulant l'apex des feuilles

Marasmia trapezalis

5.4. Chenille brune, verte ou jaune selon son âge (syn. Heliothis)

Helicoverpaarmigera

5.5. Acridiens Nombreuses espèces de sauteriaux


6. Limbes foliaires recouverts de fumagine


6.1. Pucerons verts, avec appendices noirs

Rhopalosiphummaidis

6.2 Pucerons jaune clair

Melanaphis


sacchari

EPIS


7. Fleurs détruites par des coléoptères de méloïdes

Plusieurs espèces

8. Inflorescences et grains consommés par des chenilles

Mythimnaloreyi


Spodoptera sp.


Helicoverpaarmigera

9. Grains contenant des larves orangées de diptères

Contarinia sorghicola

10, Grains piqués, flétris ou vidés au stade laiteux par des larves et adultes d'hétéroptères

Nombreuses espèces de punaises

7.2.1 - La faune nuisible au sol

Toutes les espèces nuisibles polyphages de la faune du sol commettent des dégâts sur les semences, les racines ou les collets des tiges de sorgho comme sur ceux des autres céréales. Iules, termites, «vers blancs» (melolonthides, elaterides, tenebrionides), «vers gris» ( Scotia ypsilon) peuvent détruire les semis ou attaquer les jeunes plantules de sorgho. Un traitement insecticide des semences (généralement combiné avec un traitement fongicide) ou une application insecticide dans le sillon de semis pourrait protéger la céréale en début de végétation.

7.2.2 - Les foreurs des tiges

7.2.2.1 - Atherigona soccata

- Description

L'adulte d'Atherigona soccata Rondani (Diptère, Muscidae) est une petite mouche grise de 3 à 4 mm de long. Les œufs sont cylindriques et blancs. Les larves sont des asticots, d'abord jaune pâle, puis jaunes en fin de développement. Elles mesurent alors 6 à 8 mm de long. Les pupes sont de petits tonnelets brun - rouge, de 4 à 5 mm de long, dont l'extrémité antérieure est tronquée.

- Répartition géographique - Plantes hôtes

Le ravageur est surtout connu en Afrique, en Inde, en Thaïlande et en Chine du Sud. A. soccata est principalement inféodée à plusieurs espèces du genre Sorghum, dont le sorgho cultivé.

- Biologie et dégâts

La femelle pond, sur la face inférieure des feuilles des jeunes plantes, des œufs isolés qui éclosent deux à trois jours plus tard. La larve perfore le faisceau de feuilles, puis mine la tige en détruisant son bourgeon végétatif. En 8 à 15 jours, elle franchit ainsi trois stades de développement, se nourrissant à la fois de tissus sains et de tissus nécrosés en cours de pourrissement. La pupaison a lieu dans la tige, parfois dans le sol. La nymphose dure environ une semaine. En saison des pluies, une génération dure 3 à 4 semaines. On peut en dénombrer jusqu'à 10 par an.

Le sorgho peut être attaqué dès le stade de la plantule, 4 à 6 jours après la levée, jusqu'à l'âge d'un mois environ. Le dégât se manifeste par le dessèchement du fouet foliaire terminal et la mort de la plante, sauf si cette dernière peut émettre une talle compensatoire. Les parcelles de sorgho semées tardivement sont les plus vulnérables.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.2 - Busseola fusca

- Description

L'adulte de Busseola fusca (Lépidoptère, Noctuidae) est un papillon de 26 à 44 mm d'envergure selon le sexe. dont coloration générale varie du brun au jaunâtre. La chenille peut atteindre 4 cm de long. Elle est blanc rosâtre à brun pourpré avec, de chaque côté du corps, une bande longitudinale sombre.

- Répartition géographique

Cette noctuelle est présente sur tout le continent africain sauf sur le pourtour méditerranéen. Les plantes hôtes sont le maïs, le sorgho, le mil, des poacées sauvages des genres Pennisetum, Panicum, Setaria, etc...

- Biologie et dégâts

La femelle dépose plusieurs centaines d'oeufs par ooplaques de 30 à 150 unités, insérés sur plusieurs rangées sur la face interne de la base des gaines foliaires. L'incubation des œufs dure environ une semaine. En début de développement, les jeunes chenilles consomment les limbes foliaires de l'apex, pénètrent dans la tige et dévorent la substance médullaire. La chenille se nymphose dans la tige. La vie nymphale dure 10 à 20 jours selon les conditions climatiques (deux ou trois générations par an). En fin de saison des pluies, les chenilles de la dernière génération entrent en diapause dans les liges et achèveront leur développement lors des premières précipitations de la saison des pluies suivante.

On observe une destruction plus ou moins importante des jeunes feuilles du sorgho puis la mort de celui-ci si la chenille atteint et consomme le bourgeon végétatif terminal (symptôme classique du « coeur mort », avec dessèchement du fouet foliaire terminal).

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.3 - Sesamia calamistis

- Description

L'adulte de Sesamia calamistis Hampson (Lélidoptère, Noc tuidae) est un papillon de 22 à 36 mm d'envergure, dont la la tête et le thorax sont couverts de longs poils et dont les ailes antérieures sont de couleur ocre. Les œufs, sphériques mais aplatis aux deux pôles, ont un diamètre d'environ 0,7 mm. Ils sont striés latéralement et ont une couleur qui évolue du jaune clair au rose en cours d'incubation. La chenille est rose et peut atteindre 35 mm de long. La nymphe est nue et mesure environ 20 mm.


Photo 9. - Larve d'Atherigon soccata dans une tige de sorgho (A. Deloebel, ORSTOM).


Photo 10. - Jeune plant de sorgho détruit par Atherigona soccata (A. Deloebel, ORSTOM).

Tableau VII
Techniques de lutte contre les foreurs

Méthode Ravageur de lutte

Atherigona sp.

Busseola fusca

Sesamia sp.

Chilo partellus

Eldana saccharina

Acigona ignefusalis

Destruction et incinération des souches


oui

oui

oui


oui

Pratiques culturales

Le semis précoce simultané et dense est recommandé. Les plantes vigoureuses (fertilisation) sont une parade

Les plantes vigoureuses sont relativement à l'abri de ces ravageurs




Précocité et simultanéité des semis sont recommandés

Sélection variétale

Lignes résistantes



Lignes tolérantes


Variétés précoces

Lutte chimique:

Seulement en culture intensive




Seulement si attaque forte

Non justifiée en général

- traitement des semences

1 g de diéthion ou de carbofuran par kg de semences






- épandage de granulés

Incorporation dans le sol d'insecticides systèmiques: disulfoton, carbofuran, diéthion

Dépôt de granulés de : carbofuran (1 kg/ha), diazinon (150 g /ha), fénitrothion (800 g/ha) dans les cornets

Dépôt de granulés de: carbofuran (1 kg/ha), diazinon (150 g /ha), fénitrothion (800 g /ha) dans les cornets

Dépôt de granulés de : endosulfan, diazinon, carbofuran, deltaméthrine dans le cor net au stade œeuf ou très jeune chenille

Dépôt de granulés de carbofuran dans les cor nets


- pulvérisations

Diéthion


Sur les jeunes plantes, au moment de l'éclosion des pontes carbary (100 g/hl), endosulfan(500 g/ha), trichlorfon (150 g /hl)


Chlorpyri phoséthyyl, fenitrothion, pyréthrinoï des de synthèse


Lutte biologique

Ne pas semer côte à côte des variétés de cycle différent


Oui Préservation de la faune auxiliaire indigène en Afrique Introduction de parasites entomophages dans les Mascareignes

Oui

En situation naturelle, 95 % des effectifs de ce ravageur peuvent être détruits par les prédateurs et parasites (four mis, araignées, etc et par des conditions physiques adverses


- Répartition géographique - Plantes hôtes

S. calamistis est une espèce partout présente sur le continent africain au sud du Sahara, dans les Mascareignes (Madagascar, Ile de la Réunion, Ile Maurice) et aux Comores. Sa principale plante hôte cultivée est le maïs. Mais d'autres céréales (sorgho et riz), la canne à sucre et de nombreuses poacées sauvages hébergent communément ce foreur des tiges.

- Biologie et dégâts

La femelle peut pondre jusqu'à 350 œufs en 3 à 5 jours. Elle les dépose sous la forme d'ooplaques constituées de 10 à 40 œufs alignés sur deux à quatre rangées contiguës et insérées entre gaine foliaire et tige, généralemet dans sa partie basse. Quelques heures après l'éclosion des œufs, les chenilles néonates abandonnent le site de l'ooplaque, les unes minant d'abord la gaine foliaire, les autres forant directement une galerie dans la tige où elles poursuivent leur développement larvaire. Celui - ci dure de 30 à 60 jours selon les conditions climatiques et comprend généralement cinq ou six mues. La chenille peut attaquer successivement plusieurs jeunes tiges si celles - ci meurent avant qu'elle n'ait atteint le terme de sa croissance. On ne recense généralement qu'une seule chenille âgée par jeune tige. La nymphose a lieu soit dans la tige, soit, plus rarement, entre gaine et tige; elle dure 10 à 12 jours à 25°C. Cinq à six générations peuvent ainsi se succéder chaque année sous climat tropical.

Les principaux dégâts de S. calamistis ont lieu sur jeunes plantes. En forant une galerie ascendante dans la tige, la chenille atteint le bourgeon terminal et le consomme. La tige est alors détruite et le fouet foliaire terminal se dessèche. L'incidence économique de ce foreur se mesure donc en terme de nombre de plantes détruites à l'hectare. Sur plantes plus âgées, les galeries creusées dans la tige peuvent entraîner la cassure de la plante.

7.2.2.4 - Chilo pantellus

- Description

Cette espèce appartient à la famille des Pyralidae. Ses œufs sont ovales, plats et blanchâtres en début d'incubation. Ses chenilles sont ponctuées sur la face dorsale de leurs segments.

- Répartition géographique

Ce ravageur est présent en Asie (notamment en Inde et en Indonésie) et en Afrique de l'Est.

- Plantes - hôtes

Maïs et sorgho sont les principales plantes - hôtes cultivées de C. partellus. Le riz, la canne à sucre et d'autres poacées peuvent également l'héberger.

- Biologie et dégâts

La femelle pond 200 à 300 œufs sous forme d'ooplaques de plusieurs dizaines d'œufs chacune, qui peuvent être déposées indifféremment sur tous les organes verts de la plante - hôte (tige, gaine, limbe foliaire). On les repèrera plus facilement lorsqu'elles sont fixées près de la nervure centrale des feuilles. L'incubation des œufs dure environ 6 jours. Les jeunes chenilles consomment les feuilles non déroulées du «fouet terminal», pénètrent dans les nervures principales des feuilles plus âgées puis, s'introduisent dans les entre - nœuds des tiges. Elles y achèvent leur développement en forant des galeries ascendantes et en détruisant parfois les bourgeons terminaux.

En saison chaude, la durée de la vie larvaire est de trois à quatre semaines. La nymphose, qui a lieu dans les galeries des tiges, dure environ huit jours.

En saison froide, une partie des populations de chenilles est capable de survivre dans les chaumes de sorgho et d'achever leur développement lors de la saison des pluies suivante.

Les symptômes d'attaques de C. partellus sont, d'une part un criblage des limbes foliaires et parfois le dessèchement du «fouet terminal», d'autre part la présence de perforations sur les entre - neuds développés. Les dégâts ont pour conséquences, soit la mort du jeune plant lorsque le bourgeon végétatif est détruit, soit un ralentissement de la croissance du sorgho, voire la cassure de la tige, lorsque les entre - nœuds sont fortement minés. Les épis eux - mêmes peuvent être malformés et partiellement détruits. On notera que les dégâts commis par C. partellus sont souvent associés à ceux d'autres foreurs des tiges de sorgho tels que Sesamia spp. ou Eldana saccharina.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.5 - Eldana saccharina

- Identité

Eldana saccharina Walker, foreur des tiges de canne à sucre et des céréales tropicales, appartient à la famille des Pyralidae et à la sous - famille des Galleriinae.

- Répartition géographique

L'espèce n'est présente que sur le continent africain, du 1 5e degré de latitude nord au 30e degré de latitude sud. On la rencontre sous tous les climats tropicaux et équatoriaux.

- Plantes - hôtes

Canne à sucre et maïs sont les deux principales plantes - hôtes cultivées du ravageur. Sorgho et mil peuvent également l'héberger ainsi que certaines adventices, en particulier de nombreuses espèces du genre Cyperus.

- Biologie et dégâts

En 8 jours la femelle pond 450 à 500 œufs sous forme d'ooplaques de 50 à 100 unités qui sont souvent déposées dans les replis et à l'aisselle des feuilles. L'incubation des œufs dure environ 6 jours. La jeune chenille a d'abord une phase de développement exophyte au cours de laquelle elle consomme des tissus foliaires. Au deuxième ou troisième stade larvaire, elle pénètre dans la tige en forant une galerie. Cette phase endophyte de son développement se poursuit, jusqu'à la nymphose, dans les entre - nœuds des tiges de sorgho. La durée de la vie larvaire est très variable. Elle est de un à deux mois selon la plante - hôte, l'organe consommé ou le degré de maturité de l'entre - nœud miné. La nymphose a généralement lieu dans la tige et dure environ 10 jours.

Sur le sorgho, la présence de galeries dans les entre - nœuds favorise la cassure des tiges et freine le développement et la maturation des épis. Leur productivité peut être réduite.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.6 - Acigona ignefusalis

- Description

L'adulte d'Acigona (= Conestia) ignefusalis Hampson (Lépidoptère, Pyralidae est un papillon de 20 à 25 mm d'envergure selon le sexe, dont le corps et les ailes antérieures sont fauves, et les ailes postérieures blanchâtres. Les œufs sont ovoïdes (0,8 mm x 0,5 mm) et sans ornementation. La chenille est d'un blanc laiteux, ponctuée de taches ovalaires noires, et mesure 18 à 22 mm de long en fin de développement. La chrysalide est effilée (18 - 20 mm) et ornée d'épines et de saillies terminales très sculptées.


Photo 12. - Chenille d'Acigona ignefusalis dans une tige de sorgho (J. Brenière, IRAT).


Photo 13. - Symptômes d'attaque d'Acigona ignefusalis sur tige de sorgho (B. Vercambre, IRAT).

- Répartition géographique - Plantes - hôtes

Cette espèce n'est actuellement connue qu'en Afrique de l'Ouest. Ses principales plantes hôtes sont le sorgho et le mil mais elle peut être hébergée par le maïs et plusieurs poacées sauvages du genre Pennisetum.

- Biologie et dégâts

La femelle pond des ooplaques de 20 à 80 œufs, accolés les uns aux autres selon des rangées régulières sous la partie supérieure des gaines foliaires ou sur la face inférieure des jeunes feuilles. L'incubation des œufs dure 7 à 10 jours. Les jeunes larves, d'abord grégaires, perforent le faisceau terminal des feuilles puis, généralement au 3e stade de leur développement, se dispersent, s'enfouissent dans les gaines et commencent à perforer les entre - nœuds. Parfois, le bourgeon terminal est détruit, entraînant la mort de la plante. Celle - ci est alors abandonnée par les larves qui vont poursuivre leur développement dans des tiges voisines; elles les perforent, y creusent des galeries ascendantes et en consomment la moelle. La vie larvaire dure 4 à 5 semaines. La nymphose a lieu dans la tige et dure une dizaine de jours en saison pluvieuse. Le cycle biologique du ravageur se déroule ainsi en 45 - 50 jours. Il y a trois générations par an. Une partie des effectifs larvaires de 2e génération et toutes les larves de 3e génération entrent en diapause dans les chaumes de sorgho (ou de mil) et y passent la saison sèche. La diapause de ces larves peut être levée dès le mois d'avril suivant, mais ce sont les premières pluies utiles de la nouvelle saison humide (5 à 10 mm au moins) qui induisent leur nymphose.

Les dégâts de ce foreur se caractérisent par une réduction de la densité de tiges en cas d'attaques précoces, par une diminution du pourcentage de tiges fructifères, parfois par la cassure des tiges, voire des hampes florales chez les mils ou sorghos précoces. Ils s'ajoutent souvent à ceux d'autres foreurs, comme Sesamia sp., E. saccharina ou Chilo sp. Parfois, l'incidence des attaques d'A. ignefusalis sur la producti vité de la culture s'avère faible, même si un fort pourcentage de tiges a été miné par le ravageur.

- Méthodes de lutte (voir tab.VII)

7.2.3 - Les ravageurs du feuillage

7.2.3.1 - Chenilles défoliatrices

Les foreurs des tiges sont, on l'a vu au cours de la première phase de leur développement larvaire, des consommateurs de jeunes feuilles.

D'autres espèces de pyrales et noctuelles, généralement polyphages, sont aussi des destructeurs du feuillage de sorgho.

On peut citer: Mythimna spp., Spodoptera spp., Marasmia trapezalis, Amsacta sp., Helicoverpa (= Heliothis) armigera.

Bien que spectaculaires, leurs dégâts sont souvent sporadiques et localisés. Les jeunes plantes de sorgho sont les plus sensibles aux attaques de ces ravageurs mais celles - ci entraînent rarement la mort de la plante. On peut combattre ces espèces par pulvérisation d'insecticides de contact et d'ingestion sur le feuillage du sorgho.

7.2.3.2 - Sauteriaux

De nombreuses espèces d'acridiens peuvent consommer le feuillage du sorgho.

7.2.3.3 - Insectes piqueurs

Plusieurs espèces de pucerons peuvent proliférer sur les feuilles de sorgho. On peut citer Rhopalosiphum maidis et Melanaphis sacchari. Ils sont très rarement justiciables de lutte chimique.


Photo 14. - Adulte de Contarinia sorghicola sur un épillet de sorgho (R. Coutin, INRA).


Photo 15. - Dégâts de Contarinia sorghicola sur une panicule de sorgho (grains stériles) (R. Coutin, INRA).

7.2.4 - Les ravageurs des épis

7.2.4.1 - Contarinia sorghicola

- Description

L'adulte de Contarinia sorghicola Coq. (Diptère, Cecidomyiidue) est un moucheron de couleur orangée, de 1,5 mm de long et dont les antennes sont deux fois plus courtes chez la femelle que chez le mâle. L'œuf est allongé (0,3 x 0,06 mm), cylindrique, incolore et prolongé par un appendice effilé. La larve est d'abord presque incolore, puis rosée, enfin orange foncé ou rougeâtre en fin de développement. La jeune nymphe est uniformément orangée et mesure 2 mm de long.

- Répartition géographique - Plantes - hôtes

Probablement originaire d'Ethiopie ou de pays voisins, la cécydomyie du sorgho est présente dans la plupart des régions du monde où cette céréale est cultivée.

Les seules vraies plantes hôtes de C. sorghicola sont toutes des espèces, sauvages ou cultivées, du genre Sorghum.

- Biologie et dégâts

Les adultes apparaissent une ou deux heures après l'aurore et s'accouplent aussitôt. Puis les femelles recherchent des épis de sorgho en floraison et insèrent, sous les glumes des épillets, entre 50 et 100 œufs. La ponte est généralement terminée, et la femelle morte, avant le coucher du soleil. L'incubation des œufs dure environ trois jours. Les larves, dont le développement s'achève en une ou deux semaines, consomment principalement les ovaires. La nymphose a lieu sous les glumes. Peu de temps avant la sortie des adultes, soit environ trois jours plus tard, les nymphes se meuvent jusqu'à l'apex des épillets, où elles sont facilement repérables, puis s'immobilisent pour muer. Durant la saison de culture, chaque cycle biologique dure ainsi deux à trois semaines. Au fur et à mesure que les pluies s'espacent et que la saison sèche s'installe, un pourcentage de plus en plus grand de larves en fin de développement tisse un cocon puis entre en diapause dans les épillets. Cette diapause peut être rompue dès la saison des pluies suivante, mais parfois jusqu'à trois ans plus tard. Neuf à douze générations peuvent se succéder au cours de la même année.

C. sorghicola est l'un des principaux ravageurs du sorgho en Afrique. Ses dégâts se manifestent par la destruction partielle, parfois totale des grains de l'épi. La présence de la cécidomyie pourra être vérifiée en pinçant les épillets stériles afin d'en extraire les larves ou les nymphes orangées du ravageur. Les pullulations de l'insecte sont favorisées par l'étalement des semis de sorgho, entraînant celui de sa floraison. Dans ce cas, les chutes de productivité, et notamment celles des cultures tardives, peuvent dépasser 50 %, voire 90 % dans certaines régions.

- Techniques de lutte

A l'échelle de la région de production, plusieurs techniques culturales préventives doivent être conjointement mises en œuvre par les agriculteurs pour que l'incidence économique de C. sorghicola soit réduite: la destruction systématique par brûlage des épis non récoltés (qui hébergent des populations larvaires en diapause), l'élimination des repousses ou des sorghos sauvages, le respect de calendriers de semis permettant une floraison aussi simultanée que possible des parcelles de culture, sont les plus importantes.

Si le niveau de productivité de la culture est suffisant, un traitement insecticide pourra être éventuellement rentabilisé à condition que la pulvérisation ou le poudrage ait lieu au moment où environ la moitié des plants sont en phase d'anthèse. L'endosulfan, les carbamates, les insecticides or gano - phosphorés ou les pyréthrinoïdes de synthèse peuvent être recommandés selon les conditions de culture.

La sélection de variétés de sorgho résistantes à C. sorghicola constituera à terme le meilleur moyen de lutte préventive contre la cécidomyie.

7.2.4.2 - Les punaises du sorgho

De très nombreuses espèces de punaises phytophages ont, parmi leurs plantes hôtes, des céréales tropicales et en particulier le sorgho. Elles appartiennent essentiellement aux familles des Mirides, comme Creontiades sp., Calocoris sp., Eurystylus sp., des Pyrrhocorides, comme Dysdercus völkeri, des Coreïdes comme Anoplocnemis curvipes, Mirperus jaculus, Riptortus dentipes, des Pentatomides comme Diploxys sp., Acrosternum sp., Aspavia albidomaculata ou Nezara viridula.

- Biologie et dégâts

Chaque punaise a une biologie et un comportement spécifiques. La femelle peut pondre, au cours d'une vie de plusieurs mois, quelques centaines d'œufs qui sont, soit déposés sur les organes de la plante, soit insérés dans un tissu végétal, parfois émis à même le sol. L'incubation des œufs dure moins d'une semaine. La vie larvaire dure de 2 à 8 semaines selon les espèces et les conditions climatiques. La larve croît en acquérant progressivement, lors de ses stades de développement (dont le nombre est généralement égal à cinq), L'aspect de l'adulte. Pendant toute sa croissance, elle pique les tiges, les feuilles et les épillets, prélève la sève de la plante, aspire le contenu des grains laiteux et injecte parfois une salive toxique dans les tissus. Il y a plusieurs générations par an dont certaines se développent, en inter - campagnes, sur des plantes hôtes sauvages. Certaines espèces sont aussi capables de migrer.


Photo 16. - Adulte de Diploxys sp. sur piquant de grain de sorgho (J. Brenière, IRAT).


Photo 17 - Chenille d'Héliothis armigera consommant des grains de sorgho (J. Brenière, IRAT).

On observe plusieurs types de dégâts. Les jeunes plantes de sorgho peuvent avoir une croissance ralentie, voire inhibée, si les prélèvements de sève sont trop importants. Les injections de salive toxique peuvent simultanément entraîner des déformations des feuilles et des tiges. Les épis sont particulièrement vulnérables lorsque leurs grains sont au stade laiteux. Les piqûres de punaises les ponctuent de taches brunes ou noires, les rident, parfois les vident. Les grains au stade pâteux sont moins sensibles aux attaques du ravageur, bien qu'elles puissent parfois entraîner leur atrophie. Ces piqûres d'hétéroptères peuvent favoriser l'envahissement de divers organes de la plante, et en particulier des grains, par des agents pathogènes.

Le taux de grains ainsi détruits ou sérieusement dépréciés, dépendra de la densité des effectifs du ravageur et des stades phonologiques de la plante - hôte au moment de l'attaque. On notera cependant que, si cette densité n'atteint pas le seuil de plusieurs individus, en moyenne par plante, les risques de chute importante du rendement en grains sont faibles.

- Techniques de lutte

On pourra effectuer un traitement insecticide curatif si le niveau d'infestation le justifie. Une pulvérisation de lindane (500 g de matière active/ha), d'endosulfan (500 g/ha), de carbaryl (2 kg/ha) ou de chlorpyriphos (300 g/ha) devrait être efficace. On veillera à respecter les conditions d'emploi des produits, surtout si le sorgho doit être rapidement consommé.

7.2.5 - Les ravageurs des stocks

Le sorgho a de nombreux ennemis lors du stockage mais ceux - ci ne sont pas spécifiques de cette céréale. Le lecteur qui voudra en savoir plus se reportera aux ouvrages traitant des ravageurs des stocks par exemple Appert (1985).

7.3 - Le striga

Parmi les adventices du sorgho figurent des espèces du genre Striga de la famille des Scrofulariacene. Ces espèces sont de redoutables parasites épirhizes répandus dans la zone semiaride de l'Afrique tropicale, en Afrique du Sud, en Inde et ponctuellement aux Etats - Unis (globalement entre les 30e degré nord et les 30e degré sud).

Le genre Striga renferme une trentaine d'espèces, dont 23 sont présentes en Afrique où elles occupent le terrain de façon très diversifiée. Ce sont soit des holoparasites soit des hémiparasites. On trouve notamment sur le sorgho Striga hermonthica et S. aspera, mais ces espèces parasitent de nombreuses autres poacées telles que le mil, le maïs, la canne à sucre et le riz pluvial.

La durée du cycle biologique du Striga depuis la germination jusqu'à la production de graines est comprise entre 90 et 120 jours. On peut distinguer quatre stades phonologiques: la germination, la fixation sur l'hôte, la pénétration et la floraison - fructification. Les 3 premiers ont lieu sous la surface du sol, le dernier est aérien.

Les graines de Striga, très petites, sont produites en grande quantité (40 000 graines par plante...) et leur longévité peut atteindre 15 à 20 ans. Leur dissémination dans le milieu se fait par l'eau et par le vent. La dormance est comprise entre 2 et 6 mois, ce qui correspond à la saison sèche des pays à climat tropical semi - aride. Au début de la saison de culture, les grains s'inhibent d'eau (phase de pré - conditionnement), les grains ont alors besoin d'un stimulant de la germination produit par la plante - hôte, donc le sorgho dans le cas qui nous intéresse. Sous l'effet de cette stimulation, la graine émet une radicule qui se dirige vers la racine du sorgho par chimiotropisme. Un renflement apparaît sur la radicale (création de l'haustorium) organe de pénétration du parasite dans l'hôte. Au niveau de la graine de Striga se développe un tubercule à partir duquel des racines apparaissent. Ces dernières peuvent, si elles rencontrent une racine de sorgho, former des haustoria secondaires. L'émergence du Striga est plus ou moins rapide et dépend de la profondeur. Dans les zones sahéliennes où la période de semis se situe vers juin, le Striga émerge courant août. La floraison et la fructification débutent à la mi - septembre et peuvent se poursuivre jusqu'à la fin octobre.

Les techniques de lutte chimique ont montré leur efficacité aux Etats - Unis, mais leur emploi chez les paysans à faibles revenus des pays tropicaux ne paraît pas être envisageable en raison de leur coût élevé et de la technicité qu'elles requièrent.

En lutte préventive, on distingue les techniques qui permettent une diminution du stock de graines des parasites dans le sol. Le bromure de méthyle (un fumigant), l'éthylène (stimulant de germination) et quelques herbicides ont démontré leur efficacité.

On a pu aussi démontrer le rôle de la rotation des cultures, de la fumure, de l'irrigation, de la densité de semis comme moyens de contenir le développement du parasite. Mais c'est l'emploi de variétés tolérantes au Striga qui offre le plus d'espoir. Cette tolérance, présente chez quelques variétés, peut avoir pour origine soit l'existence de barrières mécaniques et chimiques s'opposant à la pénétration, soit une faible production de stimulants de la germination. La variété Framida paraît éviter le parasitisme.

En matière de lutte curative l'arrachage avant floraison des Striga et le brûlage sont des moyens efficaces.