
| Le secteur pharmaceutique privé commercial au Sénégal : Dynamique de développement et effets sur l'accès aux médicaments essentiels (OMS/DAP, 1997, 51 p.) |
Le secteur pharmaceutique privé est solidement implanté au Sénégal. Son développement a été régulier, et s'est accéléré depuis le courant des années 80. Le marché pharmaceutique sénégalais a progressé dans le secteur privé, alors que l'approvisionnement du secteur public souffrait de réductions budgétaires importantes et de déficiences notoires dans la gestion. Le réseau des officines privées assure une couverture pharmaceutique qui s'est élargie de 1988 à 1996, il suit à 95% le réseau des centres de santé qui disposent dun médecin.
Ce développement semble répondre à une logique essentiellement commerciale, encadrée par une réglementation assez peu contraignante et peu incitative à une activité orientée vers les médicaments essentiels et la santé publique.
Jusqu'en 1994, la politique pharmaceutique nationale ne touchait guère les officinaux. Ils n'ont pas été associés aux débats et nont eux-mêmes rien fait pour y participer activement, notamment pour la mise en oeuvre de l'Initiative de Bamako ou la stratégie des médicaments essentiels. Cependant, la multiplication des pharmacies communautaires et la restructuration de la PNA allaient avoir une incidence notable sur le chiffre d'affaires des officines, surtout rurales, soit directement, soit par l'intermédiaire des dépôts qu'elles approvisionnent.
Les programmes publics, appuyés par les organismes de coopération, ont toujours ignoré les pharmaciens privés, sans envisager une forme quelconque de complémentarité entre les pharmacies communautaires et les officines ou dépôts. Le pharmacien privé était jugé responsable du prix élevé des médicaments (prix déterminés par la réglementation officielle) et responsable de la dispensation des médicaments inutiles ou inutilement coûteux (mais autorisés à la vente par l'Etat).
Les consommateurs, de leur côté, avaient réagi en sollicitant de plus en plus les marchés parallèles, pratiqués au grand jour et alimentés par les sources les plus diverses. La situation du secteur pharmaceutique sénégalais était bien connue de tous; mais l'objectif prioritaire restait la disponibilité et l'accessibilité des médicaments essentiels dans le secteur public, pour assurer le succès de l'Initiative de Bamako, soutenue par les financements des coopérations bi et multilatérales.
A la suite de la dévaluation de janvier 1994, l'importance du secteur privé, marquée jusqu'alors par sa bonne organisation interne et son efficacité, est apparue clairement. Les dysfonctionnements qui ont suivi la dévaluation ont engendré de multiples pénuries. Il est apparu nécessaire de rechercher des mesures permettant d'atténuer les effets de la dévaluation sur le coût des médicaments, sans compromettre l'existence et la viabilité des établissements pharmaceutiques. Pour cela, tous les acteurs concernés par le médicament ont été réunis et, ensemble, ont défini la stratégie: la politique pharmaceutique commençait à concerner tous les acteurs y compris le secteur privé. Les résultats, en 1995, sont faibles; mais on note quelques signes de changement: certains génériques ont reçu leur visa d'enregistrement; la technique de l'appel d'offres est tentée par le secteur privé; la part des génériques dans le marché est passée, de 5% en 1993, à plus de 7% en 1994.
Cette étude a-t-elle permis de répondre à la question initiale: "dans quelle mesure le secteur privé contribue-t-il à la disponibilité et à l'accessibilité des médicaments essentiels?".
Elle aura, au minimum, permis de faire quelque lumière sur certains aspects du secteur pharmaceutique privé et sortir ainsi des discours manichéens. Elle est cependant loin d'avoir ouvert réellement cette "boîte noire", qui représente pourtant plus de 80% du marché officiel du médicament du Sénégal, troisième marché de l'Afrique subsaharienne francophone en 1995-1996.
Comme de nombreux pays africains, le Sénégal vit une crise économique profonde, plus de la moitié de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté. Il devra mener à terme les réformes du système de santé et de la politique pharmaceutique pour promouvoir les soins de santé primaires et l'accessibilité des populations aux produits pharmaceutiques, notamment aux génériques.